La grève de 34.000 ouvriers métallurgistes dans les 38 entreprises de la province du Schleswig-Holstein s'est terminée par le deuxième vote sur la proposition de compromis
Eg. des ouvriers se sont prononcés pour l'acceptation. Selon les statuts, pour le refus il aurait fallu un vote négatif de 75,1 %.
Dans cette grève, la plus longue d'après-guerre, les ouvriers ont lutté pour l'éli mination de la « période de carence » en cas de maladie qui a déja été supprimee chez les employés. La « période de carence » de 7 jours, pendant laquelle l'ouvrier ne reçoit ni paye ni indemnité, représente une perte considérable en cas de maladie. En outre, les ouvriers réclamaient une prolongation des congés annuels et l'augmentation de leur prime de congé.
La première surprise fut le vote de la base sur le principe de l'entrée en grève après le refus patronal: 90 % de votants pour la grève, parfois même 100 %. La deuxième surprise fut le vote sur l'acceptation ou le refus du premier compromis de Bonn (les premières négociations avaient lieu à Bonn). Contre la direction des syndicats qui en recommandait l'acceptation, ce compromis fut rejeté par une majorité de 76 % des votants; en quelques endroits, le pourcentage des refus atteignit même 90 %. compromis n'aurait effectivement apporté aucune amélioration sur la question de la « période des carences ».
Üne grève revendicative dans laquelle la forte majorité des ouvriers se prononce contre la recommandation des dirigeants syndicaux est une nouveauté dans l'histoire du mouvement syndical allemand d'après-guerre, dont la signification ne doit pas être sous-estimée. Le deuxième compromis qui cette fois fut négocié à Kiel, au centre de la région en grève, était plus avantageux sur la question des vacances sans toutefois éliminer le problème des « carences » en cas de maladie. En dépit des gros efforts des dirigeants syndicaux pour démontrer aux grévistes les avantages du nouveau compromis et le leur faire accepter, celui-ci ne fut accepté que par une majorité très faible de 39,6 % de votes affirmatifs. Les résultats totaux démontrent qu'il restait 60 % des ouvriers contre les nouveaux tarifs et même dans quelques entreprises il y eut 90 % négatifs.
La tactique des grèves fut intelligente et couronnée de succès. Les grèves furent déclenchées seulement dans les entreprises les mieux organisées, et parmi celles-ci, les plus grandes et les plus sûres furent les premières à observer le mouvement et à lancer la grève. L'extension constante de la grève d'une entreprise à l'autre fut un 12
QUATRIEMEINTERNATIONALE moyen efficace de lutter contre la baisse du moral des grévistes; le maintien du moral des grévistes fut le constant des dirigeants du mouvement. Des furent trouvés avec les magasins pour que les traites des ouvriers en grève ne pas payées, tandis que des accords avec les cinémas et les théâtres procuraient des distractions gratuites aux grévistes. En même temps des conférences, des tracts, réunions sociales. tentaient de gagner les femmes de grévistes au mouvement, ou tout au moins de les neutraliser.
tralement ise pait le scout de cationes ns mires le demands pous pair La bourgeoisie était furieuse, et sa réaction dans la presse le démontrait. On faisait l'économie nationale que naturellement la grande masse des consommateurs devrait
Erhard, ministre de l'Economie, lançait une furieuse attaque contre les syndieats social-démocrate qui solidarisaient avec la grève; on menaçait même journellement d'un arbitrage forcé et de l'intervention de l'Etat.
Comment expliquer les surprises de cette grève revendicative, l'excellent moral des grévistes et surtout les résultats des votes qui surprirent les directions syndicales plus que n'importe qui ? Certes, l'appui matériel et idéologique a joué un rôle, mais qu'il ne faut pas surestimer (pour la plupart des ouvriers la grève signiflait une perte effective de 30 à 40 % leur salaire normal).
La direction du syndicat des métallurgistes pensait à l'origine qu'il était temps de faire un pas dans la routine administrative en direction de la réalisation du programme d'action syndicale. Cette conception qui fut suivie pendant près de 10 ans de négociations permanentes. n'avait eu pour résultat que des petits « succès » et des augmentations de salaires immédiatement compensées par l'augmentation du coût de la vie, et même souvent inférieures à celle-ci. Cette méthode est tout à fait conforme aux modes de pensée bureaucratiques de « manager » de travail ; par ce moyen, limitant les risques au minimum, elle cherchait un territoire géographique dont l'importance n'était ni trop faible ni trop grande pour éviter une défense immédiate et concentrée du patronat allemand. Le territoire et le nombre des grévistes étaient également limités d'une façon telle que l'on pourrait toujours facilement les surveiller et les contrôler de façon à conserver l'affaire
On voulait également diminuer le nombre de grévistes pour pouvoir financer la greve pendant quelque temps. En outre, le fait qu'il existait dans cette région un certain nombre de représentants ouvriers plus jeunes, très actifs et conscients de la lutte de classe. fut considéré comme favorable par les dirigeants syndicaux. esperance fut confirmée, mais dans un sens que personne n'avait prévu dans la hiérarchie du syndicat métallurgiste.
