Khrouchtehev s'est mis à la tête d'une profonde réorganisation de la gigantesque machine bureaucratique qui pese sur la vie économique et politique PU.R.S.S. Multiples sont les buts recherchés à travers la « démocratisation » économique et d'autres reformes en perspective afin de décongestionner l'appareil administratif de l'Etat, du parti et des syndicats.
Mais fondamentalement toutes ces mesures visent à stopper la sclérose de l'appareil bureaucratique et à améliorer son rendement productif tout en élargissant sa base. Elles font apparaitre clairement à quel point le développement monstrueux de la bureaucratie qui a suivi l'écrasement de la démocratie prolétarienne U.R.S.S. est devenu une entrave majeure aussi bien au progrès économique qu'à la renaissance culturelle et politique du pays.
Les « thèses » de Khrouchtchev pour « une meilleure direction de l'industrie et de la cons ruction ea U.R.S.S. » ont donné des exemples éloquents sur les consequences aconomiques de la prolifération et de la toute-puissance d'une bureaucratie haute nent centralisée: incohérence du plan par faute de coordination et de contrôle efficaces. gaspillages en matériaux, énergie, heures de travail et capacités personnelles; développement gigantesque du personnel administratif « improduc-
La discussion des « thèses » dans la presse et ensuite au Soviet suprême ont fourni d'autres exemples des ravages provoqués par le fléau bureaucratique. En décidant la « décentralisation » de l'économie sovietique et sa réorganisation selon le principe territorial, Khrouchtehev et la tendance qui le soutient au sein du P.C. ont pris le risque d'une expérience qui n'a pas l'approbation unanime de la direction politique de la bureaucratie soviétique.
On l'a vu clairement lors de la discussion publique des thèses et ensuite dans ce qui s'est passé au Soviet suprême.
Dans la mesure où la ligne générale des « theses » appuie les éléments de la bureaucratie directement fee a production (directeurs des entreprises. ingénieurs, techniciens). au détriment des éléments des ministères centraux et des bureaux, elle provoque naturellement les reticences sinon l'opposition tout court de ces éléments. Dans la discussion publique des « thèses », plusieurs représentants de cette fraction importante de la bureaucratie administrative sont intervenus pour critiquer les «thèses » et brandir le spectre d'une incohérence encore plus grande du Plan, à la suite des tendances nationalistes et régionalistes que leur application ne manquerait pas, selon eux, de provoquer.
Ensuite, lors de la session du Soviet suprême en mai, session curieusement courte, aucun autre dirigeant principal que Khrouchtehev lui-même n'est intervenu pour plaider avec chaleur la cause des « theses ».
Par contre, on peut raisonnablement supposer ces dernières trouvent un appui solide parmi les cadres économiques techniques de la bureaucratie qui voient leur rôle et leurs s attributions renforcees, ainsi que dans la bureaucratie nationale de chaque République, qui reçoit elle aussi également une promotion analogue.
Le résultat final de la « décentralisation » pourrait être ainsi un renforcement considérable de la base de la bureaucratie. Les « thèses », il est vrai, parlent également du renforcement des attributions des soviets. des syndicats et des comités d'usines, mais de manière fort succincte, particulièrement en ce qui concerne ces derniers.
La « décentralisation » économique correspond d'autre part à des préoccupations militaires, liees a la stratégie atomique. En enlevant aux ministres centraux de Moscou la direction de quelque deux cent mille entreprises et cent mille chantiers, et en divisant P'U.R.S.S. en un certain nombre de régions économiques jouissant d'une large économie, on pare — dans une certaine mesure - à l'éventualité d'une destruction du Centre unique, ce qui entrainerait la paralysie du système dans son ensemble.
Les réformes décidées dans le domaine économique proprement dit seront suivies. selon Khrouchtehev. par d'autres, y compris dans le domaine du P.C. de TU.R.S.S. et de son Comité central. Cette dernière perspective déja esquissée pourrait très bien être l'épuration de toute une tendance au sein du P.C. particulièrement hostile à Khrouchtchev.
