Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 14, n° 7-9

Chypre et Suez

Quatrième Internationale, vol. 14, n° 7-9 · septembre 1956 · p. 8-9 · 448 mots

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L'impérialisme britannique n'est pas prêt à mettre fin à la série de ses exploits sanglants perpétrés sur le sol de Chypre. Sa « bravoure » s'exerce avec une sauvagerie accrue contre une population minuscule, luttant avec un courage et une ténacité admirables pour son indépendance nationale.

Arrestations en masse, emprisonnements, tortures, pendaisons, fermeture des écoles, amendes collectives, ete., toute une cascade de mesures de répression s'abat sur la majorité grecque de la population cypriote pour briser sa résistance. Mais ce résultat se fait toujours attendre. 8

La trêve de l'Eoka, décrétée au moment où débutait la crise de Suez, fut une tentative de la part du gouvernement gree et de ses agents au sein de la direction de cette organisation, pour arriver à un compromis « honorable » avec Londres.

Le gouvernement pro-atlantique grec, exposé à la pression des masses grecques et aux attaques de l'opposition, ne serait pas mécontent de voir la fin de la résistance dans l'ile, mais à des conditions où il sauverait la face. Il espérait que Londres, aux prises avec des difficultés beaucoup plus graves en Egypte, serait disposé à octroyer un régime d'autogouvernement Pile, accompagné d'une promesse d'indépendance totale pour plus tard.

A ce prix, la direction de l'Eoka aurait déposé les armes. C'était le sens de la trêve décrêtée par « Digenis », alias colonel Grivas, dirigeant de cette organisation et agent du gouvernement gree. Malheureusement pour ce dernier, la crise de Suez, loin d'amener Londres à composition, a au contraire augmenté l'intérêt stratégique de l'ile et renvoyé littéralement aux calendes greeques toute discussion possible sur son autonomie ou son indépendance.

D'où le rejet par les Anglais du geste conciliateur de l'Eoka. En publiant d'autre part les soi-disant « carnets du colonel Grivas » qui mettent en cause l'archevêque Makarios, « véritable chef de l'Eoka », les perfides dirigeants impérialistes coupent court à toute transaction éventuelle dans l'immédiat sur le statut de l'ile.

Aussi la guérilla a-t-elle repris de plus belle, et ce malgré l'occupation conjointe actuelle de l'ile par les unités anglaises et françaises, braquant de là leurs armes sur Nasser afin de l'amener à capituler.

La leçon de ces derniers développements doit être claire pour les masses cypriotes : seule la continuation de leur lutte, l'impérialisme britannique à reconsidérer le statut de file. Mais d'autre part, aussi compris par l'action individuelle, peut obliger longtemps que la direction de l'Eoka se trouve aux mains des agents du gouvernement pro-atlantique grec, la trahison de leur lutte reste possible.

Seule une direction prolétarienne luttant pour l'autogouvernement ouvrier et paysan cypriote dans le cadre d'une union fédérative avec la Grèce assurera la défense des véritables intérêts de ces masses.

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