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La revue › vol. 15, n° 4-6

La signification du matérialisme militant

Lénine · Quatrième Internationale, vol. 15, n° 4-6 · juin-juillet 1957 · p. 33-38 · 4 279 mots

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Les Editions Sociales tiennent de publier des textes de Lénine « Sur la littérature

Dans ce numéro nous disons tout le bien que nous pensons de ces éditions concernant les classiques du maraisme et de grands penseurs récolutionnaires de tous les temps. Mais il nous faut quelque peu nancer notre opinion dans certains cas, comme ce recueil de Lénine, car le livre stalinien acec des tentes de presentateur s! efforce de faire un

Lénine.

Le présentateur. c'est M. Jean Fréville, véritable auteur d'une boune partie des curres complètes de Maurice Thores ; c'est tout dire.

Dans ce lirre, si on consulte linder des noms cités.

Preste sur Trottey Se re entete intes pare nortroue opinie 15t

29 . Se reporte-t-on à ces pages. on trouve Topinion un article de Lénine du

22 novembre 1921 consacré au livre d'un garde blanc, on peut Tire: « Lorsque Tauteur consacre ses récits à un thème qu'il est absent. Par exemple, le récit qui représente ne connait pas.

Tart en

Lénine et Trotsky dans leur vie privée. Beaucoup de rage, mais peu de ressemblance, aimable citoyen Avertchenko! Je que Lénine cous assure gue et Trotsky ont beaucoup de défauts en général, donc, en particulier, dans leur vie privée. Seulement pour les décrire avec talent, il faut les connaître.

Et cous ne les connaisser pas.»

Ainsi. M. Fréville a omis dans l'indea la page 184 où le nom de Trotsky est mentionné deux fois.

Le même inder cite plusieurs fois le nom de

Vérification faite, il se trouve dans les notes de M. Frécille non

Staline...

dans les textes de Lénine.

Ce n'est pas tout. M. Fréville a présenté ailleurs d'autres tentes de nos classiques, falsifiant littéralement la pensée de ceux-ci en particulier sur les questions de la femme.

du divorce, de lacortement, et défendant les positions erprimées par

Thorez, très peu différentes de celles des prêtres catholiques.* Dans ce livre « Sur la littérature et l'art».

M. Frécille a également procédé à des coupures sur le même sujet.

Ainsi d'un article

1922 important de sur le matérialisme militant.

écrit pour la nouvelle revue « Sous la bannière du marrisme», il n'a troucé à publier qu'un peu plus d'une page (pages 163-165), omettant ce qui démolit ses thèses réactionnaires. Nous donnons ci-après le terte complet de cet article, la partie qui a été publiée par V. Frérille étant en caractères maigres. On notera aussi gue, des les premières lignes de son article.

Lénine fait un éloge sans réserve d'un article de Trotsky paru dans le numéro 1-2 de la recue

« Sous la bannière du marrisme».

M. Frécille ne pourait vraiment pas publier ces lignes de Lénine.

Les problèmes généraux que la revue Sous la bannière du marxisme aura à traiter ont déjà été indiqués dans leurs aspects les plus essentiels par le camarade Trotsky dans son article splendide paru dans le numéro double (N° 1-2) de la revue, et mes remarques seront limitées à queiques-unes des questions soulevées dans la déclaration de la rédaction publiée comme introduction dans le même numéro et portant plus directement sur la matière du sujet et la méthode. La déclaration que je viens de mentionner déclare que tous ceux qui se sont rassemblés comme édifeurs et collaborateurs de la revue

Sous la bannière du marxisme sont des matérialistes conséquents, bien que tous ne soient pas des communistes. A mon avis, cette collaboration entre communistes et non-communistes est absolument essentielle ef met l'activité de la revue sur une base correcte. L'idée que les révolutionnaires seuls sont capables d'accomplir eux-mêmes une révolution est une des erreurs les plus graves et les plus dangereuses dans laquelle les communistes et en général les révolutionnaires qui ont réussi à faire les quelques premiers pas sur la voie d'une grande révolution - sont capables de tomber. En fait, servir d'avant-garde de la classe la plus vitale et la plus progressive est tout ce que les révolufionnaires peuvent faire. Sans comprendre parfaitement cette maxime et sans agir de manière conséquente conformément à elle, aucun travail révolutionnaire tant soit peu valeureux ne sera jamais accompli avec le moindre degré de succès. Pour réaliser sa mission, l'avant-garde ne doit jamais perdre le contact avec les masses à la tête desquelles elle se trouve et qu'elle doit effectivement mener toutes de l'avant. Sans coopération avec les non-communistes dans toutes les diverses sphères l'activité il ne peut être question de travail communiste constructif.

