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La revue › vol. 15, n° 1-3

La crise de l'impérialisme britannique

George Edwards · Quatrième Internationale, vol. 15, n° 1-3 · mars 1957 · p. 29-35 · 5 412 mots

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La démission d'Eden et les remaniements du gouvernement marquent une étape précise de l'évolution de la crise à long terme que connait le capitalisme anglais. Le gouvernement a annoncé une réduction des dépenses d'armement et une diminution des engagements de l'Angleterre. La débacle de Suez a dissipé les dernières illusions des classes dominantes sur leur aptitude à maintenir leur puissance internationale en dépit du changement des rapports de forces. La logique de la situation implique nécessairement, pour toute une période, une offensive accrue contre le niveau de vie des travailleurs.

L'Angleterre a connu, après la guerre, une longue période de prospérité d'une ampleur mondiale qul continuera dans l'avenir immédiat. Cela n'a servi qu'à masquer le déclin radical du pays par rapport à son ancienne position internationale. Jointe au soutien apporté au capitalisme britannique par l'Aide Marshall et le Prêt américain, au climat économique favorable dans le monde entier. avec un marché en apparence inépuisable, cette prospérité a étayé la position de la bourgeoisie anglaise. Cherchant à maintenir la « confiance›, Thorneycroft, nouveau Chancelier de l'Echiquier, et le premier ministre ont prononcé. le 17 janvier, des discours dans lesqueis ils vantaient la solidité fondamentale de l'économie et de la position internationale anglaise

M. Peter Thorneycroit, parlant devant une assemblée des hommes d'affaires américains à Londres, a déclaré: « De 1948 à 1956, le taux d'accroissement de la production du Royaume-Uni a été aussi élevé que celui des Etats-Unis. Par rapport à 1938, l'augmentation de notre productivité nous met au premier rang l'Europe; on peut comparer les 30 % d'augmentation de l'Angleterre aux 10 % de l'Allemagne ». Ces comparaisons donnent un tableau erroné de la situation. Le taux d'accroissement de l'Amérique se calcule à l'échelle d'une économie 4 ou 5 fois plus grande que celle de l'Angleterre. De la fin de la guerre à 1948, l'économie allemande était dans un état de prostration. 1938 avait été une année de prospérité bour l'Allemagne, et une année de stagnation pour l'Angleterre.

En réali é malgré l'existence du «boom », l'Angleterre a connu, tous les deux ans depuis la fin de la 2° guerre mondiale, une sorte de crise économique. L'économie britannique n'a pas été assez solide pour concilier le maintien de ses positions, son désir de rester le banquier du monde, avec le marché monétaire de la Cité. et ses engagements internationaux de grande puissance avec sa domination sur les territoires coloniaux et ses besoins de capitaux de rééquipement. Les tentatives faites dans ce sens ont dépassé ses capacités économiques. ralentissant, même dans les conditions les plus favorables, le développement de la production et la modernisation de l'industrie — ce qui a encore accentué les contradictions entre son potentiel réel et ses prétentions à la puissance mondiale.

Dans les représentants idéologiques importants du capitalisme anglais. le «Times », I' «Economist » et le « Financial Times», porte-parole des banquiers et des industriels, en ont tiré une juste leçon. L' « Economist » du 1ºr décembre 1956 écrivait : « Il faudra réélaborer de toute urgence, une fois réglée l'échéance immédiate de Suez, les rapports adéquats entre nos engagements et nos ressources, et entre notre politique et avec les uns. et avez les autres... Si l'Angleterre décidait de devenir une autre Suède ou une autre Hollande - et si aucun pays ne devenait une autre Angleterre, remplissant son rôle de poisson pilote, le expérimenté pour guider lé gros poisson le plus protecteur américain dans la périphérie menacée du monde non-communiste il pourra ne plus y avoir ni Suède, ni Hollande, à moins que le poisson pilote ne fasse travail salutaire en mordant le gros poisson.

« Telle est la vraie leçon de Suez. Cette crise a montré que la Grande-Bretagne ne pouvait mener à bien aucune aventure extérieure dans laquelle elle s'embarquerait seule. »

Ceci résume la banqueroute de l'orientation économique, financière. politique et militaire suivie par le capitalisme anglais depuis 10 ans. En dépit des 7 milliards de livres sterling dépensés en 5 ans pour la « défense ». l'Angleterre a été incapable de maintenir sa domination sur le Moyen-Orient, face à l'opposition à l'invasion de l'Egypte manifestée par l'Union Soviétique, à l'impérialisme américain, aux mouvements de libération natonale des peuples colonaux et à la classe ouvrière métropolitaine.

