Sur la Révolu
On a déjà beaucoup écrit et on écrira encore beaucoup sur la révolution hongroise. Informations et commentaires de tous ordres font la matière de nombreux livres et brochures sur un événement qui a mis aux prises touf un peuple — et en premier lieu les . ouvriers avec la bureaucratie soviétique.
Sur le détail des événements eux-mêmes, il n'y a guère matière à contestation. Sauf les domestiques du Kremlin astreints à justifier celui-ci, des observateurs politiquement les plus différents ont rapporté toute une série de faits incontestables. Mais mieux que tous les observateurs, ce sont les masses hongroises qui se sont exprimées très clairement.
Parmi les publications qui donnent un tableau saisissant de la marche des événements, il faut signaler une forte brochure en allemand publiée... par le Comité de l'Europe libre à Munich. Cette brochure, en effet, donne l'ensemble des émissions provenant de Hongrie du 23 octobre au 9 novembre, c'est-à-dire du jour où commença la révolution jusqu'au moment où le « gouvernement Kadar » — cinq jours après la seconde inter-
C'est un livre d'une centaine de pages, écrit par Peter Fryer, correspondant du Daily Worker londonien à Budapest. Peter Fryer donna son adhésion au P.C. britannique à l'âge de 15 ans; il en était membre depuis 14 ans et était journaliste au Daily Worker depuis 9 ans, quand survinrent les événements de Hongrie. Il arriva à la frontière hongroise le 27 octobre, passa par les villes de Magyarovar et Gyor et aussi par une ferme collective avant d'atteindre Budapest.
Voici quelques-unes de ses observations :
« Les vingt membres du comité révolutionnaire (de Magyarovar) étaient des habifants de la ville; on ne pouvait qualifier aucun d'eux d'émigré. » (Page 17.)
« Par leur origine spontanée, leur composition, leur sens des responsabilités, leur organisation efficiente des fournitures alimentaires et de l'ordre public, par la modération qu'ils exercèrent sur les éléments les tion Hongroise vention des troupes soviétiques - fut maître des stations hongroises de radio. Les éditeurs de cette brochure étaient intéressés à mettre en valeur tout ce qui pouvait corroborer leur propagande pro-occidentale. Or, dans toutes ces émissions indiquées jour par jour, heure par heure, il n'y en a que deux ou trois, provenant d'un « émetteur non identifié » qui peuvent être considérées comme ennemies du régime social. Pour toutes les autres, c'est avant tout l'esprit de la classe ouvrière et ses objectifs démocratiques, qui sont formulés par les appels des Conseils de toutes les régions du pays. Dans quelques cas, il y a de la confusion, mais partout s'exprime la volonté de conserver les conquêtes de la révolution. La seule intervention réactionnaire, celle du cardinal Mindzenty, témoigne de l'incompréhension de ce personnage anachronique, mais il ne s'y montre pas du tout le chef ou l'aspirant à la direction du pays.
Examinons maintenant quelques publications, pour en relever soit des informations intéressantes soit pour en examiner les appréciations sur les événements de Hongrie. plus turbulents dans la jeunesse, par la sagesse avec laquelle beaucoup d'entre eux traitèrent du problème des troupes soviétiques, et — non moins - par leur ressemblance frappante sur tant de points avec les soviets ou les conseils de délégués des ouvriers, de paysans et de soldats qui surgirent en Russie dans la révolution de 1905 et à nouveau en février 1917, ces comités — dont un réseau s'étendait maintenant sur toute la Hongrie - étaient remarquablement identiques. Ils étaient à la fois des organes d'insurrection - rassemblant les délégués élus des usines et des universités, des mines et des unités militaires - et des organes d'auto-administration populaire en qui le peuple armé avait confiance. En tant que tels ils jouissaient d'une autorité immense et il n'est pas exagéré de dire que jusqu'à l'attaque soviétique du 4 novembre, le pouvoir réel se trouvait entre leurs mains. » (Page 51.)
HUNGARIAN TRAGEDY
HUNGARIAN TRAGEDY
VATRIEM E
A la ferme étatique de Babolna, près de Gyor, il assiste à la réunion du conseil.
« La réunion du conseil des travailleurs comprenait environ 80 délégués, représentant toutes les sections de la ferme... Il y eut d'abord quelques discours généraux sur la révolution, ses buts, ses tâches, ses perspectives et sur la place de Babolna dans une nouvelle Hongrie, vraiment socialiste, vraiment démocratique... Je notais quelques phrases typiques: nous obéirons à un parlement démocratiquement élu... notre devoir est d'élire les meilleurs... c'est maintenant notre pays... nous devons nous opposer résolument à toute vengeance personnelle... nous ne voulons pas que des Hongrois tuent des Hongrois... Rakosi a dupé et trompé le peuple...
» Un homme demanda l'interdiction ou la dissolution volontaire du Parti communiste comme organisation complètement discréditée. L'orateur suivant, un homme sérieux de 25 ans environ dit: Je suis contre la revendication que le P.C. soit dissous, parce que dans un pays démocratique il doit y avoir la liberté pour tous les partis. Mais il faudra que ce soit un Parti communiste qui opère d'une facon entièrement nouvelle...
Bientôt les délégués. procédèrent à l'élection de leur direction. Trois candidats furent proposés comme directeur, tous trois des hommes de la localité... L'élection se fit au vote secret. Chacun reçut un bout de papier et écrivit le nom d'un des candidats... Cela demanda beaucoup de temps, et l'un des délégués vint me dire quelque chose qui m'est depuis lors resté à l'esprit: ... c'est lent mais vous devez comprendre que nous n'avons pas l'habitude d'élire des gens... » (Pages 60-62.)
A Budapest, dit Freyer, le pouvoir était aux mains « des gens qui étaient armés ».
Des fascistes? Non, les gens qui s'étaient battus, les combattants de la liberté, les ouvriers de Csepel et d'Uipest, des étudiants, des adolescents.., les soldats... (Pages 65-66.)
» Ces gens qui voulaient conserver le socialisme et l'améliorer étaient armés; c'étaient des ouvriers armés, des paysans armés, des étudiants armés, des soldats armés. lis avaient des fusils et des tanks et des munitions. Ils avaient un moral splendide. Ils
LA TRAGEDIE
Sous ce titre a paru à Paris, aux Editions Pierre Horay, un livre de F. Fetjo, socialiste hongrois qui, en 1949, quitta le bureau de presse de la Légation hongroise à Paris et passa dans l'émigration au moment de l'affaire Rajk. Depuis lors, Fetjo s'est montré un des observateurs les plus attentifs de ce qui se passe dans les « démocraties populaires » et notamment en Hongrie.
A son livre, il faut ajouter son article 54 étaient supérieurs à quelque putsch qui aurait pu être tenté. (Page 77.)
* Le troisième argument en faveur de l'intervention soviétique était que la «terreur blanche » faisaif rage en Hongrie... De même que la terreur rouge est la répression organisée systématique des opposants contrerévolutionnaires par une dictature prolétarienne, la terreur blanche est la répression organisée, systématique des opposants révolutionnaires par une dictature bourgeoise... Il est tout à fait vrai qu'une partie de la population de Budapest, rendue enragée par les crimes de la police secrète, fut prise d'envie d'exterminer des communistes. Il est vrai que des innocents ont souffert aussi bien que des coupables. C'est un fait pénible et désolant. Mais décrire l'assassinat d'un certain nombre de communistes (tous les observateurs étant d'accord que cela n'eut lieu qu'à Budapest) comme de la « terreur blanche » nécessitant une intervention soviétique, c'est décrire les événements de Hongrie de façon propagandiste unilatérale. » (Pages 79-80.)