Ceci est vrai en ce qui concerne la tâche entreprise par la revue Sous la bannière du marxisme, à savoir la défense du matérialisme et du marxisme. " y a heureusement une tradition assez riche d'idées matérialistes imprégnant le principal courant de la pensée sociale progressive en Russie. Outre G. V. Plekhanov, il suffira de mentionner à ce sujet Tchernichevsky dont les vues ont laissé bien loin en arrière les populistes modernes, tels que les socialistes-nationaux, les socialistes-révolutionnaires et autres. En quête d'une trine philosophique à la mode, bien que réactionnaire, il ont été dévoyés par ce qui était proclamé le dernier mot de la science européenne moderne, ne parvenant pas à détecter la servilité bourgeoise, la régression, les préjugés bourgeois, cachés sous bien des formes et nuances derrière le vernis extérieur de cette prétendue science.

En tout cas, nous avons encore un certain nombre de matérialistes en Russie qui n'appartiennent pas à ce jour au camp communiste et qui probablement n'ont pas l'intention de rejoindre ce camp pendant un certain temps. Il est de notre devoir impérieux d'obtenir la coopération des matérialistes militants et conséquents parmi eux pour notre lutte contre les préjugés philosophiques et contre la réaction philosophique de la société prétendument cultivée.

Les idées et doctrines philosophiques prédominantes aujourd'hui dans les pays bourgeois et jouissant de la reconnaissance des journalistes et savants bourgeois ont été exactement caractérisées du point de vue marxiste dans une seule expression concise et savoureuse de Dietzgen (à ne pas confondre avec le jeune Dietzgen, son fils, un petit écrivain à très vastes prétentions mais de très peu de valeur) selon laquelle la plupart des professeurs de philosophie dans la société moderne ne sont réellement guère autre chose que des « laquais brevetés du cléricalisme ».

Une telle caractéristique est naturellement très déplaisante pour nos intellectuels russes aussi bien que pour leurs collègues d'autres pays qui aiment à se considérer comme progressifs. Mais c'est précisément parce que cette caractéristique est vraie et que la vérité est souvent dénlaisante. Il suffit de prendre en considération la dépendance absolue de l'intellectuel moderne envers la bourgeoisie dirigeante, politiquement, socialement, économiquement et par diverses autres voies, pour réaliser dans quelle mesure cette caractérisation piquante de Dietzgen est vraie. Pour avoir une idée politique de classe de la bourgeoisie d'une part, qui maintient et nourrit toutes sortes de cultes religieux, et le contenu idéologique de la plupart des doctrines philosophiques à la mode aujourd'hui d'autre part, il suffit de rappeler la majorité écrasante des doctrines philosophiques germant constamment si abondamment dans les divers pays d'Europe, en commençant par celles qui naquirent en avec la découverte du radium et en finissant par celles qui s'efforcent à présent de prendre pied dans la théorie d'Einstein.

Il s'ensuif que la revue qui aspire à devenir le porte-parole du matérialisme militant doit, en premier lieu, être un organe combatif dénonçant sans répit et clouant au pilori tous les « laquais brevetés du cléricalisme » modernes, qu'ils se présentent en tant que représentants officiels de la science ou qu'ils paradent en francs-tireurs se qualifiant eux-mêmes de démocrates radicaux ou d'idéalistes socialistes.

En second lieu, une telle revue doit aussi être l'organe de l'athéisme militant. Cette question (de la propagande athée), est à la charge de l'un de nos départements ou institutions gouvernementaux qui sont toutefois apparemment affectés par les conditions générales de notre bureaucratisme vraiment russe bien que de nature soviétique et s'occupent de cette tâche d'une manière très insatisfaisante et très cavalière ! Il est donc d'une importance extrême qu'une revue se consacrant aux problèmes du matérialisme militant conduise en même temps une campagne infatigable de propagande pour l'athéisme, complétant corrigeant et intensifiant ainsi le travail des institutions étatiques dans ce domaine. || est nécessaire de suivre de près la littérature en toutes langues traitant de ce sujet, de publier des traductions ou des résumés, au moins de tout ce qui, ayant quelque valeur, est publié dans cet ordre de pensée.

