Depuis la mort de Staline, la domination de la bureaucratie soviétiques Depuis la mort de Staline, la domination de la bureaucratie soviétique sur lUnion soviétique, sur les pays de « democratie populaire» et sur Partis Communistes du monde entier a été profondement ébranlée.
L'abolition sensationnelle du culte de Staline au 20" Congrès du P.C. soviétique a provoqué des remous dans tous les Partis communistes du monde. Toutes les questions fondamentales de la politique communiste commencent à être réexaminées de façon critique par un nombre croissant de militants de cracians orace les la formati . copes de danesit pire connu depuis 30 ans. La subordination servile du sort de la classe ouvrière internationale aux manœuvres diplomatiques du Kremlin est remise en question — au même moment où les communistes critiques de l'U. R. S. S. commencent à examiner le bien-fondé de ces manœuvres du point de vue des intérêts de l'Etat soviétique lui-même.
Les mouvements revendicatifs, les grèves, les soulèvements ouvriers qui se sont produits en Allemagne orientale, en Tchécoslovaquie, en Pologne et en partie en U.R.S.S. également, ont donné un relief dramatique à la « déstalinisation ». Ils ont confirmé l'opinion trotskyste que toutes de la part des dirigeants ne sont qu'un pâle reflet de la pression, de l'indignation et de l'esprit de révolte qui mürissent au sein des masses populaires. La révolution hongroise a démontré, au-delà de tout doute, qu'une révolution politique se prépare, et qu'elle est absolument indispensable pour renverser le pouvoir de la clique bureaucratique.
Cette évolution tumultueuse depuis quatre ans ne nous a pas pris au sarmer que essais re avenement, tu moins ans les grandes Nous étions armes pour la comprendre parce que nous l'avions prévue. Sans exagération, aussi sans fausse modestie, nous pouvons tional qui a correctement i reparte pour fait face auste de loin des du tra prévu ces événements, du moins dans leurs grandes liones, et qui s'est préparée pour faire face aux tâches historiques qui naîtraient de cette évolution.
Pour analyser sa signification et ses lois, nous avons dû soulever quelques-unes des questions les plus ardues de la théorie marxiste. Une fois de plus il s'est avéré que chaque pas en avant de la révolution internationale provoque également un progrès de la pensée révolutionnaire. L'assimilation de ces progres par le parti révolutionnaire tout entier est a son tour indispensable à la victoire de la révolution. REVOLUTION POLITIQUE OU CONTRE-REVOLUTION SOCIALE
L'analyse trotskyste traditionnelle de l'U.R.S.S. en tant qu'Etat ouvrier dégénéré limitait l'issue possible de l'évolution historique du premier Etat ouvrier à l'alternative suivante: ou bien restauration du capitalisme, ou bien rétablissement de la démocratie soviétique qui garantirait la construction du socialisme. Ou bien contre-révolution sociale, ou bien révolution politique.
Les deux termes de cette alternative étaient concus en liaison intime avec l'évolution des rapports de forces à l'échelle mondiale. Ou bien la révolution internationale connaîtrait une nouvelle suite internationale de défaites, le fascisme s'étendrait progressivement à une grande partie du globe, écrit Trotsky en 1935, et alors l'Etat ouvrier serait irrémediablement perdu; on assisterait à la victoire de la contre-révolution sociale. Ou bien les nouvelles avances de la révolution renverseraient la tendance réactionnaire prédominante de la période 1923-1939 et alors la révolution politique avait de fortes chances de triompher en U.R.S.S.
Deux termes d'une alternative ne signifient pas deux possibilités de solution simultanées. Lorsque Trotsky formula pour la première fois perspective sous une forme nette, c'est-à-dire après la victoire d'Hitler en 1933, il devait placer un peint d'interrogation sur la dynamique future des rapports de forces à l'échelle mondiale. La révolution avancerait-elle de nouveau, ou continuerait-elle à être battue partout dans le monde ? Personne ne pouvait responsablement trancher celte question en 1935. Mais, vers la fin de la deuxième guerre mondiale, avec la victoire de la révolution yougoslave, avec la victoire de la révolution chinoise et l'extension de la révolulion coloniale, avec les progres immenses réalisés par léconomie sovietique, s'avérait clairement rapports de forces évoluaient en faveur de Révolution à léchelle mondiale.
Maintenir dans ces conditions, du moins pour les prévisions à court et à moyen terme, une perspective sous forme d'alternative, signifiait remplacer la dialectione marxiste par un éclectisme vulgaire. Répéter en 1953 ce qui avait été vrai en 1933, a savoir que l'U.R.S.S. pouvait connaitre soit le rétablissement du cacitalisme soit la victoire de la révolution politique. c'était transformer la théorie trotskyste d'un instrument d'analyse de la réalité en une collection de formules rituelles. C'était refuser de trancher une question qui avait déjà été tranchée pour toute une période historique a Stalingrad, à Belgrade, à Pékin, à Dien-Bien-Phu et sur le Yalu, où le capitalisme avait recu des coups tellement puissants que sa restauration à court terme en U.R.S.S. n'était plus du domaine du possible.
Une double modification des rapports de forces a favorisé l'évolution vers la révolution politique en U.R.S.S. Elle la fait objectivement; elle la fait subjectivement.
Trotsky avait toujours prévu que le maintien des rapports de production issus de la Révolution d'Octobre créerait en définitive des conditions obieetives qui faciliteraient le renversement de la dictature bureaucratique. ses thèses « La IV* Internationale et PU.R.S.S. », il écrivait fin 1933:
Tout en gaspillant une partie énorme du revenu national de façon improductive, la bureaucratie est intéressée à l'essor économique et culturel lu pays: plus le revenu national est élevé, plus riche devient le fonds dans lequel elle puise ses privileges. Mais sur les bases sociales de lElat sovietique. la montée économiane et culturelle des laborieuses devra saper les bases de la domination bureaucratique elle-même.