Les articles que-Peter Fryer envoya à son journal ne parurent point. Pour les avoir publiés quand même, pour avoir publié son livre qui mériterait d'être traduit en de nombreuses langues et diffusé auprès des ouvriers communistes, Peter Fryer a été exclu du Parti communiste. Mais il continue le combat avec courage.
« La Hongrie n'était pas un exemple de socialisme ou de communisme... La Hongrie était le stalinisme incarné... Le stalinisme s'est révélé à la fois en théorie et en pratique une monstrueuse perversion du marxisme... Tout l'avenir du mouvement communiste mondial dépend de la fin du stalinisme... Nous serons témoins de la floraison d'un véritable Parti communiste dédié aux principes de l'humanisme socialiste. Marx a appelé la révolution « une protestation humaine contre une vie inhumaine ». La révolution hongroise, c'était précisément cela. Elle a montré comment aller de l'avant. A notre modeste manière, nous communistes britanniques, pouvons aussi devenir des combattants de la liberté. »
Par son livre, Peter Fryer a déjà participé à la lutte du prolétariat hongrois, à la révolution hongroise qui triomphera. HONGROISE publié dans le numéro des « Temps Modernes » dont nous parlerons plus loin.
Ce livre fait un tableau de l'évolution de la Hongrie depuis 1944-1945. Il rappelle le partage de Yalta, la formation des « démocraties populaires » qui, pour Staline, n'avait qu'un objet, constituer un glacis pour l'U.R. S.S. et où il n'était nullement question de bouleverser le régime capitaliste.
« ... Les régimes d'après guerre en Europe centrale se sont presque tous établis sur ce que j'appellerais un refoulement de guerre civile. Un refoulement, oui, car la révolution politique et sociale aurait éclaté sans présence de l'armée russe. » (Page 43.)
Puis Fetjo décrit ce qui se passa avec la « guerre froide »: l'introduction des méthodes staliniennes dans tous les domaines, les procès du type de Moscou, et il donne un tableau particulièrement intéressant de la période qui s'étend de juillet 1953 à mars 1955 pendant laquelle Rakosi dut, devant des difficultés très grandes, donner la présidence du gouvernement à Imre Nagy, tout en le contrant par sa mainmise sur le parti. Pendant cette période, Nagy voulut remédier aux pires aspects du régime Rakosi, mais il y procéda d'une manière toute bureaucratique, sans dresser les masses, en se servant d'un appareil hostile à lui et à sa politique.
Imre Nagy fut renvoyé par Rakosi sans difficulté aucune. Mais, de cette période, commença la renaissance de la pensée en Hongrie et c'est parmi les intellectuels que passa l'opposition politique au régime bureaucratique.
Fetjo rappelle la plupart des faits désormais bien connus des journées de la révolution hongroise. Il insiste cependant sur le rôle que joua la révélation que des gisements uranifères avaient été cédés aux Russes par traité secret.
Parmi les autres faits à relever, citons :
« Un fait très important est la conférence des unités militaires insurrectionnelles de Budapest et de la province de Budapest qui se tint à la caserne Kilian, en présence de 800 délégués, ouvriers pour la plupart. A cette conférence, Maleter déclara, aux applaudissements de tous les participants : « Nous ne permettrons à personne de porter atteinte aux bases socialistes du régime.» (« Temps Modernes », page 768.)
Mais si Fetio est bien documenté quant aux faits, et si son livre donne une vue globale correcte de l'évolution de la situation depuis 1945, il est par contre beaucoup moins bon dans le domaine des idées. On a l'impression que Fetjo a lu beaucoup, mais qu'il se retrouve fort mal dans ce domaine. Il est vrai qu'il semble plus attiré par les idées de Proudhon, Bakounine et Kropotkine que par le marxisme.
La revue « Socialisme ou barbarie » a consacré une place importante aux événements de Pologne et surtout de Hongrie.
Là aussi, la partie documentaire est très correcte. On y trouve également une série de questions aux militants du P.C.F., reprenant les déclarations mensongères de « l'Humanité » en contradiction avec les faits, avec des déclarations de dirigeants communistes
Ainsi tout est sens dessus dessous dans sa tête au sujet des divergences qui eurent lieu dans le parti bolchevik jusqu'au triomphe de Staline. Il attribue, par exemple, à Trotsky non seulement la proposition d'un plan d'industrialisation mais aussi de la « collectivisation agricole » dès 1921 (page 106). Trotsky, ajoute-t-il, ne croyait pas à l'aggravation de l'antagonisme entre les diverses couches de la paysannerie (page 128), Trotsky pour gagner la bataille contre la paysannerie « proposait de concentrer tous les efforts sur la révolution mondiale » (page 129). Or la plate-forme de l'Opposition de gauche reprochait au bloc Staline-Boukharine de miser sur le koulak et de ne rien faire pour opposer le paysan pauvre et le paysan moyen à celui-ci ; il ne pouvait être question d'une collectivisation à la campagne sans qu'il en existe les bases matérielles et techniques suffisantes, et aussi sans. la participation volontaire des paysans. Enfin le marxisme le plus élémentaire enseigne qu'on ne peut fabriquer une révolution sur commande.
De même, Fetjo écrit :
« Que la dictature du prolétariat -- c'està-dire le gouvernement des classes laborieuses (ouvriers, paysans et intellectuels) -puisse s'exercer dans un cadre « multipartis », les exégètes, même les plus souples, n'y avaient point songé depuis que l'idée du second parti, émise jadis par. Boukharine, avait été discréditée en Russie. » (« Temps Modernes », page 773.)
Faut-il répéter que le gouvernement sovietique de Lénine n'a jamais défendu le principe d'un seul parti, qu'il y eut même pendant un certain temps un gouvernement de coalition avec les socialistes-révolutionnaires de gauche, que mencheviks, anarchistes et s-r de gauche participèrent pendant des années aux soviets, et que le gouvernement de Lénine ne prit à leur égard que des mesures temporaires imposées par les circonstances ? D'autre part, loin d'avoir émis l'idée d'un second parti, Boukharine fut lors de son bloc avec Staline un de ceux qui furent le plus virulent contre l'Opposition de gauche sur ce point, lui reprochant, mensongèrement d'ailleurs, de vouloir faire un second parti. Enfin, c'est Trotsky qui a soulevé et fait inscrire dans le programme de la IV Internationale le droit à la pluralité des partis soviétiques. hongrois, questions le plus souvent très pertinentes.
Mais les rédacteurs de cette revue reviennent tout aussitôt à leurs théories sur le « capitalisme bureaucratique » qui sévirait en U.R.S.S. et dans les « démocraties populaires ». La bureaucratie serait une classe au même titre que les capitalistes. Pendant des années, ils nous ont accusés de capituler
EN POLOGNE ET EN HONGRIE
EN POLOGNE ET EN HONGRIE
Q idéologiquement devant le stalinisme, parce que nous disions que cette bureaucratie n'était qu'une excroissance parasitaire hosfile à la classe ouvrière et dangereuse pour la société soviétique. Or, malgré toute leur prétendue clairvoyance idéologique, que disent-ils aujourd'hui ?