VATRIEM E

E

Q

L'ANGLETERRE PERD LA COURSE

Au cours des cinq dernières années, les avantages relatifs que possédait l'Angleterre sur ses rivaux battus. l'Allemagne et le Japon, se sont largement évanouis. En même temps, l'impérialisme américain, qui a accru sa production au cours de la deuxième guerre mondiale, a énormément étendu la modernisation et le rééquipement de son industrie en vue de la concurrence sur les marchés internationaux. L'économie américaine est avant tout dynamique. En 1956, l'Amérique a dépassé la production de l'année précédente en capital marchandise. On prévoit qu'en 1957, un accroissement de 15 % des dépenses fera du boom actuel sur le capital marchandise le plus long et le plus important qui ait jamais été connu. On envisage, par anticipation, pour 1957 que 14 milliards 400 millions de dollars seront dépensés par la bourgeoisie industrielle pour l'équipement et les nouvelles usines. 40 milliards seront dépensés par l'ensemble du secteur privé. Le volume physique augmentera de 5 %. après une autorisation d'augmentation des prix.

En 1956, il y a eu aux Etats-Unis une augmentation de 2,5 % du produit national brut pour un total de 412 milliards de dollars, soit environ 147.113 millions de livres. On a enregistré un progrès de 17 % des exportations sur un total de 24 milliards de dollars, soit plus de 8 milliards 500 millions de livres. A la fin de 1956, le niveau annuel arrivait à 21 milliards de dollars, soit environ 7 milliards 500 millions à la fin de 1955. Les importations se sont élevées de 1 milliard de dollars, soit un niveau annuel de 20 milliards de dollars, c'est-à-dire plus de 7 milliards de livres... Les investissements

Dans ses tentatives de jonglerie avec ses prétentions impérialistes, sa posit o de marché monétaire (aujourd'hui encore livre sterling reste la monnaie d'échange pour 50 % du commerce mondial), l'économie anglaise a dépassé ses propres capacités. Dans ces conditions, la base du capitalisme anglais est si fragile que la vente, sur le marché intérieur en expansion, d'un peu plus de voitures, de frigidaires ou de meubles peut placer aussitôt l'économie dans une situation difficile. Le « Financial Times » gémit : « D'après l'expérience de 1954-1955, un boom même modéré sur les voitures ou quelques produits ménagers agirait de telle façon sur la marge d'importation que la balance des paiements serait sérieusement alourdie».

Le «Financial Times» du ler janvier commente la catastrophe de Suez: « Les Etats-Unis peuvent marcher seuls - et ils le feront si leurs intérêts vitaux sont atteints —. De la même façon, la Russie a marché seule - oh! combien - dans •l'affaire hongroise. Nous ne pouvons agir de même, pour la raison très simple que nous ne sommes plus une grande puissance - au sens où le sont l'Amérique et la Russie. 30 privés à l'étranger ont augmenté de 50 %. s'élevant à 3 milliards de dollars (plus d'un million de livres). L'Amérique a complètement distancé sa rivale britannique.

L'accro'ssement de la différence entre l'Amérique et l'Angleterre sur le plan du rééquipement industriel et commercial peut etre illustré par un fait interessant. L'an dernier, il s'est vendu en Amérique pour un milliard de dollars de machines a calculer électroniques. Au cours de la même période, il s'en est vendu pour 2 millions de livres en Angleterre.

L'Amérique dépense chaque année plus de dix fois la somme consacrée par le Royaume-Uni à de nouveaux investissements de capitaux. La conséquence en est que la marge entre l'économie américaine et l'économie anglaise augmente au lieu de diminuer. L'Angleterre est passée très loin en queue de la course; ses maigres épaules, à peine un peu plus larges que celles de la France, ont été trop faibles pour supporter le fardeau d'un essai de politique indépendante — indépendante de l'Amérique.

