Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 14, n° 7-9

Débats sur la « déstalinisation » dans le mouvement ouvrier italien

Livio Maitan · Quatrième Internationale, vol. 14, n° 7-9 · septembre 1956 · p. 26-30 · 4 343 mots

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On sait désormais que, de tous , les Partis communistes de l'Europe Occidentale, c'est dans le P.C, italien que le 20* Congrès du P.C. de l'Union sovietique et la parution du rapport Khrouchtchev ont provoqué la discussion la prus ample et la plus passionnée. C'est dans le P.C. italien que les dirigeants ont eu et ont les plus grandes difficultés à étouffer les débats et qu'ils sont eux-mêmes poussés à y participer et à donner une explication de ce qui s'est passé.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation ; en voici les plus importants:

a) La formation récente d'une grande partie des cadres du Parti qui y ont adhéré après la chute du fascisme et après la guerre et, de ce fait, n'ont pas connu la stalinisation poussée qu'a connue, par exemple, le P.C. français; b) la présence du P.S.I. (dirigé par Nenni), qui est considéré par les ouvriers communistes italiens comme un parti ouvrier allié: dans celui-ci, la discussion, sous l'initiative même de la direction, aurait eu lieu de toute façon et, étant donné entre autres que sur plusieurs points elle concernait le P.C. et le communisme, elle n'aurait été en aucun cas ignorée par les cadres et par une grande partie des militants du P.C. italien ; c) l'existence dans le P.C. italien d'une direction assez souple - surtout par comparaison avec le P.C. français - qui s'est toujours préoccupée d'éviter des tensions aiguës et des ruptures brusques et qui, aux mesures répressives bureaucratiques, a préféré en cette occasion l'ouverture de cette soupape de sûreté qu'est la discussion ; d) la présence dans le parti d'une droite qui a toujours appuyé Togliatti et qui pousse maintenant vers une « démocratisation » à l'intérieur du Parti en même temps que vers l'adoption d'un révisionnisme encore plus avancé que celui de Khrouchtchev et de Togliatti.

Le débat, en effet, s'est développé et se développe encore assez largement, dans une mesure et sous une forme sans précédent dans le P.C. italien depuis la bureaucratisation. Au cours de cette discussion, différentes positions ont déja commencé à se dégager, bien qu'à la base la plus large règne une très grande confusion.

Avant tout existent des positions, disons d'extrême-droite, adoptées en particulier par des intellectuels qui, en réalité, n'ont 26 jamais eu rien à faire avec le communisme mais qui avaient adhéré au Parti justement en vertu de la politique opportuniste de Togliatti. Ces gens voudraient que le P.C. italien adopte plus carrément les positions du « passage démocratique au socialisme », qu'il soit tout à fait « autonome » par rapport à l'U.R.S.S., qu'il axe sa politique sur une recherche encore plus systématique de l'alliance non seulement avec des couches moyennes, mais aussi avec certaines couches bourgeoises. Quelques intellectuels ont ouvertement posé la question de la révision explicite d'idées telles que la « crise du capitalisme » et la « dictature du prolétariat », cependant que, dans un débat sur l'organe du Parti à Turin, des idées de collaboration de classe à l'intérieur des usines ont été avancées.

D'autres membres, tout en n'arrivant pas aux conclusions des droitiers les plus conséquents, se rangent pour ainsi dire dans un centre-droit, insistant surtout sur la nécessité pour le Parti de se poser sur le plan « démocratique » sans aucune réserve, en condamnant la « duplicité » de ceux qui considèrent : la position actuelle comme un expédient tactique mais qul, au fond, restent convaincus qu'il faudra, en dernière analyse, se battre sur le terrain révolutionnaire. Les cadres et militants qui partagent ce dernier point de vue sont assez nombreux surtout à la base et constituent, pour ainsi dire, le centre-gauche. existe enfin une petite minorité de militants et des cadres plus conscients qui, temps, ont compris le fond de la question Staline et s'opposent aux thèses révisionnistes sur « l'inévitabilité » des guerres et sur le passage au socialisme par la voie « pacifique ». Il convient d'ajouter qu'il y a un courant, surtout à la base, de staliniens « nostalgiques », qui défendent Staline d'un point de vue de gauche, pensant que Khrouchtchev et Cie condamnent Staline justement afin de faire triompher un révisionnisme que Staline lui-même n'aurait jamais accepté.