Nous ne pensions pas que l'U.R.S.S.
oseraif... Alors même qu'on était conscient du véritable caractère du régime russe, qu'on connaissait... qu'on se souvenait... on ne pensait pas que dans la conjoncture présente l'U.R.S.S. - nous voulons dire son gouvernement — assume devant le monde entier, devant les travailleurs de tous les
Get les communistes de tous les pays, la responsabilité d'écraser sous le poids de milliers de blindés une insurrection qui avait mobilisé toutes les couches de la population hongroise... Nous avions sous-estimé le Kremlin, sa puissance de mensonge, son cynisme et sa haine sans limite des masses populaires. » (Pages 113-114.)
Nous qui nous sommes toujours gardés de qualifier sociologiquement le régime soviétique en fonction des crimes de ses dirigeants, qui avons toujours dit qu'on ne portait aucun coup sérieux à la bureaucratie en la qualifiant de façon erronée de classe (capitaliste collectif ou autre définition), nous avons, dès 1953, indiqué que, dans les conditions nouvelles, la bureaucratie par auto-défense lâcherait du lest, mais qu'avant de disparaître on assisterait à des chocs en retour et aux pires crimes antiouvriers de la part de la bureaucratie (voir « Montée et déclin du stalinisme », thèses du 4ª Congrès Mondial, 1954).
Il est tout à fait important d'observer que les rédacteurs de cette revue parlent des événements qui se passent en U.R.S.S. et dans les « démocraties populaires » indépendamment de la montée révolutionnaire dans le monde. Ils ne traitent de la « déstalinisation » que comme un phénomène spécifique à chaque Etat et fonction de la situation dans chaque Etat seulement.
LES TEMPS
Le numéro spécial de cette revue (janvier 1957) présente deux parties distinctes. D'une part toute une série de documents, de 1949, à 1956 qui est une anthologie de la lutte entre staliniens hongrois et intellectuels. D'autre part, un long article de Sartre, sur les événements de Hongrie, sur la « déstalinisation » et sur bien des choses.
Les pages des écrivains hongrois, pour la plupart des communistes ou des socialistes, sont passionnantes. Articles, poèmes, œuvres dramatiques, etc., les uns vibrant d'indignation, d'autres pleins de satire ou d'humour, d'autres encore avant tout soucieux de serrer leur argumentation, tous montrent dans leur diversité que l'intelligenzia hongroise ne 56
«La « déstalinisation » est un phénomène complexe déterminé par une foule de facteurs. Ces facteurs résultent tous en dernière analyse de la crise d'une société construite sur la scission radicale entre dirigeants et exécutants et sur leur opposition... » (Page 158.)
Ce complexe, cette foule de facteurs, cela nous amène en fin de compte à ce que la bureaucratie, que Chaulieu avait présentée jadis comme ces « hommes intelligents » qui avaient roulé capitalistes et ouvriers incapables de donner une issue à la crise de la société, est incapable de créer une société stable pour elle, comme le capitalisme l'avait fait pour son propre compte pour toute une période historique. Mais nous n'avons pas l'intention de reprendre ici une discussion fort ancienne, sachant que nous n'entendrons pas de la part de ces adversaires de nos conceptions un argument nouveau.
Par contre, il y a tout de même des choses que nous aurions pensé ne plus entendre de leur part depuis les événements de Pologne et de Hongrie. Ainsi, nous lisons :
«Le prolétariat a vu que ce régime, se prétendant « communiste », n'était qu'une autre forme du régime capitaliste. » (Page 157.)
Ce n'est pas vrai ! Le prolétariat s'est exprimé au cours des journées révolutionnaires. Ni les ouvriers polonais et hongrois ni les intellectuels de ces pays ont dit cela. Ils se sont exprimés de façon exactement contraire. Très peu d'entre eux connaissaient l'analyse trotskyste de l'U.R.S.S. et des « démocraties populaires », mais c'est dans des termes très voisins pour ne pas dire identiques à celle-ci qu'ils se sont exprimés. Le prolétariat de ces pays qui a connu dans sa chair le régime bureaucratique a su y distinguer une forme de société différente de la société capitaliste, la base de la société socialiste pour laquelle il lutte. MODERNES s'était pas battue pour des droits particuliers, pour des faveurs spéciales au nom de l'esprit, de l'art, de la création intellectuelle, mais qu'elle fut le porte-parole des masses hongroises, des ouvriers, des paysans, tout comme des intellectuels, contre un régime policier qui les opprimait.
Dans ces pages, on peut trouver sans aucun doute des idées confuses - pas trop cependant - mais toutes ces œuvres se placent sur le plan du socialisme. En l'absence sence d'une opposition politique organisée, s'exprimant en termes politiques, ces intellectuels furent les porte-parole de toutes les masses laborieuses, et ce sera pour eux un titre de gloire impérissable, quelque chose
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UATRIE qui. tranche totalement avec la veulerie trop souvent manifestée dans ces mêmes milieux envers le pouvoir établi.
Nous n'entendons nullement classer ces pages. Toutes sont à lire. Toutes sont stimulantes. On comprend la haine qu'elles ont suscitée chez les Rakosi et autres bureaucrates qu'elles cinglaient.
Et ces pages ont stimulé les ouvriers. On trouve dans l'anthologie publiée par les «Temps Modernes » quelques lettres d'ouvriers hongrois approuvant précisément ces interventions d'intellectuels parues dans un numéro de la « Gazette Littéraire » hongroise.
Quel plus bel éloge pouvait recevoir l'écrivain Emil Horn que cefte lettre du forgeron Bela Kiss :
« Chapeau bas ! C'est l'article d'Emil Horn qui me fait pousser ce cri. Enfin quelqu'un qui s'est aperçu de l'existence non pas du travailleur, non pas du camarade, même pas du peuple, mais bien de l'ouvrier manuel... Il est indiscutable qu'aujourd'hui vaut mieux qu'hier. Mais ce n'est pas tout à fait ainsi que j'ai imaginé « demain ». Il est pourtant bien vrai qu'on ne remarque souvent même pas mon existence et, si l'on s'en aperçoit, on me prend pour une marionnette... Combien de fois ne m'oblige-t-on pas d'accepter. l'opinion des autres que je ne partage peutêtre même pas. A mesure que cette opinion change, on exige que la mienne change également. Et cela fait mal, plus mal que si l'on me battait...»
Ecoutons aussi cette lettre du fraiseur stakhanoviste Laszlo Pal, de Csepel, visiblement un ouvrier hautement politisé:
« . Je me considère authentiquement de comme do, trataliron de il t. Csepel. J'avais cinq ans lorsque mes parents, une trentaine d'années... Mon destin et ma conception de la vie se confondent avec l'existence ouvrière de Csepel. Je travaille à la forge depuis vingt ans, sans interruption... Prenons un exemple de la vie quotidienne de l'usine. Quelques ouvriers discutent autour d'un tour, se demandant si Imre Nagy acceptera de faire son autocritique, pourquoi Tito a pu se rendre en Crimée, si la remise en ordre des salaires aura bien lieu le ler janvier, etc. Un responsable de l'organisation de base du Parti s'approche d'eux, et aussitôt la conversation fourne autour des paris de football, du nombre des matches nuls à prévoir dans la semaine...
