Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 15, n° 1-3

Révolution et contre-révolution en Hongrie

Quatrième Internationale, vol. 15, n° 1-3 · mars 1957 · p. 9-11 · 1 912 mots

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Quand il fut installé au pouvoir par les tanks soviétiques, le « gouvernement Kadar », afin de pouvoir trouver quelque appui parmi les masses, déclara que les conquêtes de la révolution seraient maintenues, que son gouvernement se constituait pour défendre ces conquêtes menacées.

Mais, ayant triomphé par la seule force des armes soviétiques et ne rencontrant pas d'appui dans les masses, il est amené à instituer un régime qui rappelle celui de Rakosi; il est même obligé de prendre la défense ce régime, disant qu'on en avait fait des critiques exagérées. temps passant, il n'est plus question « révolution » pour qualifier les événements d'octobre-novembre mais de « contrerévolution ». Comme le dit si bien le journaliste communiste britannique Peter Fryer,

Usa brochure sur son exclusion du P. C. britannique : « Si c'était une contrerévolution, ce fut la première contre-révolution dont le premier acte fut de mettre des armes dans les mains du prolétariat.

Kadar et ceux qui le soutiennent dans le monde parlent de « contre-révolution », de fascistes, d'emigres rentrés en Hongrie, d'armes etrangeres, ete... Voici maintenant plus de deux mois que « l'ordre » (stalinien) règne à Budapest. Le gouvernement a procédé à de très nombreuses arrestations, des cours martiales fonctionnent. Jusqu'à présent il n'a pas produit un seul émigré, pas une seule arme étrangère il serait tout de même surprenant que, dans un tel combat, il n'ait rien trouvé s'il y avait vraiment eu un nombre important d'émigrés rentrés dans le pays et si le soulèvement avait été préparé de longue date de l'étranger. Si le gouvernement est silencieux sur ce point, c'est parce que les armes qu'il trouve l'armée hongroise, que les gens qu'il arrête sont avant tout et surtout des ouvriers n'ayant et qui exprimaient les aspirations de tout le peuple contre le régime Rakosi-Geroë.

Les magistrats sont maintenant rabroués pour ne pas être assez fermes. Le procureur général, Geza Szenasi, un ex-A.V.O., déclarait : « L'esprit d'humanité n'est plus de mise. Que ce soit de façon sommaire ou par une action en justice, 1) faut montrer aux fascistes qu'il n'est pas bon de s'opposer au Karhatalom. » C'est là le nouveau nom de l'A. V. O., qui procède à des ratissages dans la banlieue de Budapest.

Kadar avait promis les premiers jours qu'on ne reverrait plus les infamies et les horreurs du régime Rakosi. Mais le premier grand procès qui a été produit, c'est celui d'un groupe de jeunes étudiants qui ont publié pendant la révolution un journal « Vérité ». Et qu'y reproche-t-on à l'étudiante en médecine Ilona Toth? D'avoir fait une piqûre de pétrole et d'avoir insuflé de l'air dans le cœur d'un communiste qu'elle prenait pour un A. V. O.! C'est une réédition du « complot des médecins », des « assassins en blouse blanche », avec « aveux » à la clel.

Kadar veut-il faire à Nagy, à Maleter, un procès « à la Rajk »? Ce ne serait pas impossible, mais ceux-ci seront-ils des accusés comme il en faut? Voilà qui est maintenant douteux!

Ce n'est plus le régime stalinien de Rakosi? Mais les méthodes se retrouvent plus ou moins. Notamment la méthode de l'amalgame. Ainsi la direction du nouveau parti exclut définitivement dans la même mesure Imre Nagy et Losonzey d'une part, Rakosi et Geroë de l'autre. L'amalgame cesse toutefois, en ce sens que Nagy et Losonzey se trouvent arrêtés, tandis que Rakosi vit tranquillement en U. R. S. S.