Le fardeau de sa position mondiale a encore affaibli la puissance de l'impérialisme anglais. Au cours des derniers 18 mois, avec la politique déflationniste du gouvernement conservateur, la production britannique est virtuellement demeurée au point d'arrêt. Le « Financial Times » se plaint: « Depuis l'automne 1955, la production anglaise est restée statique, alors qu'au cours de la même periode, toute une série de pays d'Europe continentale ont enregistré des progres allant de 5 à 10 % x. Il nous faut accepter le fait que, sous le nouveau régime, nous ne pouvons plus le nouveau nous ne pouvons plus d'importance secondaire. Comment alors subviendrions-nous à une guerre générale, si par une chance contraire nous devions le faire, étant donné les niveaux actuels de nos dépenses et de nos impôts ? »

Tout en étant en déclin, l'Angleterre etait, avant la deuxième guerre mondiale. une des plus grandes nations créditrices du monde; elle est devenue maintenant la plus grande débitrice. Malgré les sifflements allègres de Thorneycroft et Mac Millan, qui cherchent à se convaincre eux-mêmes que tout va bien, les faits parlent d'eux-mêmes. Dans le domaine des investissements étrangers, le Royaume-Uni était, avant 1914, la principale source de capitaux. Depuis longtemps. elle a été remplacée par l'Amérique. En 1914, les investissements américains s'élevaient à 3 milliards 514 millions de dollars. En 1940, ils avaient atteint un peu plus de 10.500 millions de dollars; en 1950, ils dépassaient 19.400 millions de dollars. Dans le Royaume-Uni, le processus a été inversé: en 1913, le niveau

UNE BALANCE COMMERCIALE PRECAIRE

UNE BALANCE COMMERCIALE PRECAIRE

E

QUATRIEME des investissements étrangers étaient de 757 millions de livres. En 1938, il était tombé à 754 millions de livres. En 1951, il avait atteint le chiffre nominal de 245 millions de livres.

En 1925 encore, les Etats-Unis expor-

CHUTE DE LA PART

Dans la lutte pour les exportations, la part relative du Royaume-Uni a commencé à décliner. L'année dernière même, où la compression des crédits a donné un élan aux exportations, le volume des exportations, si l'on laisse de côté les effets désastreux de l'aventure de Suez, le volume respectif des exportations de l'Angleterre et de ses principaux concurrents a été le suivant pour les neut premiers mois de l'année: Royaume-Uni, 19.3 % du total mondial: Allemagne de l'Ouest, plus de 16 %; Etats-Unis, 25 % ; et Japon, 5,5 %. Mais l'on prend comme indice 100 le volume des exportations en 1950, la France arrive à 137, l'Allemagne de l'Ouest à 258, le Royaume-Uni à 106,

Selon un livre blanc publié par le gouvernement, le volume total du commerce mondial a augmenté de 40 % entre 1950 et 1955. La part de l'Angleterre est tombée de 25 % à 20 %. Cela la rend inférieure à la part qu'elle avait avant la guerre dans le total du commerce mondial. Et cela avec un marché en extension.

Une des principales causes du déclin continu de l'Angleterre par rapport à ses rivaux est l'énorme extension de ses dépenses d'armement, effectuée afin de tenter de se maintenir sur un pied d'égalité avec la Russie et l'Amérique et, surtout, de dominer les pays coloniaux et semicoloniaux tel que le Moyen-Orient. En mai dernier, Mac Millan, l'actuel Premier ministre (qui a inauguré sa charge en tailladant les dépenses de défense qui. selon ses suggestions doivent finalement être de l'ordre de 300 millions de livres par an) se glorifiait des différences entre les charges d'armement de l'Angleterre et de ses alliés européens de l'O.T.A.N. Il disait : « En 1954, en Angleterre, nous avons consacré 9 % de notre produit national brut à la défense. Le chiffre pour l'ensemble des autres pays de l'O.E. C.E. était de 5 %. Avec 7 %, la France dépassait cette moyenne... L'Allemagne de l'Ouest arrivait à 4 %. Par rapport au reste de l'Europe occidentale, nous consacrons une part deux fois plus importante de nos ressources à la défense.

