Les travailleurs boliviens, par leur insurrection triomphante du 9 avril 1952. avaient porté au pouvoir un parti qui n'était pas le leur : le M.N.R. Aussi, pour temoigner de leur méfiance a son égard, créèrent-ils en même temps leurs propres organisations dans tout le pays, tels la C.O.B. et les syndicats avec de larges fonctions politiques, et . etablirent contrôle ouvrier dans l'administration et l'industrie. Pratiquement la victoire ouvrière d'avril ouvrit une période de dualité de pouvoir opposant ces organisations révolutionnaires au pouvoir gouvernemental contrôlé par la direction petite bourgeoise du M.N.R. Mais une telle situation ne pouvait ni se stabiliser ni durer longtemps. Elle doit se résoudre soit par le renforcement des embryons du pouvoir ouvrier permettant le passage à la formation d'un gouvernement ouvrier et paysan, soit par le renforcement du pouvoir bourgeois pouvant affaiblir le mouvement ouvrier et ouvrir un processus de liquidation de la révolution et de ses conquêtes. Les cinq années de révolution vécues par la Bolivie ont été des années de lutte entre ces deux forces, se disputant l'hégémonie l'une à l'autre. La politique gouvernementale pratiquée par le M.N.R. a constamment visé à enrayer le développement révolutionnaire. à maintenir la révolution d'avril dans le cadre du respect de la propriété privée et du développement capitaliste du pays. Cette orientation, qui avait été représentée par l'ex-président Paz Estensoro est aujourd'hui accentuée par le président Siles Zuazo à la tête d'un gouvernement
LES BUTS DE
Parmi les membres du gouvernement M.N.R., personne n'a mieux exprimé que le président Siles Zuazo les aspirations des couches bourgeoises et petites bourgeoises aisées, ni n'a mieux apaisé de ce fait la «rosca ». Dans son discours du 17 octobre dernier, Siles Zuazo regrettait que la révolution ait eu des « répercussions dangereuses dans l'organisation et l'autorité de l'Etat ». Bien sûr, il se garda de préciser de quel Etat il s'agissait. Cependant, la nature, de celui-ci ne pouvait pas ne pas se révéler à travers le discours présidentiel. On apprenait donc que « le 36 n point critique droitier, pro-impérialiste, conciliateur à l'égard des couches les plus réactionnaires du pays (l'oligarchie). Mais si le M.N.R. a pu donner une telle orientation au gouvernement, c'est grâce au consentement et a la collaboration que sa direction obtint des directions syndicales bureaucratisées, notamment de celle de la C.O.B. Cependant, les masses boliviennes, malgré le rôle joué par ces directions, ont enrichi leur esprit révolutionnaire d'une grande expérience sur les possibilités et les limitations de ce gouvernement. et elles se maintiennent fermes, sur un pied de combat.
Avec l'année 1957 s'ouvre pour la révolution bolivienne une étape décisive. l'étape où son sort sera joué. La lutte qui va décider du recul ou de la progression de la révolution est aujourd'hui engagée autour des problèmes relevant d'une situation économique qu'on voudrait stabiliser. Nous assistons en Bolivie à un regroupement des forces, à leur extrême polarisation et à des luttes qui annoncent l'approche de grandes batailles.
