Fedor Fedorovitch Raskolnikov, né en 1892, membre du Parti bolchevik:
depuis 1912, se trouvait en 1917 comme officier dans la flotte de la Bal-
Arrêté à la suite des journées de juillet. Il fut membre du Comité tique.
militaire récolutionnaire du Soviet de Petrograd (comité qui, présidé par
Trotski, Fond Tita gectre crie, ) et de Porta flatio de la tire des l'insurrection armée) et de l'organisation militaire des fut adjoint au Commissariat du Peuple à la Marine. Après la guerre civile, il fut ambassadeur en Afghanistan, puis en Estonie en 1930 ct en Bulgarie en 1937. Là il reçut en 1935 l'ordre de se rendre à Moscou, où Staline procédait aur épurations de tous les anciens bolcheriks.
Raskolnikor échappa au Guépéou et se rendit en France.
Mis « hors la loi» comme
« ennemi du peuple » par un décret publié en U.R.S.S. le 20 juillet 1939,
Raskolnikor en aoit 1939.
adressa à Staline la lettre ouverte ci-apres
C'était à la veille de la seconde guerre mondiale, Raskolnikor mourut en
France le mois suirant. Le document ne fut publié qu'en 1941 en Bulgarie, et a été récemment traduit en allemand. C'est la première fois qu'il paraît en francais.
Raskolnikor ne fut guère un oppositionnel. Comme il l'écrit lui-même, il ferma longtemps les yeux sur ce qui se passait en U.R.S.S. Bien qu'il ait été un proche collaborateur de Trotsky pendant la révolution et la guerre cirile, même dans cette lettre il garde ses distances enters Trotsky.
Sa lettre, écrite 17 ans avant le rapport Khrouchtcher, apporte nou seulement les mêmes accusations que celui-ci ; elle ajoute aussi, dans la liste des crimes staliniens, labandon des révolutionnaires espagnols vaincus.
Elle réfute aussi laffirmation que les masses n'auraient pas compris que
Staline soit critiqué, en déclarant que la Constitution arait été reçue par les masses comme l'annonce d'un changement de cours.
Lettre ouverte de Raskolnikov à Staline
Staline, vous m'avez déclaré hors la loi. Vous m'avez mis en ce qui concerne mes droits,
: plus exactement mon absence de droits, au niveau de tous les citoyens soviétiques qui, sous votre domination, se trouvent hors la loi. Pour ma part, je vous réponds de façon tout à fait correspondante : je vous rends la carte d'entrée pour le pays du « socialisme » édifié par vous et romps avec vofre régime. Votre « socialisme », dont ses constructeurs ne trouvent de place
• que derrière des barreaux de prison, est aussi éloigné du socialisme véritable que l'arbitraire de votre dictature personnelle se trouve étranger à la « dictature du prolétariat ». Il ne vous servira de rien si l'honorable révolutionnaire décoré de tous les ordres, N.A. Morosov, affirme qu'il a précisément passé 20 ans de sa vie à la prison de Schlusselbourg pour un tel « socialisme ».
L'accroissement naturel du mécontentement des paysans, des ouvriers et de l'intelligenzia exigeait impérieusement une « grande manœuvre populaire », semblable au passage de Lénine à la N.E.P. en 1921. Sous la pression du peuple soviétique, vous lui avez « fait cadeau » de la Constitution. Elle fut saluée par tout le pays avec un enthousiasme sincère. La réalisation honnête des principes constitutionnels de 1936 qui incarnaient les espoirs et les aspirations de tout le peuple, aurait signifié une nouvelle étape dans la vie de l'Etat soviétique. Mais pour vous chaque pas politique est identique à mensonge et tromperie. Vous engendriez une politique sans éthique, une puissance étatique sans règle, et un socialisme sans amour de l'humanité.