Engels a depuis longtemps recommandé aux dirigeants du prolétariat contemporain de traduire, pour la défense en masse dans le peuple, la littérature militante athée de la fin du

XVIII• siècle. A notre honte, nous ne l'avons pas fait jusqu'à présent (une des multiples preuves du fait qu'il est bien plus facile de conquérir le pouvoir à une époque révolutionnaire

QUATRIEME •INTERNATIONALE que de savoir user justement de ce pouvoir). On justifie parfois notre indolence, notre inaction et notre maladresse par toute sorte de considérations « supérieures »: par exemple, il paraîtrait que la vieille littérature athée du XVIII siècle est désuète, non scientifique, puéetc. Il n'y a rien de pire que de pareils sophismes pseudo-scientifiques, qui masquent soit le pédantisme, soit une incompréhension complète du marxisme. Sans doute, on trouvera bien des choses non scientifiques et puériles dans les œuvres athées des révolutionnaires. du XVIII siècle. Mais personne n'empêche les éditeurs de ces ouvrages de les abréger et de les munir de courtes postfaces en indiquant les progrès réalisés dans la critique scientifique des religions par l'humanité depuis la fin du XVIII siècle, en mentionnant les ouvrages les plus récents qui s'y rattachent, etc. La plus grande et la pire des fautes que puisse commettre un marxiste serait de croire que les masses populaires, formées de nombreux millions d'êtres humains (et surtout les masses de paysans et d'artisans), vouées par toute la société moderne aux ténèbres, à l'ignorance et aux préjugés, ne peuvent sortir de ces ténèbres que par la voie directe d'une instruction purement marxiste. Il est indispensable de donner à ces masses les matériaux les plus variés de propagande athée, de leur faire connaître les faits pris dans les domaines les plus divers de la vie, de les aborder de toutes les façons pour les intéressés, les tirer de leur sommeil religieux, les secouer de tous les côtés par les moyens les plus divers, etc.

La propagande athée menée parmi elles doit être variée en matière de sujets et doit se rapporter à des faits de différents domaines de la vie.

La polémique ardente, vive, pleine de talent, des vieux athées du XVIII siècle, qui attaquait de façon spirituelle, ouverte, la prêtaille régnante, se montrera bien souvent mille fois plus apte à tirer les gens de leur sommeil religieux que les exposés du marxisme, fastidieux, arides, presque entièrement dépourvus d'exemples habilement choisis qui les illustrent, exposés qui dominent. dans notre littérature et qui (il est inutile de le dissimuler) déforment souvent le marxisme. Toutes les œuvres de quelque importance de Marx et d'Engels ont été traduites dans notre langue. La crainte de voir le vieil athéisme et le vieux matérialisme ne pas être complétés chez nous par les amendements qu'y ont apportés Marx et Engels, est dépourvue de tout fondement. L'essentiel et c'est justement ce qu'oublient le plus souvent nos communistes, soi-disant marxistes, mais qui en fait ne font que dénaturer le marxisme l'essentiel, c'est de savoir intéresser les masses qui n'ont encore aucune culture par une attitude conciente à l'égard des questions religieuses et par une critique éclairée des religions.

D'autre part, on prend les critiques religieux scientifiques modernes que ces représentants de la culture bourgeoise, dans la plupart des cas, complètent et modifient leurs réfutations des préjugés religieux dominants des raisonnements qui les démarquent aussitôt comme les serfs idéologiques de la bourgeoisie ou comme les « laquais brevetés du cléricalisme ».

Pour illustrer ce point, les deux exemples suivants suffiront : en 1918, parut un petit livre du professeur R.U. Vipper sur « l'origine du christianisme » (édité par Faros, Moscou). Traitant des principaux résultats des découvertes de la science moderne, l'auteur non seulement ne prend pas le bâton contre les superstitions et la phraséologie religieuses, dont l'Eglise tire profit pour faire progresser ses desseins séculiers et politiques, mais, restant silencieux sur toute la question, il termine avec la prétention la plus absurde et la plus réactionnaire de s'être placé à la fois au-dessus des « extrêmes » matérialistes et idéalistes. Ceci équivaut à se placer au service de la bourgeoisie dominante qui dépense des centaines de millions de roubles, sur les profits extorqués de la sueur des travailleurs, pour maintenir la religion dans le monde entier. Un autre exemple est celui du savant allemand bien connu Arthur Drevs. Dans son ouvrage le « Mythe du Christ », l'auteur apportant des preuves contre l'existence du Christ, détruit de nombreuses superstitions courantes et de nombreuses traditions religieuses. Mais vers la fin de son ouvrage, l'auteur insiste sur la nécessité de la religion qui aurait seulement besoin d'être rénovée, purifiée et rendue suffisamment sage pour être capable de résister « aux assauts du courant grossissant constamment du rationalisme » (4' édition allemande, 1910, page 238). Nous avons là un parfait réactionnaire se plaçant délibérément et ouvertement du côté des exploiteurs et s'efforçant de les aider en remplaçant les vieux fanatismes et les superstitions religieuses décadentes par de nouvelles espèces qui s'avéreraient encore plus corrompues et vicieuses.

