RENAISSANCE DE L'ETAT BOURGE a) La contre-révolution économique. Le 7 janvier, dissolution des comités ouvriers assurant l'approvisionnement, ce qui entraine l'augmentation des prix, les cartes de rationnement, la spéculation.
A la campagne, les exploitations collectives sont démantelées par le ministre de l'Agriculture, le stalinien Uribe, qui rend les -terres aux propriétaires en les nommant co-administrateurs. b) La censure. Une censure systématique est instaurée contre la C.N.T., la F.A.I., le P.O.U.M. Meetings interdits, amendes, suspension des journaux, etc.
c) La police. Les forces de police sont reconstituees, la garde civile sous le nom de garde nationale républicaine, les carabiniers au nombre de 40.000. Il est interdit aux membres de la police d'appartenir à
Le mécontentement considérable dans les rangs de la C.N.T. et de la F.A.I. obligea les ministres C.N.T. à quitter le gouvernement catalan le 27 mars 1937; mais, après diverses tractations, ils revinrent le 16 avril en donnant tout leur appui à Companys. Les masses n'étaient pas satisfaites, l'inflation et l'ascension vertigineuse des prix constituaient leurs problèmes essentiels. Significative de leur état d'esprit est la montée du groupe « les amis de Durruti » qui rejetait la collaboration avec la bourgeoisie et les réformistes.
La réponse du P.O.U.M. à la contrela contrerévolution fut aussi bien médiocre. Il réclama la constitution d'un gouvernement formé par les représentants de toutes les organisations politiques et syndicales
LES JOURNEES DE
Le prolétariat catalan s'inquiétait des empiètements contre-révolutionnaires du gouvernement. L'assassinat d'un leader du P.S.U.C., le 25 avril, dont on ne connut jamais l'auteur servit de prétexte à une répression violente contre les anarchistes qui dénoncèrent le crime et proposérent une commission d'enquête. Le 28, des leaders anarchistes furent arrêtés, des groupes d'ouvriers désarmés. Les premières barricades s'élevèrent dans les faubourgs de Barcelone. Le 3 mai, à 3 heures de l'après-midi, des gardes d'assaut dirigés par Salas, membre
I Partie, dans e Quatrième Internationale », juin 1950. juin 1956.
OIS (SEPTEMBRE 1936-AVRIL 1937) NIC ICCDTEMADDE 1024 AVRII 1937) un parti politique, à un syndicat, d'assister à un meeting ouvrier.
d) Liquidation des milices. Le mot d'ordre des staliniens était : « Pas de discussion, pas de politique dans l'armée ». En septembre-octobre, furent pris les décrets de militarisation et de mobilisation sur le mode bourgeois. e) Désarmement des travailleurs à l'arrière. En diverses étapes, les travailleurs durent rendre toutes les armes. L'ordre du 12 mars fut appliqué le 17 avril à la Catalogne.
f) Méthodes extra-légales de répression : la Guépéou espagnole. Une organisation illégale faite d'ex-fascistes, de gangsters, de sadiques fut constituée en Guépéou espagnole, qui arrêtait les ouvriers et les envoyait dans des prisons secrètes. de la classe ouvrière. Ce gouvernement devait convoquer un congrès des délégués des syndicats, des paysans et combattants, et ce congrès devait élire à son tour un gouvernement permanent.
Tout le P.O.U.M. ne suivait pas l'orientation de la direction Nin. Des tendances à Madrid, à Barcelone réclamaient la constitution de soviets là où le P.O.U.M. contrôlait le mouvement ouvrier. Mais la direction s'y opposa en invoquant la tradition espagnole en opposition à la tradition russe; elle mena également une lutte bureaucratique contre ces tendances.
Soudain le mécontentement des masses éclata. Nous en venons à un épisode des plus essentiels de la révolution espagnole, qui ouvrit un nouveau cours a celle-ci, lequel devait aboutir à la défaite. MAI A BARCELONE du P.S.U.C., essaient d'occuper le Central téléphonique que les ouvriers de Barcelone avaient conquis sur les fascistes le 19 juillet et qui fonctionnait depuis sous le contrôle d'un comité C.N.T.-U.G.T. Cette tentative déclenche la riposte du prolétariat. A 5 heures, les ouvriers se sont armés, ont bati des barricades, ont occupé une grande partie de la ville.
La prise du pouvoir était incontestablement possible. Le 4 mai au matin, les ouvriers sur les barricades de Barcelone se sentaient les maitres. Du côté gouvernemental, il n'y avait qu'une partie de la police et les gardes armés du P.S.U.C. Tout ce que les ouvriers attendaient, c'était une coordination de leur action.