» La ligne suivie par la direction suprême a connu trop de fluctuations au cours des dernières années pour permettre à quiconque de discerner une orientation nette et ferme...
» Est-ce la raison du silence et de la passivité des ouvriers de Csepel? Mais se taisent-ils vraiment? Sont-ils réellement indifférents à tout? Il en est certes qui noient leur chagrin dans quelques verres ou qui consacrent leurs loisirs aux sports et aux concours sportifs. Mais d'autres - qui forment peut-être la majorité — lisent, réfléchissent et se tiennent au courant des événements. Il est caractéristique de l'état d'esprit de ces derniers qu'on ait offert jusqu'à dix forints pour un exemplaire du numéro de la « Gazette Littéraire » qui traite de l'assemblée générale des écrivains. Cette partie de la classe ouvrière respecte les représentants de la presse et de la littérature qui s'exposent courageusement, qui révèlent avec sincérité les obstacles à franchir et se placent ainsi à l'avant-garde de la lutte pour la liquidation d'un passé criminel, pour la création d'une atmosphère démocratique purifiée... En dépit du problème que représente à Csepel la nécessité de dissiper la méfiance engendrée par les erreurs passées, je veux signaler en conclusion un phénomène réconfortant: le souvenir affectueux de l'immortel camarade Lénine demeure vivant dans le cœur des travailleurs ! L'ouvrier de Csepel n'est pas, n'a jamais été et ne sera jamais un adversaire! S'il est l'ennemi des fautes, des conditions de vie insupportables, il croit fermement que, maigré les entraves apparemment insurmontables, la vérité léniniste, la liberté et la prospérité véritables des travailleurs finiront par triompher. »
Mais autant les pages des écrivains hongrois vous entraînent, autant on a peine à parcourir le texte de Sartre. Le directeur des « Temps Modernes » se trouvait dans une situation embarrassée. Au lendemain de la guerre, il avait opposé son existentialisme au marxisme pour résister au courant proP.C.F. Après une expérience politique médiocre entre deux chaises, au R.D.R., il avait commencé une évolution progressive vers le mouvement ouvrier. Mais, confondant classe ouvrière et P.C.F., il devint vite un compagnon de route du stalinisme. Pour se justifier, il commença à écrire en 1952 « Les communistes et la paix ». Après deux ou trois numéros, la fin de cet ouvrage se montrait laborieuse. On l'annonçait enfin pour... novembre 1956, quand se produisit la révolution hongroise et la répression du Kremlin. Sartre rompit avec les staliniens, en invitant d'ailleurs les partisans de la guerre en Algérie et à Suez à se taire. C'était très bien. Dans sa revue, Sartre a pris 120 pages pour s'expliquer, et là les choses se gâtent.
Nous ne mettons pas en cause tout ce qu'il dit contre les colonialistes ni ce qu'il reproche aux staliniens. Certains de ses propos à ces derniers sont percutants.
« L'U.R.S.S. s'est trompée cent fois, ses chefs l'ont publiquement reconnu ; pourtant si vous n'acceptez pas dans l'enthousiasme ses erreurs nouvelles, vous êtes objectivement un assassin. » (Page 680.) « Un communiste français me disait: « Mettez-vous à notre place: on assassine nos camarades. » C'est vrai. Mais Rajk et Slansky étaient aussi des camarades. Les communistes français ont-ils crié qu'on les assassinait? Quand le pouvoir suprême écrase un militant, ils déclarent aussitôt que c'est un traître. Quand la vengeance du peuple s'exerce sur un responsable, c'est le peuple qui est criminel à leurs yeux.» (Page 619.)
Mais Sartre veut justifier sa propre attitude passée, la justifier non comme une coopération contre l'impérialisme, sans aucune compromission théorique et politique, mais en justifiant le stalinisme passé sur le plan théorique et politique.
Dans ces 120 pages, Sartre touche à tout, sans la moindre unité de vue, et nous n'avons pas la prétention de tout relever en quelques paragraphes. Il affirme bien des choses avec une superbe qui n'a d'égale que son ignorance.
« Quand Boulganine menace Londres et Paris de fusées atomiques, il ne songe pas vraiment à en faire usage; mais ces armes existent, l'U.R.S.S. en possède, on le sait; du coup, la menace prend, dans sa bouche, une réalité dont il ne se rend peut-être pas compte. » (Page 670.)
Mme Tabouis qui sait tout aussi bien que lui ce que pensent les chefs de gouvernement ne va tout de même pas jusqu'à prétendre qu'ils ne se rendent pas compte de leurs propos.
« Est-il possible que le gouvernement soviétique ait cru vraiment que la misérable tentative anglo-française, que ce débarquement raté pouvait être la source d'un conflit mondial: le monde entier nous a condamnés; à l'O.N.U. nos représentants ont été mis au coin et coiffés de bonnets d'âne. » (Page 671.)
Notre existentialiste qui ne voit que ce qui est sous son nez, et encore, ne prévoyait pas la « doctrine Eisenhower» pour le Moyen-Orient, et que le State Department ne condamnait la France et l'Angleterre que parce qu'ils contrecarraient ses propres plans pour éliminer Nasser.
Mais le morceau principal, c'est une apologie de Staline et du stalinisme dans le passé.
« Les révolutionnaires soviétiques, après quelques années d'incertitude, ont fini par comprendre que le socialisme n'était pas séparable de la planification. En oufre, l'urgence des périls et l'inculture des masses obligeaient le gouvernement russe à se prononcer pour une planification autoritaire... Les intérêts à long terme de la construction socialiste s'opposaient aux intérêts immédiats de la classe travailleuse... Dans cette première phase, les masses perdent le pouvoir de dénoncer elles-mêmes leurs propres besoins; ce sont les experts qui déterminent ce qui leur convient... Entre ces « organisateurs » et les masses, le Parti prétend jouer le rôle de médiateur. De fait il corrige sans cesse la bureaucratie; par d'incessantes persécutions, par des remaniements et des « purges », il la fient en haleine et l'empêche de se poser pour soi; mais il est, en lui-même, l'expression de la planification : créateur de mythes, 58 58
TERNATIONALE spécialisé dans la propagande, il contrôle, agite, exhorte les masses...» (Pages 631 637.)
Sartre ne peut pas ne pas savoir que les révolutionnaires qui ont commencé par proposer la planification, c'étaient Trotsky et l'Opposition de gauche, contre les bureaucrates et leur porte-parole dans le parti bolchevik, Staline, qui a mis du temps à en comprendre la nécessité.
Ceci dit, à quoi se résume le petit exercice de prestidigitation auquel se livre Sartre? Le parti révolutionnaire comprend la nécessité de la planification, les masses travailleuses qui ont compris la nécessité de faire des sacrifices pour le socialisme avant la prise du pouvoir en deviennent incapables une fois le pouvoir capitaliste renversé; ce sont des «experts », des « organisateurs » qui peuvent seuls désormais déterminer ce qu'il convient de leur donner pour leur travail: et au-dessus de cela, il y a le « Parti », qui est devenu une sorte d'agence de publicité - « expression en lui-même de la planification » - qui vend des mythes aux masses et asticote les «experts » au moyen de persécutions et d'épurations.
