Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 15, n° 7-10

La Bolivie devant la guerre civile

A. O. · Quatrième Internationale, vol. 15, n° 7-10 · octobre-novembre 1957 · p. 42-44 · 1 834 mots

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La rupture du gouvernement de Siles Suazo et de la direction du M.N.R. avec les grandes masses boliviennes s'est approfondie d'une manière permanente depuis l'approbation du plan Eder, plan de stabilisation de la misère comme l'ont appelé les trotskystes. Au cours du 2° Congrès de la C.O.B. et dans la lutte menée par le gouvernement contre la préparation de la grève générale, cette rupture s'est manifestée de façon ouverte.

La crise révolutionnaire de la Bolivie continue à se développer depuis ce mo-

Ce qui est décisif dans cette situation de désorganisation, c'est la crise de la direction ouvrière. L'affrontement ouvert entre les grandes forces de la révolution d'un côté et l'impérialisme. les grand propriétaires fonciers, les thermidoriens du M.N.R. d'autre part, a brisé la direction syndicale. Le congrès des mineurs de Pulacayo, le 2 congrès de la C.O.B. et le processus ultérieur de préparation de la grève générale qui s'est terminée par une capitulation ont mis en lumiere ce processus profond de la révolution : les masses veulent le pouvoir, luttent pour le pouvoir et exercent le pouvoir au travers de leurs syndicats et de leurs milices dans belge de directione nate. dans beaucoup de points de la Bolivie. programme d'action, un Gouvernement Ouvrier et Paysan.

La grève générale approuvée dans le 2º Congrès de la C.O.B. sous la pression des masses, répond & la tendance des masses à livrer une bataille d'ensemble pour un changement complet de leur situation et leur participation & la solution des grands problèmes de la révolution. Depuis que cette tendance des masses à l'affrontement contre l'impérialisme et le gouvernement Siles a acquis une telle vigueur et un tel élan, la faillite de la direction ouvrière s'est montrée en pleine lumière.

En face des grandes tâches politiques, l'empirisme, le caractère de soumission politique au gouvernement et au M.N.R. de la direction de Lechin, Sanjines, Moller, ont causé cette faillite. Des secteurs ont déserté le camp révolutionnaire (Sanfines, Castel et compagnie) ou sont gagnés par la désorientation et la paralysie com42 ment de façon ininterrompue, tendant vers un heurt, une expression ouverte.

Les mineurs ne tiennent pas compte des résolutions du gouvernement. Face à la paralysie de l'Etat pour satisfaire leurs revendications les plus minimes, les paysans s'emparent des biens de celui-ci dans leurs régions.

Le pouvoir est dans la rue. Il n'y a aucun secteur capitaliste, qui ait une force suffisante pour reprendre entre ses mains le contrôle total de la situation. Il n'y a d'autorité dans aucun secteur, toutes les forces sociales sont en crise. plète, cherchant désespérément un compromis, comme c'est le cas pour Lechin. L'impuissance des secteurs les plus avancés de cette direction a été mise à nu, comme dans le cas de Moller et d'une partie importante de la direction minière.

La crise révolutionnaire ouverte par le 2º congrès de la C.O.B. a liquidé toutes les fictions et les illusions centristes et a posé avec plus de force que jamais la nécessité d'une direction marxiste. Le programme et les déclarations politiques du P.O.R. ont, dans cette crise même. connu un développement important dans la conscience des masses, de leurs secteurs les plus avances, et sont apparus comme la seule solution opposée à la solution impérialiste mise en avant par le gouvernement du M.N.R.