« Supposons que notre chiffre soit aussi de 5 % et non de 9%.... notre programme de défense ne dépasserait pas 1.500 millions de livres par an, il serait environ de 800 millions de livres, ce qui nous donnerait 700 millions de ressources disponibles. Si nous investissions seulement la moitié de ces 700 millions dans les exportations, notre balance commerciale serait complètement transformée. Et si nous consacrions l'autre moitié à des intaient 20 % de leur production de matières premières. En 1950, ils importaient 8 % des matières premières dont ils avaient besoin et, depuis lors, le chiffre a constamment augmenti. DES EXPORTATIONS les Etats-Unis à 134 et le Japon à 192. Entre 1953 et 1955, l'augmentation du taux général annuel moyen du volume des exportations a été de 6 % pour le Royaume-Uni, de 11 % pour la France. de 19 % pour l'Allemagne, de 27 % pour le Japon, et de 8 % pour les Etats-Unis. Entre 1953 et 1955, la part de 1 Allemagne de l'Ouest dans le commerce mondial des objets manufacturés est passée de 13,3 % à 15,6 %. Le Royaume-Uni est tombé de 21,3 % à 19,5 %. Et encore, en 1950, la part de l'Allemagne de l'Ouest était de 7,3 % et celle du Royaume-Uni de 25,3 %. Pour le moment, l'extension du commerce mondial masque le changement relatif de la position anglaise. vestissements fixes, il y aurait beaucoup moins de commentaires critiques sur le faible pourcentage de nos investissements...

« Avec 700 millions de dépenses en moins, je serais certainement à même d'opérer de notables réductions d'impôts. Ce serait une façon d'encourager l'épargne et de financer davantage d'investissements. » Mais il s'empressa d'ajouter, obsédé encore par le rêve de la position mondiale de l'Angleterre. « Nous savons que cela n'est pas possible. Nous ne nous conduirons pas en irresponsables.»

Et maintenant... tard dans la soirée, les capitalistes britanniques ont réalisé qu'en dernière analyse la puissance mondiale dépend de la puissance économique.

L'Amérique et la Russie peuvent dépenser 10 % et plus de leur produit national brut en armement et accroitre encore énormément leur puissance productive. Pareille chose serait hors des possibilités du capitalisme anglais.

Dans le passé, la puissance industrielle anglaise était basée sursa primaute industrielle. Celle-ci s'est évanouie; automatiquement, malgré des efforts frénétiques, la position mondiale de l'Angleterre a empiré. Le véritable changement du rapport des forces est montré par le total des dépenses en investissements fixes de l'Angleterre et de ses rivaux. Dans la période 1950-1954 les investissements fixes bruts s'élevaient en moyenne a 21 % du produit national brut de l'Allemagne de l'Ouest et à 14 % de celui du RoyaumeUni. L'économiste bourgeois Roy Harod avertit: « Selon l'office d'enquête commerciale, le capital de dépense pour l'industrie manufacturière et le capital de dépense pour le matériel et l'équipement en particulier, n'étaient pas prévus, avant le blocus de Suez, comme devant être supérieurs en 1957 à ce qu'il était en 1956.

LE FARDEAU ECRASANT DE LA « DEFENSE »

LE FARDEAU ECRASANT DE LA « DEFENSE »

Q VATRIE ME I N Ceci est en soi-même peu satisfaisant ; ceci contraste avec une enquête identique des Etats-Unis, qui laisse prévoir pour 1957 une augmentation substantielle des investissements ».

Le « Financial Times » commente l'augmentation du capital d'investissement qui eut lieu en 1955 et, malgré les réductions de credit, continua en 1956: «On ne de crédit. contin en 1056: " On peut vraisemblablement tabler sur une poursuite de l'augmentation pour cette année (1957). Pour ce qui est des machines outils, la capacité de production dépasse maintenant substantiellement le rythme d'arrivée des commandes. Les commandes nouvelles de consommateurs locaux ont connu un déclin particulièrement marqué ». En débit du boom d'ensemble, la production industrielle du Royaume-Uni a décliné par rapport à celle de ses principaux concurrents. Si l'on prend 1948 comme indice 100, la production de la France atteignait 149 en 1955, celle de l'Allemagne de l'Ouest 331, celle du Royaume-Uni 139, celle des Etats-Unis 133, celle du Japon 310, et le pourcentage d'augmentation par rapport à l'année la plus favorable de l'avant-guerre était de

Au cours des cinq années 1950-1954, le volume des investissements bruts a augmenté de 19 % en France, de 41 % en Allemagne de l'Ouest et de 15 % seulement dans le Royaume-Uni. En 1950, la consommation totale par tête était de 529 dollars en France, de 423 dollars en Allemagne, de 699 dollars dans le Royaume-Uni. Le taux d'accumulation par tête

150 % pour la France, de 170 % pour l'Allemagne de l'Ouest, de 166 % pour le

Royaume-Uni, de 217 % pour les Etats-

Unis et de « Financial comparaison depuis 1951, s'est rangée nantes... nantes….