Il y a quelques années, Gilles Martinet avait exposé — sous une forme un peu plus raffinée, il est vrai - la thèse que Sartre expose ici, savoir que dans cette première phase de la construction du socialisme la bureaucratie était nécessaire pour défendre le socialisme, y compris contre la classe ouvrière. Nous ignorons si Martinet est encore prêt à la défendre: mais de toute façon — après les événements de Pologne et de Hongrie — cette thèse est moins valide que jamais. Plus que jamais, il s'avère qu'une saine construction du socialisme suppose des proportions correctes entre le rythme de l'industrialisation et l'élévation du niveau de vie des masses, ainsi que des proportions correctes entre les diverses branches de l'économie. Il s'avère également que ces proportions correctes ne peuvent être trouvées par des « experts » tout seuls, si géniaux soient-ils, mais par la participation démocratique des masses à la conduite de l'économie et de la société. La crise actuelle en U.R.S.S. et dans les « démocraties populaires » trouve précisément une de ses lignes de développement dans toutes les contradictions accumulées par la gestion bureaucratique de l'économie et de la société. Les usines, les grands travaux., ce sont les grandes masses qui les ont édifiés à la sueur de leur front ; les disproportions monstrueuses, les tensions énormes, ce sont les fruits de la gestion stalinienne.
Que des conditions exceptionnelles aient permis à la bureaucratie de devenir omnipotente, c'est une explication qui a été fournie il y a de longues années par les marxistes. Mais expliquer n'est, ne peut pas signifier justifier, approuver. Il faut être un mandarin, plein d'affinités pour la bureaucratie,
INTERNATIONALE pour justifier les persécutions, l'odieux régime stalinien qui n'a pas seulement « tenu en haleine » une masse de bureaucrates en les menaçant des camps de concentration mais qui a exterminé toute l'avant-garde révolutionnaire soviétique• et qui a maintenu les masses travailleuses à un niveau de vie que ne justifiait pas depuis des années le niveau des forces productives.
Avec tout autant d'ignorance, Sartre traite du mouvement communiste dans les pays occidentaux. Il impute aux dirigeants du P.C.F. la volonté de « resserrer » leur parti, au lieu de « s'élargir comme le P.C. italien » (page 686). Double erreur ! Le P.C. italien connaît aussi quelques difficultés (perte d'influence dans les élections d'entreprise, rupture de l'unité d'action avec le P.S. italien). La direction du P.C.F., depuis la fin de la guerre, n'a jamais cherché à « resserrer» son parti ; au contraire, elle a toujours été à la recherche d'alliés, des « bons Français », des socialistes... C'est la politique qu'elle a menée qui a abouti au résultat actuel, à son incapacité de mobiliser les travailleurs qui pourtant votent P.C.F. Mais comment Sartre pourrait-il dire cela, après avoir tant écrit dans « Les communistes et la paix » sur la profonde sagesse de ce B.P. qui, aujourd'hui, fait la sourde oreille et ne veut pas déstaliniser ?
En réalité, Sartre, « intellectuel » s'adressant à des « intellectuels », se montre une fois de plus incapable de comprendre le prolétariat comme force sociale, comme sujet de l'histoire. C'est à la direction du parti de la déterminer, et c'est à lui de dire à la direction du parti comment se comporter pour réaliser « l'union des gauches » et même le socialisme.
Tout le fond de sa pensée, Sartre l'avait montré quand il avait condamné Khrouchtchev pour son rapport:
« La faute la plus énorme a probablement été le rapport Khrouchtchev, car, à mon avis, la dénonciation publique et solennelle, l'exposition détaillée de tous les crimes d'un personnage sacré qui a représenté si longtemps le régime est une folie quand une telle franchise n'est pas rendue possible par une élévation préalable, et considérable, du niveau de vie de la population. »
Quand Sartre s'exprima ainsi, Silone, justement indigné, demanda: « Envers qui Sartre se sent-il engagé ? »
Malgré toute son inconsistance politique, Silone est avec les masses qui peinent, qui souffrent. Quant à Sartre, il raisonne au sujet des masses comme un vulgaire épicier, non un épicier poujadiste, mais un épicier démocrate et défenseur des Droits de l'Homme qui veut le bien des ouvriers parce que s'ils gagnent bien, le commerce marche. Il y avait bien longtemps que Marx, en 1848, avait expliqué le processus à propos des Sartre de son époque:
« II ne faut pas s'imaginer non plus que les représentants démocrates sont tous des boutiquiers ou qu'ils s'enthousiasment pour ces derniers. Ils peuvent par leur culture et leur situation personnelle, être séparés d'eux par un abime. Ce qui en fait les représenfants de la pefite bourgeoisie, c'est que leur cerveau ne peut dépasser les limites que le petit bourgeois ne dépasse pas lui-même dans sa vie, et que par conséquent, ils sont théoriquement poussés aux mêmes solutions auxquelles leur intérêt matériel et leur situation sociale poussent pratiquement les petits bourgeois. Tel est, d'une façon générale, le rapport qui existe entre les représentants politiques et littéraires d'une classe et la classe qu'ils représentent. »
Sartre écrit rarement sans lancer quelque coup bas contre les trotskystes en déformant leur pensée ou leur action; il n'a pas manqué à sa tradition :
« Les communistes reconnaissent aujourd'hui qu'il ne s'agissait pas d'un simple putsch fasciste ; seuls les trotskystes soutiennent que l'insurrection tout entière avait un caractère progressiste. La vérité se trouve quelque part entre ces deux affirmations également gratuites et schématiques. Quelque part, mais où? Pour la trouver, il faudrait une analyse marxiste de la situation ; mais les éléments nous font encore défaut. » (Page 595.)
Nous n'avons, pour autant que nous le sachions, employé la phrase que nous attribue Sartre, mais ce n'est pas l'essentiel. Nous avons dès les premiers glissements de Nagy alerté contre les dangers réactionnaires et jamais nous n'avons prétendu qu'il n'y avait pas eu de crimes de fascistes au cours des événements de Hongrie. Mais, à la différence de Sartre, nous disons qu'il ne manque pas d'éléments pour donner une caractéristique marxiste de ces événements. Car l'analyse marxiste commence par définir la nature de classe d'un phénomène. On n'a pas besoin de connaître le nombre exact des crimes fascistes pour savoir qu'ils ne caractérisent pas le mouvement des travailleurs hongrois. L'insurrection de ceux-ci a été progressive ; mais, comme tout événement de cette ampleur, il n'a pas été pur — et des éléments troubles ont cherché à profiter de la situation. Sartre ne peut pas ignórer que telle est notre position. Mais il peut d'autant moins éviter de donner un coup contre les trotskystes qu'il prend ses distances des staliniens. Mais en introduisant l'expression « tout entière », Sartre révèle là aussi qu'il aborde les événements de masse non en marxiste mais avec l'esprit d'un épicier qui pèserait des grains de café.