La crise de la direction de la C.O.B. reflète une crise plus profonde, celle de la direction petite bourgeoise de la révolution bolivienne. La crise de l'économie capitaliste, la faillite de toute perspective de developpement capitanste, le processus permanent de la revolution qui met de plus en plus en avant les aspirations, les nécessités et la force des masses ouvrières et paysannes, qui ont de plus en plus conscience de leur force propre et de leur défiance envers la petite bourgeoisie dirigeante, et enfin, la pression contradictoires des forces de la révolution et de la contre-révolution ont complètement brisé le M. N. R.. le front M.N.R.-C.O.B., et liquidé les bases objectives et subjectives des illusions petites bourgeoises dans un développement capitaliste de la Bolivie.

FAILLITE DE LA DIRECTION OUVRIERE

FAILLITE DE LA DIRECTION OUVRIERE

Q VATRIEME

Le manque de perspectives claires et d'un centre révolutionnaire ayant suffisamment de poids et de vigueur, fait apparaitre une quantité de tendances contuses, qui tendent à fractionner et à limiter les forces de la révolution. Seul le développement du parti révolutionnaire réduira le champ de développement

L'impérialisme et le gouvernement de Siles qui s'appuie sur lui sont très faibles en face de la situation. Leur force véritable réside dans la paralysie politique de la direction de la C.O.B.

Siles doit faire front à cette situation, au milieu de la crise et de la démoralisation complete de son parti, de Etat, de la police, de l'armée, de l'administration. Dès avant le Congrès de la C.O.B. il a dû faire front à des heurts publics entre la police politique et la police en uniforme, laquelle se volatilisa au cours de manifestation et d'actions répressives : également à des heurts entre l'armée et les miliciens du M.N.R., qui en apparence soutenaient le gouvernement. Quand la grève générale se préparait, les soldats de certains régiments résolurent dans leur majorité de ne pas intervenir contre les ouvriers et, si on voulait les obliger à le faire, à tirer sur les officiers. Dans les jours précédant l'éclatement de la grève générale les membres les plus importants du gouvernement retiraient leur argent des banques. Plusieurs fois, Siles tenta de lancer des bandes petites bourgeoises contre les dirigeants ouvriers et n'y réussit pas. Dans ces derniers jours, une résolution du gouvernement désignant un nouveau chef d'état-major ne fut pas reconnue par les officiers et les autres membres de l'état-major qui fermèrent les bureaux de celui-ci. Comme les autres crises, celle-ci fut réglée par une transaction, mais le gouvernement, l'armée, la police, l'Etat tout entier donnent une impression d'instabilité, de crise permanente qui peut éclater à tout moment.

La direction de Lechin, ne profite pas

La confiance des grandes masses en Lechin et dans la direction de la C.O.B. a reçu un rude coup. Les masses luttent seules contre le gouvernement pour lequel leur direction les a amenées à voter dans les dernières élections. Dans ces conditions la révolution s'étend. Les mineurs des mines de Catavi, XX• siècle, Pulacayo, San José, Colquiri, font de grandes manifestations dans lesquelles ils ne reconnaissent pas la destitution de Chavez comme vice-président et avertis-

RNATIONAL E de ces tendances et empêchera qu'elles continuent à peser sur les grandes organisations de masse et à les paralyser, permettant ainsi à l'impérialisme de garder l'initiative et d'essayer que se créent des conditions plus favorables en face de la guerre civile pratiquement inévitable. de cette situation pour accentuer l'intervention ouvrière et ouvrir la voie aux solutions ouvrières, mais ne voit dans les difficultés de Siles qu'une possibilité d'arriver à un accord avec lui. Mais même ces aspirations très modestes de Lechin ne sont pas réalisables. Siles ne peut arriver à un accord avec lui sur la base d'une situation qui laisse subsister l'organisation et la force de la C.O.B., ne serait-ce que de manière potentielle. Malgré toute sa faiblesse, Siles est la carte la plus forte pour l'impérialisme. La vigueur et l'initiative de Siles proviennent de l'impérialisme américain qui ne peut accepter aucune solution ni aucun compromis qui laisse sur pied les conquêtes des masses, le contrôle ouvrier, l'étatisation des grandes ressources minières, les milices armeas, les syndicats, la C.O.B., etc.

