" La Russie
Une nouvelle revue vient de paraitre en Angleterre, la revue de la gauche et des Universités. La parution de ce nouvel organe est typique de la situation de nombreux intellectuels britanniques orientés vers le socialisme, qui se trouvent en présence de la crise de la direction fabienne du mouvement travailliste et de la crise de la direction stalinienne du mouvement communiste. Ils veulent à travers des controverses et des recherches contribuer à la solution des problèmes posés à la société en marche vers le socialisme. Une telle tendance ne pourrait avoir que notre sympathie la plus totale. Toutefois nous devons dire que, sauf un article de Deutscher que nous examinerons plus en détail. le premier numéro est malheureusement dominé par cette « méthode » si attrayante pour de nombreux intellectuels en matière de sociologie et qu'ils condamneraient si elle était employée dans d'autres sciences. celle de tout rejeter, de penser qu'on peut partir de zéro et tout reconstruire, et de partir à la recherche scientifique à l'aventure, sans méthode, sans fil directeur, sans principes de base (quitte. en cours de route, à les rejeter, à les rectifier ou à les compléter en fonction des conclusions et des faits).
Naturellement dans ces conditions les pourfendeurs de Marx s'en donnent tant et plus. mais avec quelle manifestation d'ignorance. Ainsi, G.D.H. Cole, s'engageant dans une révision de Marx, écrit :
« La crise (économique) la plus menacante connue jusqu'a maintenant eut lieu en 1931. après des manifestations d'avertissement en 1929 et 1930. Depuis lors. sur une poriode de plus de vingt années. il n'y a pas eu de crise du type familier. Pour la première fois dins l'histoire. le eapitalisme a réussi à se maintenir. dans les pays e pitalistes dirigeants, pour une longue période avee un emploi élevé presque ininterrompu. qui était presque toujours équivalent au plein emploi ».
On peut avoir lu Marx. faire profession d'économiste et écrire des sottises. Depuis vingt ans, le capitalisme se porte bien, contrairement aux prédictions de Marx ! Il se porte bien parce qu'il n'a pas eu de crise du type familier et qu'il conmait le plein emploi! Dans ces vingt ans, il y a eu seulement la deuxième guerre mondiale. Qu'est-ce qu'une guerre l'ampleur de la deuxième guerre mondiale sinon une crise extrêmement intense beaucoup plus destructrice de forces productives qu'une crise familière ?
Le capitalisme se porte bien dans les pays dirigeants; mais plusieurs centaines en transition " de millions d'hommes des pays colonisés se sont arrachés à son joug et la lutte continue sans faiblir.
Quant au plein emploi, il est tout le contraire d'une manifestation de santé du "capitalisme. Marx a montré la nécessité pour le capitalisme de disposer d'une armée industrielle de réserve, d'une masse de chômeurs. Et ces messieurs de l'Economist, qui n'ont que mépris pour les théories de Marx, à intervalles réguliers, souhaitent la formation d'une armée de chômeurs pour rétablir un peu la santé du capitalisme britannique.
Jusqu'à présent, la méthode marxiste s'est montrée la plus capable d'expliquer la marche du monde, d'en montrer les tendances fondamentales et insensé est celui qui la dédaigne pour découvrir on ne sait quoi.
On peut le voir précisément dans l'étude du phénomène du stalinisme et du développement de l'Union soviétique, et c'est seulement grace à la méthode marxiste qu'on a pu expliquer le stalinisme et -comme le fit Trotsky dans la Révolution frahie — en indiquer les contradictions qui prennent aujourd'hui toute leur ampleur.
Nous avons déjà à maintes reprises exposé et discuté les points de vue de Deutscher, car il est incontestablement non seulement un des meilleurs connaisseurs de l'U.R.S.S., mais il aborde l'U.R. S.S. et le stalinisme en se référant d'une manière générale au marxisme. De ce fait. en même temps que nous avions beaucoup de conclusions communes avec lui. nous avions un terrain de discussion beaucoup plus concret là où nos pensées divergent.
Dans l'article « La Russie en transition », paru dans la nouvelle revue britannique, nous retrouvons toute une série d'idées déjà formulées par ailleurs que notre revue a également exposées au cours des dernières années. Il nous parait donc inutile dans ces pages de revenir à ce sujet, d'autant plus que nombre de ces idées qui, il y a quatre ou cinq ans faisaient scandale pour ceux qui ne pouvaient concevoir l'U.R.S.S. que couverte du manteau de Staline, sont actuellement admises par bien des gens, sous le choc des événements qui se succèdent en U.R.S.S. et dans les autres Etats ouvriers.