148 % pour le Japon. Le

Times » commente: « Par avec les résultats obtenus il est clair que l'Angleterre parmi les économies stag-

... Il est dangereux que la production de l'Allemagne, de la Russie et de l'Amérique ait largement distancé celle de l'Angleterre; le taux d'augmentation récent du Japon laisse penser que le contraste favorable entre ce pays et le nôtre est seulement passager ». Ce qui marque la gravité de la situation est que 1955 a été une année de prospérité pour l'Angleterre. L'enquête économique sur l'Europe en 1955, publiée par les Nations Unies l'an dernier, dit: «…. Le seul pays (d'Europe occidentale) pour lequel la part d'investissements fixes dans le produit national brut est tombée, est le RoyaumeUni, dans lequel pour toute la période d'après-guerre, il a été consacré aux investissements d'une part du produit national inférieure à celle de 1938 ». totale pour les recherches industrielles dépassent de loin, en Amérique, celles de l'Angleterre; et en Angleterre, les deux tiers de l'argent dépensé pour les recherches industrielles l'est dans le domaine des armements. Ceci sape encore davantage sa position dans la concurrence.

Dans le passé, la position de Londres Dans le passe, la posion de bonares comme marché financier du monde était renforcée par la puissance de sa monnale. Maintenant il y a une inflation continue. due aux effets de tarissement de l'économie qu'a le capital fictif des énormes dépenses d'armement. En raison de ses depenses a armement. un raison de ses guerres coloniales et de ses efforts pour maintenir sa domination impérialiste, l'impérialisme français se trouve dans un goulet identique. Le pouvoir d'achat du mark a diminué de 6 % en 8 ans. Au cours de la même période, le franc français s'est effondré de 50 % et la livre sterling est tombée d'un tiers. (Tout ceci n'empêche nullement bien sür, ajouteronsnous en passant, les classes dominantes de prétendre solennellement que les augmentations de salaire sont la cause de l'inflation. Ni leur propagande d'avoir quelque effet sur certains secteurs de la direction des Trade-Unions et du mouvement travailliste.)

De plus, une partie des dépenses britanniques pour les armements se fait à l'étranger, aggravant ainsi le déficit chronique de la balance des paiements. 150 millions de livres de monnaie étrangère ont été dépensées de la sorte en 1956.

Conséquence de la crise déterminée par l'affaire de Suez: le Royaume-Uni a emprunté 1.300 millions de dollars au Fonds Monétaire International et a réclamé un renoncement au prêt du Canada et de l'Amérique.

en France s'est situé pendant ces années. l'Ouest, entre 13 et 14 dans le Royaume-Uni L'enquête économique més en prix de 1948, entre 7 et 8 livres En Allemagne de livres en moyenne; entre 5 et 6 livres.

indique, qu'expriles investissements fixes nets étaient de 676 millions de livres en 1938 dans le Royaume-Uni, et de 705 millions de livres seulement en 1954.

Le capitalisme anglais a été particulièrement chanceux qu'un changement favorable de quelques pourcentages soit intervenu dans les conditions commerciales au cours de ces trois dernières années. Néanmoins, a longue échéance, les mêmes facteurs seraient désastreux pour l'Angleterre. La différence des prix entre les produits primaires et les produits industriels, favorable aux accords commerciaux, implique à la longue une réduction des importations des pays producteurs de produits primaires.