Comprendre la dynamique de la situation présente bolivienne afin de s'y orienter correctement est une question vitale non seulement pour les travailleurs boliviens mais aussi pour le mouvement marxiste révolutionnaire et les grandes masses de l'Amérique latine. Le sort de la révolution bolivienne se trouve étroitement lié aux développements révolutionnaires du continent sud-américain, la lutte engagée aujourd hui en Bolivie s'inscrit donc dans la lutte plus générale des masses latino-américaines. SILES ZUAZO gouvernement se voit entravé dans son travail par la lutte de certaines forces se disputant l'hégémonie », que cela «nous conduisait à l'anarchie» car « le principe d'autorité se voyait brisé », alors que « le régime constitutionnel doit fonctionner sans que des influences étrangères viennent nuire aux compétences propres à chaque organisme ». Siles Zuazo ajouta : que « les excès des syndicats dont se ressentait le pouvoir d'Etat défigurent le rôle de ces organisations ».... que le mouvement syndical « ne doit pas prolonger son activité dans des domaines qui ont leur propre fonction politique », car « si les syndicats pénétraient dans les institutions (d'Etat), s'ils se substituaient pouvoir exécutif ou au pouvoir judiciaire, alors ils détruiraient de ce fait leur propre nature et favoriseraient l'anarchie en affaiblissant le pouvoir d'Etat, pouvoir que nous sommes tous intéressés à renforcer ».
M. Siles Zuazo est donc pour le renforcement d'un Etat que la révolution a affaibli en lui enlevant certaines prérogatives pour les transmettre aux organisations ouvrières qui, de ce fait, ont cessé de se conduire en simples organisations syndicales.
Celles-ci ne pouvaient pas agir autrement car la révolution a sa propre dynamique. Pour vaincre, la révolution devait nécessairement détruire ne fût-ce qu'en partie l'Etat féodo-bourgeois, et créer de nouvelles forces, de nouveaux organismes correspondant à la nouvelle situation créée. C'est ainsi qu'apparut une situation de double pouvoir - embryonnaire si l'on veut - opposant ceux qui, comme le M.N.R., voulaient s'accrocher aux survivances du vieil Etat, aux masses révolutionnaires qui, sans aucun respect pour la respectable « autorité d'Etat » dont la «rosca » et les Siles Zuazo ont la nostalgie, étaient entrées dans les institutions d'Etat. Ce sont ces masses qui s'étaient approprié certains leviers du
LA STABILISATION
Pour que Siles Zuazo puisse atteindre ses objectifs il lui faudra regrouper autour de lui les forces de la réaction qui voient certes avec sympathie le nouveau président mais qui exigent de lui des actes, dont la mise en pratique des idées contenues dans son discours du 17 octobre. L'impérialisme fait pression dans le même sens. La crise économique du pays. caractérisée par une inflation que les masses parviennent mal à supporter, offre à Siles l'occasion d'amorcer ses projets. C'est ainsi qu'il a fait appel au capitaliste des U.S.A., Jackson Eder, qui est arrivé en Bolivie avec un plan de stabilisation economique du pays qui a reçu, selon ses propres déclarations, l'approbation d'importants trusts nord-américains.
Le plan Eder s'encadre dans les vues de Siles. Pour pouvoir l'appliquer, Siles avait obtenu de la Chambre des députés, outre la déclaration de l'état de siège du pays. des pouvoirs spéciaux destinés au renforcement voulu de l Etat. Pour y parvenir. Siles avait profité du profond mécontentement des masses qui voulaient sortir de l'inflation et de la crise économique. Mais les masses ont vite vu comment elles ont été dupes à cette occasion.
En effet, le plan Eder pour stabiliser la monnaie suit la ligne du discours du président du 17 octobre; il est dirigé fondamentalement pour liquider la révolution bolivienne. Il prouve incontestablement à quel point la direction petite bourgeoise du M.N.R. est disposée à capituler devant les réactionnaires indigènes et l'impérialisme, à déserter donc le camp révolutionnaire par peur de voir se développer un pouvoir exécutif et judiciaire. Si elles n'avaient agi de la sorte, la tête de M. Siles Zuazo aurait été accrochée à un poteau voisin de celui que la « rosca » avait utilisé le 21 juillet 1946 pour pendre le président Villarroel.