Cependant, une fois encore, c'est Togliatti qui a réussi à garder une sorte de monopole de la théorisation dans le Parti et qui a avancé les idées sur lesquelles la discussion devait se développer. Les documents dans lesquels il a exprimé son attitude après le 20• Congrès sont au nombre de trois : son rapport au C.C. du parti du mois de mars; son interview à Ía revue « Nuovi Argomenti » (après la

Q UAT R I ME parution du rapport Khrouchtchev) et son nouveau rapport au C.C. du mois de juin. C'est surtout dans le deuxième document qu'il a avancé les idées qui ont eu une répercussion assez vaste dans toute la presse mondiale.

Efforçons-nous de résumer les points essentiels 1:

1° Togliatti a souligné l'importance de l'affaire Staline et la gravité des accusations de Khrouchtchev (« Dans le régime établi par Staline, à certaines périodes, il y a eu des éléments de tyrannie et on a commis au moyen du pouvoir des actes criminels et moralement révoltants (»). En tâchant d'en donner une explication, il a avancé l'idée d'une dégénérescence bureaucratique : « La moins arbitraire des généralisations est celle qui voit dans les erreurs de Staline la superposition d'un pouvoir personnel aux organes collectifs d'origine et de nature démocratique et, par conséquent, l'accumulation de phénomènes de bureaucratisation, de violation de la légalité socialiste, stagnation et même, partiellement, de dégénérescence dans les différents secteurs de l'organisme social... Nous nous rappelons avant tout que Lénine, dans ses derniers discours et écrits, avait mis l'accent sur le danger de bureaucratisation qui menaçait la société soviétique... Il nous parait hors de doute que les erreurs de Staline furent liées à . une augmentation excessive des appareils bureaucratiques dans la vie économique politique sovietique et, peut-être, avant tout, dans le partl... staline a été en même temps l'expression et le créateur d'une situation et cela parce qu'il s'avéra être l'organisateur et le dirigeant le plus expérimenté d'un appareil de type bureaucratique dans le moment où celui-ci prit le dessus sur les formes de vie democranque...» 2º Sur la responsabilité des dirigeants soviétiques actuels, Togliatti s'est exprimé assez clairement 6 cette responsabilité existe et on ne peut la contester. « L'erreur des collaborateurs de Staline, ce fut de ne pas s'en être aperçu [des erreurs de Stalínel, de l'avoir laissé opérer jusqu'au point où la correction n'était plus possible sans dégâts pour tout le monde... Nous pouvons penser entre nous que, si la situation était telle [que l'ont décrite les successeurs de Staline], en dehors de l'impossibilité de changer à temps dont on a déjà parlé, ils [les dirigeants soviétiques] auraient du, au moins, être plus prudents dans cette exaltation publique et solennelle de cet homme a laquelle ils nous avaient nabitues. Il est vrai que maintenant ils se critiquent — c'est leur grand mérite, mais dans cette critique un peu de leur prestige est perdu. »

En même temps, Togliatti a souligné lui-même l'insuffisance des explications fournies par Khrouchtchev et Cie :

«Il faut reconnaitre ouvertement et sans hesitation que, tandis que le 20° Congrès a donné une contribution énorme en posant et en resolvant plusieurs pro blèmes importants et nouveaux du mouvement démocratique et socialiste, tandis qu'il marque une étape très importante dans le développement de la société sovié-

E tique, on ne peut pas considérer comme satisfaisante la position adoptée par le

Congrès et qui est aujourd'hui très largement développée par la presse soviétique en ce qui concerne et les causes et les rendues possibles...

bien était attribué surhumaines d'un les erreurs de Staline conditions qui les ont

Auparavant, tout le aux qualités positives homme; maintenant, tout le mal est attribué à ses défauts, qui sont dans la même mesure exceptionnels et même étonnants. Dans les deux cas, on se trouve hors du critère de jugement qui est propre au marxisme. » 3ª Posant la question de la pluralité des partis dans une société socialiste, To gliatti tout en soulignant qu'en ce qui concerne l'U.R.S.S. « une pluralité de partis nous parait impossible », écrit : « La pluralité ou l'unicité des partis ne peut pas en soi être considérée comme un élément de distinction entre les sociétés bourgeoises et les societes socialistes... Dans les pays qui restent capitalistes, ou le mouvement ouvrier et populaire est fort et avancé, on ne peut au contraire exclure l'hypothèse de profondes transformations socialistes, même en présence d'une pluralité de partis et par l'initiative de certains d'entre eux. »