P.F. 59
Lénine et la dialectique
Lénine n'a entrepris l'étude systématique de la méthode dialectique de Hegel que relativement tard, quelques années avant la Révolution d'Octobre, en 1914-1915 plus précisément. I était déjà parvenu à sa pleine maturité de penseur militant, ce qui lui permit d'approcher avec une facilité étonnante, presque joyeuse dirons-nous, toute la chesse de cette méthode qu'il considérait à juste titre comme la théorie de la connaissance par excellence. En relisant les « Cahiers philosophiques » de Lénine (1) présentés pour la première fois dans leur texte intégral au public français, on ne peut que rester ébloui, ravi même, de la pénétration de l'esprit philosophique de Lénine, puisant avec ferveur, avec verve également et souvent avec humour, dans la puissante sève qui jaillit des écrits du philosophe d'léna. A la lecture de ces « Cahiers », il ne fait aucun doute que c'est à cette époque (19141915) que Lénine trouve l'occasion, préparée déjà par tout son développement antérieur, d'assimiler à fond - en la transcrivant en termes matérialistes — la dialectique hégélienne. Ce qui ne manqua pas de lui suggérer son aphorisme fameux: « On ne peut parfaitement comprendre « le Capital » de Marx et en particulier son premier chapitre sans avoir étudié à fond et compris toute logique de Hegel. Donc pas un marxiste n'a compris Marx un demi-siècle après lui ! » Lénine tout entier vit dans ces « Cahiers », saisissant d'emblée l'essentiel, excité par ses propres découvertes, approfondissant Hegel, aussi bien spontané dans son enthousiasme pour ce dernier que mordant, caustique, plein d'humour, quand il tombe sur les « lâchetés », les « dérobades » du philosophe allemand envers le matérialisme plus particulièrement. Lénine approfondit Hegel de manière incontestablement créatrice. Ses « Cahiers » contiennent une masse de remarques, d'idées, de développements qui non seulement aident à clarifier le texte souvent obscur de Hegel, à souligner ses faiblesses sinon son verbiage idéaliste et vide ici et là, mais également à l'étudier critiquement du point de vue matérialiste, à l'approfondir et parfois même à l'enrichir.
On n'exagérerait pas en affirmant que les notes écrites par Lénine lors de son étude de
(1) Editions sociales, Paris. 60
Hegel peuvent parfaitement servir de base à la rédaction d'une sorte de manuel de la dialectique matérialiste, de la théorie de la connaissance du matérialisme. Avait-il luimême ce projet en tête en étudiant de manière si intéressée, si passionnée, les écrits du philosophe allemand ? On le dirait en lisant la note qu'il a consacrée dans ses commentaires à la table des matières de la Petite Logique de Hegel. Elle est en même temps une intéressante esquisse de la dialectique du Capital de Marx. La voici :
« Marx ne nous a pas laissé de « Logique » (avec un grand L) mais il nous a laissé la logique du Capital. Il faudrait en tirer parti le plus complètement possible pour la question qui nous c'est à une science que Marx applique la logique, la dialectique et la théorie de la connaissance du matérialisme (il n'est pas besoin de trois mots: c'est une seule et même chose), prenant chez Hegel tout ce qui a de la valeur et le développant.
La marchandise — l'argent (production de la plus-value absolue) — production de la plus-value relative — le capital.
Histoire du capitalisme et analyse des concepts qui résument cette histoire.
Point de départ: l' « être » le plus simple, le plus habituel, le plus courant, le plus immédiat : la marchandise singulière (l' « être » en économie politique). L'analyse de cette marchandise comme rapport social. Analyse double, déductive et inductive logique et historique (les formes de la valeur)...»
Lénine considérait le Capital comme l'application de la dialectique « dans sa forme rationnelle » à l'économie politique. Il souhaitait par ailleurs que « la continuation de l'œuvre de Hegel et de Marx puisse « consister dans l'élaboration dialectique de l'histoire de la pensée, de la science et de la technique ».
L'assimilation de la dialectique, en tant que théorie de la connaissance, devrait être selon Lénine universelle. Dans ce domaine, il partage complètement les critiques aussi bien de Hegel que d'Engels à l'égard des savants qui, faute d'une assimilation profonde de la dialectique, pèchent souvent par des vues unilatérales, mécaniques et n'arrivent pas à comprendre réellement la « transformation », l'évolution, ou le sens des lois de la nature. Les savants souvent ne connaissent pas « l'art d'opérer avec les concepts ».
Q
Cet « art » n'est pas « inné : il est le résultat des sciences naturelles et de la philosophie pendant deux mille ans ». Lénine explicite cette pensée. Epousant les remarques faites par Hegel sur la « méthode d'explication formelle à partir de raisons tautologiques », il écrit :
« Très souvent, surtout dans les sciences physiques, on explique les « raisons d'être » d'une façon tautologique: le mouvement de la terre s'explique par la « force d'attracfion » du soleil, mais qu'est donc la force d'attraction ? Un mouvement aussi ! Une tautologie vide: pourquoi tel homme se rend-il dans telle ville ? A cause de la force d'atfraction de cette ville ! Il arrive d'ordinaire aussi que dans la science on commence à présenter comme raison d'être «les molécules », l'éther, la « matière électrique », etc., et puis il se révèle que « ces concepts sont plutôt des déterminations déduites de ce
LA DIALECTIQUE EN TANT QUE
« La logique (la dialectique), écrit encore Lénine, est la doctrine de la connaissance. »
Et il s'explique :
« La connaissance est le reflet de la nature par l'homme. Mais ce n'est pas un reflet simple, immédiat, total: ce processus consiste en toufe une série d'abstractions, de formulations, de formation de concepts, de lois, etc., et ces concepts, lois, etc., embrassent aussi relativement, approximativement les lois universelles de la nature éternellement mouvante et se développant.
Ici il y a réellement, objectivement, trois termes: 1. la nature, 2. la connaissance de l'homme, le cerveau de l'homme (en fant que produit supérieur de cette nature), et 3. la forme du reflet de la nature dans la connaissance humaine; cette forme, ce sont les concepts, les lois, les catégories, etc. L'homme ne peut pas saisir = refléter = reproduire la nature entièrement en tant que tout, dans sa « totalité immédiate »; tout ce qu'il peut, c'est éternellement s'en approcher en créant des abstractions, des concepts, des lois, un tableau scientifique de l'univers, etc. »
Lénine revient souvent sur la notion du « reflet » afin de l'assouplir, de la « dialectiser » au maximum :
« La connaissance est le processus par lequel la pensée s'approche infiniment ef éternellement de l'objet. Le reflet de la nature dans la pensée humaine doit être compris non d'une façon « morte », « abstraite », non sans mouvement, sans contra diction, mais dans le processus éternel du mouvement, de la naissance des contradictions et de leur résolution. »
Comme le fit Hegel, Lénine suit le « mouvement dialectique » de la pensée humaine, de la connaissance, de la sensation au concept, et du « concept purement « formel » au début vers le jugement, puis vers le sylloqu'ils sont destinés à fonder, des hypothèses et des fictions, œuvre d'une réflexion non critique » (Hegel). Ou bien on dit que « nous ne connaissons pas la nature interne de ces forces et matières elles-mêmes ». Alors il ne reste plus rien non plus à « expliquer »; il faut simplement se limiter aux faits...»
Mais, remarque Lénine à la suite de Hegel, le fond réel, l'explication réelle n'est pas, ne devrait pas être une tautologie mais déjà «une autre détermination du contenu », plus profonde, plus proche de la réalité. La marche de la science est cet approfondissement infini de la nature, à travers l'élaboration par l'homme pensant de concepts « plus affûtés, travaillés, souples, mobiles, relatifs, liés entre eux, unis dans les oppositions, afin d'embrasser l'univers » (Lénine).
