Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 16e année, n° 1

La Conférence du Caire

Quatrième Internationale, 16e année, n° 1 · janvier 1958 · p. 5-6 · 764 mots

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Cinq cents délégués et observateurs de 49 pays ont assisté à la deuxième conférence de « Bandoeng » qui s'est tenue en décembre au Caire. Cette fois-ci il ne s'agissait plus de représentants gouvernements afro-asiatiques, mais simplement des peuples de ces continents. L'intérêt et le retentissement de la conférence n'en ont pas été moindres pour autant.

Au contraire. Dans un sens, la conférence du Caire est allée beaucoup plus loin que la premiere conference afro-asiatique, en formulant idées beaucoup plus précises en ce qui concerne une lutte efficace contre l'impérialisme.

Indiquons-en les principales: L'idée de la nationalisation des entreprises étrangères, qui constituent dans la plupart de ces pays l'épine dorsale de leur economie, nationalisation sans laquelle il impossible d'avancer sur la voie d'une veritable industrialisation; l'idée d'une entraide économique et commerciale; l'idée de l'aide economique et technique que ces pays peuvent maintenant trouver du côté de I'U.R.S.S. et d'autres Etats ouvriers; l'idée d'une action plus efficace en faveur de la révolution algérienne.

La conférence fut incontestablement un stimulant puissant pour le développement de la lutte anti-impérialiste non seulement dans les pays encore directement colonisés comme l'Algérie, le Kenya. l'Afrique du Sud, le Kamerun, Chypre, etc., mais également dans les pays où subsistent encore de très importantes séquelles économiques et autres de l'impérialisme.

Le climat international actuel a enormément favorisé l'éclosion et la propagation de telles idées parmi les nombreux représentants afro-asiatiques qui ont assisté à la conférence: le succès de la nationalisation du Canal de Suez et de la lutte antiimpérialiste du peuple l'héroïque défense de la révolution algérienne; l'occupation des entreprises hollandaises indonésiennes; les retentissants de l'economie et de la technique soviétiques; la crise sans précédent de l'impérialisme américain et mondial.

Les audaces que le Kremlin s'est permises cette fois-ci en préconisant l'idée des nationalisations, reprise et développée par les Syriens et en faisant miroiter son aide économique et technique « désintéressée» et « inconditionnelle» ont naturellement beaucoup contribué climat combatif de la conférence. Ces audaces du Kremlin s'expliquent par la supériorité acquise jusque dans le domaine strictement militaire, la suite du succès des spoutniks, et également par l'audience favorable que son aide trouve actuellement aupres des bourgeoisies coloniales.

Le Kremlin joue actuellement à fond la carte de l'alliance avec la bourgeoisie coloniale, la poussant, l'aidant dans la voie de l'indépendance politique et économique par rapport a l'imperialisme. Naturellement on ne saurait que féliciter le Kremlin d'une telle attitude si elle ne comportait pas la subordination du prolétariat dans les pays coloniaux à la politique des classes dirigeantes de ces pays.

Une telle attitude ne peut que freiner le developpement de la révolution sociale dans ces pays et même provoquer des défaites, et des retournements en définitive en faveur de l'impérialisme. On le voit déjà assez bien. aussi bien dans le cas de la Syrie où le Parti communiste est à la droite du Parti socialiste El Baath, dans la lutte sociale, que dans le cas de l'Egypte et de l'Indonésie où les Partis communistes, par peur de combattre les representants politiques de la bourgeoisie de ces pays, alliés au Kremlin, font peser sur le mouvement ouvrier et la révolution de ces pays les pires dangers.

Le Kremlin pense pouvoir manœuvrer la bourgeoisie coloniale à travers des accords de type « Front populaire», mais en réalité, aussi longtemps que cette politique empêche les masses d'agir de manière autonome et de rompre de fait l'alliance avec la bourgeoisie, cette politique ne fait que le jeu propre de cette dernière.

La conférence du Caire s'est terminée en laissant en place un secrétariat permanent dans lequel I'U.R.S.S. est représentée. C'est là un succês incontestable de la politique du Kremlin. Mais, encore une fois, s'il s'agit de doubler le « Mouvement de la paix » agissant plus particulierement dans les pays capitalistes d'un front avec la bourgeoisie coloniale, baillonnant le mouvement communiste autonome des pays dépendants, on ne fabrique ainsi que des instruments de la politique extérieure du Kremlin et non de la révolution.

Et, cependant, jamais les conditions objectives n'ont été meilleures pour de succes rapides la révolution anti-imperialiste et sociale. Les masses sentent partout que le rapport de forces vient de se détériorer encore plus gravement pour l'impérialisme, et qu'il est possible de tout oser.

On peut s'attendre que, malgré les freins mis à leur action par le Kremlin, les masses coloniales, interpretant a leur manière la tenue et le message de la conférence du Caire. ne tardent pas à remporter de nouvelles victoires sur anti-impérialiste et social en Indonésie, en Algérie, dans le Moyen-Orient, en Afrique tropicale, en Amérique latine.

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