4° En ce qui concerne les rapports entre I'U.R.S.S., les Etats ouvriers et les partis communistes, Togliatti affirme : « De tout cela je ne crois pas que puisse découler une diminution de la confiance et de la solidarité réciproque entre les différents secteurs du monde communiste. Toutefois, il en découle sans doute non seulement la nécessité mais aussi le désir d'une autonomie de plus en plus grande et cela ne pourra que faire du bien à notre mouvement. La structure politique intérieure du monde communiste est aujourd'hui changée... L'ensemble du système devient polycentrique et, dans le même mouvement communiste, on ne peut pas parler d'un guide unique, mais d'un progrès qu'on accomplit en suivant des chemins souvent différents. » Comme on le voit aisément, ce sont là des idées assez osées pour un stalinien de vieille date comme Togliatti, des idées qu'un Thorez n'aurait certainement jamais avancées. Bien sûr, il ne faut pas oublier qu'à côté de cela, il y a dans la déclaration de Togliatti beaucoup de choses révoltantes — y compris une accusation mensongère contre les trotskystes (1). Par exemple, s'il parle assez fran(r) " Les dirigeants des vieux groupes d'opposition (trotskystes et droitiers) n'étaient pas sans continuer la lutte par des méthodes terroristes, et cela arriva aussi en dehors de l'U.R.S.S. (A Paris, 1934, l'un de nos meilleurs militants, Camillo Montanari a été tué par un trotskyste. On a eu ailleurs des cas pareils) ». stalinien Togliatti ne peut pas perdre l'habitude de la calomnie. Montanari a été tué par quelqu'un qui n'eut jamais rien à voir avec le trotskysme. Auprès de tant d'assassinats d'oppositionnels par les staliniens, il aurait pu se trouver un militant exaspéré qui eut répondu de la même façon : mais en aucun pays, il n'y eut un stalinien victime de méthodes terroristes de la part des groupes d'opposition communiste. Et Togliatti ose lancer sa calomlequel prop du de Staline dar chimine dane du discours Khrouchtchev, bonne partie de sa propre fraction, après avoir accusé les opposants d'avoir tué Kirov... dont le meurtre doit egalement être attribué & Staline.

2T

INT

VATRIEME chement de la responsabilité de Khrouchtchev et Cie, il frise le cynisme en ce qui concerne sa propre responsabilité quand il affirme : « Des faits qu'on dénonce aujourd'hui nous n'avions ni ne pouvions avoir aucune notion (sic !) ». D'autre part, sa conception bureaucratique apparait dans le passage suivant :

« Rééduquer quelques centaines de milliers de cadres du parti, hommes et femmes et, par eux, tout le parti et, par le parti, tout un pays immense, où les conditions de la vie civile sont très différentes de région à région à une vie démocratique normale, suivant le modèle qui avait été fiant, dans un procès posthume de l'idole d'hier, la recherche des causes objectives et principielles qui provoquèrent la déviation du centralisme démocratique au centralisme bureaucratique, de la direction collective à la direction personnelle, de l'exaltation de la force créatrice de la révolution et des masses populaires au culte de la personnalité : autant de choses qui ont été réalisées non sans la contribution des congressistes de Moscou... La vérité d'hier s'est transformée en démolition, sans l'approfondissement historique nécessaire et aux dépens de la fonction propre d'un congres poltique qui est celle de faire mürir une situation et non pas de tourner dans le vide, comme il arrive lorsqu'on se limite à bâtir ou à détruire des monuments. »

« Il était nécessaire que le Congrès fixe était nérpegaire aue le Congrès fixe d'une façon claire quelles structures qui ne correspondent plus à la situation se sont superposées au parti et à l'Etat dans les vingt dernières années, avec des conséquences plus graves que celles du mythe ou du culte de Staline; quelles sont les institutions actuelles qu'il faut maintenir, celles qu'il faut supprimer, celles qu'il faut modifier. Le Congrès s'est limité à parler de « restauration » par rapport a la conception leniniste de la fonction dirigeante du Parti dans l'Etai soviétique et des rapports réciproques entre le Parti et l'Etat, conception qui fut élaborée sur le plan théorique sur la base des expériences de l'avant-garde de la classe ouvrière russe et européenne à l'époque de la guerre impérialiste et adaptée d'une façon expérimentale aux exigences de la guerre civile dans les six ou sept premières années de la révolution. Cette conception est-elle encore valable quarante ans après la révolution d'Octobre ? »