Mais le président Siles, faisant écho aux gens de la réaction, appelle cette action des masses anarchie, perte d'autorité de l'Etat, excès des syndicats qui dépassent leur fonction stricte, syndicale. etc., etc. Bien súr, la révolution a affaibli, détruit en partie l'autorité de l'Etat, mais de l'Etat des exploiteurs, des affameurs des masses boliviennes. En même temps elle a cherché et cherche toujours, à l'encontre du M.N.R. érigé en le plus grand obstacle, la voie pour établir un nouvel ordre, renforcer un nouvel Etat. C'est à
Ice processus qu'une nouvelle «autorité » se profile en Bolivie, autorité qui sera détenue non pas par une minorité mais par la grande majorité du pays dans le cadre d'une véritable démocratie.
Par contre ce que le président Siles veut, et il le dit dans ses discours et le confirme par ses actes, c'est le renforcement de l'Etat des exploiteurs avec la défaite des masses boliviennes et la destruction des formes embryonnaires du pouvoir ouvrier. Voilà son programme de gouvernement soutenu, comme il se doit. par la «rosca » et l'impérialisme. DE LA MONNAIE mouvement ouvrier totalement indépendant. La preuve est ainsi faite que ces directions se trouvent plus étroitement liées aux forces réactionnaires qu'à celles de la classe ouvrière.
Autour du plan Eder s'est constituée une Sainte Alliance groupant l'impérialisme yankee, le gouvernement Siles, la droite du M.N.R., la Phalange et tous les organismes tant politiques qu'économiques tenus par la « rosca ».
Les raisons de cette Sainte Alliance sont expliquées par les buts du plan dont nous signalons ici les lignes générales: - Liberté d'entreprise et du commerce.
Suppression de tout controle sur les prix, les importations et les exportations. -- Blocage des salaires.
• Transfert au capital: privé de toutes les branches productives exploitées par l'Etat : sucreries, plantations de coton, mines, installations hydro-électriques.
services publics, etc., etc. - Abrogation du droit pour tout travailleur de s'opposer à être congédié par le patron, et liberté pour celui-ci de le congédier. - Augmentation de 200 à 400 % des prix du loyer d'habitation. - Large liberté pour l'exportation aussi bien des capitaux que des bénéfices obtenus par les investissements. - Suppression de tout contrôle sur toutes les opérations concernant la monnaie nationale et la monnaie, étrangère.
Les mesures du plan concernant la stabilisation monétaire, aussitôt appli-
37 28.
UATRIEME quées, ont détérioré davantage la situation éocnomique des travailleurs boliviens et des classes moyennes. En effet, la cote officielle du dollar intervenant dans les importations des denrées alimentaires et
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La Bolivie est le pays latino-américain où la vie est la plus chère. Voici quelCafé - kilog Viande - kilog 6.000 Riz - kilog 2.800 Pain - kilog 1.600 Pommes de terre - kilog 1.500 Huile - litre 4.000 Cinéma - la place 1.500
Le Plan Eder n'a pas seulement des répercussions dans la vie économique des salariés, mais aussi dans le domaine politique visant l'avenir de la révolution bolivienne. Il s'attaque en effet à des conquêtes ouvrières telles que le droit de grève, le droit syndical, le controle ouvrier sur la production, etc.
D'autre part, du fait que la liberté du commerce et d'entreprise est rétablie, des conditions favorables sont données pour le renforcement des bases économiques de
Mais une chose est le plan du gouvernement, de la réaction indigène et de l'impérialisme, et autre chose est l'attitude des travailleurs boliviens qui pèsent de tout leur poids dans la politique nationale.
Le chemin que Siles Zuazo a choisi pour étrangler à froid la révolution bolivienne n'est pas dépourvu d'obstacle. Il est croisé par le chemin que les masses révolutionnaires parcourent elles-mêmes.
Il est vrai que Siles Zuazo a pour lui l'esprit conciliateur et même capitulard le la direction de la C.O.B. Mais il est également vrai que cette direction a perdu de l'autorité auprès des masses qui l'assiègent avec leurs demandes et actions révolutionnaires et l'obligent à faire des pas en avant qu'elle ne voudrait nullement faire.