Le décongestionnement bureaucratique et le renvoi d'un nombre aceru « d'improductifs » dans les usines et les champs seront poursuivis. Il s'agit la de promesses qui visent à satisfaire les masses de plus en plus indignées du parasitisme adresses tique i Cente in des atioes de te de ondes gun os a fedemple de cires Cette indignation monte de partout, que ce soit dans les lettres de Doudintsev « L'homme ne vit pas seulement de pain ».
Le mal maintenant généralement désigné, fustigé, dont souffre P'U.R.S.S.. a un nom bien précis: c'est la bureaucratie. Khrouchtchev s'efforce en la délogeant des bureaux pour la plonger davantage dans la sphère de la production. Il considère que, de cette manière, à la fois il la réhabilite devant les masses et stimule les forces productives enrayées par l'existence parasitaire d'une caste si nombreuse et puissante.
La survivance politique de Khrouchtehev tendance est liée à un certain
Khrouchtchev n'a probablement à la crise a ébranlé la direction politique de la bureaucratie soviétique suite des ments de Pologne et de Hongrie que grâce au succès marqué en 1956 par sa politique agricole des « terres vierges ».
« L'année dernière déclare-t-il triomphant dans «thèses ». plus d'un milliard de pouds de plus qu'en 1955. Jamais encore notre pays n'avait récolté autant de blé que l'année dernière. »
Mais il suffirait d'une mauvaise récolte sur ces terres encore mal irriguées et dépourvues d'installations tant soit peu confortables pour la jeunesse ardente qui s'y est installée, pour que le record de 1956 s'efface et fasse apparaitre dans toute sa gravité le problème agricole, toujours non résolu en U.R.S.S.
Khrouchtchev, il est vrai, encouragé par ce résultat ainsi que par le developpement de l'élevage des pores (qui a doublé depuis depuis 1953), a fait miroiter dernièrement devant les soviétiques d'autres économiques possibles dans un avenir très proche. Réfutant l'argument de certains économistes soviétiques qui n'envisagent la parité avec les Etats-Unis dans la production de viande par tete d'habitant qu'aux environs de 1975. il a affirmé que cette parité ainsi que celle concernant la production du beurre et du lait est maintenant une question de quelques années seulement. Son optimisme est basé sur leffort possible que pourraient fournir les pavsans soviétiques encouragés par de nouvelles concessions importantes du régime à leur égard.
Après la diminution des impôts et l'augmentation des prix arricoles bénéficié les paysans. ils n'auront plus, à partir de l'année proehaine. l'Etat la production de leurs lopins individuels de terre. Le « climat politique les campagnes » s'améliore, affirme Khrouchtchev, et il se peut qu'en partie il en
Seulement, il ne faut pas oublier que l'essor de l'agriculture ne peut aller de pair qu'avee un essor parallèle de l'industrie légère. branche encore toujours négligée par Khrouchtehev. Ensuite que la comparaison production par tête d'habitant des Etats-Unis doit tenir compte du fait que dans ce dernier la main-d'œuvre agricole n'absorbe que 1/10 de la main-d'œuvre totale. En U.R.S.S., au contraire, 57% de la population vit toujours dans les campagnes.
Les paris économiques de Khrouchtehev ont incontestablement une base objective : les progrès réels déjà accomplis aussi bien par l'industrie que l'agriculture soviétique et les possibilités immenses de l'économie planifiée. Mais ces paris restent quand même subordonnés à l'évolution du facteur politique. qui pose la question de la bureaucratie. Aucune réorganisation de celle-ci ne peut éliminer son rôle d'entrave majeure à l'éclosion des possibilités économiques du système, aussi longtemps qu'elle ne se soumettra au contrôle des masses démocratiquement organisées et pleinement associées sur une telle base à la gestion de l'économie et de l'Etat.
C'est là le problème capital autour duquel se centre du reste de plus en plus la lutte politique en U.R.S.S.. engagée sous diverses formes et manières dans les usines et les kholkoz entre les masses et la bureaucratie.