Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 15, n° 1-3

L'heure de l'Espagne approche

Quatrième Internationale, vol. 15, n° 1-3 · mars 1957 · p. 11-12 · 1 021 mots

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L'hiver n'a pas manqué de faire rebondir de manière plus spectaculaire que jamais la crise qui ne cesse de s'aggraver du régime franquiste. Des manifestations importantes ont eu lieu fin janvier et en février à Séville, Barcelone et Madrid. Elles ont englobé non seulement les milieux des étudiants - avant-garde significative des explosions qui se préparent — mais également les ouvriers et la petite bourgeoisie citadines. Elles ont eu comme prétexte une nouvelle augmentation des tarifs des transports contre laquelle la population de ces villes fut appelée par des tracts divers protester en boycottant tramways et autobus.

fut en réalité l'occasion d'une manifestation de masse, dans des formes contenues pour le présent, contre le régime franquiste.

Les difficultés majeures du régime proviennent à l'heure actuelle de l'aggravation de la situation économique. Le coût de la vie a marqué lors de l'année nouveau bond en avant de 30 % qui a naturellement annulé tous les bénéfices de l'augmentation de salaires réalisée en novembre dernier. La monnaie ne cesse se déprécier. La peseta ne s'échange maintenant qu'à 54 pesetas pour un dollar lieu de 43 en juin 1956. La circulation fiduciaire a augmenté de 24 % en un an. Le déficit budgétaire se chiffre à 16 milliards de pesetas. Tandis que le prix moyen de marchandises importée augmente constamment, le prix de la tonne de marchandises exportée décline. La perte des réserves en dollars a pris l'aspect « d'une véritable hémorragie ». De 94 millions de dollars en décembre 1955, les réserves ont atteint en février à peine 10 millions.

Les gelées de l'année passée qui ont tant détruit les récoltes ont énormément diminué les exportations des oranges et des citrons (plus des 3/4). L'Espagne doit importer actuellement aussi bien de l'huile d'olive que du blé.

Dans ces conditions, on ne voit pas quelle issue immédiate le régime peut trouver autre que le recours à nouveau à l'aide américaine, ou de récupérer les 560 millions de dollars-or que le gouvernement Negrin avait fait transférer à Moscou.

L'aide américaine a fait vivre le régime dans les dernières années. Depuis 1954 l'Espagne a reçu 458 millions de dollars. sans compter ce qui a été dépensé dans le pays pour la construction des bases militaires. Environ 278 millions de ces dollars ont été reçus sous la forme de surplus agricoles. afin de permettre la soudure avec la production agricole déficitaire du pays. Le régime spécule actuellement sur une aide supolémentaire de 130 millions de dollars pour l'exercice de cette année.

D'autre part il y a « l'or » de Moscou. Quel prix demandera le Kremlin pour ce moment critique le régime Franco ? Une illusoire rupture de ce avec les Etats-Unis ou simplement le rétablissement des relations diplomatiques ?

sort de Franco tient actuellement littéralement aux décisions prochaines de Washington et de Moseou. Mais l'un et l'autre doivent compter avec le « troisième facteur » : l'action possible des masses.

Le processus de leur regroupement et de leur mobilisation, en commençant par des formes de « résistance passive » est désormais déclenché, il est irréversible. En réalité leur désaffection grandissante par rapport au régime franquiste et leur opposition de plus en plus déclarée datent des grèves ouvrières de 1951. Aujourd'hui seul le manque d'une direction prolétarienne de masse empêche la précipitation des événements.

Les initiatives politiques sont aux mains de courants bourgeois d'opposition dans l'armée. l'Eglise, les monarchistes, qui tous craignent une « explosion à la hongroise ». et veulent assurer une transition à froid. Les indices aussi bien de leur opposition au régime que de leurs efforts se multiplient : activité renforcée des « Juntas de défense , et de leurs manifestes qui eirculent dans l'armée; conciliabules entre monarchistes. catholiques et quelques dirigeants socialistes de droite pour examiner les possibilité de déposer Franco au plus vite; et surtout la crise latente qui sévit au sein même du gouvernement à propos du projet de « lois fondamentales ».

Ce projet élaboré par le ministre-secrétaire général de la Phalange, Arrese, est destine a accroitre les pouvoirs de la Phalange et à les perpétuer en cas de succession monarchique à Franco. Or, aussi bien catholiques que monarchistes s'opposent ce projet, au point que Franco envisage purement et simplement de sacrifier la Phalange et même d'exiler Arrese (*).

La seule solution vers laquelle s'oriente la bourgeoisie est celle de la restauration de la monarchie des Bourbons. Si elle hésite réaliser, c'est qu'elle sait combien cette « solution » est impopulaire et parce qu'elle n'a pas encore réuni les conditions qui lui assureraient un caractère de succession à froid, sans nouvelle « guerre civile ». Elle a besoin à ce propos de s'entourer de garanties solides de la part de toute une série de dirigeants « ouvriers », socialistes, anarchistes et autres. Le P. C. espagnol, en plein tournant droitier consécutif aux thèses néo-réformistes du 20• Congrès, souscrit par avance à cette tentative d'un « front national » allant des monarchistes au P. C. pour « écarter Franco sans guerre civile ».

Les masses espagnoles n'entendront pas de la même oreille ces bons bergers pour se retenir de l'action. Que la détérioration de la situation économique continue, nous verrons ouvriers et paysans espagnols se souvenir de leurs traditions glorieuses et les surpasser en agissant « la hongroise » par la résurrection partout des comités, des soviets, engagés dans la lutte pour le vrai pouvoir prolétarien

Ce qui manque cruellement à l'heure actuelle c'est la formation d'un front unique de toutes les tendances prolétariennes sur un programme minimum, sein de ce front le rapprochement de tous les éléments marxistes révolutionnaires afin de former une organisation unique ayant un programme plus achevé et une vue plus claire sur les perspectives et les tâches de la nouvelle révolution espagnole qui vient.

(*) Depuis que cette note a été écrite, la crise gouvernementale a éclaté au grand jour et Franco a remanié son ministère, en partie au détriment des « doctrinaires » de la Phalange, et au bénéfice plus accentué des militaires. Mais ce n'est là qu'un replâtrage provisoire, n'ayant résolu aucun des problèmes fondamentaux qui ont causé la crise.

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