La conclusion qu'il faut en tirer n'est pas que nous ne devons pas faire traduire cet ouvrage de Drevs ; non, elle est qu'en coopérant dans une certaine mesure avec les membres progressifs de la bourgeoisie, les communistes et les véritables matérialistes doivent invaFiablement dénoncer et stigmatiser tout tournant réactionnaire de la part de ces alliés; et une autre implication est que, puisque en combattant la bigoterie régnante, nous sommes tenus de nous allier dans une certaine manière et dans une certaine mesure même avec des hommes, comme Drevs, ce serait quasiment trahir le marxisme et le matérialisme que

VATRIEM E •INTERNATION A LE d'esquiver une alliance dire à une période pendant laquelle la bourgeoisie était encore une classe révolutionnaire.

Publiée pour servir de représentant du matérialisme militant, la revue Sous la bannière du marxisme, doit accorder une bonne partie de son attention à la propagande athée, publiant des revues de la littérature traitant de ce sujef et corrigeant les nombreux défauts de notre travail gouvernemental dans ce domaine d'activité. Il est particulièrement important d'utiliser à ce sujet ces livres ef brochures qui confiennent un certain nombre de faits et des exemples concrets illustrant et établissant le lien entre les intérêts de classe et les organisations de classe de la bourgeoisie d'une part, et les organisations des institutions religieuses et de propagande religieuse d'autre part. Sous ce rapport il serait particulièrement intéressant d'étudier tous les témoignages concernant les Etats-Unis d'Amérique. Dans ce pays, le lien entre le capital et la religion, en ce qui concerne l'Etat sous la forme d'organismes officiels, est moins visible. Mais, précisément à cause de cela, il fournit une vue beaucoup plus ciaire démocratie moderne devant l'autel de laquelle nos mencheviks, socialistes-révolutionnaires et même quelques anarchistes se prosternent si stupidement ne représente rien de plus que la liberté de propager tout ce qui profit de la bourgeoisie, à savoir les idées réactionnaires de toutes sortes, la bigoterie religieuse, la justification des exploiteurs, etc.

On veut espérer que la revue, aspirant à être l'organe du matérialisme militant, donnera à ses lecteurs des revues de la littérature athée, indiquant en même temps de quelle manière tel ou tel livre peut satisfaire aux besoins de telle ou telle catégorie de lecteurs, et soulignant aussi lesquels peuvent déjà être obtenus en traduction russe (en ne tenant compte que des traductions assez bonnes qui existent en grand nombre) et ceux qui doivent encore être publiés.

Én plus de l'alliance avec les matérialistes non communistes, il est aussi, sinon plus, important encore pour que le matérialisme militant puisse accomplir sa mission, d'obtenir la coopération de ces savants qui tendent vers le matérialisme et qui ont le courage de le propager et de le défendre en opposition aux vacillations philosophiques à la mode vers l'idéalisme et le scepticisme qui prédominent dans la prétendue société cultivée d'aujourd'hui.

L'article de A. Timiriazev sur la théorie de la relativité d'Einstein, paru dans le numéro 1-2 de Sous la bannière du marxisme, nous fortifie dans l'espoir que la revue réussira à établir également cette seconde forme de coopération. Mais cette question doit recevoir plus d'attention, car il faut avoir à l'esprit le fait que les sciences physiques passent actuellement par une période de changements révolutionnaires formidables qui entraînent l'apparition de nombreuses écoles et doctrines philosophiques de diverses descriptions.