Les assemblées, conférences et congrès ouvriers tenus avant et après l'application du plan Eder l'ont prouvé.
Le gouvernement Siles avait pu obtenir des bureaucraties syndicales un soutien inconditionnel à sa nouvelle politique économique. En quête d'une confirmation de ce soutien, des assemblées des cheminots, des mineurs, des ouvriers du textile 38 des matières premières et des machines pour l'industrie, est passée de 190 bolivianos à 7.760 bolivianos. Il en est résulte une hausse en flèche des prix, comme on le verra dans le tableau que voici:.
Prix (en bolivianos) Pourcentage d'augmentation d'augmentation Aujourd'hui 300 900 % 2.800 2.100 % 1.600 1.500 % 6.000 500 % 500 400 % ques prix et leurs équivalences en heures de travail:
heures de travail 12 heures de travail 5 heures et demi de travail 3 heures et quart de travail 3 heures 8 3 la «rosca», que la révolution avait minées. Cette nouvelle situation économique se reflétera dans le domaine politique par un renouveau des partis réactionnaires qui ne tarderont pas a passer à l'attaque contre le mouvement ouvrier avant de se lancer pour prendre le pouvoir d'Etat dans leurs propres mains. Dans ces conditions, le président Siles Zuazo apparait ouvrir la route pour le retour au pouvoir des classes les plus réactionnaires: la « rosca ». et autres furent convoquées à l'échelle nationale.
Dans la première quinzaine de novembre se tint la réunion élargie des cheminots ; le 28 novembre celle des mineurs, le 9 décembre celle du Congrès national du textile. A toutes ces réunions il apparut d'une façon éclatante que l'esprit de la classe ouvrière bolivienne n'était pas celui de la soumission devant le gouvernement, mais de l'opposition totale aux mesures gouvernementales qui vont à l'encontre des intéréts des masses laborieuses. Ces réunions, assemblées et congrès avaient été. •nous l'avons dit, convoqués pour enteriner la politique économique envisagée par le gouvernement. La bureaucratie s'était mobilisée pour rechercher un soutien inconditionnel au gouvernement. Elle n'y parvint pas malgré tous ses efforts. Certes, les travailleurs, sous la pression de la crise économique et de l'inflation galopante, voulaient la stabilisation économique promise par le gouvernement. Cependant, dans leurs résolutions, ils tinrent à préciser sans aucune équivoque qu'ils défendraient leurs salaires, les conquêtes de la révolution ainsi que le développement économique et in-
Avant
10.000 bolivianos
LES MASSES S'OPPOSENT RESOLUMENT AU GOUVERNEMENT
Avant
10.000 bolivianos
LES MASSES S'OPPOSENT RESOLUMENT AU GOUVERNEMENT
E
Q dustriel de la Bolivie. Siles Zuazo, parlant au moment de présenter les projets de stabilisation économique, dans la nuit du 14 novembre, regrettait que « certains secteurs ouvriers me soutiennent conditionnellement alors que je rends mes services inconditionnellement au pays».
Dans ces réunions ouvrières, le P.O.R. (Parti Ouvrier Révolutionnaire, sectio bolivienne de la IV• Internationale) a été représenté par des délégués nommés par la base qui ont condamné sans menagement le plan économique élaboré par Eder et proposé à la place un Plan ouvrier de stabilisation capable d'élever le niveau de vie des masses, de pousser la révolution en avant et de faire retomber sur les couches capitalistes le fardeau de la crise. Les militants du • P.O.R. ont trouvé une grande sympathie de la part des autres délégations assistant à ces assemblées nationales et ont contribué largement à organiser la résistance contre la nouvelle orientation économique gouvernementale. Leurs critiques de cette politique, suivies de propositions se substituant au Plan Eder, ont contribué grandement à accroitre le prestige du P.O.R. auprès les masses.
