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La revue › vol. 15, n° 7-10

La défaite de la social-démocratie allemande

Quatrième Internationale, vol. 15, n° 7-10 · octobre-novembre 1957 · p. 17-19 · 1 634 mots

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Le résultat des élections élections allemandes n'est pas tellement une victoire pour Adenauer social-démocratie. campagne électorale, les deux partis se trouvaient a égalité. Aux élections municipales de 1956, notamment en Rhénanie du Nord-Westphalie démocrates avaient remporté des victoires retentissantes, la C. D. des Hesse, les sociauxdémocrates avaient remporté des victoires retentissantes, la C. D. U. essuyé une incidents politiques, dont l'appel atomistes de Gottingen, avaient placé le gouvernement de Bonn en mauvaise possocial-démocratie une défaite, campagne électorale incroyablement passive, insipide, sans allant, sans conviction, une campagne de gens qui partaient battus d'avance. Les masses ne s'y trompées. Elles ont l'impression que la direction social-démocrate ne croyait pas à sa propre chance. La défaite devenait ainsi inévitable.

Au lendemain des élections, Ollenhauer a essayé d'expliquer que la socialdémocratie n'est pas battue puisqu'elle a gagné des voix par rapport a 1953 et qu'elle a obtenu plus d'un tiers des sièges. En réalité, la défaite est beaucoup plus lourde qu'elle n'apparait à premiere vue. Si l'on compare en effet les résultats des élections parlementaires à ceux de 1953, on doit tenir compte du fait que cette fois-ci, communistes et neutralistes ont été bloquées sur le S. P. D. progression en chiffres absolus est ainsi absorbée. Cela signifierait que le S. P. D. n'aurait pas gagné un seul électeur jeune ou nouveu parmi les millions d'Allemands et d'Allemandes qui se sont présentés pour la première fois aux urnes en 1957.

Si par contre on compare les voix social-démocrates de 1957 à celles obtenues en 1956 aux élections municipales, on constate des pertes de voix de près d'un million, et ce dans les deux Laender les plus ouvriers : la Ruhr et Hesse. La même impression se renforce lorsqu'on constate que le S.P.D. cesse d'être le parti le plus fort dans presque toutes les circonscriptions de grandes villes qui avaient été depuis un demi-siecle : Dortmund, Hanovre, Essen, Francfort, faubourgs ouvriers de Cologne, Munich, Nurenberg, etc.

Finalement, la défaite électorale s'explique mieux encore à la lumière de l'enseignement des deux victoires retentissantes obtenues à Brème et à Hambourg. ces deux Laender, les sociaux-démocrates conquièrent toutes les circonscriptions à une exception près. Leur progression est sensationnelle : ils gagnent de 35 à 40% de voix sur les élections de 1953. Or, dans ces deux métropoles, la social-démocratie, sous l'impulsion des organisations locales du parti, avait mené une campagne torale extremement active, voire violente, qui rappelait par moment les campagnes débuts des années 1930. Les réunions électorales des partis bourgeois systématiquement interrompues, les affiches de la C. D. U. maquillées. Le S. P. D s'engagea dans la campagne électorale comme un parti sûr de sa victoire. Il l'obtint. Le cas du Land Schleswig-Holstein, où la progression social-démocrate est également importante, s'explique par les effets psychologiques de l'admirable grève des métallos qui dura trois mois et remua profondément la population.

Non seulement les sociaux-démocrates firent preuve d'une passivité véritablement criminelle, sabotant les chances réelles qu'ils avaient eues au début de la campagne

-dans les villes comme Francfort, le nombre d'activistes de la campagne électorale se réduisait à quelques dizaines de J. S., et ce dans des centres

10.000 membres mais la plupart de leurs discours étaient d'une servilité immonde envers la bourgeoisie. Le professeur Schiller, recteur de l'Université de Hambourg, et une des sommités économiques du S.P.D., ne gena pas pour publier en pleine campagne électorale un article dans lequel il affirma que seule une « économie du marché », c'est-à-dire une économie capitaliste, pouvait apporter le bien-être au peuple. Un autre leader social-démocrate au cours de la campagne électorale que « le débat sur la socialisation appartient définitivement au passé ». Un troisième dirigeant alla jusqu'à proclamer que « seule propriété privée des moyens de production assure la liberté et la dignité

Dans ces conditions, des millions de travailleurs allemands ont eu l'impression que les deux partis en presence défendaient au fond le même « ordre social » et qu'il fallait seulement choisir gérant le plus efficace » de cet ordre. Quoi d'étonnant qu'ils aient choisi Adenauer, qui pouvait citer à son crédit l'incontestable prospérité capitaliste de son pays?

Oil est vrai que la social-démocratie a mené une campagne énergique sur un seul domaine : celui du danger atomique. Elle a couvert l'Allemagne de l'Ouest d'affiches dénonçant « le chancelier de la mort atomique ». Si, malgré l'immense retentissement de l'appel des savants de Gottingen, cette campagne ne s'est pas soldée par un gain de voix, c'est que les masses avaient très nettement l'impression que les dirigeants sociaux-démocrates eux-mêmes ne prenaient pas au sérieux slogans. Comment en effet admettre que des gens, convaincus la réélection d'Adenauer est l'équivalent d'un danger mortel pour tout le pays, namment passifs dans la campagne électorale, et refusent d'organiser la moindre action politique des jeunes et des masses contre ce gouvernement ?