Aussi le problème qui consiste à étudier les questions qui se présentent en liaison avec cette révolution dans les sciences physiques et à obtenir des savants qu'ils participent au travail d'une revue philosophique s'occupant de cette étude est-il un problème sans la solution duquel le matérialisme militant ne serait ni matérialiste ni militant. L'affirmation de Timiriazev dans l'article dont il vient d'être question selon laquelle, bien que Einstein lui-même ne milite pas activement contre les principes fondamentaux en aucune manière, sa théorie a cependant été saisie dans ce but par beaucoup d'intellectuels bourgeois dans de nombreux pays, est vraie non seulement en ce qui concerne Einstein, mais ment un grand nombre, sinon la majorité des grands réformateurs dans le domaine des sciences physiques depuis la fin du 19° siècle.

Pour avoir une altitude intelligente à ce sujet, il faut comprendre que, sans une base philosophique saine, ni les sciences naturelles ni le matérialisme ne pourront résister aux empiètements des idées bourgeoises ni à la recrudescence de l'idéologie bourgeoise. Pour pouvoir tenir son poste dans cette lutte et pour la mener à une fin victorieuse, le savant doit être un matérialiste dans le sens moderne du terme, c'est-à-dire qu'il doit être un matérialiste dialectique. A cette fin, les collaborateurs de Sous la bannière du marxisme, doivent organiser des études systématiques de la dialectique de Hegel d'un point de vue matérialiste, la dialectique appliquée avec beaucoup de succès par Marx dans son Capital et dans ses œuvres historiques et politiques. L'éveil quotidien de nouvelles classes dans l'Est (au Japon, en Inde, en Chine, etc.), à la vie et à la lutte, l'éveil de centaines de millions d'êtres constituant la plus grande partie de la population du globe, dont l'inertie historique et la torpeur contribuaient pour une grande mesure à la stagnation et à la turpitude qui prédominaient jusqu'à maintenant dans beaucoup des pays plus avancés d'Europe, l'éveil de ces nouvelles classes et nations à la vie et à l'activité, amène chaque jour une confirmation nouvelle de la théorie marxiste.

A vrai dire, l'étude, l'interprétation et la propagation de la dialectique hégélienne de la manière suggérée ne constitueront pas une tâche aisée, et les premiers pas sous ce rapport pas dépourvus d'erreurs. Mais seuls ceux qui ne font rien ne commettent pas d'erreurs. Prenant pour base l'application matérialiste de la dialectique hégélienne par Marx, nous pouvons et nous devrons la montrer dans toutes ses phases, en publiant dans la revue des extraits des plus importantes œuvres de Hegel, en les interprétant du point de vue matérialiste, en citant des exemples de l'application par Marx de la dialectique, et en faisant usage également de la dialectique dans les domaines de la polifique et de l'économie, avec des exemples fournis très abondamment par les événements de l'histoire récente, en particulier ceux de la guerre impérialiste et de la Révolution.

A mon avis la rédaction et les collaborateurs de Sous la bannière du marxisme devraient former une sorte de société de matérialistes pour l'étude de la dialectique hégélienne. Les savants d'aujourd'hui (à condition qu'ils sachent comment chercher et que nous apprenions à les aider à ce sujet), trouveront dans l'interprétation matérialiste de la dialectique hégélienne un bon nombre de réponses aux questions qui se présentent à eux en liaison avec la révolution dans la physique et qui, trompant les admirateurs des voies bourgeoises, les amènent dans les camps de la réaction.

A moins que cette tâche ne soit entreprise et menée systématiquement, nous n'aurons pas un matérialisme militant mais, pour employer le langage de Chichedrine, un matérialisme qui serait plus près de succomber que de vaincre. Si cette tâche n'est pas accomplie, les physiciens resteront plutôt aussi impuissants que par le passé dans leurs conclusions et généralisations philosophiques, car la physique ne pourra maintenir ses positions changements révolutionnaires formidables qu'elle traverse en conséquence de ses progrès rapides, sans se placer sur une base philosophique correcte.

En conclusion, je voudrais citer un exemple de plus qui, tout en n'appartenant pas au domaine de la philosophie, appartient en tout cas à la catégorie des questions sociales auxquelles nofre revue prévoit aussi d'accorder une certaine attention.

L'exemple que je vais citer est un parmi beaucoup de la manière dont une prétendue science moderne sert en réalité de moyen de propagation de vues réactionnaires de la nature la plus grossière ef la plus dégradante.

Il y a peu de temps j'ai reçu une copie de l'Economiste, une revue publiée par la onzième division de la Société de Technique russe. Le jeune communiste qui m'envoya cet exemplaire -- dont il n'avait évidemment pas eu le temps de se familiariser avec son contenu assez insouciant pour me le recommander plutôt chaleureusement. Mais, en fait, la revue reflétait l'idéologie du servage moderne - bien que je ne puisse dire dans quelle mesure elle le faisait si délibérément - enveloppée, bien entendu, dans un manteau de science, de démocratie, etc.