Ce qui nous parait le plus important à relever dans cet article, c'est que, cette fois-ci encore, nous pouvons voir que la
UATRIE ME pensee de Deutscher est elle aussi en transition I va de soi que nous ne disons pas cela de façon péjorative; il est tout a fait normal que chacun, en face d'événements surtout quand ils sont si importants et si nouveaux dans l'histoire, ajuste sa pensée, la rectifie, la précise, sans pour cela se livrer à du pur empirisme. Nous tenons à noter l'évolution de la pensée de Deutscher, parce que, tandis que sur certains points importaits, elle nous parait se rapprocher de la nôtre, sur d'autres, également importants, nous divergeons protondément.
On sait que la différence principale entre la pensée de Deutscher et la nôtre pourrait se resumer comme suit : tandis qu'il voyait dans la déstalisation un processus relativement graduel vers le retour à la démocratie soviétique, opéré principalement sous la direction bureaucratique s'autoréformant, nous disions que les mesures prises d'en haut constituaient avant tout une méthode d'autodéfense de la bureaucratie et que la démocratie soviétique ne serait rétablie que par une action directe. une révolution politique des masses.
On ne peut pas dire que Deutscher, dans son article, ait ouvertement renoncé à ses conceptions en la matière; mais on y trouve une série de considérants très précieux, des observations très fines qui, - sans se prononcer formellement pour l'idée d'une révolution politique - s'en rapprochent.
Il reprend la marche de la « déstalinisation ». Il explique pourquoi ce sont des staliniens qui devaient nécessairement commencer l'opération.
« Une réforme d'en haut ne pouvait être que l'œuvre de staliniens. Si l'une des vieilles oppositions bolcheviques - trotskyste, zinovieviste ou boukharinienne avait survécu jusqu'à ce jour, Khrouchtchev. Boulganine, Vorochilov et Compagnie auraient certainement été depuis longtemps écartés du pouvoir et des postes influents; et des anti-staliniens auraient effectué la déstalinisation de tout cœur et de manière conséquente. Les vieilles oppositions avaient été exterminées, et de nouvelles ne pouvaient ni se former ni grandir sous le règne stalinien. Mais la rupture avec le stalinisme était devenue une nécessité sociale et politique pour l'Union soviétique; et la nécessité travaille avec le matériel humain qu'elle trouve à sa disposition. Ainsi la tâche qui aurait dû de droit historique être le privilège d'antistaliniens authentiques est revenue aux staliniens eux-mêmes qui ne peuvent l'entreprendre qu'à contre-cœur et hypocritement. "
Deutscher montre également que, commencée par l'intelligenzia, avec un accord partiel des dirigeants économiques et politiques. la déstalinisation englobe des forces nouvelles de plus en plus larges. et avant tout la classe ouvrière. Ce qui se traduit tout d'abord par des revendications égalitaires, tant en matière de salaire que d'éducation.
« Nominalement les ouvriers sont la puissance dirigeante dans la nation. Pen- dant quelque trente années, cette idée a été constamment et avee persistance introduite dans leur tete... Ils ne peuvent manquer de ressentir qu'ils devraient, qu'ils doivent étre la force dirigeante. Mais l'expérience quotidienne leur dit que la force dirigeante, c'est la bureaucratie et pas eux.»
Or. ajoute Deutscher, la bureaucratie ne peut manquer de craindre ces tendances égalitaires qui menacent « sa prépondérance sociale et politique ». Et il résume ainsi la pensée dominante dans de très larges couches bureaucratiques
« Une réforme par en haut? Oui, par tous les moyens. Une renaissance d'un mouvement spontane d'en bas? Non, mille fois non!»
Mais il est impossible de revenir au rég me de Staline.
« Deux tentatives (pour le faire) échouérent et ne servirent qu'à stimuler la tendance réformiste. Une autre tentative ne pourrait avoir d'autres résultats ; elle pourrait seulement intensifier la désintégration du stalinisme ».