C'est ce qui est effectivement arrivé. C'est avant tout la force numérique et le poids spécifique plus grand du prolétariat dans la société soviétique, son niveau de qualification et de culture supérieur, l'élévation de son niveau de vie, son affranchissement progressif des pires servitudes de la misère, l'élargissement de son horizon politique, ses besoins qui croissent plus vite que ne croit le fonds de consommation mis à sa disposition par la bureaucratie - c'est avant tout ce résultat d'ensemble du progres economique et culturel de T'U.R.S.S. qui sonne le glas de la dictature bureaucratique.
Mais la modification des rapports de forces à l'échelle mondiale crée, elle, les conditions subjectives pour la révolution politique. Analysant dans la « Révolution trahie » les raisons de la solidité apparente de la dictature stalinienne, Trotsky avait écrit :
Si, à l'opposé des paysans, les ouvriers n'engagent presque pas la lutte, laissant ainsi les campagnes à leurs errements et à leur impuissance, ce n'est pas seulement à cause de la répression: les omoriers craignent de frayer la route n une restauration cavilaliste... Les ouvriers sont réalistes.
Sans se faire illusion sur la caste dirigeante, tout au moins sur les couches de cette caste ou'ils connaissent d'un peu près, ils voient pour le moment en elle la gardienne d'une partie de leurs propres conquêtes.
queront pas de bouter dehors la cardienne malhonnête, insolente et suspecte, des qu'ils verront la possibilité de s'en passer. Il faut pour cela qu'une éclaircie révolutionnaire se fasse en Occident ou en Orient (pp. 320-321).
L'éclaircie révoltionnaire s'est faite en Orient. Le capitalisme a été terriblement affaibli à l'échelle mondiale. De ce fait, la peur de la restauration capitaliste a énormément diminué en U.R.S.S. La classe ouvrière a abandonné sa passivité. Elle ne « tolère » plus la gardienne malhonnête. Elle la talonne au contraire de plus en plus, engage la lutte sur le terrain des entreprises et sur celui des principes, l'oblige à abandonner son insolence et se prépare à renverser son pouvoir. 104
TROIS CONCEPTIONS DE LA BUREAUCRATIE La question intime most ere atita gestionne ines e anaise spécifiane dans le glacis liée à la question de notre analyse spécifique de la bureaucratie. Dens le mouvement ouvrier, abstraction faite de ceux qui considèrent la bureaucratie comme une nouvelle classe, il existe deux conceptions erronées de la nature de la bureaueratie.
Lune, la conception subjectiviste, est surtout élaboree par les staliniens on les anciens staliniens. Pour eux la bureaucratie résulte de phénomènes psvchologiques el moraux et non pas de phénomenes sociologiques. Il s'agit d'habitudes, de mœurs, de coutumes: preferer etre assis dans les bureaux plutôt que de circuler sur les lieux de travail; commandement avec les travailleurs; être « éloigné des aspirations du peuple »; montrer un e mépris pour etc. etc. Les c théoriciens» du Parti Communiste Chinois nous ont préparé tout un catalogue de péchés qui se trouveraient à la base du « bureaucratisme ».
A loppose de celte conception subjectiviste se trouve la deviation objecaviste, dont les representants les plus typiques sont les brandieriens, certains courants communistes en Europe orientale comme les gomulkistes, ainsi que le camarade Deutscher, du moins dans ses premiers écrits. Ils disent: la Russie était un pays arriéré; le prolétariat était faible, sans qualification ni culture. Il était de , incapable de diriger l'industrialisation. Celle-ci devait donc être conduite fatalement par une bureaucratie.
Mais, comme elle impliquait une augmentation considérable du taux d'investissement, elle impliquait aussi un abaissement très dur du niveau de vie. Les travailleurs ne voulaient pas accepter cet abaissement de niveau de vie. Il fallaii donc le leur imposer. De la la nécessité objective de la dictature bureaucratique, qui disparait lorsque disparaissent les conditions historiques qui l'ont fait naitre.
A ces deux conceptions également erronées s'oppose l'analyse marxiste. trotskyste, du phénomène de la bureaucratie.
Le bureaucratisme en tant qu'habitudes de travail et coutumes non démocratiques est un phénomène endémique dans les organisations de masse, où il est normalemeni corrigé par le jeu des élections et du contrôle démocratique de la base. Il ne devient un mal grave que lorsque des avantages sociaux se greffent sur les defauts de personne, en d'autres termes, lorsque nous passons du plan de la psychologie à celui de la sociologie. Dans le régime capitaliste. léclosion de la démocratie parlementaire bourgeoise et d'un mouvement de masse réformiste transforme les individus à inclination bureaucratique en membres et profiteurs de l'appareil d'Etat bourgeois. avec lequel ils vivent en symbiose. Dans l'Etat ouvrier, le reflux de la révolution et la défaite de l'opposition révolutionnaire ont permis la mainmise de la bureaucratie sur lEtat et sur économie, d'où découlent d'énormes privilèges. Ainsi naissent des castes bureaucratiques parasitaires, attachées à des systemes sociaux particuliers, dont elles sucent une partie de la richesse.