Après le rapport Khrouchtchev, Nenni souligna à nouveau mais plus nettement la responsabilité des dirigeants soviétiques actuels et critiqua vivement le rapport :

« Nul doute que les faits cités par Khrouchtchev et sur lesquels l'opinion publique mondiale attend une documentation sérieuse, ont mis les membres du Bureau Politique dans une situation très difficile. Mais ils étaient à leur place de responsabilité justement dans ce but, justement pour faire face aux situations difficiles ! »

« Le caractère approximatif du rapport atteint ici [Nenni parle des répercussions de l'attitude de Staline sur la politique internationalel son maximum. Khrouchtchev juge sans se sentir obligé de donner la moindre explication.. De même qu'à l'époque des véhémentes accusations staliniennes contre les « ennemis » du peuple ou contre les « déviationnistes », on a demandé au Congrès de croire, on ne lui a pas donné la possibilité de juger. »

« Il n'y a pas dans le rapport Khrouchtchev la moindre analyse marxiste de la société soviétique, la moindre reconstruction historique du moment où, sous l'influence des rapports objectifs ou subjectifs donnés, tout le pouvoir se transféra dans les mains de Staline ».

En ce qui concerne les problèmes du réles établi par Lénine dans de la Révolution, à années rééduquer dans l'initiative sur idées et dans la pratique de la premières savoir les le plan des recherche, du débat vivant, de ce degré de tolérance des erreurs qui est nécessaire pour découvrir la vérité en pleine indépendance de jugement et de caractère, etc., d'est une tache énorme qu'on ne peut pas accomplir par un travail de trois années ni par un Congrès. » C'est le groupe dirigeant ex-stalinien, ce sont les collaborateurs les plus intimes de Staline, les bureaucrates les plus éminents qui devraient, selon Togliatti, éduquer le peuple et le processus devrait commencer par en haut!

Tandis que Togliatti théorisait de cette façon, Nenni procéda, pour sa part, avec une désinvolture et une rapidité plus grandes. Aussitôt après le 20" Congrès, il dit beaucoup de choses; mais après la parution du rapport Khrouchtchev il poussa encore plus loin.

La polémique de Nenni porte sur la situation soviétique, mais il se préoccupait - et il se préoccupe surtout - de traduire toute l'affaire en termes de politique italienne actuelle.

Il ne faut pas oublier à quelle étape de l'évolution du P.S.I. la « déstalinisation » s'est produite. Il existait déjà dans ce parti la tendance à l'autonomie, abandon de la politique d'un bloc exclusif avec le P.C. italien. Le but de Nenni était déjà clair depuis un certain temps : faire du P.S.I. le centre de la situation italienne, la force la plus dynamique de la gauche, en le différenciant du P.C. italien et en le présentant aux masses petites bourgeoises et même au parti catholique comme un parti qui donne des garanties démocratiques sérieuses.

Le 20 Congrès offrait une excellente occasion pour accentuer cette politique. En même temps, Nenni pouvait se relier à son passé et défendre les positions traditionnelles du P.S.I., notamment son attitude au moment de la scission qui donna naissance au Parti communiste. Il n'a pas laissé passer cette occasion.

Dès le lendemain du 20º Congrès, il adopta une position critique envers les dirigeants soviétiques (qu'il n'avait jamais critiqués - faut-il le rappeler - dans l'après-guerre) :

« Le côté négatif et déconcertant du Congrès réside dans la laçon avec laquelle on a remplacé une analyse critique du développement de la révolution par la démolition du mythe de Staline en sacri28

Q UATRIEME IN gime politique de l'U.R.S.S., voici les idées de Nenni :

« La direction collective du Bureau Politique ou du Comité Central sera, certes, préférable à la direction d'un seul homme. Mais si, dans la direction collective du Bureau Politique ou du Comité Central, il y a un progrès par rapport à la direction personnelle, fût-elle éclairée ou tyrannique, il n'y a, toutefois pas de garantie d'une vie démocratique. Or, tout le problème de la société soviétique se reduit a l'exigence de sa democratisation interieure, de la circulation des idées, en un mot de la liberte polluque... »