Dans le domaine de la technique et de l'éducation, l'Angleterre passe au dernier rang. L'Amérique a 900.000 ingénieurs et cadres scientifiques. L'U.R.S.S. en aura 1.200.000. A l'heure actuelle, 350.000, ingénieurs et techniciens professionnels sont formés en Union Soviétique, il y en aura 50 % en plus en 1960, et l'Angleterre n'en forme que 21.000 par an. Les chiffres de l'Amérique, bien que largement interieurs. peuvent se comparer a ceux de l'U.R.S.S. En même temps, la dépense 32

LE VOLUME DES INVESTISSEMENTS FIXES

LE VOLUME DES INVESTISSEMENTS FIXES

Q OATRIE ME I

La perspective du capitalisme anglais est sombre. Notons incidemment que le taux d'accroissement de la production, dans

Les compressions de crédit de ces derniers 18 mois ont été délibérément imposées pour exercer une pression sur la classe ouvrière. Le coût des énormes programmes d'armement et de tentatives anglaises de maintenir l'ancienne puissance impériale devait être rejeté sur les épaules de la classe ouvrière, et dans une certaine mesure, des classes moyennes et des petits hommes d'affaires. Les dépenses pour la construction passerent de 354.000 maisons bâties en 1954, à 324.000 en 1955 et à moins de 300.000 en 1956. En même temps les dépenses pour la consommation tombèrent et, dans certaines branches du commerce et de l'industrie, il y eut un développement du travail à mi-temps et du chomage. En 1956, la Chambre de Commerce confirme que « quand en avril dernier, il fut procédé au bilan semestriel, on enregistra que l'augmentation dans les enveloppes a été moindre que celle de l'index officiel. C'est un symptôme du succès à ce jour de la politique anti-inflationniste...

«C'est à une réduction des heures supplémentaires et à une augmentation du travail à mi-temps que le changement d'avril dernier peut être attribué. Cette tendance s'est accentuée depuis. Généralement il y a eu une dislocation de l'industrie. Dans l'industrie mécanique et les transports, il y a eu réduction de travail et surabondance. Et la perspective pour 1957 est sombre, à cause des effets de Suez aussi bien que des compressions de crédits ». Un des économistes bourgeois les plus en vue prédit sombrement que, cette année, la production industrielle sera presque súrement inférieure à celle de 1956. « Le pétrole n'entre que pour 10 % dans la consommation énergétique des industries anglaises, si bien que l'actuelle réduction de 10 a 15 % peut peutétre réduire lindice de production industriel d'environ 1 %. De plus, puisque les pénuries de pétrole ne sont prévues que pour six mois, l'effet net pour un an serait seulement une chute de 0,5 %... La réduction sera de 1,2 % pour un an. » Il est clair que, même dans le meilleur des cas, la production ne peut s'élever que très faiblement. En même temps, tout le fardeau des compressions de crédits continuera à être supporté par la classe ouvrière, les classes moyennes et les petits industriels. En même temps, les profits industriels pour 1956 de 3.000 grandes compagnies s'est élevé de 1.930 millions de livres à 2.100 millions, si bien que même sur une telle base la classe ouvrière ne s'en tire pas trop mal.

Cependant, les porte-parole typiques des classes dominantes, tout en exhortant les travailleurs à travailler plus dur, à pratiquer le jeûne et l'abstinence, et, surtout, à ne pas réclamer d'augmenta-

NTER NATIONALE les années du gouvernement travailliste, n'était pas beaucoup plus élevé que sous les conservateurs. tions de salaire, etc., n'en sont pas moins remplis de pressentiments sur l'avenir à long terme. Tandis que les leaders travaillistes ont gobé l'optimisme facile des mesures gouvernementales, moyens d'éviter la chute, les vrais dirigeants du système, banquiers et industriels, sont beaucoup plus sceptiques. Lord Harlech, directeur de la Midland Bank, dans son rapport moral aux actionnaires, avertit, après s'être plaint de lafaiblissement des conditions économiques : « L'extension des responsabilités mondiales pour l'orientation du développement des affaires économiques a réduit la probabilite, si elle n'a pas supprimé la possibilité d'une répétition d'une dépression prolongée comme celle des années 30».

Les mesures que banquiers, industriels et marchands réclament consistent à utiliser les économies faites sur la défense et les autres dépenses gouvernementales pour réduire l'impôt sur les bénéfices et les revenus, tout en continuant les mesures de limitation de la consommation ouvrière.

L'orientation vers l'Europe, le Marché commun et la zone européenne de libre échange sont, de la part du gouvernement et des classes dominantes, des gestes de désespoir pour s'opposer aux deux colosses modernes. Mais les conditions de l'Europe ne sont pas meilleures que celles de l'Angleterre. Les demi-mesures ne resoudront pas le problème. Au premier signe de dépression, chaque Etat national européen essaie de prendre des mesures nécessaires à la défense de sa propre économie, aux dépens de ses concurrents.