Nous savons, avec Lénine que la disparition complète de tout fonctionnarisme et de toute bureaucratie, c'est-à-dire l'exécution de toutes les fonctions dirigeantes à tour de rôle par tous les producteurs, est impossible au lendemain de la révolution dans n'importe quel pays du monde, et certainement dans un pays pauvre. Nous savons done qu'une certaine bureaucratie existait en 0.R.S.S. des 1918 et existera dans n'importe quel pays après la victoire de la révolution prolétarienne. Nous savons aussi que plus un pays est pauvre. plus le prolétariat est faible et arriéré, et plus cette bureaucratie risque d'etre puissante et d'accumuler de nouveaux privilèges.
Mais ce qui nous distingue des « objectivistes», c'est qu'avec Lénine qui défendait passionnément ce point de vue pendant les dernières années de
Trotsky et avec meilleurs bolchéviks soviétiques, sommes convaincus que ce reflux n'est pas inévitable, et que la croissance la dégénérescence bureaucratique peut être arrêtée par une action judicieuse du facteur subjectif. Ni les rapports de forces nationaux rapports de forces internationaux ne sont immuables. Après la défaite de 1923, Il Y eut des possibilites de victoire en Chine en 1927, en Allemagne au début des années 1930, en Espagne et en France en 1936. Si la bureaucratie a triomphé, c'est en grande partie parce que le parti bolchevil est cratie a triomphé, c'est en grande lieu d'être des le début conscient de ce danger, l'a sous-estimé, qu'il lui-même bureaucratisé, qu'une partie de ses cadres a réagi trop tard, lorsqu'ils étaient déjà en minorité dans leur propre maison, lorsque le parti instrument du prolétariat était déja devenu un instrument de la bureaucratie.
Cette réponse trotskyste au problème de la dégénérescence bureaucratique de TU.R.S.S. 'état d'esprit de toute la masse critique et oppositionnelle qui apparait maın et de internationale Communiste correspond exactement à tenant au sein des P.C., y compris du P.C. de PU.R.S.S. Tous se posent le question: « Comment cela a-t-il été possible ?». Tous essayent de trouver le lien qui existe entre l'ensemble des conditions objectives défavorables l'éclosion de la démocratie soviétique en U.R.S.S. et la forme particulièrement maligne, catastrophique même, qu'a prise le développement de la bureaucratie. Seule notre conception trotskyste de la bureaucratie leur explique ce processus, tout en incluant les acquis énormes de la base économique et sociale nouvelle du premier Etat ouvrier dans l'analyse. COURANTS DANS LA SOCIETE, TENDANCES DANS LE PARTI,
DIVISIONS AU SEIN DE LA BUREAUCRATIE Notre conception traditionnelle de la bureaucratie soviétique nous permet 'galement de repondre a deux questions d'analyse qui se sont posées constam nent a lopinion ouvriere internationale depuis la mort de Staline
La) Les divisions apparues dans l'équipe du Kremlin s'expliquent-elles essentiellement par une lutte pour le pouvoir, ou s'agit-il d'une division qu est le miroir de ce qui se passe dans l'ensemble de la société soviétique
Mb) Quel est le degré de résistance dont la bureaucratie en tant que caste est capable devant l'assaut final des masses ?
Nous savons que, traditionnellement, dans des régimes basés parti unique, toutes les contradictions sociales tendent à se réfléter a Pinté rieur de ce parti. Nous lavons dit dans le passe pour le parti bolchevik au cours des années 1920. Nous le disons aujourd'hui pour le P.C. de l'Union soviétique. Dans ce sens, il est absolument clair que les diverses tendances qui se sont cristallisées, ou qui sont en voie de cristallisation dans le manifestent deja dans la societe sovietiqueavec les grands courants qui se de l'U.R.S.S. ne sont pas sans rapports avec les grands courants qui se
De quels rapports s'agit-il cependant ? Nous distinguons deux phénomènes Lorsqu'apparurent les fractions diverses au sein du Parti bolchévik, nous définissions la fraction de l'Opposition de Gauche comme la fraction exprimant consciemment les intérêts du prolétariat. Quant à la fraction droitière, boukhariniste, elle subissait la pression de la paysannerie dans sa facon de poser les problèmes tactiques et surtout de les résoudre. Mais iamais Trotsky n'a caractérisé Boukharine comme le représentant d'un courant paysan, ou l'agent de la petite bourgeoisie, ou un politicien bourgeois. Sa nature de communiste, c'est-à-dire de militant d'un parti révolutionnaire du prolétariat, n'a jamais été mise en cause.
C'est de la même distinction que nous partons pour expliquer les divisions qui apparurent au sein du P.C. de I'U.R.S.S. après la mort de Staline. D'après un grand nombre de positions qu'ils ont prises, notamment en matièr économique et idéologique, il semble incontestable que le groupe Molotov Kaganovitch peut être considéré comme le représentant le plus conscient, le plus direct, des couches les plus privilégiées de la bureaucratie, avant tout des directeurs de trusts et d'usines. Quant aux autres groupes et groupes intermédiaires, ils ont subi à divers degrés la pression du prolétariat et de la paysannerie, dans le sens qu'ils ont été obligés de poser des problèmes dont les masses exigeaient les solutions de façon de plus en plus impérieuse, et qu'lis ont avancé certaines reformes dans le sens de ces solutions.
Mais jamais nous n'avons dit et nous ne dirons jamais que soit Malenkov, soit Mikoyan, soit Khrouchtchev représentent, même indirectement, une ten dance prolétarienne au sein du P.C. de l'U.S. Tous sont des politiciens de la comme tientes, le point ec de are teges te la cas propre, de sauvegarder les bureaucratique comme telle.