Poursuivant, l'auteur met en question la conception de la dictature du prolétariat. - « Un siècle après, l'idée de la dictature du prolétariat doit être réexaminée et reconsidérée par rapport à une société où l'influence et le poids du prolétariat et des travailleurs en général sont devenus déterminants dans la vie publique et où, dans les pays démocratiquement et socialement avancés, l'Etat reflète un rapport des positions de classes en évolution continuelle. En ce qui concerne l'expérience russe, c'est un fait que la Révolution de février aurait disparu sans laisser aucun trace et que la Révolution d'Octobre elle-même n'aurait pas dépassé la phase de la guerre civile et de l'inter-

Les thèses de Khrouchtchev sur le passage au socialisme sont donc acceptées par Nenni. Mais Nenni veut arriver à une conclusion qui l'intéresse davantage: le P.S.I. est plus qualifié que le P. C. italien pour soutenir les « voies nouvelles », parce qu'il a toujours été sur cette ligne « démocratique » et qu'il n'a pas besoin de faire l'effort d'adaptation qu'a dû et que devra faire le P.C. italien. C'est jusqu'à la scission de Livourne qui a donné naissance au P.C. italien (1921) que Nenni est remonte, en rappelant que Il et sa fraction etaient alors sur les mêmes positions qu'aujourd'hui, tandis que Togliatti et les communistes se battaient pour la voie révolutionnaire, qui alors non plus, n'était pas viable pour l'Italie.

Il faut dire que la polémique de Nenni a été beaucoup aidée par la faiblesse extrême des dirigeants du P. C. italien. Aucun d'eux n'a osé qualifier les idées de Nenni pour ce qu'elles sont, à savoir des idées centristes, anti-léninistes; et chacun d'eux a préféré polémiquer sur des questions secondaires. En particulier en ce qui concerne les positions du P.C. italien lors de sa fondation, la revue du Parti au lieu de les défendre a publié un article de vello spano, dans lequel celuci s'efforce grossièrement de les falsifier pour faire oublier qu'il s'agissait de positione rávolutionnaires Ouant i Toolietti tions révolutionnaires. Quant à Togliatti, il a surtout rappelé sa politique « démocratique et constitutionnelle » des dix dernières années, en reprochant au P.S.I. et à Nenni d'avoir été parfois plus « maximalistes » que lui et son parti !

Après la publication de la résolution du C.C. du P.C. de l'Union soviétique du 30 juin, dans laquelle il est mentionne nommément, Togliatti n'a plus repris la parole sur les questions générales et en particulier sur la question de la dégénérescence stalinienne. Quand dans une interview il lui fut demandé ce qu'il pensait des critiques que lui avaient adressées les dirigeants soviétiques, il répondit qu'il n'avait pas lu la résolution dans le texte intégral (cependant ce texte paraissait dans le même numéro de « l'Unita » qui publia aussi cette déclaration de 10gliatti !. Bien que deux mois se soient depuis lors ecoules, Togliatti n'a rien ajouté; faut-il croire qu'il n'a pas encore lu la résolution en question ?

En réalité, les dirigeants du P.C. de l'Union soviétique ont désapprouvé les prises de position de Togliatti sur la « dégénérescence bureaucratique » et sur le système « polycentrique » et ils l'ont déclaré ouvertement à la délégation du

P.C. italien qui se rendit à Moscou. La direction italienne et Togliatti en particulier n'ont pas voulu, au moins jusqu'à maintenant, faire marche arrière, mais en même temps ils n'ont pas osé confirmer leur appréciation. Il est probable qu'on en discute beaucoup dans les milieux dirigeants et qu'on pourra voir plus clair sur leur attitude actuelle quand sera publié le projet de thèses pour le congrès du Parti. Entre temps, de toute façon, la discussion continue dans les organes du parti et c'est une discussion très ample et très intéressante qui n'a rien vention impérialiste sans domptable avec laquelle le s'emparer de capable de pouvoir de l'Etat tsariste, de le remplacer. Mais il la volonté inprolétariat fut l'appareil de de le briser et serait absurde de fermer les yeux devant le fait que la dictature du prolétariat a abouti à la dictature du parti bolchévik, et celle-ci à la dictature personnelle de Staline, c'est-à-dire qu'elle s'est placée au delà des prévisions et de la conception des maîtres du socialisme ».