Staline, qu'avez-vous fait de la Constitution? Effrayé par la liberté de vote comme « un saut dans l'inconnu » qui pourrait menacer votre pouvoir personnel, vous avez déchiré la
(Constitution, transformé le vote en une farce ridicule de scrutin pour une seule candidature et rempli les séances du Soviet suprême par des louanges et des ovations en votre honneur. Mais dans les intervalles entre les diverses périodes gouvernementales vous anéantissez les « députés
(vacillants ». Ainsi vous vous moquez de leur immunité et rappelez que le maitre du pays soviétique n'est pas le Soviet suprême mais vous-même. Vous avez tout faif pour discréditer l'administration soviétique et le socialisme. Au lieu de suivre la ligne prescrite par la Constitution, vous avez étouffé le mécontentement croissant par des actes de violence nt lterreur. Avec le remplacement graduel de la dictature des travailleurs par le régime de votre dictature personnelle, vous avez ouvert une nouvelle étape qui entrera dans l'histoire de notre révolution sous le nom « d'époque de la terreur ». Dans toute l'Union soviétique, personne ne se sent sûr et personne ne sait quand il se couche s'il ne va pas au devant de la prochaine arrestation. Personne n'est épargné. Le coupable et l'innocenf, le héros de la révolution d'Octobre et l'ennemi de la révolution, le vieux bolchevik et le sans-parti, le kolkhozien et l'ambassadeur, le commissaire du peuple et l'ouvrier, l'intellectuel et le maréchal soviétique tous sont également exposés aux coups de votre knout. Tous dansent dans votre infernal carnaval aspergé de sang. De même que dans une explosion volcanique de grands blocs de pierre bondissent dans le cratère avec bruit, de même vous lâchez des couches entières des soviets et les livrez à l'abime.
Vous avez commencé par des scissions sanglantes avec d'anciens partisans de Trotsky, Zinoviev et Boukharine, puis vous êtes passé à l'assassinat des vieux bolcheviks. Vous avez exterminé les cadres de sans-partis et des membres du parti qui s'étaient formés pendant la guerre civile et qui avaient porté sur leurs épaules la construction des premiers plans quinquennaux. Puis vous avez organisé l'assassinat des jeunes communistes. Vous vous êtes retranché derrière le mot d'ordre de la lutte contre les « espions trotskystes-boukharinistes ».
• Mais le pouvoir n'est pas seulement depuis hier dans vos mains. Personne ne peut obtenir un poste responsable à votre insu. Qui a placé les soi-disant « ennemis du peuple » aux postes les plus responsables du parti, de l'armée et de la diplomatie ? Vous, Joseph Staline ! Qui a laissé placer les soi-disant « saboteurs » à tous les pores de l'appareil d'Etat et du Vous, Joseph Staline ! Vous agissez comme si vous étiez un bon gars confiant, que n'importe quel monstre de carnaval muni d'un masque a mené pendant des années par le bout du nez. Vous soufflez à vos créatures: « Cherchez et trouvez des boucs émissaires ! ». Vous rejetez ainsi vos propres péchés sur des victimes, des prisonniers condamnés à l'exécution. Vous avez attaché le pays aux fers d'une peur et d'une terreur effrayante. Même l'homme courageux n'ose plus vous dire la vérité à la face. Les vagues de l'autocritique sans distinction personne meurent docilement au pied de votre trône.
Vous êtes infaillible comme le pape ! Vous ne commettez jamais d'erreur ! Mais le peuple soviétique sait parfaitement que vous êtes responsable de tout, vous, le forgeron du « bonheur général ». A l'aide de falsifications malpropres, vous avez monté des procès qui, avec leurs accusés ternes, dépassent de loin les procès médiévaux de sorcières que vous connaissez de vos manuels de séminariste. Vous savez bien que Piatakov n'a pas volé vers Oslo et que Maxime Gorki est mort de mort naturelle.
Sachant bien que tout était mensonge, vous avez stimulé ceux qui calomniaient : « Continuez à calomnier tranquillement, il en reste toujours quelque chose ! ». Vous êtes un cuisinier qui prépare des plats épicés. Pour des estomacs normaux, vos plats sont indigestes.
Sur la tombe de Lénine vous avez prononcé un serment solennel d'exécuter ses volontés et de veiller sur l'unité du parti comme sur la prunelle de vos yeux.