Par leur passé, par leur complicité dans de nombreux crimes de Staline, complicité bien connue des masses, par leurs fonctions actuelles même dans la société, tous les membres du Présidium s'identifient aux yeux des masses avec un pouvoir de plus en plus exécré: la dictature des bonzes, des bureau10G crates, de la bureaucratie. Il est exelu qu'un quelconque d'entre eux puisse jouer le rôle que Tito, Gomulka ou Nagy ont joué, le rôle de leaders populaires et centristes d'une aile de la bureaucratie, canalisant à leur profil l'hostilité des masses contre la bureaucratie dans son ensemble. Tous ont plus ou moins essavé de le faire: Beria en dénoncant larbitraire policier et en faisant machine arrière sur « l'affaire des médecins »; Malenkov en développement forcé de l'industrie légère; Mikoyan en lançant lattaque décisive conire le culte de Staline; Khrouchtchev en promettant l'abondance de pain, de beurre et de viande. Aucun d'eux n'y réussira.
Mais, pour nous, la bureaucratie n'est pas une nouvelle classe; elle est une caste qui plonge des racines profondes dans le prolétariat. Si l'on examine la composition sociale du P.C. de l'U.R.S.S., on remarque qu'un tiers de ses membres des travailleurs à l'entreprise. Même s'ils sont des ouvriers de choc et des contremaîtres ils sont, de par leur mode de vie, plus proches des ouvriers que des gros bonnets qui roulent en donnent mille roubles par semaine comme argent de poche à leur fils.
Les responsables syndicaux à l'entreprise, de cellules d'entreprise du P.C., voire les responsables de quartiers, de petites villes et quelquefois même de villes de province, surtout des Komsomols, peuvent ains devenir, eux, de véritables courroies de transmission des courants prolétariens qui se cristallisent dans la société. Et de leurs rangs peuvent apparaitre de futurs Nagy et Gomulka, voire de futurs leaders bolchéviks. Cette dialectique, cette nature double des tendances qui se cristallisent au sein du P.C. de PU.S., dans leurs rapports avec le prolétariat, réflète la double nature du stalinisme et de la bureaucratie elle-même qui n'ont jamais coupé définitivement le cordon ombilical qui les rattachait au prolétariat.
C'est en partant de ces mêmes considérations que nous pouvons résoudre le problème de la résistance possible de la bureaucratie devant l'assaut révolutionnaire des masses. Trotsky avait déjà résolu ce problème avant terme. Il écrit en 1933:
Les racines sociales de la bureaucratie, nous le savons, se trouvent dans le prolétariat, sinon dans son appui actif, du moins dans le fait qu'il la tolère. Si le proletariat redevient actif, l'appareil stalinien se trouvera suspendu dans Tair. S'il essaye de s'opposer, il faudra prendre contre Ini plutôt des mesures de répression policière que des mesures de guerre civile.
De toute façon, il ne s'agira pas d'un soulèvement contre la dictature du prolétariat, mais de l'éloignement d'une tumeur maligne de cette dictature
Une véritable querre civile ne pourrait pas se développer entre la bureaucratie stalinienne et le prolétariat qui se soulève, mais seulement entre le prolétariat et les forces actives de la contre-révolution.
Ces prévisions ont été complètement confirmées par l'expérience des 16-17 juin 1953 en Allemagne orientale, l'expérience des révolutions polonaise et hongroise. Dans tous les cas, avant l'intervention des forces militaires soviétiques, la bureaucratie « indigène » s'est effondrée sans résistance sérieuse devant Paction des masses. Seuls de petits noyaux de la police secrète se sont défendus. Le reste de la bureaucratie s'est divisé: d'une part ceux qui passaient avec armes et bagages dans le camp de la révolution politique (dans des centaines d'entreprises et des dizaines de localités, des mouvements de grève et des démonstrations furent dirigés par les dirigeants officiels des syndicats, du parti ou des jeunesses), et ceux d'autre part qui se terraient ou prenaient a fuite, au sens physique du terme, devant la Révolution somme, en U .R.S.S., aucune armée étrangère ne pourra intervenir, le problème s'y résoudra donc dans celui du comportement de l'armée soviétique elle-même. Nous examinerons ce problème dans quelques instants. Mais nous pouvons déjà prédire que l'analyse de Trotsky se vérifiera probablement de façon brillante au moment de l'éclatement de la révolution politique en U.R.S.S. Comme se vérifiera le fait que la réelle guerre civile ne peut éclater qu'entre le prolétariat et la contre-révolution. La révolution hongroise était sur le point de confirmer cette prédiction, lorsque la criminelle intervention de l'armée russe a modifié les données du problème.
LE ROLE DE L'ARMEE Si nous voulons résumer ce qui s'est produit aux sommets de la bureaucratie soviétique depuis la mort de Staline, nous pouvons distinguer deux processus différents:
La) La désagrégation du & noyau solide » des « fidèles lieutenants de
Staline » en groupes divers se combattant de plus en plus violemment et eliminant successivement une série de leaders du Présidium, chaque groupe s'usant rapidement devant l'impossibilité dans laquelle il se trouvait concilier son désir de maintenir les priviléges de la bureaucratie et la nécessité de faire des concessions aux masses.
Mb) La montée en flèche de l'importance de l'armée, personnifiée dans la montée du maréchal Joukov, aujourd'hui membre du Présidium et en fait l'homme n° 2 ou n° 3 au sein de la « direction collective » (1).
