Documents de la IVe Internationale

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La revue › 16e année, n° 1

Déclaration du Secrétariat International sur le limogeage du maréchal Joukov

Quatrième Internationale, 16e année, n° 1 · janvier 1958 · p. 73-74 · 1 078 mots

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La crise de la direction polifique de la bureaucratie soviétique connait, depuis la mort de Staline, des rebondissements fréquents, qui sont particulièrement accélérés ces derniers temps. C'est là la manifestation d'une instabilité plus grande que jamais du régime polifique bureaucratique, incapable de surmonter les contradictions fondamentales qui le rongent.

La nouvelle crise actuelle qui se manifeste par le limogeage du maréchal Joukov n'est certainement pas encore la « dernière › qui soit destinée à stabiliser le régime d'une manière analogue par exemple à celle qu'il a connue dans les dernières années du règne de Staline. Ni les conditions interbureaucratiques, ni les rapports entre la bureaucratie dans son ensemble et les masses soviétiques et internationales ne permettent d'envisager uno telle « stabilisation > comme possible. Khrouchtchev représentant de la bureaucratie politique du Parti est actuellement pris entre l'hostilité de la bureaucratie économique, des dirigeants administratifs et techniques de l'économie, et de la bureaucratie militaire des maréchaux, généraux et hauts officiers de l'armée. D'autre part, il a à faire face à la pression montante des masses soviétiques, avides de plus de bien-être et de plus de libertés.

Khrouchtchev s'est mis à centraliser tout le pouvoir entre ses mains, en se basant sur la force essentielle de l'appareil politique du Parti. Sur cette voie, il a eu à éliminer la résistance d'hommes comme Malenkov, Molofov, Kaganovitch, Sabourov, Pervoukine, représentants de la haute bureaucratie administrative de l'Etat et de l'économie, et des technicions. Il n'a gagné provisoirement la bataille contre eux qu'en profitant essentellement des dissensions de ses adversaires et de l'appui qui lui fut octroyé par l'armée en la personne de Joukov.

Cependant, sa victoire sur cette couche importante de la bureaucratie ne saurait être achevée l'accomplissement manière réussie de la « décentralisation », au moyen de laquelle, entre autre, Khrouchtchev cherche à établir le contrôle du Parti sur les dirigeants administratifs et techniques de l'économie. Cette entreprise, qui est en cours en U.R.S.S., est loin d'avoir produit les résultats escomptés par son initiateur. Dans la phase actuelle, elle n'a en réalité fait qu'attiser à l'extrême la résistance des couches bureaucratiques lésées par cette opération de Khrouchtchev.

Au même moment, ce dernier devait faire face à l'avance rapide prise par l'armée cherchant à se constituer en force autonome, en dehors du contrôle de l'appareil bureaucratique du Parti. Cette avance de l'armée, sur laquelle venait se greffer la résistance toujours opiniâtre de couches de la haute société administrative de l'Etat ef de l'économie, risquait de produire à très courte échéance la chute de Khrouchtchev et sa perte. Profitant de l'absence à l'étranger de Joukov, Khrouchtchev s'est décidé à gagner de vitesse les de vitesse les forces adverses.

Mais, du coup, se trouve maintenant en conflit ouvert aussi bien avec la haute bureaucratie administrative qu'avec celle de l'armée. Le sommet auquel il accède est ainsi celui d'un volcan.

Pour s'y maintenir, il a besoin soit de faire appel à l'appui des larges masses, de recourir à un régime de terreur et à des purges sanglantes, à l'exemple de Staline. Faire appel aux masses signifierait mener la « déstalinisation » à sa conclusion essentielle, à savoir restaurer la véritable démocratie soviétique. Khrouchtchev, représentant lui-même la couche bureaucratique la plus parasitaire, est naturellement incapable de se suicider.

En réalité, c'est lui qui, depuis un certain temps déjà, a voulu arrêter la « déstalinisation », faire marche arrière et circonscrire la soi-disant « libéralisation » du régime dans un cadre très strict, compatible avec le contrôle bureaucratique de son parti monolithique sur l'ensemble de la vie soviétique et du mouvement communiste international.

D'autre part, faire appel à la terreur et aux purges exigerait un rapport de force avec les masses totalement différent de celui qui existe actuellement en U.R.S.S. La terreur de Staline a pu s'exercer sur un fond de misère économique et de défaites, de fatigue et de démoralisation du prolétariat aussi bien en U.R.S.S. qu'internationalement. L'ascendant que prif alors la police, instrument de Staline, aussi bien sur le Parti que sur l'armée et toutes les couches de la bureaucratie et du peuple soviétique se basait sur le caractère arriéré de l'U.R.S.S. et le déclin des forces révolutionnaires en U. R. S. S. et dans le monde.

La situation actuelle est fondamentalement différente. L'U.R.S.S. n'est plus celle des années 1930 mais celle du Spoutnik, et le monde n'est plus celui qui a connu la victoire du fascisme allemand et l'approche de la guerre impérialiste, mais celui de la Révolution coloniale montante d'un bout à l'autre des positions impérialistes, et de la révolution polifique dans les Etats ouvriers dominés encore par le Kremlin.

Khrouchtchev sera forcé de tenter de maîtriser la situation en combinant, comme par le passé, concessions et répressions. Son régime est d'ores et déjà un bonapartisme basé sur la bureaucratie politique du Parti. Mais ce Parti, isolé déjà par rapport aux masses ouvrières et paysannes du pays, est isolé également actuellement de l'appui des couches décisives de la bureaucratie administrative de l'Etat et de l'économie, techniciens, officiers supérieurs de l'armée.

Dans ces conditions, la crise de la direction politique de la bureaucratie soviétique s'achemine rapidement vers de nouvelles explosions. crise ne se prolonge en réalité que parce que les masses soviétiques n'ont pu intervenir efficacement. direction marxiste révolutionnaire, ainsi que la crainte de voir l'impérialisme profiter de la crise, sont les principales causes de leur attitude.

Mais, d'autre part, le maintien et l'exacerbation de la crise aux sommets de la bureaucratie ne favoriser une prise de conscience politique rapide des masses et activer leur intervention agissante. Quand celle-ci se produira, la bureaucratie aura juste le temps d'entendre sonner le glas de sa chute dans le fracas de ses forces s'entrechoquant et se décomposant rapidement.

La IV° Interhationale appelle les masses soviétiques à former une nouvelle direction marxiste révolutionnaire qui reprendra le programme de Lénine et de Trotsky et restaurera la démocratie soviétique en U.R.S.S. et dans tous les pays ouvriers. Elle appelle les membres des partis communistes de par le monde à intervenir dans la crise, en exigeant de leurs directions une ample information démocratique sur les événements du P. C. de I'U.R.S.S., et le droit pour les tendances et personnes éliminées par Khrouchtchev de faire connaître elles-mêmes Sinon ils deviendraient complices des nouveaux crimes et déshonneurs du mouvement ouvrier, que la direction du Kremlin aux abois est capable de commettre avant qu'elle ne disparaisse. LE SECRETARIAT INTERNATIONAL DE LA IV* INTERNATIONALE 74

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