Cependant. le gouvernement Sles ne voyait pas d'un bon œil cette activité du P.O.R. Aussi fit-il saisir et détruire le journal du P.O.R., Lucha Obrera, du 29 novembre, tandis que la police arrêtait des dirigeants poristes pour les empêcher d'influencer de quelque façon que ce soit les assemblées des travailleurs. Mais ces
Si avant son application, le plan Eder. dont la véritable portée n'était pas encore connue, avait provoqué le mécontentement des travailleurs, ce mécontentement ne fit que croître et exploser quand ses détails furent connus.
Au début, les décrets du 15 décembre sur la stabilisation économique produisirent un grand désarroi chez les travailleurs et les couches populaires. Le premier mot qu'ils prononcerent fut « Trahison! On nous a trompés!». Puis ce désarroi se mua dans un désir de lutte ouverte. Celle-ci commença avec l'assaut des boucheries et des autres établissements de denrées alimentaires, tandis que des groupes de manifestants menaçaient de s'emparer des boulangeries et des pompes pour l'approvisionnement d'essence. La Fédération des employés des télégraphes convoqua une assemblée de ses membres pour décider la grève, assemblée que la du decret declarant le pays en etat de police interdit siège.
De son côté, la direction de la C.O.B., qui jusqu'alors avait fui la discussion de la nouvelle politique économique, fut contrainte de convoquer une assemblée nationale de la C.O.B. devant laquelle les comités de la C.O.B. déclarèrent que le gouvernement n'avait pas consulté la C.O.B. pour l'application du plan économique et qu'elles en étaient les premières surprises. La discussion fut chaude. Tous les délégués se prononcèrent, à de rares mesures rendirent un grand service au P.O.R. dans la mesure où il s'avéra que le P.O.R. n'était pas isolé des masses. En effet. la réunion élargie des mineurs adopta une résolution protestant contre la saisie de Lucha Obrera et exigeant la liberté de la presse ouvrière. Une résolution identique fut présentée à la Chambre des députés, qui fut soutenue par 17 députés ouvriers.
Malgré la répression contre les activités des militants du P.O.R.. les vues de celui-ci sur les questions traitées aux assemblées ouvrières furent en partie incorporées aux résolutions adoptées. C'est ainsi que le soutien inconditionnel de la politique du gouvernement tant recherché par la bureaucratie syndicale fut limité à un soutien sous conditions.
Cela montre que la bureaucratie syndicale ne peut pas manœuvrer les masses comme auparavant. elle rencontre une grande résistance dans la base et même dans les cadres moyens, tous résolus à défendre leurs intérêts de classe. Cependant cela ne veut pas dire que ces direotions bureaucratisées ont perdu toute autorité sur les masses. Si le mouvement ouvrier tolère encore ces directions, c'est dans la mesure où elles ne s'attaquent pas directement aux intérêts des travailleurs. Quand ces attaques se produisent. les masses se dressent contre de telles directions. Entre temps, à travers ces luttes, une nouvelle direction ouvrière va se forgeant. exceptions près, contre les décrets gouvernementaux et critiquèrent le gouvernement. Les délégués du P.O.R. intervinrent pour orienter comme il le fallait la discussion, et leurs interventions furent longuement applaudies.
Entre temps, les cheminots de Uyuni annonçaient leur décision d'arrêter le travail, tandis que les mineurs de Siglo XX se mettaient en grève.
La situation tournait mal pour le gouvernement. Le 28 décembre, le président Siles Zuazo, dans une conférence de presse, declarait la greve de la faim pour répondre à l'opposition ouvrière au plan de stabilisation économique. Le but de Siles Zuazo était évident: 11 voulait empêcher que le mécontentement des ouvriers ne gagne d'autres couches populaires. Il voulait diviser le mouvement ouvrier, lancer les secteurs ouvriers les uns contre les autres, pousser la petite bourgeoisie exaspérée par la crise contre les organisations ouvrières, favoriser enfin des actes terroristes contre les dirigeants syndicaux et révolutionnaires.