Le premier processus, nous l'avons déjà expliqué comme reflet indirect, à travers le prisme de la bureaucratie, des courants fondamentaux qui traversent toute la société soviétique en ébullition. Soulignons phénomène hautement caractéristique. l'époque de Staline, le secrétaire général décidait seul. Après sa mort, un petit groupe de lieutenants (Malenkov-
Molotov-Beria) avait les rênes réelles du pouvoir. Après la chute de Beria, le pouvoir passa entre les mains d'un Présidium composé d'une douzaine de personnes. Lorsque Khrouchtchev fut mis en minorité au sein de ce Présidium. il fit appel, par-dessus sa tête, au C.C. composé de plus de cent personnes. Pour asseoir l'autorité de sa décision, il fut obligé d'aller expliquer l'affaire aux travailleurs, dans les entreprises, et à la base du Parti. Demain, un leader d'un groupe au sein du C.C., mis en minorité au sein de cet organisme, pourra être tenté de faire appel, par-dessus lui, aux membres du parti, aux travailleurs des entreprises. un point décisif, un tournant dans l'histoire poststalinienne de P'U.R.S.S.
Que signifie la montée de l'armée? Sous Staline, le vrai pouvoir du secretaire général s'exerçait par la toute-puissance de la police secrète qui contrôlait toutes les sphères de la vie sociale soviétique, à commencer par le Parti, le gouvernement et larmée. La mort de Staline, lexécution de le contrôle rétabli par le Parti sur la police secrète, détruisirent ce systeme de pouvoir. En dehors du fonctionnement du centralisme bureaucratique, de la nomination des fonctionnaires, la bureaucratie ne possède plus d'autre instrument de pouvoir contre le peuple que l'armée. Tous les renseignements que nous possedons confirment que farmée, et plus exactement la garnison de Moscou, a rôle clé dans l'élimination de Béria, puis dans la
Khrouchtchev sur Malenkov d'une part, Molotov-Kaganovitch de l'autre.
Est-ce à dire qu'il y a menace de dictature militaire en U.R.S.S. ? Sans vouloir exclure a priori de brèves phases intermédiaires dans le processus vers la victoire de la révolution politique, nous pensons que l'éventualité d'une diclature militaire est exclue comme forme durable du gouvernement de la bureaucratie soviétique.
L'armée soviétique est aujourd'hui le miroir fidèle de la société soviétique. Elle a cessé d'être une armée essentiellement paysanne. Elle devenue une armée de mécaniciens et de chauffeurs, une armée qui reflète l'énorme progrès technique et culturel de l'Etat ouvrier. Certes, elle renferme une caste d'officiers extrêmement privilégiés et arrogants. Sans_doute verrons-nous apparaitre sous peu au sein du Présidium un groupe Joukov, qui s'efforcera de représenter les vues et les intérêts particuliers de cette caste. Mais la grande explication qui se prépare dans la société soviétique entre le courant prolétarien et le courant des couches les plus privilégiées de la bureaucratie se produira également au sein de l'armée. Les idées égalitaires y pénétreront; la caste des officiers a déjà dû leur faire des concessions, notamment en supprimant les différents mess d'officiers. Beaucoup d'indices La hare ron ma to e m che le manche pour esprit de et ret laissent prevou voir de la bureaucratie. LA POLARISATION DES FORCES DANS LA SOCIETE SOVIETIQUE
Des 1953, nous avions dit que trois courants se polarisent parallèlement dans la société soviétique:
(_) Ce rapport fut présente avant qu'éclate « l'affaire Joukov ». Le passage de ce rapport relati a larmée éclaire précisément celte affaire (Note de la Redaction). 108
La) le courant des couches privilégiées de la bureaucratie; b) le courant de la paysannerie, le moins articulé des trois; c) le courant du prolétariat. Nous avions ajouté que ces trois courants s'exprimeront non seulement indirectement, par les échos de leurs revendications que nous renvoient les discours et les écrits des écrivains et des leaders politiques, mais encore directement, sur le plan des revendications ouvertement formulées et de l'action, d'abord économique et, ensuite, même politique. Les objectifs sociaux que ces trois courants cherchent à atteindre sont en bref les suivants :
La) les couches les plus privilégiées de la bureaucratie cherchent à accroitre la base juridique qui garantit leurs privileges. Elles cherchent transformer des pouvoirs usurpés en droits acquis (notamment au sein de l'entreprise).
Mb) les paysans cherchent a défendre leurs lopins prives et a s'assurer la totalité des revenus provenant de ces lopins.
Gc) les ouvriers réclament un niveau de consommation plus élevé et plus de droits dans l'économie et dans l'Etat (ils visent au fond la gestion des entreprises).
Dans la toute dernière discussion, préparatoire à la grande réforme introduite par Khrouchtchey dans la gestion de l'économie, ces trois courants se sont nettement manifestés:
La) Comme à la conférence économique de Moscou de 1955, les directeurs d'usine, profitant du principe de la « décentralisation », insisté pour qu'on accroisse leurs droits et ceux des contremaîtres, notamment en matière de licenciement et de punition des ouvriers. Khrouchtchev mentionne ces revendications dans son rapport devant le Soviet Suprême. Reflet idéologique de cette pression des bureaucrates les plus privilégiés est la nouvelle théorie qui est apparue dans la section « Economie » de l'Académie des Sciences d'U.R.S.S., théorie selon laquelle les moyens de production seraient egalement des marchandises en U.R.S.S.. On sait que les directeurs ont vu se confirmer en droit leur pratique illégale de vendre d'usine a usine directement, sans autorisation du Plan, certaines pièces d'équipement.
