En octobre et novembre derniers, ouvriers polonais et hongrois étaient à la pointe du combat contre le régime bureaucratique.
Les ouvriers hongrois furent battus après un combat héroïque, et la Hongrie connait à présent un régime très voisin, sinon identique à celui qu'elle a connu sous
Rakosi. Mais, tôt ou tard, on s'apercevra que la révolution a laissé des traces profondes, que la défaite a préparé une victoire plus brillante encore.
En Pologne, à la différence de la Hongrie, les gouvernants soviétiques avaient dû accepter le fait accompli, c'est-à-dire l'élimination du Bureau Politique Polonais des hommes qui leur étaient dévoués et la remise de la direction du pouvoir à Gomulka.
Du 8º Plenum du C.C. qui, sous la pression des ouvriers polonais armés et mobilisés dans les usines, avait procédé au changement de direction au 9º Plenum qui s'est tenu dans le courant de mai, quel est le chemin parcouru ?
Tandis qu'au 8 Plenum. Gomulka dans son rapport concentra tous ses feux contre les natoliniens, au récent Plenum il mena une lutte «sur deux fronts », plus précisément il commença par attaquer ceux de ses alliés d'octobre qui trouvaient que la révolution n'allait pas assez loin et il se retourna contre les natoliniens mais seulement après que ceux-ci se soient lancés dans une forte offensive contre lui.
Le Plenum s'est terminé par un savant dosage des mesures organisationnelles qui permet à Gomulka de poursuivre son jeu d'équilibre. La raison principale invoquée très couramment par tous les supporters de Gomulka, c'est la présence du « voisin de l'Est », de la nécessité de ne pas le provoquer à une réaction à la hongroise avec ses 30 ou 35 divisions cantonnées sur le territoire polonais, ete... doute que le « voisin de l'Est » pèse sur la politique polonaise, mais pour la direction de Gemulka, beaucoup moins une cause importante de sa politique qu'une bonne exeuse pour la poursuivre.
Nous avons, dans nos précédents numéros. indiqué le caractère de la
En octobre, elle s'était servie des ouvriers, des intellectuels et des direction de Gomulka arti. qui ne cherchait pas a stimule la révolution des masses, mais à canaliser celles-ci, pour éviter précisément des bouleversements révolutionnaires.
Au cours du 9• Plenum, les natoliniens ont attaqué Gomulka pour avoir reculé sur la collectivisation dans les campagnes, soutenu les conseils ouvriers et pratiqué der er point comuka se trottait une pelitique religieuse de compromis. Sur ce dernier point. coincé par la politique stalinienne qui avait donné aux prêtres une auréole de martyr et il devait chercher à éviter un conflit qui aurait avant tout servi la réaction. Le recul en matière de collectivisation des campagnes était, si l'on peut dire, encore plus justifié. La marche au socialisme dans les campagnes ne se mène pas par les mêmes méthodes que la lutte entre le prolétariat et le capitalisme. On ne peut user de la coercition pour remplacer la technique insuffisante et la non-conviction très larges couches de paysans pauvres et moyens ; sinon on risque soit de soulever à bref délai des révoltes soit de provoquer à court et à long terme de graves turbations dans la production agricole.
Quant à l'attaque natolinienne sur la question des conseils ouvriers, elle était dirigée en fait en sens opposé à celle qui pouvait et devait être légitimement mence contre Gomulka d'un point de vue ouvrier. La question des conseils ouvriers et de leurs pouvoirs n'a pas été posée par Gomulka mais par les ouvriers. Elle a éta posée par eux, comme par les ouvriers hongrois a la même époque, comme elle le sera demain sans aucun doute par les ouvriers soviétiques. non en termes doctrinaux, non sous forme de désirs, mais dans la réalité. par la création de conseils. par le fonctionnement de ceux-ci.
Les conseils en Pologne ont tendu à jouer non seulement un rôle revendicatif ou même de participation au contrôle et à la gestion de l'entreprise et ment, par la logique même de toute la situation un rôle de « direction politique dans le pavs ». Il n'y a là aucune considération de théoriciens, c'est un fait historique. renforcant tout l'enseignement des revolutions proletariennes victorieuses ou battues jusqu'à présent : la classe ouvrière, quand elle s'oriente vers du pouvoir par elle-même, recourt aux Conseils, aux Soviets, comme la forme la plus appropriée pour y parvenir et pour gouverner.
La réaction de Gomulka dans ce domaine fut celle d'un bureaucrate : ouvriers. occupez-vous de ce qui vous regarde, des carreaux cassés à remplacer. des cabinets à maintenir propres. un peu aussi de la bonne marche du travail dans l'entreprise; quant à la direction plus générale, sans parler du pouvoir central, c'est notre affaire à nous, hommes compétents et non à vous, gens ignorants !
Cette question des Conseils ouvriers est la plus importante de toutes celles qui se le deviendra lorsque les ouvriers la poserolon sa ellen dotese devier sui elle révolution polonaise, toutes convergent; elle pour eux une première expérience.
Dans la situation présente, pour les plus larges couches ouvrières, si Octobre n'a pas résolu bien des problèmes, du moins les conditions ont changé en partie et pour le mieux : on peut exprimer son mécontentement, on n'a plus à craindre la secrète. D'où un crédit la situation dans d'autres domaines. Pour les Conseils ouvriers, ce qui est grave, c'est moins l'attitude des natoliniens que la politique poursuivie par Gomulka pour réduire leurs fonctions et surtout pour les bureaucratiser.
Ce qui est grave aussi, c'est qu'il n'y a pas pour l'instant en Pologne une avant-garde révolutionnaire qui. sur la question des Conseils ouvriers, ait des vues très claires. Instinctivement. les ouvriers y voient leur moyen d'action le meilleur. Mais les intellectuels qui, avant Octobre, furent les porte-parole des masses n'ont aucune position ferme ce point. leurs propres préoccupations les d'autres problèmes. Dans le Parti ouvrier polonais, il y a une gauche en ce sens qu'il y a des ouvriers d'avant-garde, des intellectuels et des étudiants que leurs penchants portent vers les positions marxistes révolutionnaires en matière de poupas un courant précis, cohérent, à l'étape actuelle, qui a concrétisé son point de vue sur la forme du pouvoir.
Par rapport au 8 Plenum, le 9 Plenum est donc et moins spectaculaire et plus confus. Mais la force intrinsèque des natoliniens est beaucoup moindre que celle qu'ils manifestent au C.C. Les ouvriers dans leur grande masse font avec une taine lenteur leur propre expérience du régime actuel. Le 9- Plenum ne stimulera pas l'enthousiasme mais la pensée critique. Il peut et doit servir à préciser les idées d'une avant-garde ouvrière. estudiantine et intellectuelle vue des prochaines étapes de la révolution polonaise qui est en cours. Les mois qui viennent et notamment la préparation du prochain Congrès du Parti ouvrier polonais montreront dans quelle mesure ces aspirations ouvrières trouveront une expression politique claire parmi les communistes polonais.