D'autre part, note-t-il. les événements de Pologne et de Hongrie ont eu des conséquences en U.R.S.S. ou la situation au début de 1957 se présente avec « deux processus distinets mais interconnectes se développant : la formation d'une nouvelle conscience politique et la formation ou la régénération d'un mouvement de masse spontané. »
De cette constatation, Deutscher se livre à diverses hypothèses sur les rapports réciproques entre les développements réciproques de ces deux prosessus et des éventualités qu'ils ouvreat. Il envisage la possibilité d'une dictature militaire au cas où se prolongerait une période d'instabilité sociale. Mais il penche plutôt vers d'autres conclusions. non par subjectivisme mais compte tenu de l'histoire de IU.R.S.S. :
« Une société qui a passé par tout ce rue la société soviétique a connu, qui a palisé tant de choses et qui a tant souffert, qui a vu au cours de la vie d'une géneration toute son existence successivement effondrée. refaite et transformée jusque dans ses fondations même, et qui a à diverses reprises atteint les plus hauts sommets de l'espoir et de l'heroisme et est descendue aux profondeurs les plus basses de la misère et du désespoir. une telle société ne peut manquer de tirer de sa riche, unique et grande expérience, des idées générales et des conclusions pratiques egalement grandes et de les incorporer dans un programme d'action digne d'elle. De même elle ne peut manquer de produire tôt ou tard les hommes et les femmes suffisamment forts d'esprit et de caractère — une nouvelle « phalange de héros nourris au lait des bêtes sauvages »
- pour transformer ces idées en actes.
Personne ne peut prévoir le rythme effectif des développements historiques. Aux moments de grandes crises, les mouvements de masse spontanés dépassent les groupes politiques, même les plus radicaux, ainsi que leurs programmes et mé-
Q UAT RIEME IN thodes d'action. Il en fut ainsi en Russie en février 1917. Les ouvriers trouvèrent alors dans les Soviets. dans les Conseils de LEURS délégués, les institutions où ils apprirent a harmoniser l'impulsion et la pensée, à éprouver les programmes opposés et à choisir leurs dirigeants... Tout renouveau politique dans la classe ouvrière de l'U.R.S.S. conduira presque certainement à une renaissance des Soviets qui deviendront une fois de plus le terrain de vérification des programmes, des groupes et des dirigeants politiques, et le lieu de rencontre des mouvements spontanés et de la conscience politique. »
De ces lignes, il résulte clairement que la pensée de Deutscher s'oriente vers ce que nous appelons la révolution politique. Dans un tout autre passage de son article, commentant le fait rapporté par Trud d'un ouvrier accostant sur la Place Rouge à Moscou un membre du Soviet Supréme pour lui faire une observation bien sentie sur son bon costume et disparaissant ensuite dans la foule, il ajoute :
« Le jour n'est peut-être pas loin où cet anonyme reviendra sur la Place Rouge, non pour accoster un gros bonnet et libérer furtivement son mécontentement. il reviendra la tête haute, entouré de multitudes, pour exprimer à nouveau le vieux grand cri de l'égalité ».
Nous saluons très chaleureusement cette évolution dans la pensée de Deutscher qui sur ce point saisit les développements qui s'annoncent et par conséquent le rendra encore plus sensible, plus averti aux développements de la société soviétique. Par contre sa position en ce qui concerne les événements de Hongrie nous semble fausquelles il a voulu faire coûte une réalité supposée à ces idées préétablies.
La déstalinisation atteint les pays d'Europe orientale dans des conditions très différentes de celles de l'Union soviétique. Tandis que dans ce pays il n'existe plus de forces susceptibles de rétablir l'ordre bourgeois, dans les pays dits de « démocratie populaire ». on trouve encore très vivaces des forces réactionnaires. Ce point ne fait aucun doute. Mais partant de là, et reprenant les analyses de Trotsky pour I'U.R.S.S. des années qui suivirent la fin de la guerre civile et la N.E.P.. Deutscher se lance dans un raisonnement invraisemblable par analogies.