Les groupements réactionnaires comprirent vite les buts que s'était fixés Zuazo et se mobilisèrent pour venir à son aide. Dans la nuit du 28 décembre, des bandes de terroristes parcoururent les rues de La Paz aux cris d' « A mort le P.O.R. la C.O.B., le P.c.» et demandant la tete des dirigeants syndicaux. Le lendemain, 29 décembre, aux appels lancés par la radio et la presse officielle.
LE PRESIDENT FAIT LA GREVE DE LA FAIM CONTRE LES TRAVAILLEURS
LE PRESIDENT FAIT LA GREVE DE LA FAIM CONTRE LES TRAVAILLEURS
INTERNATIONALE les forces de la « rosca » se mobilisèrent pour manifester avec la droite du M.N.R. en faveur du président Siles Zuazo. Leurs mots d'ordre étaient: Destruction organisations syndicales et de la C.O.B.! Chasse aux militants révolutionnaires et aux partis ouvriers! On criait contre les « extrémistes », le trotskysme, le communisme. Des groupes de petits bourgeois saisis par l'hystérie demandaient un règlement de comptes contre les révolutionnaires !
Les manifestants défilèrent devant le palais gouvernemental en agitant les mouchoirs, mais sans mimer le signe V. signe symbolique du M.N.R.
Siles Zuazo parla aux manifestants qui se déchaînèrent, criant contre la C.O.B., Lechin et les syndicats. Cette manifestation, à laquelle ne participèrent ni les ouvriers ni les paysans, prouvait quelle était la nature politique et sociale de la force sur laquelle Siles Zuazo s'appuyait pour appliquer le plan Eder.
Les secteurs de la «rosca» se sont unis au président, avec pour but principal de contenir le mouvement ouvrier
Il était facile de prévoir que cette attaque des forces réactionnaires venant au secours de Siles Zuazo trouverait, de la part des travailleurs, une réponse adéquate, car l'offensive de la « rosca» visait la destruction de la C.O.B. et des syndicats, véritables moteurs, quelles que solent leurs actuelles directions bureaucratisées, du processus révolutionnaire. Tout ouvrier bolivien, même le plus arriéré politiquement, sait que le syndicat est pour lui un rempart et qu'il doit le défendre à tout prix.
Quelques heures après la manifestation de rue des réactionnaires, commencèrent à se faire jour des résolutions syndicales condamnant les attaques lancées par les partisans de Siles.
La direction de la C.O.B. tout comme les directions des Confédérations et Fédérations - qui avaient senti planer sur leurs têtes le danger - décidèrent, sous la pression de la base et après quelques hésitations, de contre-manifester dans la rue ; mais, toujours soucieux de montrer un esprit conciliateur, elles voulurent limiter la portée politique de la contremanifestation. En fait, ce ne fut pas la C.O.B. en tant que telle qui organisa la contre-manifestation, mais les différentes directions syndicales. En outre, cette démonstration de force avait été conçue comme un acte de « réparation à l'égard de Lechin». Pis encore, des consignes furent données pour appuyer le gouvernement, Siles et Lechin. On voulait ainsi éviter que les masses, voyant où se trouvait l'ennemi réel, se différencient encore davantage du gouvernement.
La contre-manifestation ouvrière défila le jeudi 3 janvier. Les syndicats sortirent dans la rue et se concentrèrent sur la place Venezuela, devant le siège de la C.O.B. Là, les manifestants écoutèrent les discours confus qui appelaient la 40 et d'étrangler la révolution. Ces gens ont comparé Zuazo à Gandhi et à Mossadegh. mais ils ont oublié que le leader hindou comme le leader iranien pleuraient ou pratiquaient la grève de la faim dans leur lutte pour l'indépendance de leurs peuples à l'égard de l'impérialisme, tandis que Siles Zuazo pratique la grève de la faim contre la classe ouvrière et les couches populaires qui l'ont porté au pouvoir, pour imposer la volonté de l'impérialisme yankee.