Kadar dénonce la « contre-révolution ». Mais contre qui exerce-t-il la répression ? Parmi les emprisonnés se trouvent des écrivains communistes de longue date comme Guyla Hay, Zoltan et Tibor Tardos. Le 29 décembre, en dépit de la terreur gouvernementale, l'association des écrivains hongrois exprimait la pensée masses travailleuses « Nous devons déclarer avec le cœur triste que le gouvernement soviétique a commis une erreur historique quand il souilla de sang la révolution. Nous prédisons que le temps viendra où la grande puissance qui s'est trompée se repentira. mettons chacun en garde contre le jugement erroné que la révolution en Hongrie aurait annihilé les conquêtes du socialisme si les armes soviétiques n'étaient inter-

Nous savons que ceci n'est pas vrai. » Une telle déclaration, si modérée de ton - trop modérée pourrait-on dire -ne pouvait rester impunie. Le 17 janvier l'association des écrivains était dissoute.

Et où Kadar voit-il encore des « fascistes » ? Dans la classe ouvrière. Fascistes, ces conseils ouvriers qui avaient la prétention de s'occuper de politique. Fascistes, ces ouvriers qui ne veulent pas adhérer à son parti; celui-ci aurait reçu l'adhésion de 150.000 membres environ, mais pour la plupart, ce sont des fonetionnaires gouvernementaux obligés de le faire pour garder leur place.

Contre les ouvriers, le gouvernement exploite la situation extrêmement difficile. La production de janvier était de l'ordre de 50 % de celle d'octobre dernier. Le gouvernement reluse d'appliquer l'augmentation des salaires de l'ordre de qui avait été promise. Le chômage est utilisé comme un moyen pour faire pression

Et maintenant, Kadar crée une « milice ouvrière », une milice chargée de réprimer les rébellions dans les usines et d'empêcher les grèves! C'est dans les entreprises que se trouvent, ceux qui, pour Kadar, sont des «fascistes ). milice non pas pour défendre les usines contre les gens qui s'aviseraient de vouloir les rendre aux capitalistes - car il n'en existe pas de façon substantielle — mais une milice contre ceux qui, en octobre et en novembre, avaient formulé la revendication de la démocratie ouvrière et créé des conseils (soviets) pour la rendre effective.

Bien entendu, Kadar emboite les pas de Rakosi même dans les questions plus particulières. L'enseignement du russe est à nouveau obligatoire. Toute occasion est bonne pour glorifier à nouveau PU. R. S. S

Ce « climat de terreur » — comme le qualifie sans vergogne le ministre d'Etat, Marosan - peut pour un temps permettre à Kadar de faire figure de chef gouvernement qui ose se dire un gouvernement des travailleurs. Mais il ne donnera pas longue vie à ce régime. La révolution hongroise n'est pas morte, elle ne pourra pas mourir.

Elle vit dans ces mouvements clandestins qui à Budapest même font une véritable critique des événements en vue des luttes de demain. La révolution hongroise a été un mouvement précurseur des grands soulèvements de masse contre le régime bureaucratique qui porteront la démocratie ouvrière à un niveau jamais atteint dans le passé. La période qui la séparera de la grande montée des masses sera courte• La contre-révolution bureaucratique de Kadar ne manquera certainement pas de montrer encore plus féroce dans les jours qui viennent. Mais elle ne sauvera ni les Kadar ni leur maitres du Kremlin. Les uns et les autres paieront pour leurs crimes contre-révolutionnaires. tous les lements de enressistes doivent enter la voix poir elieu la rin de la tares, Dans le monde entier, bureaucratique, pour arracher les révolutionnaires hongrois aux bourreaux, pour aider les travailleurs hongrois qui ont montré tant d'abnégation et d'héroisme au service de la cause du socialisme.

Un aperçu sur les courants qui existent en Hongrie est fourni par un document polycopié, signé Hungariscus, qui circule à Budapest, et dont les extraits ont été publiés par le journaliste Fetjo dans « France-Observateur ». Selon ce document, « l'effritement de l'opposition anti-Rakosiste au sein du Parti des travailleurs hongrois a commencé dès la chute de Rakosi » et « après l'écrasement militaire de l'insurrection nationale, on peut dire que l'opposition s'est complètement décomposée ».

aurait, à présent, un courant qui ne songe qu'à une résistance militaire, de guérilla, dont l'auteur du document dit qu'ils traduisent « une complète incompréhension de la situation réelle et une rage impuissante ».