En même temps, les principales nations capitalistes ont accru leurs exportations au cours des dix dernières années; la nature des exportations est passée des biens de consommation aux machines, constructions mécaniques et capitaux pour l'essentiel. En conséquence, un amoindrissement du marché les affectera toutes.

Parallèlement, la classe. dirigeante toléré, à contre-cœur, le plein emploi, pour des raisons essentiellement politiques, dans la crainte des conséquences politiques qu'entrainerait toute grande chute de l'emploi. Dans un discours prononcé à Newcastle, le 6 décembre, Graham Huyman, Président de la Fédération britannique de l'Industrie, a déclaré « que depuis la guerre, l'économie a été accablée par ce qu'on a exigé des ressources du pays plus qu'elles ne pouvaient donner. Le résultat en a été un hyper plein emploi. Et une chute continuelle de la monnaie ».

Ainsi, le nouveau gouvernement Mac Millan se prépare-t-il, sous les auspices de ses maitres, les propriétaires fonciers, les banquiers et les capitalistes, à refuser

EFFETS DES COMPRESSIONS DE CREDIT

EFFETS DES COMPRESSIONS DE CREDIT

QUATRIEME toute concession véritable à la classe ouvrière. Toute augmentation de salaire ne sera accordée qu'après des luttes ouvrières ; ou alors elle sera de telle nature

Les travailleurs ne sont pas disposés. après les formidables efforts de l'aprèsguerre, à voir leur gain mis en pièce. En 1955, il y a eu plus de jours perdus pour faits de grèves (3.794.000) qu'en aucune autre année depuis 1932. Dans la première moitié de 1956, on a dénombré 1.395 conflits économiques contre 1.209 dans la première moitié de 1955. 286.000 travailleurs environ y participèrent et 118.000 jours de travail furent perdus — ce qui dépasse les chiffres les plus élevés de 1955. Ces mouvements, sur le plan économique, sont une indication de l'impatience croissante des travailleurs à l'encontre des mesures de classe du gouvernement conservateur; c'est pour essayer d'affaiblir la pression de la classe ouvrière que les compressions de crédit furent introduites.

Dans de telles conditions. la classe dirigeante peut se doper pendant l'année 1951, en dépit du coup que représente la pénurie de pétrole. Depuis 1931, elle a subi une série de désastres diplomatiques et économiques, de retraites et de défaites. La victoire sur Hitler et le Japon fut une victoire surtout pour l'Amérique et la Russie. L'Angleterre ne fut qu'un vainqueur nominal.

Les conditions nouvelles font que le règlement de compte de l'impérialisme anglais, si longtemps ajourné, ne peut plus être repoussé indéfiniment. Une nouvelle poussée des masses vers le Labour est inévitable. Dès maintenant, l'élat d'esprit de la classe ouvrière a poussé les dirigeants des Trade-Unions et du Labour dans l'opposition - au moins en gestes et en paroles. Par suite de la crise de Suez et de la politique intérieure de la classe dirigeante, il a fallu briser la sem'-coalition à peine déguisée avec les conservateurs.

La situation économique esquissée cidessus prouve que les demi-mesures ne peuvent résoudre les problèms de l'Angleterre. Le climat économique de 19451951 ne peut se renouveler.

Les leaders de droite du Labour Party vantent toujours de leurs vues « dures », «pratiques». libres de tout « doc'rinarisme » et de tout « idéalisme nébuleux ». Les résultats, on peut les voir dans leur réponse aux problèmes de l'économie anglaise. Bien qu'ils condamnent les conservateurs pour leur soutien des intérêts du grand capital, avec les désastreuses conséquences économiques que nous avons vues, bien qu'ils suggèrent d'augmenter quelques impôts directs sur les revenus des sociétés, qu'ils agitent de vagues menaces d'un impôt sur les bénéfices du capital, leurs solutions sont aussi futiles et impuissantes que celles des conservateurs qui, du point de vue des intérêts capitalistes, sont plus •logiques. 34

1 R NATIONAL que sa portée sera affaiblie par des augmentations du coût de la vie. Ce qui sera glissé dans la poche gauche des travailleurs sera escamoté dans la droite.