Mais la «rosca » est allée plus loin. En chargeant le général Bilbao, phalangiste bien connu, de présider aux manifestations en faveur de Siles Zuazo, la « rosca » chercha à s'emparer du pouvoir à une étape ultérieure. Son raisonnement est le suivant: Détruisons avec l'aide de Siles la C.O.B. et les syndicats, puis nous nous débarrasserons de Siles et nous prendrons le pret devoues ouvoir avec des hommes
La main de l'impérialisme apparait à travers tous ces agissements de «rosca ». C'est en effet lui qui la pousse et l'oriente avec des directives précises. OUVRIERE concorde. Lechin termina en effet son discours par un « Vive Siles ! » et conseilla aux travailleurs de rentrer chez eux dans le calme.
Mais ce n'était pas ce que les ouvriers voulaient. Leur esprit de lutte n'avait trouvé aucun écho dans les discours de ces dirigeants, et ce en dépit du fait que les ouvriers qui étaient à la queue du défilé étaient à ce moment attaqués par les droitiers du M.N.R. et la Phalange précisément aux cris de « Vive Siles!».
Les discours terminés, un deuxième défilé se forma qui, passant outre aux conseils de Lechin, se dirigea vers la Place Murillo occupée par les réactionnaires. Le choc qui semblait inévitable ne se produisit point; deux coups de fusil suffirent pour que les «rosqueros» quittent les lieux devant la décision des travailleurs de les écraser. Cette manifestation de la Place Murillo était présidée par la direction et les militants du P.O.R.; elle parcourut les principaux quartiers de La Paz aux cris de: Vive la C.O.B., les milices armées, l'alliance ouvrière et paysanne. le gouvernement ouvrier et paysan, le P.O.R., tandis qu'on conspuait l'impérialisme yankee, la droite du M.N.R.. les nouveaux riches, la Phalange, le plan économique Eder. Devant le siège de la C.O.B. les manifestants demandaient : «le pouvoir à la C.O.B. !». defiait en prendre man adre am Entre la première manifestation qui mage à Lechin, et cette seconde manifestation combative à la tête de laquelle se trouvait le P.O.R., il y avait une grande différence qualitative nécessaire pour faire échec à la réaction.
Les travailleurs ont vu que la réaction gagne du terrain dans la mesure où les directions syndicales se montrent lâches. hésitantes et capitulardes. Mais quand les ouvriers sont dans les rues dirigés par
Q UA TRIEME une direction révolutionnaire, le front contre-révolutionnaire, mis en pièces, disparait.
Les mots d'ordre et le programme du P.O.R., à l'occasion de cette manifestation ouvrière, ont coïncidé entièrement
Dans une situation caractérisée par l'exacerbation de la lutte des classes et leur polarisation en deux fronts (qui existent dans les faits en dépit des désirs des bureaucrates qui voudraient une paix sociale, d'ailleurs impossible) l'actuelle direction de la C.O.B. ne constitue pas un facteur positif mais négatif et de confusion à cause de son orientation politique. En effet, la politique suivie par l'équipe dirigeante de la C.O.B. est une politique centriste-réformiste qui, loin d'armer idéologiquement le mouvement ouvrier, le freine dans ses initiatives, le dévie vers des objectifs secondaires et gaspille ainsi ses énergies.