C'est déjà là un des aspects de la dialectique. THEORIE DE LA CONNAISSANCE gisme », et enfin « jusqu'à la conversion du concept subjectif en son objectivité ».
Cette méthode est analytique « mais elle est tout autant synthétique » (Hegel).
Les éléments de la dialectique apparaissent ainsi être sommairement les suivants:
« 1. La chose elle-même doit être considérée dans ses relations et dans son développement.
« 2. La contradiction dans la chose ellemême, les forces et les tendances contradictoires dans chaque phénomène.
« 3. L'unité de l'analyse et de la synthèse.»
Dependant. senter « d'une façon plus détaillée » encore comme suit:
« 1. L'objectivité de l'examen (pas d'exemples, pas de digressions, mais la chose en elle-même).
2. Tout l'ensemble des rapports multiples de cette chose avec d'autres.
3. Le développement de cette chose (ou phénomène), son mouvement propre, sa vie propre.
4. Les tendances (et aspects) internes contradictoires dans cette chose.
5. La chose (le phénomène, etc.) comme somme et unité des contraires.
6. La lutte, ou encore le déploiement de ces contraires, la contradiction des tendances, etc.
7. L'unité de l'analyse et de la synthèse, l'analyse des éléments particuliers et l'ensemble, la somme de ces éléments.
8. Les rapports de chaque chose (phénomène, etc.) non seulement sont multiples mais universels.
Toute chose (phénomène, processus, etc.) est liée à toute autre.
9. Non seulement l'unité des contraires mais aussi les passages de chaque détermi-
.61 61
UATRIEME nation, qualité, trait, aspect, propriété, à chaque autre (à son opposé).
10. Processus infini de découverte de nouveaux aspects, rapports.
11. Processus infini d'approfondissement de la connaissance humaine des choses, phénomènes, processus, etc., qui va du phénomène à l'essence, de l'essence moins profonde à l'essence plus profonde, etc.
12. De la coexistence à la causalité et d'une forme de connexion et d'interdépendance vers une autre, plus profonde, plus universelle.
13. Répétition dans la phase supérieure de certains traits, propriétés, etc., de l'inférieure, etc.
LA NEGATIVITE, « FOND »
« On peut brièvement définir la dialectique, écrit Lénine, comme la théorie de l'unité des contraires. Par là on saisira le noyau de la dialectique...»
Et voici de quelle manière il explicite cette théorie :
« L'identité des contraires (leur « unité » devrait-on dire plus exactement peut-être ? bien qu'ici la distinction des termes identité ef unité ne soit pas d'une grande importance. En un certain sens les deux sont justes, c'esf la reconnaissance (la découverte) des tendances opposées, contradictoires, s'excluant mutuellement, dans tous les phénomènes et processus de la nature (y compris l'esprit et la société).
La condition d'une connaissance de tous les processus du monde dans leur « autodynamique », dans leur développement spontané, dans leur vie vivante, est leur connaissance en tant qu'unité des contraires.
Le développement est une « lutte » des contraires.
Deux conceptions fondamentales (ou deux possibles ? ou deux conceptions constatées dans l'histoire ?) du développement (de l'évolution) : le développement comme diminution ou augmentation, comme répétition, et le développement comme unité des contraires (dédoublement de l'un en contraires qui s'excluent mutuellement et rapports réciproques entre ces contraires).
Avec la première conception du mouvement, l'autodynamique reste dans l'ombre, sa force motrice, sa source, son motif, à moins qu'on ne transporte cette source au dehors
- un dieu, un sujet, etc.).
Avec la deuxième conception l'attention principale est dirigée précisément sur la connaissance de la source de l' « auto »dynamique.
La première conception est morte, pauvre, aride. La deuxième est vivante.
Seule la deuxième donne la clef de «l'autodynamique » de tout ce qui est : elle seule donne la clef des « bonds », de la « rupture dans la succession », « de la transformation 62
14. Retour apparent à l'ancien (négation de la négation).
15. Lutte du contenu avec la forme et inversement. Rejet de la forme, remaniement du contenu.
16. Passage de la quantité à la qualité et vice-versa. »
Nous avons là probablement le schéma d'un manuel de dialectique auquel Lénine ne cesse de penser au fur et à mesure qu'il approfondit et découvre les richesses de la pensée de Hegel.
Cependant, le « fond » de la dialectique, son « essence » est, selon Lénine, « l'identité (ou l'unité) des contraires » et son « dédoublement en ses parties contradictoires. REEL DE LA DIALECTIQUE dans le contraire », de l'abolition de l'ancien et de la naissance du nouveau.
L'unité (coincidence, identité, égalité d'action) des contraires est conditionnée, temporaire, passagère, relative.
La lutte des contraires, s'excluant réciproquement, est absolue, de même que sont absolus le développement, le mouvement. »
Chaque concept doit être compris comme l'identité, l'unité, la coincidence, temporaire, des contraires. Non pas comme immobile ou comme maintien d'oppositions fixes et extérieures l'une à l'autre, mais comme en automouvement par le passage de l'un des contraires à l'autre.
Chaque détermination posée, médiatisée, comme celle par exemple du fini, du particulier, est à cet instant même niée, passée à son contraire, à sa négation (l'infini, le général).
Les concepts des choses sont dialectiques (en reflétant la dialectique propre des choses). C'est-à-dire qu'en se déterminant, ils posent instantanément leur autre.
« Mais cet autre, écrit Hegel, n'est pas par essence le négatif vide, le néant, qui est considéré le produit habituel de la dialectique, mais il est l'autre du premier, le négatif de l'immédiat, ilest ainsi déterminé comme le médiatisé, il contient somme toute la détermination du premier. C'est ainsi que le premier se trouve conservé et maintenu dans l'autre. Maintenir le positif dans son négatif, dans le contenu de la présupposition, dans le résultat, telle est la tâche la plus importante de la connaissance rationnelle. »
« Ceci est très important pour comprendre la dialectique », note Lénine qui ajoute :
« Ni la négation nue ni la négation irréfléchie ni la négation sceptique ni l'hésitafion ni le doute ne sont caractéristiques et essentiels de la dialectique - qui bien entendu contient en elle l'élément de la négation, et même comme son élément le plus important - non, mais la négation en fant que moment du lien, moment du développement qui maintient le positif, c'est-à-dire sans
QUATRIEME aucune hésitation, sans aucun éclectisme. »
La négativité constitue « le tournant dans le mouvement du concept » (Hegel).
« Elle est la source interne de toute activité de tout mouvement spontané, vivant et spirituel, l'âme dialectique qui fire toute la vérité de ce point et lui donne seule sa vérité. »
C'est-à-dire elle enrichit l'affirmation première et, en même temps, amorce son automouvement dialectique, qui assume le processus de la connaissance.
« La connaissance est ainsi poussée de contenu en contenu, écrit Hegel. Cette progression est caractérisée avant tout par le fait qu'elle commence par des précisions simples, pour continuer par des précisions de plus en plus riches et concrètes. C'est que le résultat contient son commencement, et l'évolution de celui-ci l'enrichit d'une nouvelle précision. C'est le général qui forme la base, ce qui fait que la progression n'est pas un simple écoulement d'un à un autre. Dans la méthode absolue le concept se maintient dans son être autre, le général se conserve dans sa particularité, dans le jugement et dans la réalité.
