Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 15, n° 1-3

Après les congrès des P.C. et P.S. italiens

Quatrième Internationale, vol. 15, n° 1-3 · mars 1957 · p. 14-15 · 1 201 mots

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Quelle est la situation dans le mouvement ouvrier italien, après les congrès des deux partis majoritaires, le Parti Communiste italien et le Parti Socialiste de Nenni ?

On ne peut pas dire qu'il y ait eu des changements radicaux, mais il est évident que les tendances qui s'étaient dessinées auparavant se sont accentuées dans une mesure importante.

Le congrès P. C. I. s'est terminé comme il fallait s'y attendre, par une victoire de la direction Togliatti et de sa ligne. Mais ce ne fut en fait qu'une victoire à la Pyrrhus.

En effet, Togliatti espérait que ce congrès consacrerait le triomphe de son programme d' « une voie démocratique et parlementaire au socialisme », qui aurait permis au Parti d'étendre davantage son influence dans les milieux petitsbourgeois démocrates. Le virage du XX° Congrès et l'affirmation par logliatti du soi-disant « système polycentrique du communisme » aurait pu être exploité dans

Malheureusement pour Togliatti et consorts, les événements de Pologne et de Hongrie ont complètement bouleversés leurs calculs. En disciple fidèle de la bureaucratie de Moscou, Togliatti qu'applaudir à l'intervention des soviétiques, et il démontrait de cette façon les très modestes limites de sa critique post-stalinienne. Toute la signification de son «tournant » était en conséquence réduite à néant. Ainsi dans les deux ou trois semaines cruciales des affaires hongroise et polonaise, la direction du P. I. annulait les résultats de son travail de dix ans pour gagner de soi-disants alliés, ces couches petites-bourgeoises qu'ils avaient constamment idéalisées et qu'ils essayent d'idéaliser encore...

La victoire de Togliatti au congrès du P. C. I. a été remportée à la fois sur la droite et sur la gauche. Mais il a également obtenu comme résultat d'enlever toute perspective aux militants; aussi bien les perspectives révolutionnaires, parce que le congrès a adopté les thèses néo-réformistes de « la voie démocratique et parlementaire vers le socialisme », que les perspectives réformistes-démocratiques-constitutionnelles, parce que l'on ne peut à la fois gagner des gens à l'idée que le parti est pour la voie démocratique et proclamer « socialisme » le régime fantoche de Kadar, imposé au peuple hongrois par les chars du Kremlin.

Et les répercussions de cette fausse position ne se sont pas seulement manifestées parmi les alliés petits-bourgeois (dont plusieurs ont rompu tous leurs liens avec le P.C.I.) mais aussi parmi les militants du Parti eux-mêmes.

Malgré l'optimisme officiel de ces dernières semaines, tous les militants savent parfaitement que jamais le Parti n'a subi de pertes comparables à celles constatées cette année à Poccasion de la « reprise des cartes ». D'une part ce sont les droitiers qui ont saisi cette occasion de quitter le Parti, d'autre part ce sont de nombreux militants de base qui se retirent pratiquement de la lutte parce qu'ils n'ont plus aucune perspective. En réalité, l'activité du P. C. I. étant pratiquement réduite minimum et l'organisation presqu'entièrement paralysée, les efforts de la direction ne visant plus qu'à conserver en main les militants, par des procédés tantôt gogiques, tantôt obscurantistes, sinon relevant purement et simplement du chantage sentimental, mais en aucun cas par des arguments vraiment politiques.

Dans cette situation, Nenni, leader du Parti Socialiste, compris aisément qu'il avait sa carte à jouer. Il lui était, et il lui est toujours possible d'exploiter crise du P.C.I. en tâchant de lui enlever le «leadership » du prolétariat italien. Pour cela, il lui fallait œuvrer à l'unification des socialistes, pour constituer parti qui puisse exercer une forte attraction sur les masses aussi bien prolétariennes que petites-bourgeoises.

Nenni a assez bien compris que de larges masses étaient dégoûtées des mensonges officiels du stalinisme, et avaient été bouleversées par les événements de l'année 1956. Il s'est done décidé à reconnaitre la gravité de la situation ouvrière, et à le proclamer ouvertement. D'autre part il a déclaré il a déclaré que le mouvement ouvrier ne pouvait surmonter sa crise qu'en rejetant sans hésitation tout le passif stalinien — dont en ce qui concerne italie, lui-même était d'ailleurs largement responsable. Bien sûr il a compris qu'il fallait tirer des lecons de l'expérience du passe, mais en ce qui le concerne, ces leçons ont été tirées dans un sens particulièrement désastreux, puisque sa politique est axée sur les points suivants: déstalinisation, « voie pacifique et parlementaire au autonomie complète par rapport au P. C. I. et à l'U. R. S. S., unification avec les sociaux-démocrates.

Il ne faut pas se cacher que Nenni a des chances de tirer certains bénéfices d'une pareille politique. La situation objective l'aide beaucoup et la politique stalinienne a fait et continue à faire le reste. D'ailleurs les dirigeants du P. C. I. sont en face de lui en difficulté pour les raisons suivantes: ils ne peuvent pas l'attaquer sur le point le plus négatif de sa politique, c'est-a-dire sa conception « démocratique-parlementaire » du socialisme. Ils ne peuvent pas davantage l'attaquer sur son opportunisme syndical, parce que les syndicalistes du P. C. I. ne sont pas moins opportunistes. Ils doivent donc se limiter à des attaques sans veritable base politique, ou encore pire, l'attaquer sur la déstalinisation, c'est-à-dire précisément là où Nenni est véritablement le plus fort.

Il n'est cependant pas certain que l'on arrive rapidement à l'unification socialiste, la droite du P. S. D. I. (Saragat) s'y opposant, et des résistances sérieuses existant chez les Nennistes. Pourtant la base des deux partis pousse à l'unification.

Si celle-ci se réalisait, le panorama politique italien pourrait subir des modifications importantes. Les partis bourgeois craignent qu'une formation socialiste unifiée n'exerce une forte attraction sur de larges couches petites-bourgeoises, et en conséquence, ces derniers temps, les attaques des conservateurs ont visé beaucoup plus les socialistes que les staliniens, qui sont pour le moment paralysés.

Mais c'est dans le camp ouvrier que la réunification des socialistes pourrait avoir les conséquences les plus importantes. En fait le P. C. I. pourrait perdre la majorité dans la classe ouvrière qu'il détient depuis 1947, tout au moins sur le plan

Déjà des symptômes assez éloquents se font jour. La droite du P. C. I. subit l'attraction de Nenni et déjà des cadres d'un certain renom ont quitté le P. C. pour rejoindre le P. S. D'autres ont rompu avec Togliatti et l'attaquent en partant de positions analogues à celles de Nenni, même s'ils sont encore en dehors du P. S. I. Le raisonnement de ces gens est le suivant : « Nous sommes pour la voie démocratique et parlementaire du socialisme, mais cette perspective n'existe pas pour Togliatti qui est lié à la bureaucratie du Kremlin, et donne son soutien à Kadar. La « voie démocratique » passe maintenant par le P. S. I. et l'unification socialiste... » Une fois acceptée la prémisse - fausse — de la possibilité d'une voie démocratique, ce raisonnement a tout de même une logique indéniable...

Etant donné qu'aux élections syndicales, la C. G. T. italienne ne présente qu'une seule liste, on ne peut pas juger avee certitude de l'orientation des ouvriers grandes usines. Mais des symptômes importants laissent croire qu'en certains endroits il y a une tendance au déplacement vers le P. S. I. également militants de base. Les prochains mois seront à ce propos assez importants.

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