Vous, parjure, vous avez détruit ce legs de Lénine. Vous avez calomnié, déshonoré et fusillé les vieux compagnons de Lénine, Kamenev, Zinoviev, Boukharine, Rykov et d'autres dont connaissiez bien l'innocence. Vous les avez contraints à se repentir de crimes qu'ils n'avaient jamais commis et à se salir de la tête aux pieds.
Où sont les héros de la Révolution d'Octobre ? Où est Bubnov ? Où est Krilenko ? Où est
Antonov-Ovseenko? Où est Dybenko? Staline, vous les avez arrêtés ! Où est la vieille garde ?
Elle n'est plus ! Staline, vous l'avez fait fusiller ! Vous avez déshonoré et souillé l'âme de vos collaborateurs. Vous avez forcé vos partisans à passer, avec détresse et dégoût, dans les flaques de sang provenant de leurs amis et camarades de la veille.
Dans la mensongère histoire du parti qui a été composée sous votre direction, vous avez volé les hommes calomniés, frappés et tués par vous et vous vous êtes attribué leurs faits et leurs mérites. Vous avez anéanti le parti de Lénine et fondé sur son cadavre le nouveau
«parti de Lénine et de Staline » qui ne sert que comme un manteau commode de votre régime personnel. Vous ne l'avez pas édifié sur la base d'un programme général et d'une tactique, sur lesquels se bâtit tout parti, mais sur la base dépourvue d'idée de l'amour et du dévouement personnel envers vous. La connaissance du nouveau programme du parti est déclarée non obligatoire. Mais l'amour pour vous, Staline, est obligatoire. Il est enflammé chaque jour dans la presse. La reconnaissance du programme du parti est remplacé par des déclarations d'amour pour Staline. Vous êtes un renégat qui a rompu avec son passé et qui a trahi l'œuvre de Lénine. Vous avez renoncé solennellement à la création de nouveaux cadres.
Combien de ces jeunes qui s'étaient élevés de la masse pourrissent dans les geôles de vos prisons ? Staline, combien d'entre eux avez-vous fait fusiller ?
Avec la cruauté d'un sadique, vous détruisez tant de cadres si utiles et irremplaçables pour le pays: du point de vue de votre dictature personnelle ils vous paraissaient être dangereux. A la veille de la guerre vous détruisez l'Armée rouge. Vous avez enlevé à l'Armée rouge ses dirigeants. Vous avez assassiné les chefs militaires les plus doués qui avaient été élevés dans les expériences de la guerre mondiale et de la guerre civile, en tête desquels le remarquable maréchal Toukhatchevsky. Vous avez exterminé les héros de la guerre civile qui avaient fransformé l'Armée rouge pour la mettre au niveau moderne de la technique militaire. Au moment où le danger de guerre devient le plus grand, vous continuez à détruire les dirigeants de
Best le maréchal Blucher? Où est le maréchal Yegorow? Staline, vous les avez emprisonnés! Pour calmer les esprits inquiets, vous mentez au pays en disant que, par les arrestations et les fusillades, l'Armée rouge affaiblie est encore devenue plus forte. Bien que vous sachiez que les règles de la guerre exigent un commandement unique dans l'armée, du haut état-major jusqu'à l'organisme inférieur, vous avez rétabli l'institution des commissaires politiques qui avait été créée dans l'armée et la flotte rouges au début de la révolution, quand nous n'avions pas encore nos propres officiers et que nous devions surveiller les spécialistes militaires de la vieille armée par des hommes politiques. Par votre méfiance envers les officiers rouges vous introduisez la dualité de commandement dans l'armée et vous minez ainsi la discipline militaire.