LA CONTRE-REVOLUTION ET LES MASSES
LA CONTRE-REVOLUTION ET LES MASSES
Q UAT R E ME Mais au centre C.N.T., les dirigeants ordonnèrent de quitter les barricades. Le jeudi 6, le P.O.U.M. donna le même ordre. Les « amis de Durruti » qui appelaient les ouvriers de la C.N.T. à rejeter les ordres de désertion de leurs chefs furent dénoncés comme des agents provocateurs par le Comité régional de la C.N.T.
Après des négociations avec le gouvernement, le jeudi à 3 heures, le centre C.N.T. ordonna à ses gardes d'évacuer le Central téléphonique. Le gouvernement qui avait promis de retirer ses troupes fit
La défaite du prolétariat catalan marqua une nouvelle étape dans l'avance de la contre-révolution.
Au lendemain de ces journées, les staliniens présentèrent au gouvernement de Valence un projet de loi dont le premier article comportait l'interdiction totale du P.O.U.M., car celui-ci, malgré sa politique vacillante, avait dans ses rangs beaucoup de révolutionnaires combattant pour les intérêts du prolétariat.
Largo Caballero refusa, ne voulant pré-
Le nouveau gouvernement fut baptisé par la Pasionaria de « gouvernement de la victoire ». Victoire de qui ?
Le gouvernement Negrin commença par déchaîner une répression forcenée à gauche, sous la direction du ministre de la Justice, le catholique basque Manuel Irujo. Les tribunaux furent épurés des éléments de gauche introduits après le 19 juillet 1936. Des tribunaux spéciaux furent établis, pouvant juger en secret des « actes séditieux ». Le 29 juillet 1937, on annonça des procès contre dix membres du Comité Exécutif du P.O.U.M. Le 7 août, Solidaridad Obrera, organe de la C.N.T., fut suspendue pour 5 jours.
La police fut également épurée des éléments d'origine ouvrière incorporés après juillet 1936.
Dans les syndicats, une coalition des socialistes de la tendance Prieto et des staliniens déclara que le Comité Exécutif de l'U.G.T., qui se trouvait sous la direction de Caballero, était dissous et constitua un nouvel Exécutif qui fut soutenu ouvertement par le gouvernement et la presse.
Sur le plan des campagnes, le ministre stalinien Uribe intensifia les mesures pour disloquer les entreprises collectives existantes et les éléments réactionnaires revinrent au grand jour.
LA CONQUETE DE
Plus que contre les troupes de Franco, c'est contre deux provinces, la Catalogne et l'Aragon, que se dirigea l'activité du « gouvernement de la victoire », car là se trouvaient les forces révolutionnaires prolétariennes, jugées « incontrôlables » 42
ERNATIONALE aussitôt occuper le bâtiment. Les gardes du P.S.U.C. et la police commencèrent aussitôt la répression. Partout les gardes d'assaut occupaient les bâtiments anarchistes, arrêtaient des militants. On retrouva le corps de l'anarchiste italien Camillo Berneri assassiné. Le centre C.N.T. ne savait qu'envoyer des délégations au gouvernement. Des gardes venus de Valence saisirent, le 7, la presse et les dirigeants des « amis de Durruti ». Des arrestations de masses commencèrent. Les patrouilles ouvrières furent dissoutes. sider à la répression d'organisations ouvrières, déclarant que le mouvement de Barcelone n'avait pas été un mouvement contre-révolutionnaire. Avec les staliniens, se solidarisèrent le socialiste Prieto et les ministres bourgeois. Le 15 mai, le gouvernement s'effondra. Le président Azana désigna le socialiste Negrin pour former un nouveau gouvernement composé des socialistes de la tendance Prieto, des bourgeois et des staliniens.
Sur le plan des usines, le contrôle ouvrier établi en 1936 fut réduit au contrôle des conditions de travail et à la stimulation de la production. Le service d'achat du Ministère de la Défense annonça qu'il ne passerait plus de commandes qu'avec les entreprises fonctionnant « sur la base de leurs anciens propriétaires » ou « sous une intervention correspondante contrôlée par le Ministère des Finances et de l'Economie ».
Toute cette politique réactionnaire fut illustrée par la tenue d'une session des Cortès le 1°r octobre 1937, après un long retard. A cette session, Caballero n'était pas présent. Par contre, on y vit, pour la première fois depuis juillet 1936, des députés réactionnaires. Parmi ceux-ci figurait notamment Miguel Maura, chef des républicains d'extrême-droite, ministre de l'Intérieur du premier gouvernement républicain après la chute de la monarchie, ennemi des syndicats, qui avait appliqué la « loi de fuite », grâce à laquelle la police pouvait fusiller les prisonniers politiques sous prétexte qu'ils tentaient de s'enfuir. Il avait aussi Portela Valladares, l'ex-gouverneur général de la Catalogne, qui avait supprimé l'autonomie de la Catalogne en octobre 1934. LA CATALOGNE par ceux qui donnaient comme objectif social le maintien de la démocratie bourgeoise et qui prétendaient qu'il ne pouvait être question d'une lutte pour un régime socialiste.