Fidèle à sa routine bureaucratique, la direction syndicale évita toute préparation politique de la grève. Son seul atout était une indemnité syndicale (soutien de grève) relativement élevée. A l'origine, la grève résulta d'une provocation des syndicats patronaux entierement solidaires les uns des autres, mais elle eut pour résultat une lutte de prestige et la direction des syndicats ouvriers se vit obligée de rattraper ce qu'elle avait presque complétement négligé au commencement. Appuyé par les militants régionaux, les grands chefs de Francfort se virent obligés d'effectuer une forte mobilisation idéologique, c'est-à-dire qu'il leur fallut prendre l'offensive et expliquer aux ouvriers les raisons sociales des « divergences » entre patrons et ouvriers métallurgistes et les changements de conditions sociales des ouvriers de la République fédérale. Comme l'expliquait le ministre Erhard, cela donna cette « note effrayante de luttes de classes qu'on pensait être une affaire du passé ».
Dans ces conditions, la grève commença rapidement à évoluer selon sa propre dynamique et à créer cet extraordinaire moral de lutte que l'on ne peut pas seulement expliquer par les fonds de solidarité et les séances de cinéma.
Le désavœu de la direction syndicale exprimé dans le premier vote n'était pas du tout de nature négative. Il montrait simplement qu'il n'était plus possible, une fois la conseience des masses réveillée, de terminer une grève à n'importe quel point et à n'importe quel prix que la direction syndicale pensait pouvoir accepter. Les temps du suivisme absolu des syndiqués vis-à-vis de leur direction sont révolus. Cela s'est montré suriout quand la direction a essayé d'éviter une répétition de sa défaite après le premier vote négatif. Dans ce but. elle envoya dans le Schleswig-Holstein quelques douzaines de ses fonctionnaires les plus capables de tout le territoire de la République fédérale afin d'influencer les ouvriers pour qu'ils acceptent le compromis de Kiel. Il y eut des militants qui refusèrent cette proposition de la direction d'agir comme des «éteignoirs ». D'autres acceptèrent ces directives, mais ne parlèrent pas dans un sens défaitiste au cours des réunions des grévistes. Ils rencontrèrent la sympathie de leur public et dans ce cas il y eut de vives discussions. Là où les orateurs tentèrent de contredire ouvertement l'opinion des grévistes, sur la continuation de la grève jusqu'à l'acceptation des revendications syndicales, des scènes de tumultes se produisirent et, dans certains cas. les représentants de la « ligne » ne purent parler.
Le résultat de la grève est sans doute un succès et représente un pas en avant. Pour la première fois une amélioration des tarifs fut conquise par une lutte longue et dure. Voir dans cette grève un modèle, est valable pour le but et dans une certaine mesure pour le résultat. Mais bien certainement, la tactique de grève du SchleswigHolstein ne peut pas être transplantée dans n'importe quelle région. Il suffit s'imariner par exemple les territoires industriels de la Rhénanie du Nord-Westphalie avec près d'un million de métallurgistes, pour comprendre qu'il serait impossible de rassembler les fonds de grève nécessaires ou même de louer un nombre suffisant de theatres ou de cinemas pour permettre des soirees « ideologiques » comme cela s'est passé dans le Schleswig-Holstein.
Même dans le Schleswig-Holstein, ce souci n'aurait pu être de longue durée. Grâce à la réaction des patrons, il fallut y ajouter la contre-attaque politique des syndicats et là se trouve l'explication des surprises de cette grève: la situation objective de la République fédérale ne rend pas impossible de grandes luttes. Avec une direction appropriée, la conscience de elasse réveillée des ouvriers les mènerait rapidement à une attitude radicale. Autrement dit: une direction syndicale consciente et doit pas attendre que l'adversaire l'oblige à prendre des mesures politiques; elle doit concentrer toute la préparation des grèves et même, au sens le plus large, toute la stratégie politique syndicale au combat actif, à la lutte des elasses ; mais malgré leur soi-disant radicalisme les bureaucrates du syndicat des métallurgistes en sont presque aussi loin que toutes les autres directions syndicales, y compris celle du D.G.B.
Il faudra encore pas mal de coups violents de la part de la bourgeoisie et, en même temps, la pression croissante de la masse des militants moyens et de base qui s'est rajeunie pour sortir la direction de son abstinence politique et donner les rênes à une équipe de direction mieux appropriée. Et ici se trouve le devoir difficile mais non moins nécessaire des syndiqués révolutionnaires.