Mb) Les paysans ont obtenu de Khrouchtehev une concession assez sensationnelle: la suppression à partir de 1958 de tout impôt sur les produits des lopins privés. Ce grand « bolchevik principiel » est ainsi passe, en lespace de quelques années, de la lutte pour les agrovilles, pour etatisation des kol khoz et pour la limitation sévère des lopins privés à une politique de concessions aux puissants instincts d'appropriation privée qui restent plus que jamais prédominants dans la paysannerie kolkhozienne.
Gc) Les ouvriers ont accentué leur pression en faveur d'un accroissement des salaires réels, contre la revision du système des salaires qui aboutissait à la rédaction du salaire global pour les couches les plus qualifiées. Ils éclament plus degalite et protestent contre les abus de la bureaucratie. Les grèves qui ont éclaté au Donbas en octobre 1956 et qui se sont étendue: à Léningrad, les grèves perlées qui ont paralysé les usines Ordjonikidze a Moscou ainsi que d'autres grandes usines, avaient essentiellement les memes buts.
Très significatif est l'incident rapporte par le quotidien « Troud » e repris par Deutscher. Un ouvrier s'approche sur la lace Rouge a Moscol d'un député du Soviet Suprême qui quitte le Kremlin, le prend par le revers de son veston et lui dit: « C'est du bon tissu. Un ouvrier ne pourrait pas en acheter un comme ça ». Cette anecdote reflète exactement combien les rapports de forces ont changé en faveur du prolétariat depuis Staline. Mais l'ouvrier, après avoir fait ce geste, disparut dans la foule. Cela indique le chemin qu'il faut encore parcourir.
LEÇONS DE HONGRIE
Quelle forme concrète prendra la révolution politique du prolétariat contre la bureaucratie soviétique ? Sans entrer dans de vaines spéculations, nous pouvons dégager quelques traits spécifiques des expériences de Hongrie, de Pologne et de l'Allemagne de l'Est.
La révolution politique aura tout d'abord une dynamique de révolution permanente. La dictature de la bureaucratie a mobilisé contre elle toutes les couches de la population. Au début de la révolution, toutes ces couches participeront au mouvement. C'est au cours même de la révolution que le prolétariat et son avant-garde consciente conquerront hegemonie et feront aboutir la révolution a la victoire de la démocratie soviétique.
Les rapports de forces entre les classes détermineront si cette victoire pourra être acquise avec ou sans lutte armée contre les forces organisées de la contre-révolution (en Europe orientale et en Chine). En U.R.S.S. même, cette hypothese est exclue, vue la disparition totale de ces forces. C'est dire que tout schema qui prevoit des le debut de la revolution le partage des forces en deux camps nettement distincts, d'un côté le camp bolchevik-léniniste, de l'autre côté le camp des staliniens, des confusionnistes et des contrerévolutionnaires, est absolument contraire à la réalité. Avoir une telle idée de la révolution politique, c'est nier en pratique le discrédit et la confusion énormes que la dictature stalinienne a semés sur les idées les plus élémentaires du léninisme.
La durée et l'issue rapide de ce processus de révolution permanente dépendront avant tout de l'organisation et de la direction de l'avant-garde ouvrière. La classe elle-même retrouvera rapidement sa forme d'organisation propre, qui est celle des conseils ouvriers. Les exemples de Hongrie et de Pologne l'ont prouvé au-delà de tout doute. C'est la condition générale de la démocratie soviétique qui est ainsi recréée. Mais il ne suffit pas que ces conseils ouvriers existent; il faut encore qu'ils s'orientent rapidement vers l'exercice de tout le pouvoir politique. L'existence des conseils en elle-même n'est pas une garantie de la victoire rapide de la révolution politique. Elle peut se combiner, pendant toute une phase transitoire, avec des compromis politiques, la renaissance de partis petits bourgeois, la tentative de rendre vie au parlementarisme bourgeois, ete. Seule la présence au sein des conseils d'une direction révolutionnaire consciente fera de ceux-ci le pôle autour duquel se regroupera la classe tout entière, rétablissant son pouvoir démocratique révolutionnaire, sur les débris de l'absolutisme bureaucratique, et écrasant toute tentative contre-révolutionnaire.
La question nationale jouera un rôle important dans la révolution politique. Il y a ici une différence très importante à signaler entre les pays du « glacis sovietique » et PO.R.S.S. elle-même. Dans les pays du « glacis », la question nationale, le sentiment de loppression et de l'exploitation subies de la part du Kremlin, sont de puissants leviers de la révolution, qui augmentent la soit de révolte et de vengéance des masses. A une phase ultérieure, la question nationale pourrait alimenter les préjugés des couches les plus et des groupements petits bourgeois; mais une attitude nette et audacieuse matière peut canaliser le sentiment national au profit d'une solution ouvrière de la révolution, comme le démontrent, même sous les directions centristes de Tito et de Gomulka, les exemples yougoslave et polonais.