Le 28 mai 1937, la Batalla, organe du
LE RENVOI DE LARGO CABALLERO
LE « GOUVERNEMENT DE LA VICTOIRE »
INT
LE RENVOI DE LARGO CABALLERO
LE « GOUVERNEMENT DE LA VICTOIRE »
P.O.U.M., fut interdit, - la radio du P.O.U.M. confisquée. De même, les « amis de Durruti » furent mis hors-la-loi.
Le 16 juin, Nin fut arrêté dans son bureau, ainsi que presque tous les membres du Comité Exécutif du P.O.U.M. Le lendemain, le P.O.U.M. fut interdit.
Puis la répression s'exerça contre les anarchistes. Selon les chiffres mêmes de la C.N.T. a Tepoque, en juillet 1937, 800 de ses membres à Barcelone seulement étaient en prison et 60 avaient « disparus ».
En juillet, commencèrent à circuler des bruits sur l'assassinat de Nin. Le ministre de la Justice, Irujo, déclara que Nin était
LA CONQUETE
Les anarchistes disposaient de la majorité dans le Conseil de la province d'Aragon. Ce fut la région où les progrès sociaux furent le plus poussés.
Le 11 août, le gouvernement Negrin décréta la dissolution du Conseil l'Aragon. Un gouverneur général fut
LA LUTTE
Il faudrait toute une étude particulière pour traiter de la lutte militaire, dans laquelle les ouvriers et les paysans espagnols, et les volontaires des brigades internationales firent preuve d'un héroïsme devenu légendaire. Mais, malgré cet héroïsme, en dehors de quelques épisodes, d'une façon générale, après que les fronts furent établis, nous assisterons à une succession de reculs, d'échecs de la part des Républicains. L'aide matérielle que Franco reçut des gouvernements allemand et italien, tandis que les Républicains furent ligotés par la politique de « non-intervention » du gouvernement de Front populaire de France et du gouvernement anglais et qui ne reçurent du gouvernement soviétique qu'une aide insuffisante et payée à prix d'or, est une cause importante dans ce déroulement de la situation. Mais ce ne fut pas la cause principale. Si la guerre est effectivement la continuation de la politique par d'autres moyens, on ne peut détacher les opérations militaires des objectifs poursuivis.
Le but des Républicains était purement défensif : il fallait défendre la démocratie bourgeoise contre le fascisme. Or celle-ci était impuissante devant le fascisme et seule la lutte pour le socialisme aurait constitué l'objectif susceptible d'enflammer toutes les masses, et notamment de susciter dans la population qui se trouvait sous le contrôle de Franco une volonté de combat irrésistible, de démoraliser les troupes de Franco, et d'inspirer une confiance absolue dans la masse de la population qui n'avait aucune raison de s'enthousiasmer pour une lutte qui ne changerait pas l'ordre de choses établi.
Voici quelques épisodes importants de la lutte militaire.
« manquant ». On apprit bientôt qu'il avait été kidnappé dans une prison de Madrid par « une bande de gens armés ». Le Guépéou avait fait son œuvre.
Le 18 août, le Parlement catalan s'ouvrit. Des incidents se produisirent entre le président Companys et les staliniens qui ne pouvaient tolérer qu'il ait vacillé dans la répression contre le P.O.U.M. et qu'il se maintienne sur une position autonomiste catalane. En octobre, Companys démissionna. Tout ce qui pouvait subsister d'autonomie de la Catalogne était anéanti. Le gouvernement de Valence avait eu la « victoire » dans cette province. DE L'ARAGON nommé, ayant les pouvoirs des gouverneurs civils. Des conseils municipaux furent dissous. Des fermes collectives furent divisées. Les arrestations de militants anarchistes se multipliérent. En octobre 1937, le gouvernement de Valence exerçait un contrôle total sur l'Aragon. MILITAIRE
Dans les sept premières semaines qui suivirent le coup d'Etat de Franco, les milices catalanes libérèrent l'Aragon, des navires de guerre républicains attaquerent les transports de troupes effectués par Franco du Maroc espagnol en Espagne. Mais les travailleurs furent sévèrement battus à Badajoz et à Irun. Dans cette dernière ville, une des raisons de l'arrêt de munitions envoyées de Catalogne, arrêt effectué par les chemins de fer français sur les instructions du gouvernement français.