Sous la pression du peuple russe, vous avez hypocritement fait renaitre le culte des héros de l'histoire russe, Alexandre Newski, Dimitri Donskoi, Souvorov et Koufouzov, et espérez que ceux-ci vous aideront mieux dans la guerre future que les généraux fusillés. Dans l'atmosphère empoisonnée créée par vous — - de soupçon, de méfiance réciproque, de dénonciation générale et de toute-puissance du Guépéou, à la torture de laquelle vous avez livré l'Armée tout le pays - on croit à tout « document découvert » comme à une preuve indiscutable ou bien on agit comme si on y croyait. Par l'envoi de faux documents qui dénoncent aux agents de Jezov le travail honnête de l'ambassade de Sofia, on obtient la décomposition et l'effondrement de notre ambassade en Bulgarie, depuis le chauffeur jusqu'à l'attaché militaire W.T. Soukharoukov.
Vous avez détruit l'une après l'autre les plus importantes conquêtes d'Octobre. Sous le prétexte de la lutte contre les « fluctuations de la force de travail », vous avez asservi les rapports de travail ef les ouvriers soviétiques, par déplacement dans les fabriques et les entreprises. Vous avez détruit l'organisation économique du pays, désorganisé l'industrie et les transports et, par d'innombrables remplacements et nominations, arrestations et instigations, affaibli l'autorité des directeurs, ingénieurs et contremaîtres, toujours pour rechercher « des saboteurs cachés, pas encore démasqués ». En rendant impossible un travail normal, vous avez sous forme de lutte contre « l'absentéisme » et le « retard » obligé les ouvriers à faveiller sous le fouet de décrets cruels. Vos représailles inhumaines rendent insupportables la vie des ouvriers soviétiques qui sont chassés de leur logement pour la plus petite infraction.
La classe ouvrière a supporté avec héroïsme le fardeau d'un travail tendu le f-im, la sous-alimentation, des salaires diminués, la misère des logements et le manque de map-andises. Elle croyait que vous la meniez au socialisme. Mais vous n'avez pas iustina confiance. La classe ouvrière soviétique espérait que, lorsque le socialisme aurait vaincu dans notre pays, tous vivraient joyeusement ef aisément. Vous avez également enlevé à con gens cette espérance : vous avez déclaré que le socialisme était déjà construit et les ouvriers qui ne pouvaient en croire leurs oreilles se demandaient en chuchotant les uns aux autres : « Si c'est cela le socialisme, pourquoi avons-nous donc combattu, camarades ? »
Vous, Staline, avez déformé la théorie de Lénine sur le dépérissement de l'E'al, ainsi que tout le marxisme. Par la bouche de vos théoriciens sans culture qui ont pris les places de Boukharine, Kamenev et Lounatcharski, vous promettez de maintenir la puissance du Guépéou même sous le communisme. Vous avez sous prétexte de lutte ôté aux kolkhoziens toute incitation au travail. Vous avez détruit les petits lopins pour obliger les paysans à ne travailler que sur les terres kolkhoziennes. Comme organisateur de la faim, vous avez, par la rudesse et la cruauté des méthodes inconsidérées qui caractérisent votre tactique, apporté le discrédit sur l'idée de la collectivisation.
Tandis que vous déclariez hypocritement que l'intelligence est le « sel de la terra ». vous avez privé le travail de l'écrivain, du savant et de l'artiste du minimum de liberté intérienre. Vous avez poussé l'art dans l'impasse où il étouffe, devient terne et meurt. L'omniprésence de la censure terrorisée par vous et la peur compréhensible des rédacteurs qui paient tout de leur tête ont complètement paralysé la littérature soviétique. L'écrivain ne peut faire imprimer ses œuvres, l'auteur dramatique les faire jouer, le critique donner son opinion s'ils ne sont pas approuvés officiellement. Vous étranglez l'art soviétique parce que vous exigez de lui de la servilité courtisane. Mais l'art préfère se faire que de chanter votre hosanna.