Il n'en va pas ainsi en U.R.S.S. Le sentiment national, le sentiment que IU.R.S.S. est devenue la deuxième puissance du monde, y est plutôt un pilier de la dictature bureaucratique Pe semment oppressesn hationale lier de la dictature bureaucratique. ressentent différentes nationalités opprimées en Europe (Ukrainiens, Baltes, dans une certaine mesure des nationalités caucasiennes) introduira mouvement populaire un élément dissociant et centrifuge que la bureaucratie exploite des maintenant (exemple: stationnement des troupes sur des territoires d'autres nationalités). Enfin. les nationalités d'Asie ont en partie, envers la bureaucratie, une attitude tout à fait différente de celle des nationalités européennes, étant donné le progres incommensurable qu'a connu leur territoire même à l'époque stalinienne. Ce fait est aussi habilement exploité par la bureaucratie (exemple: mobilisation des écrivains territoires périphériques contre les écrivains les plus oppositionnels de Moscou). Pour toutes ces raisons, a question nationale risque de freiner l'éclatement de la révolution politique •t d'entraver son aboutissement rapide à une victoire de la démocratie sovietique en U.R.S.S
Mais il ne s'agit pas, faut-il le dire, d'obstacles absolus. De toute façon, plus rapidement le prolétariat se regroupera et passera à l'action, plus rapidement son avant-garde s'organisera et combattra pour le programme bolchevikleniniste, et plus toutes les phases transitoires de confusion el de compromis inévitables pourront être écourtées, et plus rapidement la révolution apparaitra sous son visage le plus pur: celui de la lutte pour le pouvoir des conseils ouvriers. 110
LE PROGRAMME DE LA REVOLUTION POLITIQUE C'est pour cette raison que le programme de la révolution politique, qui serridi, ité la promim preparatoire de a de comm, rete, imelipelle et intellectuelle et décisive et devra etre mis au point par ce Congrès. Les theses qui vous ont ete soumises s'efforcent d'effectuer cette mise au point, à la lumière de toute l'expérience vécue au cours des dernières décades. Nous insisterons particuliérement sur deux points.
Nos thèses affirment que la démocratie soviétique est irréalisable sans le droit pour les masses d'organiser différents partis soviétiques. C'est sur ce point que Trotsky, et nous-mêmes plus nettement encore, faisons un pas plus loin que ne le faisaient les documents de base de la III° Internationale et de l'Opposition de Gauche. Nous croyons que ce pas se justifie à la lumière de l'expérience soviétique. Si le prolétariat n'a pas le droit d'organiser différents parfis, la lutte de tendance à l'intérieur du parti de classe lui-même est inévi tablement étouffée, car tôt ou tard cette lutte risque d'aboutir à l'éclatement du parti. C'est seulement si le parti révolutionnaire accepte honnêtement la règle : tout le pouvoir aux conseils ouvriers; s'il fonctionne dans le cadre de ces conseils comme une avant-garde organisée qui lutte pour le triomphe de aires qui n'acceptent pas ces idées ; que la notion de dictalure du protétaria es idees sans reprimer la minorite ou le cas echeant la maiorité des recouvre sa véritable signification, contrairement aux théories et surtout aux pratiques aventuristes bureaucratiques des staliniens. Toute solution rechange aboutit à l'arbitraire bureaucratique, dans lequel le parti se substitue a la classe, le comite Central du parti se substitue au parti, et le secrétaire general du Comité Central se substitue au Comité Central
Nos thèses soulignent les difficultés et les contradictions réelles qui subsistent à l'époque de transition, entre les différentes fonctions économiques de l'Etat ouvrier: administrer l'économie et répartir le revenu national; promouvoir l'accumulation socialiste et élever le niveau de vie des masses, ete. Afin d'assurer la solution la plus progressive de ces contradictions, prévoient un partage et une autonomie de divers pouvoirs : partage du pouvoir entre conseils ouvriers gérant les usines, syndicats défendant les intérêts des travailleurs en tant que consommateurs, soviets (conseils ouvriers territoriaux) exerçant le pouvoir politique démocratique du prolétariat ; autonomie réciproque des soviets, des syndicats et du parti.
Cette solution s'oppose à la fois à la centralisation bureaucratique des taliniens et a la « décentralisation vougoslave » qui maintient la bureaucrati i l'échelon central, tout en réintroduisant dans l'économie, par le truchemen de l'autonomie des entreprises, des phénomènes de gaspillage qui résultent de la concurrence. Ainsi, des entreprises vougoslaves cachent les unes aux autres des ameliorations techniques, des procedes nouveaux d'organisation du travail. voire des brevets, afin de triompher dans cette « compétition socialiste » d'un genre nouveau.
LE NEO-CENTRISME
Avec l'eflondrement du culte de Staline s'est effondrée toute une pensée politique purement pragmatiste et opportuniste chez les dirigeants des Partis communistes, base : le Vozi Purement schématique et mythologique chez les militants de
. le chef (ou le Comité Central du P.C. de l'U.S.) a toujours raison... Dans le vide créé par la disparition de ces réflexes d'obéissance, et en l'absence de critères d'analyse réellement marxistes révolutionnaires, pénètrent maintenant toutes sortes de théories, de nuances de pensées se situant entre le stalinisme et le et le marxisme. Les deux variantes les plus importantes sont les suivantes :
La) le semi-réformisme des tendances d'opposition de droite : Giolitti et Reale en Italie, Hervé-Lecœur en France, certains opposants GrandeBretagne, certains éléments de la pensée de Harich en Allemagne orientale. certains « révisionnistes » du P.C. polonais, la tendance Gates du P.C. américain, etc. Inspirés par certaines idées lancées par Khrouchtehev au 20° Congrès (voie parlementaire vers le socialisme, etc.), ces éléments se rapprochent de la social-démocratie et jettent par-dessus bord des éléments essentiels de la pensée léniniste.
Mb) le néo-centrisme des anciens staliniens qui, sous la pression des événements et des masses, vont de plus en plus loin dans l'analyse marxiste des Phénomènes de la bureaucratie et de la démocratie soviétique, y compris de phénomènes de la bureaucratie et de la démocratie soviétique, y compris de réelle du stalinisme. Ainsi, Gomulka affirme le droit de grève ; Mao le souligne également dans son premier rapport sur le mouvement de rectification. Mao analyse même les sources du bureaucratisme, dans la contradiction entre les « travailleurs manuels » (producteurs) et les « travailleurs songres notions & théoriques » de Khrouchtcher sur le & culte de la ples intellectuels » (administrateurs). Tout cela va beaucoup plus loin sonnalité ».