La revue contient une investigation étendue, prétendument sociologique, par un certain P.A. Sorokin « Sur les effets de la guerre ». Le savant article est rempli de références fout • aussi savantes d'auteurs d'ouvrages « sociologiques » ainsi que de ceux de ses nombreux maitres et collègues à l'étranger. Laissez-moi vous vous donner un échantillon de ce savant matériel. A la page 83, nous lisons : « Pour chaque fraction de 10.000 mariages à Petrograd il y a 92,2 divorces (un chiffre fabuleux) et pour 100 mariages dissous 51,1 avaient eu une durée de moins d'un an, 11 moins d'un mois, 22 moins de deux mois, 41 moins de 3 à 6 mois, et 26 seulement plus de six mois. Ces chiffres montrent que le mariage civil moderne n'est rien d'autre qu'un paravent pour des rapports sexuels illicites, fournissant une occasion aux amateurs de fredaines de satisfaire « légalement » leurs désirs ». (Economiste, No 1, page 83).

Il n'y a pas de doute que le monsieur qui a écrit cela et les membres de la Société de cetérente de la democratie se sel ont ros of est de se co se considèrent comme des des réactionnaires féodaux et des « laquais brevetés du cléricalisme », ce qu'ils sont vraiment.

La moindre connaissance de la législation du mariage ef des lois concernant le divorce et les enfants illégitimes dans les pays bourgeois, ainsi qu'une certaine connaissance des conditions réelles existant dans les pays bourgeois à ce sujet, prouveront à quiconque est intéressé à ce sujet que la démocratie moderne bourgeoise, même dans les républiques bourgeoises les plus démocratiques, traite la femme et l'enfant illégitime tout comme le faisait le servage.

Ceci n'empêche pas les mencheviks, les socialistes-révolutionnaires ef quelques-uns des anarchistes, ainsi que leurs prototypes dans les pays occidentaux, de pousser des cris sur la démocratie et sa violation par les bolcheviks. Mais, en fait, pour ce qui a trait à des questions affectant directement les intérêts d plus de la moitié de la population dans tout pays, la révolution bolchevique a été la révo- lution démocratique la plus conséquente. A la différence des nombreuses révolutions bourgeoises la précédant et prétendant être des révolutions démocratiques, la Révolution bolchevique pour la première fois dans l'histoire a pris une position déterminée dans cette matière contre le servage et la régression d'une part, et contre l'hypocrisie des classes dirigeantes ef possédantes d'autre part.

En prétendant que 92 divorces sur 10.000 mariages représentent un chiffre fabuleux, M. Sorokin ne laisse d'autre choix que de penser que lui-même a été élevé et a passé sa vie dans un monastère si isolé de la vie réelle que son existence même sur la terre est difficilement croyable ou bien qu'il déforme simplement la vérité pour la réaction bourgeoise. Qui connaît fant soit peu de choses sur les conditions dans les Etats bourgeois sait que le nombre réel des divorces là (y compris, bien entendu, ceux qui n'ont pas reçu la sanction de l'Eglise ou de la loi) est bien supérieur à 92. La différence entre la Russie et tous les autres pays à ce sujet est que les lois russes ne tolèrent ni l'hypocrisie ni l'incapacité civile de la femme et de l'enfant, mais déclarent publiquement une guerre incessante au nom de l'Etat contre toutes les formes d'hypocrisie et d'incapacité.

Ce sera la tâche d'un périodique marxiste de militer contre les points de vue féodaux des prétendux gentilshommes modernes de ce type. Il est tout à fait probable que bon nombre d'entre eux reçoivent leurs appointements de la Trésorerie gouvernementale, étant au service du gouvernement, peut-être en tant qu'éducateurs de la jeunesse, une fonction pour laquelle ils sont aussi qualifiés qu'un séducteur confirmé au poste de directeur d'une école pour petits enfants.

La classe ouvrière de Russie a su conquérir le pouvoir étatique, mais elle n'a pas encore appris à s'en servir. C'est pourquoi de tels éducateurs et de tels membres de sociétés savantes n'ont pas encore été renvoyés, d'une manière très polie, dans les pays de démocratie bourgeoise auxquels de tels réactionnaires appartiennent réellement. (Sous la bannière du marxisme, No 3, 1922.)

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