Il n'y a aucun moyen d'étudier l'histoire ni surtout de fixer de grandes perspectives historiques sans que la pensée ne s'appuie sur des analogies: mais à aucun moment il ne faut transformer ce recours nécessaire en une méthode par analogies qui ne peut conduire qu'à de très importantes erreurs. Dans son étude Deutscher fait allusion à la notion du « Thermidor soviétique » qui, dit-il, ne fut pas une idée des plus lucides de Trotsky lequel, à plusieurs reprises, révisa et modifia cette notion. Il était inévitable que les révolutionnaires russes, au début de la dégérescence de la révolution russe et de l'Etat soviétique, aient eu recours - pour étayer leurs discussions - à l'ana-
TERNATIONALE logie de la révolution française, avec sa période ascendante et sa période descenTante, séparées entre elles par Thermidor. Cette notion fut introduite très töt, et pas par Trotsky, croyons-nous. Celui-ci mit précisement en garde contre ie danger à ne raisonner que par analogie: et c'est pourquoi — au fur et à mesure que la situation se développait, que la nature du phénomène stalinien se précisait - il éprouva , le besoin de mettre au point le sens qu'il fallait concrètement donner à la notion de Thermidor soviétique. Lola de manier cette notion de façon vague, il n'hésita pas à écrire de nombreux articles et même des brochures. pour indiquer dans quelle mesure on pouvait se servir de l'analogie, dans quelle mesure le terme avait été employé correctement et dans quelle mesure il avait eu précedemment la sens ambigu. Deutscher qui étudie précisément actuellement cette partie de la vie et de l'œuvre de Trotsky, le sait tout aussi bien que nous. et néanmoins il va procéder, et sur cette question de Thermidor, à une transposition par analogie de la Russie de 1926 à la Hongrie de 1956 !
Au début de la dégénérescence de l'Etat soviétique, Trotsky, voyant la révolution isolée et aux prises avec des forces restaurationnistes à l'intérieur et à l'extérieur, combattait les courants droitiers dans le parti bolchevik qui croyaient sauver la révolution en composant avec le koulak. Vous ne faites en réalité. disaient les oppositionnels de gauche à la droite, que préparer le terrain aux forces de la contrerévolution capitaliste. L'histoire prit un tour inattendu. La bureaucratie fit bloc avec la droite pour écraser la gauche du parti bolchevik et avec elle, en fait, le parti tout entier comme instrument du pornite la bureaucratie détruisit la droite et c'est alors que le stalinisme connut son époavantable épanouissement. Il n'y eut pas de contre-révolution capitaliste, mais une réaction bureaucratique profonde qui toutefois ne mit pas en calise les nouvelles formes de propriété.
Selon Deutscher, dans la déstalinisation. tandis qu'en Pologne les forces prolétariennes purent tenir en échec les forces de la contre-révolution, en Hongrie, Nagy aurait joué le rôle que Boukharine aurait pu avoir selon les avertissements de Trotsky. Selon Deutscher, ce qui avait commencé comme un conflit interne entre communistes hongrois, se développa en une lutte pleinement déployée entre le communisme et l'anticommunisme (a fully fledged struggle). En Hongrie le peuple voulait ramener l'histoire en arrière, tandis que les tanks soviétiques s'efforçaient de remonter l'horloge cassée de la révolution communiste. « Il est difficile de dire, ajoute Deutscher, qui a agi de la façon la plus tragique et qui a eu le rôle le plus futile et le plus désespéré. »
Malheureusement pour l'argumentation de Deutscher, il reste encore à démontrer qu'il y a eu une lutte fully fledged entre le communisme et l'anticommunisme Hongrie. De toutes les informations sérieuses. il résulte ceci. L'hostilité des masses contre le régime de Rakosi et contre l'occupation soviétique était immense, le combat fut provoqué par la direction stalinienne. Au cours des combats, une grande confusion politique se fit Jour. Des éléments réactionnaires en certains endroits cherchèrent à exploiter la situation pour se livrer à des actes bien limités La seconde intervention soviétique ne fut pas essentiellement dirigée contre ces élémeats réactionnaires (il ne fallait pas tant de forces pour venir à bout d'elles) mais contre les conseils ouvriers. avant + tout parce qu'ils avaient tendance à se fédérer et ainsi à poser le problème du pouvoir sur une base aujourd'hui nouvelle, mais qui n'était autre que la base première du pouvoir soviétique. Deutscher reconnait lui-même que, dans la confusion, c'est vers cela que se tournaient les ouvriers. Dans ces conditions, on ne peut à aucun prix parler de lutte entre le communisme et l'anticommunisme. On ne peut le faire même en recourant à l'analogie de Cronstadt. (Il nous semble qu'il y avait déjà quelque chose de cet ordre dans la pensée de Deutscher au moment de Poznan l'an dernier). On ne peut à aucun titre comparer les directions actuelles des P.C. à la direction du parti bolchevik de 1921; on ne peut comparer les ouvriers actuellement en lutte aux mutins de Cronstadt. On ne peut enfin comparer les deux situations, ni nationalement ni surtout internationalement.