Certes, dans la plupart des cas, les actes de ces centristes ne sont pas conformes à leurs paroles. En tant que représentants d'une tendance au sein de la bureaucratie, ceux-ci sont également incapables de poursuivre jusqu'au bout la vers le bolchevisme. La faiblesse numérique et culturelle prolétariat yougoslave, le danger réel de soulèvements contre-révolutionnaires en Chine, constituent des obstacles subjectifs supplémentaires sur la voie d'une victoire de la démocratie soviétique dans ces pays. Néanmoins, la valeur de ce « néo-centrisme » est énorme, et par la fermentation qu'il entretient dans les esprits de tous les militants communistes dans le monde (v compris en U.R.S.S.), et par les possibilités qu'il crée pour une avant-garde révolutionnaire de l'utiliser comme plate-forme de départ, dans sa lutte pour un retour Lénine.
L'expérience de la révolution polonaise depuis octobre 1956 permet de faire un bilan objectif de la signification de ce néo-centrisme. La révolution avait effectué quatre grandes conquêtes : l'indépendance nationale ; les conseils ouvriers dans les usines; la fin de la collectivisation forcée de l'agriculture ; une certaine liberté de presse et surtout de parole dans le mouvement ouvrier. La première et la troisième de ces conquêtes restent acquises et ne pourront sans doute être supprimées sans une guerre civile. La deuxième et la quatrième cependant sont constamment remises en question et risquent d'être perdues, si la révolution continue à piétiner comme elle le fait incontestablement depuis un certain temps.
Pris entre la pression révolutionnaire de ia gauche et la pression conservatrice de la droite stalinienne, Gomulka et son groupe centriste s'efforcent de consolider l'acquis en évitant toute concession nouvelle dans un sens ou dans un autre. Mais chaque coup qu'ils portent à la gauche renforce non pas leur groupe mais la droite ; c'est là l'enseignement principal du 9° Plénum du C.C. du Parti Ouvrier Unifié de Pologne. Ce qui fausse ce processus, c'est l'organisation parfaite de la droite dirigée par l'ambassade soviétique, et le manque d'organisation de la gauche dont les dirigeants sont désorientés et démoralisés. Une reprise de la gauche sous le slogan « Tout le pouvoir aux conseils », ouvrant un programme concret de réorganisation économique et politique, permettrait cependant aux réels rapports de forces de s'exprimer et relancerait la révolution qui est loin d'être battue.
RETOUR A LENINE
Les épigones de Staline ont imprudemment lancé la lutte contre le alume Les épigones de Staline ont imprudemment lancé la lutte contre le « culte de la personnalité » sous le signe du « retour à Lénine ». Ils ont ainsi un feu qui les consumera ! Khrouchtchev s'efforce de répandre la légende que les dirigeants actuels ont tous eru sincèrement en Staline aussi longtemps que celui-ci était en vie. Mais les militants communistes, et la masse de l'avantgarde ouvrière, découvrent et découvriront de plus en plus qu'il n'en est rien.
Le dirigeant stalinien tchèque sur le « front culturel », Vladimir Dostal, a répondu notamment ce qui suit dans l'organe de l'Association des Ecrivains tchécoslovaques « Literarni Noviny » reproche de l'écrivain polonais Jan Kott que la littérature soviétique a vécu dans le mensonge, puisqu'elle se taisait sur les crimes de l'époque stalinienne :
«Je puis m'imaginer que le conflit tragique entre devoir et conscience a torturé maints écrivains. Mais je considère comme une capitulation naturelle et temporaire devant la nécessité historique, qu'ils se soient finalement décidés de se taire et d'attendre, car en agissant contre le gouvernement, ils auraient abandonné leur propre peuple dans le moment le plus difficile. 112 ils auraient affaibli leur propre pays dans les années de menace de guerre croissante.. D'un côté, il y avait le sort du pays et de la révolution, de quelques (1 vies humaines, lhonneur quelques-uns et la pureté des principes. Entre les deux, il n'y avait pas d'autre voie.»
Voilà ce que dit un dirigeant stalinien en Tchécoslovaquie, le pays où le P.C. est resté le plus « stalinien » d'Europe! Mais la nouvelle génération de communistes qui monte sous le signe du «retour à Lénine » répondra aux bureaucrates que, dans l'esprit de Lénine, la défense des principes ne peut jamais être en opposition avec les intérêts de la Révolution !
Elle dénoncera ceux qui ont piétine ces principes, non pas dans les intérêts de la Révolution auxquels ils ont porté d'immenses dommages, mais dans l'intérêt d'une caste de parvenus rapaces et sanguinaires.
S'inspirant de la fermeté de principes de Lénine, elle redécouvrira dans Oppositionnels, et avant tout dans l'Opposition de Gauche et chez les trotskystes, ceux qui, sans succomber à la peur ou à la tentation, ont maintenu propre et sans tache le drapeau du communisme. Elle érigera un monument de granit à ces milliers de héros sans nom qui ont assuré, par leur résistance apparemment désespérée d'antan, la pérennité et la magnifique reprise mondiale du léninisme à laquelle nous assistons aujourd'hui. Elle conclura que la IV• Internationale, héritière de ces traditions, est capable de les rétablir pleinement dans tout le mouvement communiste mondial. Et en renversant la dictature de la bureaucratie, en rétablissant la démocratie soviétique, elle ouvrira sous le drapeau de Lénine la voie vers le triomphe de l'Octobre Mondial.