Un autre courant voudrait « flirter avec le Parti socialiste ouvrier de Kadar ». Abstraction faite des opportunistes, des lâches, on trouve dit le document, « beaucoup parmi nos camarades qui croient ou du moins voudraient croire qu'à l'intérieur du Parti socialiste ouvrier, ils pourraient reprendre la lutte contre le stalinisme. la principale leçon que nous pouvons tirer de l'histoire des dernières années n'estelle pas justement la faillite des combats menés à l'intérieur du parti, dans le respect des statuts du parti? »

Faisant une critique très serrée des fautes commises par l'opposition communiste « l'histoire a donné raison à l'opposition. Mais elle l'a en même temps sévèrement jugée pour avoir manqué de s'organiser en force indépendante. Tandis que la cessé de stigmatiser dans toute une série de résolutions les fractions anti-parti, qu'a fait l'opposition ? Elle a discuté. Elle a discuté la question direction du parti n'a savoir si elle devrait ou non s'organiser en fraction. Elle n'a rien fait pour accéder au peuple et notamment, pour établir des positions dans la classe ouvrière. Elle n'a rien fait pour se rapprocher des partis démocratiques bourgeois. Au fond, même à la veille de la révolution, l'opposition communiste s'est bornée à fabriquer des pétitions et à émettre des prophéties à la Cassandre - courageuses certes, mais inefficaces ». Le document met en garde contre les déclarations de Kadar se présentant en ennemi de Rakosi et Geroë : « De toute façon, il serait difficile de poursuivre après la révolution le cours abandonné par Geroë. Kadar doit le

- comme il est arrivé bien souvent au cours de l'histoire - il se peut que malgré la défaite de la révolution, certaines de ses revendications essentielles soient réalisées. Nous devons lutter pour que cela se fasse. Mais lutter en sachant que cette voie-là est bordée des cadavres de notre révolution. Ce n'est qu'une route provinciale dans un Empire, route qui nous relie inséparablement à Moscou. Or le peuple hongrois ne veut pas cela. Et nous pouvons être sûrs qu'à la première occasion où ce peuple précipitamment encore que n'ont déserté Geroé, en Octobre dernier les 900.000 membes membres du Parti de Kadar abandonneront celui-ci du parti de Rakosi... »

Il dénonce ceux oui flanchent. qui lachent le camp ouvrier : « C'est un bier piètre résultat que d'arriver dans le port d'Eisenhower et d'Eden apres avoir serv avec tant de zèle et durant de si nombreuses années sur la barque de Rakosi « La critique marxiste du capitalisme reste valable, tout comme la critique léniniste de l'impérialisme, l'expédition en Egypte en fournit une nouvelle preuve éclatante... ».

Le document met à l'ordre du jour un clarification politique : « Les partisans socialistes de la liberté hongroise doivent séparer de tout ce qui est pratiqué aujourd'hui en Hongrie sous la fausse étiquette du socialisme. Ils doivent se rendre indépendants. Ce n'est qu'en se rendant indépendants qu'ils peuvent s'unir au mouvement populaire et coopérer avec les éléments démocratiques et bourgeois qui ne songent pas à la restauration et qui visent un véritable renouveau, »

« Créer la théorie du socialisme hongrois, grâce à une révision de toutes les neses considerees Jusou a present comme delinitives, grace a une controntatio vec la realite de notre époque. Ce n'est cu apres avoir clarifié nos idées. nos but: que nous devrons passer à la seconde étape : celle de lorganisation. »

Après une expérience aussi grandiose, la défaite ne peut manquer de provoquer d'abord un effritement et des divisions idéologiques. Mais la révolution hongroise - en quelques jours — a apporté de grandes leçons au prolétariat international, et les révolutionnaires manqueront avee l'aide de l'avant-garde marxiste révolutionnaire internationale, de surmonter cette période initiale et de ressouder leurs rangs avec une cohésion politique née des enseignements du combat.

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