Dans son étude, Deutscher semble voir la construction du socialisme comme constituée par la juxtaposition de processus se développant séparément dans chaque pays ; tandis qu'il est plein d'espoirs pour la marche des événements en U.R.S.S., voit en Europe Orientale le spectre de la contre-révolution.
Il serait faux de e pas voir tout ce qui existe encore comme forces contre-révolutionnaires dans ces pays; il serait surtout faux de ne pas se rendre compte du lourd handicap entrainé par les conditions de la naissance de ces nouveaux Etats et le régime qui leur fut imposé par la bureaucratie soviétique. Néanmoins, même avec ces conditions défavorables, il est tout à fait clair que la contre-révolution y a des possibilités intrinsèques limitées.
En aucun cas il ne faut confoadre la confusion politique existante dans les masses, confusion tout à fait comoréhesible, avec la contre-révolution. Des contre-révoluticanaires ont pu exploiter la situation pour se livrer ici ou là à des exactions, nulle part on n'a vu une tentative de rétablissement des anciens propriétaires ni à la ville ni à la campagne Le phénomène le plus spectaculaire. ce fut l'intervention du cardinal Mindzenty; mais chacun sait que le procès que lui fit Rakosi n'avait précisément pas été le moyen de diminuer son autorité et. tout en appréciant l'importance de l'Eglise catholique comme foyer réactionnaire, le retour de Mindzenty n'était pas encore le signal de la contre-révolution.
Il y avait le retour sur le devant de la scène de la social-démocratie. C'était là le produit de plusieurs facteurs (les anciennes traditions dans la classe ouvrière hongroise, la politique néfaste de Rakosi. la confusion chez les travailleurs...), mais là aussi on ne peut dire que la social70
TERNATIONALE démocratie avait pour programme le retour au capitalisme. sa politique pouvait, dans ses consequences, devenir aussı nefaste que celle des staliniens, elle ne comportait pas le rétablissement du capitalisme.
La confusion était grande, mais il y avait un élément d'une importance exceptionnelle pour la marche ultérieure de la révolution : les conseils ouvriers. Les Conseils des ouvriers de Czepel, des arrondissements ouvriers de Budapest avec leur programme de démocratie prolétarienne (voir par exemple la déclaration des Conseils du 1l' arrondissement de Budapest), non le programme vague de l'émeute de Cronstadt.
La différence des situations tenait aussi énormément dans leur contexte international. La révolution dans le monde n'est pas exsangue, elle n'est pas épuisée, la poussée des masses se fait sentir partout dans le monde. Tandis que 1921 allait marquer en fait le début d'un processus tourmenté dans lequel allait sombrer le plus grand parti révolutionnaire de l'histoire, nous assistons aujourd'hui en raison des conditions objectives, à des « rectifications » d'un parti profondément empirique qui. verbalement tout au moins. font réapparaitre des idées que le stalinisme avait étouffées, et cela dans un pays où les conditions pour la floraison des déformations bureaucratiques sont encore plus marquées que dans l'Union soviétique des premières années de la révolution.
La position de Deutscher est si faible que. quelques paragraphes après avoir parlé en termes si sombres du soulèvement des masses hongroises, il indique que celui-ci a eu, ainsi que les événements de Pologne, des répercussions considérables et bénéfiques en U.R.S.S. Pense-t-il que le sens politique des citoyens soviétiques soit émousse au point qu'ils se sont profondément trompés sur la signification des événements de Hongrie
Non, ce ne fut pas la lutte entre le communisme et l'anticommunisme à laquelle nous avons assisté en Hongrie, ce fut la lutte entre la classe ouvrière et la bureaucratie. Les travailleurs ont été battus en Hongrie dans ce premier combat d'envergure; mais il a laissé des traces protodes dans la classe ouvrière du monde entier. La déstalinisation ne pouvait être un processus essentiellement rempli de mesures bureaucratiques et de discours à la Khrouchtchev. La véritable déstalinisation, ce sera avant tout le résultat de l'action des granses masses. Varsovie et Budapest ne sont en effet, comme le pense Deutscher, que deux réponses non définitives. Le résultat final ne peut faire de doute non seulement pour l'U.R.S.S. mais aussi pour tous les pays où sévit la dictature bureaucratique.
P. F.