Le but que se proposait Nenni c'était de démontrer clairement qu'il se désolidarise du stalinisme et de la bureaucratie soviétique et, surtout, qu'il a une conception différente d'un régime socialiste. Bien sûr, il voulait et devait en arriver à la question du passage au socialisme et du caractère démocratique de son parti :

« Dans la polémique sur les « faits honteux » dénoncés par le rapport secret de Khrouchtchev, il y a une indication pour le mouvement ouvrier afin qu'il se pose sans réserve sur le plan de la lutte démocratique et socialiste, sans faire de concessions en ce qui concerne ses finalités et en s'engageant pour que les transformations qui sont nécessaires se réalisent dans la démocratie et avec le consentement... Plus que ce fut jamais le cas dans le passé, nous avons conscience de la responsabilité d'assurer la réalisation et la consolidation du socialisme par le consentement de la majorité du peuple. Plus que jamais, le développement des forces productives et la capacité de la classe ouvrière de représenter elle-même les intérêts nationaux, peuvent assurer un développement croissant, sans heurts violents, sans coercition d'en haut ou d'en bas et dans la plénitude du consentement démocratique. »

Q VATRIEME I N à voir avec la discussion tout à fait limitée qui a précédé le congrès du P.C.F. Dans le prochain numéro de notre revue, nous écrirons largement sur cette question.

Encore une fois, l'attitude du P.S.I. et de Nenni aurait rendu difficile la tâche de Togliatti, même s'il avait prétendu clôre le débat au lendemain de la résolution de juin du P.C. de l'U.R.S.S. En effet, les socialistes ont pris & plusieurs occasions des positions critiques. Par exemple, ils ont attaqué le parti polonais dans rattaire de Poznan. (« I ne faut pas tirer sur les ouvriers »); quand Togliatti répondit d'une façon un peu brutale à un article de critique d'un membre du comité central dans la revue « Rinascita », I « Avanti ! » organe du P.S.I., écrit : « Dans la discussion du P.C. italien, il y a eu une intervention répressive de Togliatti ». Mais surtout Nenni écrivit un autre long article après la résolution du C.C. du P.C. de l'Union soviétique, qu'il a encore une fois critiquée.

Après avoir remarqué que la résolution pourrait être acceptable comme explication, s'il n'y avait pas eu le rapport Khrouchtchev lequel a dénoncé les crimes du stalinisme d'une façon incomparablement plus dramatique que les débats du Congrès, Nenni affirme entre autre •

« C'est justement parce que, comme le dit la résolution, aucun homme, si important soit-il, peut changer la nature d'un régime social et politique, c'est justement pourquoi l'échelle si grande des illégalités et de l'arbitraire implique le système, implique certains des principes sur lesquels ce système a été bâti. »

Revenant sur les thèmes déjà traités, Nenni ajoute :

« A vrai dire, rien dans le parti, rien dans l'Etat, rien dans la société ne peut remplacer la vie démocratique des masses

TERNATIONALE et la liberté du citoyen individuel. La dénonciation du stalinisme n'aurait aucun sens concret si on n'arrivait pas rapidement en U.R.S.S. à la liquidation de toute forme dépassée du communisme de guerre et si on ne résolvait pas les problèmes concernant les garanties de liberté et la vie démocratique des masses. »

Après avoir souligné à nouveau les difficultés qu'aurait rencontrées le P.C. dans son adaptation à la lutte sur le plan démocratique, l'auteur conclut :

« Au delà du 20º Congrès, le problème que le temps et la période de détente posent au mouvement ouvrier est le suivant : comprendre que la perspective, et pas seulement la perspective italienne, n'est pas celle d'une révolution ou d'un régime de type soviétique, dirigé par un parti de type bolchevik. Comprendre que la voie du socialisme en Italie, et pas seulement en Italie, est la lutte démocratique sur tous les plans, dans toutes les directions... En conclusion, en restant dans la démocratie, aussi bien quand on est dans l'opposition que quand on est majorité. »

On n'aura ainsi pas de difficulté à comprendre comment il est devenu possible qu'en Italie se pose le problème de la réunification socialiste. Nenni a fait un bon chemin vers la social-démocratie et il pourrait bien, certaines circonstances T'aidant, faire d'autres pas...

Le côté largement positif de toutes ces affaires, c'est que l'étouffante atmosphère de monolithisme dans le mouvement ouvrier italien est désormais dépassée et qu'on peut assister à un débat sans précédent, dans lequel même les courants révolutionnaires minoritaires pourront avoir une audience beaucoup plus large que par le passé.

1er septembre 1956.

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