Lors des événements que nous venons d'évoquer, la direction de la C.O.B. s'est préoccupée de ranger la C.O.B. derrière le gouvernement et de mettre sur le même plan les noms de Siles et de Lechin. Les travailleurs se sont ainsi vus confrontés avec des groupes qui manifestaient en faveur de Siles mais s'attaquaient aux travailleurs, groupes dans lesquels se trouvaient même des employés du palais gouvernemental. Le fait que Siles ait été soutenu en même temps par la réaction et par les dirigeants de la C.O.B. a pro-
La révolution bolivienne s'achemine vers un dénouement. Dernièrement des changements favorables aux forces réactionnaires sont intervenus. Le Plan économique Eder est venu souder dans un front tous les secteurs de la réaction.
Cependant, le front de la révolution, celui des masses n'a pas encore une direction adéquate. C'est pourquoi la question centrale de la révolution bolivienne. c'est de créer dans le plus bref délai possible la direction dont celle-ci a besoin.
Dans cette tâche d'une portée historique, le Parti Ouvrier Révolutionnaire a à jouer un rôle décisif. C'est lui le seul parti enraciné dans les masses, fusionné avec elles. Bien qu'encore parti minor!taire, le P.o.h. est le seul parti ayant des vues correctes qu'il souligne aux travailleurs à tout moment, au sein de la C.O.B. comme ailleurs. C'est lui qui oppose un optimisme révolutionnaire au pessimisme qui ronge les directions ouvrières bureaucratisées et tel ou tel secteur du mouvement ouvrier.
Sans le P.O.R. en tant que force réelle agissant à l'intérieur et à l'extérieur des organisations ouvrières pour la constitution de nouvelles directions syndicales, la
E avec l'esprit combatif des travailleurs. Les dirigeants et les militants du P.O.R. ont, à la tête des masses, dans la rue, disputé la direction au M.N.R. et à la bureaucratie syndicale qui prônaient le calme et la dispersion des manifestants. duit dans la masse une grande confusion.
Cette attitude politique des dirigeants de la C.O.B. profite indirectement à l'ennemi, empêche le renforcement du front ouvrier et se dresse comme un obstacle devant les masses révolutionnaires. La direction actuelle de la C.O.B. n'est donc pas la direction dont le mouvement ouvrier a besoin pour vaincre. Sa ligne de concessions continuelles, bien que melees de résistances, de frictions et de luttes conjoncturelles, aboutit toujours à la capitulation devant l'ennemi.
La direction de la C.O.B. ne veut pas se différencier du gouvernement et du M.N.R. Elle s'entête à préconiser l'unité C.O.B.-M.N.R., unité qui d'ailleurs n'est pas conçue sur un plan d'égalité mais plutôt de soumission de la C.O.B. au M.N.R. Or, comme la C.O.B. représente la grande majorité des ouvriers et des paysans, une telle unité consiste à s'allier aux secteurs droitiers, ennemis aussi bien de la révolution que de la C.O.B. ellemême. Enfin, l'unité préconisée, c'est la soumission de la direction de la C.O.B. aux intérêts des gens qui se trouvent être les alliés de la Phalange et de la « rosca ». révolution bolivienne ne pourrait pas avancer. Avec la direction actuelle de la C.O.B., les masses boliviennes pourront, animées par leur esprit combatif, résister à l'ennemi, mais elles risquent de s'atomiser.
La révolution bolivienne est arrivée à un stade ou le Parti révolutionnaire est plus que nécessaire. Bien que les masses suivent la C.O.B. et que le P.O.R. soit encore un parti minoritaire, c'est a lui que revient le rôle de parti dirigeant de la révolution. La marche des masses boliviennes vers le pouvoir exige du P.O.R. une action constante auprès des masses pour les aider à constituer de nouvelles directions plus conscientes et pour les doter d'un programme révolutionnaire en vue de réaliser le pouvoir ouvrier. Le P.O.R. agit déjà dans un tel sens, mais il le fait encore avec des limitations qu'il doit surmonter pour mettre en échec le front de la contre-révolution.
Œuvrer au renforcement de l'activité révolutionnaire du P.O.R., c'est le devoir de tout révolutionnaire bolivien ou latinoaméricain.