Rien ne fut sérieusement fait pour gêner Franco dans sa base même, c'est-àdire au Maroc. Ni politiquement, comme il était possible de le faire aisément en proclamant l'indépendance du Maroc espagnol. Ni militairement, en utilisant la flotte. La raison en était qu'il ne fallait rien faire pour embarrasser les Britanniques et les Français. Au contraire, dans une note confidentielle du 9 février 1937 remise par le ministre des Affaires étrangères, del Vayo, à ceux-ci, il y avait les deux points suivants:
« Se proposant de baser sa politique européenne sur une collaboration active avec la Grande-Bretagne et la France, le gouvernement espagnol propose la modification de la situation africaine.
« Désirant une fin rapide de la guerre civile qui est maintenant susceptible de se prolonger par suite de l'aide allemande et italienne, le gouvernement est disposé à faire certains sacrifices dans la zone espagnole du Maroc, si les gouvernements britannique et français prenaient des mesures pour empêcher l'intervention italo-allemande dans les affaires espagnoles. »
Les anarchistes demandèrent tout d'abord que la victoire en Aragon fut exploitée pour engager une offensive en direction de Huesca et de Saragosse. La prise de cette dernière ville, qui avait un fort mouvement ouvrier à direction anarchiste, aurait pu avoir un effet décisif sur les armées de Franco du front basque et sur celle se dirigeant sur Madrid. Mais le gouvernement ne voulait pas favoriser politiquement les anarchistes. Le front d'Aragon ne reçut pas l'armement lourd nécessaire à une telle opération. Au contraire, une importante partie des milices anarchistes, dirigées par Garcia Oliver et Durruti, furent expédiées du côté de Madrid.
Après la Catalogne, le Pays basque avec Bilbao, ses mines de fer et de charbon, était le plus important centre industriel de l'Espagne. Le gouvernement basque était contrôlé par les capitalistes de cette région qui, leurs intérêts étant orientés du côté de l'Angleterre, étaient hostiles à Franco, mais ne voulaient cependant pas sacrifier leurs usines aux travailleurs. Aussi, quand les fascistes avancèrent sur San Sebastian, les milices de la C.N.T. voulaient mener un combat à mort, allant jusqu'à détruire l'équipement industriel, mais la bourgeoisie basque préféra utiliser ses gardes pour assurer l'évacuation sans combat de cette ville. On était en septembre 1936. En décembre, le gouvernement basque s'efforçait encore de mener des négociations en vue d'un armistice.
Ainsi, dans les premiers mois de la guerre, pour des raisons politiques, pour des raisons de classe, aucune exploitation ne fut faite des victoires des travailleurs. Et c'est ainsi que Madrid devint le front principal, de par l'initiative de Franco.
C'est en octobre 1936 qu'il commença à organiser ses forces en vue de s'emparer de la capitale espagnole. Il commença par . le faire précipitamment au moyen d'une
TERNATIONALE attaque frontale qui fut repoussée, ce qui donna aux Républicains le temps de préparer la défense.
Dans cette période, en mars 1937, les troupes républicaines battirent les troupes envoyées par Mussolini à Guadalajara, mais, faute de réserves et de matériel, cette victoire ne put être complètement exploitée.
Avec le gouvernement Negrin, toutes les caractéristiques d'une armée bourgeoise s'accentuèrent. Ainsi, la solde des miliciens était réduite de 10 à 7 pesetas par jour, tandis que celle des officiers était augmentée.
Le front d'Aragon fut l'objet de manœuvres et d'épurations. Aussi le résultat en fut l'échec d'une attaque contre Huesca.
Tandis que la bataille de Madrid avait commencé, le front basque, pour les raisons indiquées plus haut, resta inactif jusqu'en mai 1937 et, alors. ce fut aussi Franco qui prit l'initiative des opérations. Et, comme dans le cas de San Sebastian, Bilbao au lieu de procéder à une défense du type de Madrid fut abandonnée le • 19 juin. Plus encore, les fascistes maintenus comme otages furent libérés et envoyés au-devant des troupes de Franco comme manifestation de bonne volonté! La presse de la C.N.T. et de l'U.G.T. fut censurée pour qu'elle ne puisse faire connaitre ce scandale, cette trahison.
Les milices des Asturies et de Santander luttèrent dans les Asturies à la suite de la chute de Bilbao. Ce fut une lutte héroïque, dans laquelle toute ville, tout Village, tout pouce de terrain fut défendu avec acharnement. Mais ces forces groupant environ 140.000 hommes devaient connaître une nouvelle trahison à Gijon qui, dans des conditions analogues à celles de Bilbao, se rendit le 21 octobre.