N'oublions pas, en dernier lieu, que la propagande apparemment maladroite du Kremlin et d'Ulbricht, appelant le peuple allemand a voter contre Adenauer tout en fermant brutalement la porte à toute perspective immédiate de réunification, a été également une aide puissante pour la bourgeoisie. Sans doute le Kremlin préfère-t-il une victoire d'Adenauer à une vague de fond social-démocrate qui éveillerait dans les masses de l'Allemagne de l'Est l'espoir d'une solution rapide du problème de la réunification, avec toutes les conséquences qu'aurait ce regain d'espoir our le régime d'Ulbricht. La propagande des staliniens de Berlin-Est l'a d'ailleurs nettement indiqué. « Le résultat des élections a démontré qu'il n'y a pas troisième solution. Ou bien l'Allemagne de Bonn, ou bien l'Allemagne de et de Grotewohl », a-t-elle proclamé au lendemain du 15 septembre. Tout compte fait, ce résultat électoral était, pour les maitres de Pankow, le meilleur moyen pour tranquilliser les centaines de milliers de travailleurs et de jeunes qui cherchent, d'instinct, une « troisième solution » celle de la démocratie socialiste ouvriere.

La défaite électorale de la social-démocratie constitue sans aucun doute une grave défaite politique pour la classe ouvrière allemande. On pourrait objecter « Les dirigeants sociaux-démocrates ne se trouvent-ils pas depuis le 1er août 1914 dans le camp de la bourgeoisie? Ne faut-il pas se réjouir du fait que les travailleurs allemands commencent à se détourner d'eux ? Comment peut-on se lamenter sur les « erreurs» de tels traîtres? ». Seuls d'incurables sectaires défendront raisonnement. Il se justifierait au cas où les voix social-démocrates se déplaceraient à gauche, vers un parti revolutionnaire, ou du moins centriste. Mais lorsqu'une de la classe ouvrière d'un pays industriellement avancé comme l'Allemagne sous l'influence bourgeoisie, dont elle s'était émancipée plus d'un demi-siècle, y compris à l'époque nazie, la gravité de l'échec peut échapper à personne. C'est une nouvelle défaite à mettre sur le compte d'une direction reformiste, compe déjà des plus chargé par l'histoire.

Cependant, si la classe ouvrière a subi une défaite politique, elle n'a pas sur le terrain de la lutte de classe directe. Elle conserve ses principales organisations ; elle garde presque intacte sa puissance syndicale. Pas plus qu'avant élections elle n'est prête à abandonner à la bourgeoisie tous les profits de la prospérité. Déjà une série d'organisation syndicales ont dénoncé les accords de salaires. Une vaste campagne revendicative se déclenchera sous peu. Sur le terrain de la lutte directe, la classe ouvrière pourra reconquérir les positions perdues sur le terrain politique, si elle sait imposer à la direction syndicale une tactique suffisamment comhative et audacieuse.

Par ailleurs, beaucoup de signes indiquent que l'euphorie de la haute conjoncture qui, en Allemagne, dure sans interruption depuis plus de huit ans, approche maintenant de sa fin. Depuis plusieurs annees, le « boom » allemand a été nourri avant tout par les exportations de biens d'équipement. Le début de la récession dans l'économie capitaliste internationale; les mesures de déflation prises dans de nombreux pays; les restrictions d'importations et les réductions de programme d'investissement risquent de provoquer à brève échéance chute des exportations allemandes que ne compenseront que partiellement les dépenses accrues de réarmement. Les travailleurs allemands habitués à un nouveau standard de - bien qu'encore inférieur à celui de la Grande-Bretagne et de la France - résisteront avee acharnement aux tentatives de le réduire, par suite des effets d'une récession même limitée. Pareille évolution pourrait renverser la situation politique à brève échéance.

Use cacher que represente qu'une possible de l'évolution allemande dans les mois à venir. La bourgeoisie s'efforcera de son côté d'exploiter maximum sa victoire politique. Au sein l'alliance atlantique, elle renforcera l'aile la plus hostile à des accords partiels avec le Kremlin. Elle cherchera à accroître le poids et les prérogatives de l'armée allemande sur le continent européen. Elle essayera de faire sauter les clauses restrietives des accords de Bonn et de Paris, notamment au sujet de la production d'armes nucléaires.

A l'intérieur du pays, elle fera peser son poids les syndicats, en vue d'en détacher la minorité catholique, et sur le parti social-démocrate lui-même, en vue de renforcer l'aile droitière, ouvertement antimarxiste, des Carlo Schmid et Erler.

appuyera encore nettement le patronat dans les conflits de travail, et accélèrera la rentrée politique d'éléments des plus compromis de l'époque nazie.

Pour que le mouvement ouvrier surmonte rapidement les effets du 15 septembre, il faut procéder à une autopsie complète et objective des causes de la défaite, au sein des organisations ouvrieres. Il faut regrouper tous les éléments militants et marxistes, non seulement pour défendre la tradition et la doctrine du mouvement ouvrier contre des « rénovateurs » petits bourgeois et bourgeois, mais encore pour passer résolument à l'attaque contre les premiers responsables de l'échee électoral. Le regroupement de la gauche syndicale et social-démocrate, au sein des organisamasse, la réaction énergique contre les tendances désarroi et à la démoralisation, contribueront à accroître les chances de luttes ouvrières qui, à leur tour, influenceront favorablement la cristallisation d'une nouvelle direction classe ouvrière allemande.

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