Les dirigeants travaillistes acceptent généreusement les limites du système économique actuel et la politique qu'ils proposent a là son point de départ. Leur solution au problème a été esquissée par D. Jay dans le debat sur la crise economique (Hansard, 20-12-56). « Nous devons consulter les intérêts des pays du Commonwealth; nécessité d'un surplus de la balance des paiements et d'un plus haut taux d'investissement, etc.»

Leurs arguments reçoivent des Tories une réponse irréfutable: « Nous aussi partageons ces objectifs ». Mais comment y parvenir ? Les intérêts des pays capitalistes du Commonwealth ne sont pas toujours les mêmes que ceux de l'Angleterre, comme on peut le voir d'après les restrictions à l'import-export effectuées l'an dernier par l'Australie et la NouvelleZélande. L'idée de « contrôles sélectifs » est fantastique en face d'un élèvement des niveaux de production. Ce genre de contrôle ne peut fonctionner que, dans une période de pénurie universelle, dans un marché sans limitation. En fait, c'est le gouvernement travailliste qui a fait lui-même un «feu de joie » de presque tous les contrôles, aussitôt que les restrictions ont commencé à disparaitre. L'impôt direct ne peut être qu'une fadaise et, dans la mesure où il les gênera, les capitalistes exporteront leurs capitaux. d'une façon ou d'une autre, légale ou illégale.

Réclamer un taux d'investissement plus élevé sonne bien: mais ce n'est la que pure phraséologie. Les capitalistes n'investissent pas leurs capitaux par patriotisme, mais pour y trouver plus de profit. Si le profit est entravé par des impôts plus élevés, ou si le marché est en déclin, ils ne seront pas disposés à risquer leur argent. S'ils ont toléré les contrôles du gouvernement travailliste, c'est parce que grâce à eux, ils faisaient les plus hauts profits de toute leur histoire.

Qu'arrivera-t-il si les capitalistes n'écoutaient pas leurs plaidoiries ? S'il y a une « grève » du capital et l'habituelle conspiration de la Cité de Londres?

Des gestes pieux aux mânes de Cripps ne réconcilieront pas les travailleurs avec les sacrifices que les dirigeants travaillistes croient nécessaires au rétablissement de la balance des paiements. Les travailleurs ne répondront pas aux appels au « sacrifice » qui entreront en conflit avec les promesses de réformer et d'élever le niveau de vie, sauf si, à la place de la route sans fin des sacrifices, des désastres et des nouveaux sacrifices, une vraie perspective socialiste leur est offerte.

Les éléments d'avant-garde, dans et hors le Labour Party, doivent expliquer aux militants travaillistes de base et aux masses: si les dirigeants travaillistes com-

LUTTES OUVRIERES

LUTTES OUVRIERES

UNE NECESSITE VITALE: LE mencent maintenant une lutte sérieuse contre les conservateurs, en popularisant les rudes faits économiques, s'ils offrent la seule alternative pratique des mesures socialistes radicales, le pouvoir ne restera pas longtemps entre les mains de l'actuelle clique. Le Labour serait porté au pouvoir par une vague d'opposition irrésistible à la politique sans espoir de la classe dirigeante.

Depuis que le climat économique a changé, les réformes au sein du système actuel sont impossibles. La Gauche révolutionnaire doit mettre en avant ses revendications. Le Labour doit lutter pour le pouvoir sur la base d'un vrai programme socialiste. L'Angleterre est au bord de l'abime. L'époque n'est plus des rapetassages et bavardages sur la doctrine de Keynes. La politique de Keynes a mis l'Angleterre dans un gáchis. Le

PROGRAMME SOCIALISTE niveau de vie relativement élevé, obtenu sur la base de l'ancienne suprématie de l'impérialisme anglais, ne peut etre conservé. Le peuple anglais devra faire face à deux solutions: ou bien un vrai programme socialiste, ou bien le désastre économique, politique et social avec l'effondrement du niveau de vie. Un plan socialiste, avec la nationalisation de toutes les industries doit être à'la base du programme du Labour Party et des Trade-Unions; le programme de l'avanigarde doit être mis en avant, comme tâche fondamentale du futur gouvernement travailliste. Une telle politique, accompagnée d'un appel aux travailleurs d'Europe et des colonies pour une collaboration dans l'intérêt commun au sein d'une Confédération des Etats Socialistes, est la seule solution aux problèmes qui se posent à la classe ouvrière.

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