Siles, pour le compte de l'impérialisme, se voit obligé de mener la lutte jusqu'au bout. Les délais dont il dispose sont courts. Le développement d'une situation pre-revolutionnaire en Argentine, en Colombie, au Chili, oblige l'impérialisme a mettre en action toute la force possible pour stopper la révolution bolivienne, dont la marche en avant donnerait une impulsion énorme à l'ensemble de la révolution latino-américaine.

La capitulation de la direction de la C.O.B. a été la raison pour laquelle l'offensive de Siles a pu trouver une certaine possibilité de développement, bien qu'elle rencontre en face d'elle la résistance des masses, en premier lieu des mineurs et des paysans. sent le gouvernement qu'il ne doit toucher à aucune de leurs conquêtes. Les paysans réalisent des mesures révolutionnaires dans diverses régions de Bolivie. Les grandes masses minières et paysannes sont debout dans la lutte contre toute tentative de leur voler leurs conquêtes. Elles sentent que celles-ci sont en danger. Elles essayent de faire pression par tous les moyens sur leur direction pour qu'elle lutte. Mais en même temps elles se préparent elles-mêmes à la lutte.

FORCE ET FAIBLESSE DE SILES SUAZO

VERS LA GUERRE CIVILE

FORCE ET FAIBLESSE DE SILES SUAZO

VERS LA GUERRE CIVILE

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LE PARTI REVOLUTIONNAIRE

Encourager ces masses, ouvrir les voies de leur développement, les tourner toutes vers l'action, non vers des actions partielles, locales, comme celles dans lesquelles est forcée de s'exprimer maintenant la force révolutionnaire des masses, mais en poussant la C.O.B. au pouvoir, en impulsant la lutte pour le pouvoir, telle est la tache des trotskystes boliviens, organisés dans le Parti Ouvrier Révolutionnaire. Face a la faillite politique et organisationnelle de la direction de la gauche, face à l'esprit de fuite des dirigeants principaux, le P.O.R. a développé ses positions politiques audacieusement. Le programme du P.O.R. est apparu au Congrès Mineur de Pulacayo, au Congrès de la C.O.B., dans la préparation de la grève générale trahie par les dirigeants. Le parti a présenté la seule perspective cohérente capable de faire avancer les masses dans leur lutte. Dans les conditions actuelles de la Bolivie, le programme des trotskystes a une force énorme parmi les masses, car celles-ci, lorsqu'elles bougent, avancent dans cette direction.

Les délais en Bolivie sont courts. Dans ces délais il est nécessaire non seulement d'appeler à la lutte pour le pouvoir, mais aussi d'organiser cette lutte, d'organiser l'action des masses.

Le P.O.R. a réalisé des pas en avant importants sur cette voie. La récente Conférence Minière du P.O.R., qui s'est tenue a Catavi dans les derniers jours de septembre, a une importance énorme dans ce processus. De même que devant l'offensive de Siles contre la grève générale a la fin de juin, au milieu de la banqueroute et de la débandade de la direction de la C.O.B., le P.O.R. seul apparaissait debout avec clarté et décision. Maintenant, lorsque la vieille direction se désintègre, le P.O.R. développe son action et lance a la préparation de nouvelles actions des masses. Cette action approfondie et étendue sur l'échelle nationale, créera le nouveau centre dirigeant dont ont besoin les masses boliviennes.

Le P.O.R. constitue dans l'étape actuelle de la révolution bolivienne la clef de la situation. Il doit se constituer en une véritable direction qui organise, développe et impulse les forces révolutionnaires des masses dans la lutte consciente pour le pouvoir, pour la C.O.B. au pouvoir, pour le Gouvernement Ouvrier et Paysan. Le P.O.R. peut porter les masses au pouvoir au travers des organisations quelles ont constituées ou constitueront du moment que le Parti, par son action, leur ouvre la voie.

Octobre 1957.

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