L'incompréhension de la négativité dans la dialectique va d'ailleurs le plus souvent avec l'incompréhension de l'automouvement, de l'autodynamique, du développement du mouvement en général des choses, des phénomènes, des concepts, qui réside dans « l'unité », « l'identité », « la coincidence » des contraires et leur dédoublement.
En principe, remarque Lénine, dans notre siècle « tout le monde est d'accord » avec le « développement ».
« Mais cef « accord » superficiel, non réfléchi, fortuit, philistin, est un de ces accords par lesquels on étouffe et affadit la vérité. »
Car le développement n'est pas « une simple croissance, une augmentation (ou encore une diminution) générale et éternelle, etc. ». Il faut comprendre au contraire « avec plus de précision l'évolution comme naissance et destruction de toute chose, comme passages réciproques ». Il faut comprendre le mouvement « non pas comme une somme, une suite d'états de repos », mais à la manière de Hegel: « se mouvoir veut dire être dans ce lieu et en même temps ne pas y être : c'est cela la continuité de l'espace et du temps — c'est elle précisément qui rend possible le mouvement ». Il faut d'autre part comprendre l'évolution comme la progressivité jalonnée de sauts, la qualité changeant brusquement à la suite de modifications quantitatives en une nouvelle qualité. C'est en cela que consiste le « passage dialectique ».
« Comment distinguer un passage dialectique d'un passage non dialectique? Par le :saut. Par la contradiction. Par la rupture de
A chaque nouvelle phase de sa détermination, la masse de son contenu antérieur s'élève, non seulement elle ne perd rien du fait de la progression dialectique, ne laisse rien derrière elle, mais elle emporte avec elle tout l'acquis ef le ramasse sur ellemême à mesure qu'elle s'enrichit.»
Extension et intensité, approfondissement, vont ensemble dans ce processus.
Ce fragment de Hegel « qui résume assez bien à sa manière ce qu'est la dialectique » (Lénine) fait en même temps justice des exposés formalistes, vides de contenu, que font sur la dialectique de doctes universitaires. « La triade » hégélienne (thèse, antithèse, synthèse) continue à être présentée comme un « schéma formel » pour un « arrangement purement extérieur » « sans concept » et sans « détermination immanente ». Il s'agit là en réalité d'un « jeu avec la dialectique » contre lequel s'élevait déjà avec violence Hegel lui-même. Il écrivit en effet « que la forme de la méthode (dialectique) dans son ensemble soit celle d'une triade, cela ne constitue que le côté superficiel, extérieur, de la connaissance ». la continuité, par l'unité (l'identité) de l'être ef du non-être. » (Lénine)
• Lénine est enchanté par tous les passages de la Logique de Hegel qui analysent la rupture de la progressivité graduelle par les sauts (2).
L'entendement se heurte incontestablement à des difficultés dans son effort pour comprendre le mouvement, car il saisit mal le passage, le changement brusque du quantitatif au qualitatif, lui qui a au contraire la tendance à se représenter « l'identité et la variation comme une identité et une variation indifférentes et extérieures du quantitatif » (Hegel). Mais c'est là une difficulté structurelle de la connaissance humaine qui, pour approfondir la réalité dialectique extérieure, a en quelque sorte besoin de faire abstraction de toute une série de liens, de moments, de cette réalité, d'interrompre sa continuité réelle, de simplifier, de séparer, de figer des éléments autrement vivants et en interliaison et interaction des plus complexes. Ainsi la connaissance humaine dédialectise la réalité objective dialectique afin de la saisir.
« La représentation du mouvement en pensée, écrit Lénine, consiste toujours à rendre grossier, à figer et pas seulement par la pensée mais aussi par la sensation non seulement le mouvement mais tous les concepts. »
La dialectique, le vrai fond de la dialectique devrait précisément consister à réparer, en partie au moins, ces défauts de l'entendement, surtout de l'entendement ordinaire.
Mais il ne faut pas oublier que la dialec-
LE MOUVEMENT DIALECTIQUE
LE MOUVEMENT DIALECTIQUE
Q tique de la réalité restera toujours plus riche, plus vivante, plus complexe, plus profonde, que la pensée dialectique la plus développée.
La pensée dialectique n'est pas innée - sauf dans des fragments, des éléments — elle s'acquiert en tant que méthode systématique de compréhension de la réalité, grâce à une éducation philosophique qui est précisément celle du matérialisme dialectique. Historiquement cette pensée est le produit, comme le note Lénine, du progrès des sciences et de la philosophie depuis 2.000 ans déjà. Son contenu s'enrichit constamment avec les progrès des sciences et l'élaboration philosophique de leurs résultats.
De ce point de vue, les « lois » de la dialectique ne sont ni définitives dans leur forme actuelle ni les seules exclusives. La dialectique est constamment « dépassée » par
(2) Il est intéressant de noter que les philosophes soviétiques pour justifier « l'évolution évolutive » aussi bien en U.R.S.S (passage graduel du « socialisme au communisme ») que les « voies nouvelles au socialisme » dans les pays capitalistes furent obligés d'entreprendre une véritable révision de la dialectique.
Tel par exemple B.M. Kedrov avec ses travaux « sur la progressivité considérée comme une des formes du passage de l'ancienne qualité à la nouvelle », dans lesquels il introduit lidée d'un changement qualitatif s'effectuant graduellement. progressivement. d'une manière évolutive.
Les philosophes yougoslaves — tel par exemple Preding Vranicki — eux aussi partisans de la possibilité d'une « évolution évolutive » du canitalisme au socialisme n'ont pas manqué d'épanler ces tentatives révisionnistes.
La qualité peut-elle changer sans saut, sans transformation brusque, en une autre qualité? Telle est la question que les uns et les autres esquivent de la manière suivante : les uns (les soviétiques) en confondant les changements quantitatifs de la qua64 tout l'acquis réellement nouveau des sciences dans leur manière d'aborder, d'approfondir la réalité, et retravaillé par elle (la dialectique).
D'où le contenu, « d'une richesse incomnensurable », par rapport à toute autre héorie et méthode de la connaissance, de lc dialectique « en tant que connaissance vivante, étendue et complexe (la multiplicité d'aspects ne cessant d'augmenter) comportant une foule inépuisable d'aspects particuliers dans la façon d'aborder, d'approfondir la réalité (avec un système philosophique qui se constitue en un tout à partir de chaque aspect particulier) » (Lénine).
Février 1957.
M.P. lité avant le saut avee des changements soidisant deja qualitatifs. effectués par une série de petits sauts négligeables : les autres (les Yougoslaves) en introduisant la notion de la polyqualification de la chose, c'est-àdire de sa détermination par de nombreuses qualités à la fois. En réalité il y a là confusion entre la qualité en tant qu'être pur de la chose, et les qualités en tant que détermination. propriétés diverses de l'être pur, de la qualité.
La qualité, telle qu'elle est comprise par Hegel et Lénine est si lon reut la some structurée de manière unique de ce qu'on appelle les propriétés, les qualités de la chose. Quand on parle de changement d'une qualité en une autre qualité, on parle d'un changement radical dans la structure intime. profonde de létre, de la chose, du phénomène. et non pas ni d'un certain changement de la qualité qui se prépare dans les changements quantitatifs qui précèdent le saut, ni de changement de quelques-unes de ses propriétés, de ses qualités.
Un tel changement radical ne s'effectue que par rupture brusque de la progressivité,.. par un saut, par un bond.