Vous avez introduit un pseudo-art qui loue avec monotonie vofre célèbre « génie » gouvernemental. Des scribouillards sans talent vous supplient comme une semi-divinité et vous vous plaisez dans l'encens comme un despote. Vous détruisez impitoyablement ceux qui sont
QUATRIEMEINTERNATIONALE doués, quand les écrivains russes ne vous conviennent pas. Où est Boris Pilniak ? Où est Serge Tretiakov ? Où est Alexandre Arosev? Où est Michel Kolzov? Où est TarassovRodionov? Où est Galina Serebriakova dont la seule faute était d'être la femme de Sokolnikov? Staline, vous les avez fusillés! De mes propres yeux j'ai vu comment on envoie aux bibliothèques soviétiques de longues listes de livres qui doivent être détruits sans condition et immédiatement. Lorsque j'étais en Bulgarie, l'ai trouvé en 1937 dans une liste de littérature à brüler qui avait été expédiée mon livre de souvenirs historiques « Kronstadt ef Petersbourg en 1917 ». Sous les noms de beaucoup d'auteurs il était écrit: « A détruire tous les livres, brochures et portraits!»
Vous avez privé les savants soviétiques dans le domaine spirituel du minimum de libre pensée scientifique sans lequel le travail de recherche créatrice est impossible. Des ignorants infatués d'eux-mêmes ne permettent pas, par leurs intrigues, bavardages et excitations, aux savants de travailler tranquillement dans les universités, laboratoires et instituts. Vous avez essayé de priver de leur renommée devant le monde des savants russes de renommée mondiale, des académiciens comme Ipatiev et Tchitchibabine, pour « n'être pas retournés ». Vous avez fait connaître à tout le pays et à l'opinion mondiale le fait triste pour votre propre régime que les meilleurs savants fuient votre paradis et renoncent à vos « bienfaits »: le logement, l'auto et la carte qui confère le droit de déjeuner à la cantine du Commissaire du peuple. Vous défruisez les savants russes les plus doués. Où est le meilleur consfructeur d'avions soviétiques Tupolev ? Vous ne l'avez également pas épargné, vous l'avez fait arrêter.
Il n'y a pas un domaine, pas un coin où l'homme peut poursuivre tranquillement son travail préféré. Vous savez que, par suite de notre pauvreté en hommes, tout diplomate cultivé et expérimenté est précieux. Néanmoins vous faites revenir tous les ambassadeurs soviétiques à Moscou et vous les détruisez l'un après l'autre. Vous avez finalement détruif tout l'appareil du Commissariat du peuple aux affaires extérieures. Vous avez aussi par la destruction des jeunes cadres du pays exterminé aussi dans la fleur de l'âge les diplomates les plus doués et les plus prometteurs. Dans toutes vos actions en politique extérieure ef intérieure, vous ne partez pas de l'amour du pays qui vous est étranger mais de votre crainte animale de perdre le pouvoir personnel. Votre dictature sans principe est comme une poutre pourrie sur le chemin de notre pays. Comme « père des peuples » vous avez trahi les révolutionnaires espagnols vaincus et les avez abandonnés à l'arbitraire du sort, en laissant à d'autres pays le soin de ces hommes. Sauver courageusement des vies humaines n'est pas dans vos principes. Malheur aux vaincus ! Ils ne peuvent plus vous servir.
Comme tous les patriotes soviétiques j'ai travaillé, fermant les yeux sur bien des choses. Je me suis tu depuis longtemps. Il m'est pénible de déchirer mes derniers liens avec le vieux parti de Lénine où j'ai passé près de 30 ans. Vous avez réussi à l'anéantir en trois ans. Plus le temps passe ef plus les intérêts de votre dictature personnelle entrent en conflit inconciliable avec les intérêts du développement de tout le pays sur lequel vous régnez comme un tyran qui est finalement parvenu à diriger seul. Votre base sociale se restreint chaque jour. Recherchant fiévreusement des appuis, vous comblez les « bolcheviks sans-parti » de compliments, vous créez toujours de nouveaux groupes de privilégiés, vous les comblez de vos bienfaits, vous les nourrissez d'aumônes — mais vous ne pouvez également pas garantir le droit à la vie de ces nouveaux « califes ». Votre bacchanale dévastatrice ne peut se poursuivre longtemps. La liste de vos crimes est infinie. Il est impossible de les compter tous. Tôt ou tard le peuple soviétique vous mettra au banc des accusés comme traître au socialisme et à la révolution, comme principal saboteur, comme véritable ennemi du peuple et comme organisateur de la faim et des falsifications.
17 août 1939.