Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 14, n° 4-6

Pour un bilan sur la question de l'U.R.S.S. et du stalinisme

Pierre Frank · Quatrième Internationale, vol. 14, n° 4-6 · juin 1956 · p. 27-38 · 10 010 mots

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A cette question, les historiens bourgeois répondent généralement par la négative. Montrant les très nombreux facteurs qui interviennent effectivement dans le développement des sociétés humaines, ils prétendent qu'il est impossible d'en dégager des lois générales. Plus s'accentue le déclin du capitalisme, et plus ils repoussent la conception marxiste expliquant le développement de l'humanité en fonction du développement des forces producfives.

Mais, depuis la Révolution russe et surtout durant le développement du stalinisme, la conception de Marx a été mise en cause -pas toujours ouvertement par des gens qui se prétendaient des disciples de Marx. La révolution socialiste ne pouvait commencer dans un pays arriéré, dans un pays agricole ; il fallait d'abord que le capitalisme y développe les forces productives. Les libertés y étaient restreintes et non étendues. Puis s'instaurait un régime totalement inconnu soumettant toute la société, y compris le prolétariat, à une dictature féroce. Toutes les normes d'une société socialiste envisagées par Marx et les marxistes étaient ignorées. Conclusion : le prolétariat n'avait pas rempli sa mission, ou bien avait été berné par une couche sociale nouvelle, s'emparant de la direction de la société, de l'Etat ef de l'économie...

Ainsi la conception de Marx qui expliquait la marche de la société jusqu'à l'apparition du capitalisme et son développement, nécessitait des modifications quant à la disparition de cette société capitaliste. Le schéma du

Manifeste communiste, du Capital... n'était pas totalement valable pour l'avenir. Sur le plan théorique, les attaques se portaient contre les idées développées sur l'U.R.S.S. et le stalinisme par Trotsky. Nombre des attaquants prétendaient ne mettre en cause que le schéma de Marx non sa méthode; mais ils introduisaient dans leur raisonnement des arguments niant le déterminisme historique.

En disant que la société capitaliste ne doit pas nécessairement aboutir à la société socialiste, qu'elle pouvait donner naissance dans des conditions de faiblesse du prolétariat à une société de type « bureaucratique », à laquelle ils donnaient un nom de baptême différent (collectivisme bureaucratique, pour les uns ; capitalisme d'Etaf, pour d'autres), ils niaient ce que Marx avait établi comme loi fondamentale de l'histoire : à chaque mode de production correspond un système social donné. Selon eux, pour un même mode de production (collectivisé), il y aurait deux sociétés possibles, l'une socialiste, l'autre « bureaucratique »; ce qui jouerait en l'occurrence comme cause déterminante en faveur de l'une ou de l'autre, ce serait la capacité politique du prolétariat par rapport aux capacités politiques d'un appareil d'Etat. Dans ce raisonnement, on sort du déterminisme historique et on pénètre dans une conception subjectiviste de l'histoire, l'esprit d'une couche sociale déterminant la nature de la société.

Poursuivant leur raisonnement, ces mêmes gens voyaient la bureaucratie moscovite fabriquer et imposer, par sa volonté principalement, indépendamment des conditions objecfives, des Etats bureaucratiques dans monde et fabriquer artificiellement, en dehors des exigences de la production sociale, des couches bureaucratiques dans les pays capitalistes.

Ainsi le schéma de Marx ne valait plus pour l'avenir, l'esprit et les capacités des bureaucrates, des organisateurs, pouvant s'avérer plus puissants que les bases objectives de la société : le mode de production et les classes sociales résultant de ce mode de production.

Ceux qui tenaient de tels raisonnements étaient impressionnés par un aspect de la société soviétique, la dictature policière étendue à toutes les manifestations de la superstructure. S'ils n'avaient pas été obnubilés par ce seul aspect et s'ils avaient été objectifs, ils auraient - se revendiquant de Marx -aperçu une contradiction extraordinaire de la société soviétique du temps de Staline, la contradiction entre l'infrastructure économique en développement, en bouleversement incessants et la superstructure figée, enfermée dans le plus étroit carcan policier.

Faire une telle observation, c'était faire un pas vers le trotskysme. Très tôt, Trotsky avait souligné que le danger bureaucratique dans l'Etat ouvrier ne pouvait être conjuré seulement par des moyens purement politiques ; c'est précisément pourquoi il fut le premier

INTERNATIONAL à proposer un plan d'industrialisation (« Cours Nouveau », 1923), et c'est aussi lui qui souligna que les progrès économiques de l'U.R. S.S. ne s'accommoderaient pas du régime bureaucratique (« La Révolution trahie », 1936).

Divers facteurs, notamment la guerre mondiale, ont contribué à donner une certaine longévité au pouvoir bureaucratique. Mais il est maintenant clair que, quelques années après cette guerre, l'économie ayant réparé les plaies les plus importantes et repris sa marche en avant, la société soviétique cherchait à se débarrasser du carcan bureaucratique. Nous, trotskystes, avions été les seuls à le dire dans les années qui suivirent la guerre. Là où d'autres voyaient renforcement du stalinisme, nous disions: l'expansion de celui-ci comporte des facteurs de sa destruction, le stalinisme est un phénomène incompatible 1111 avec l'expansion des nouvelles formes de propriété. L'affaire yougoslave apporta la première vérification de nos vues. Puis vinrent les travaux du 19° Congrès du P.C. soviétique (1952) et le dernier article de Staline qui mirent en lumière l'existence de forces nouvelles opposées au régime stalinien. Staline n'avait songé qu'aux moyens de terreur policière pour faire face à la situation nouvelle. Ses successeurs, comprenant l'inanité et le danger de telles mesures pour la défense du pouvoir bureaucratique, se sont engagés sur une voie de concessions, espérant établir un équilibre nouveau des rapports sociaux en U. R. S. S.

Après les années du plus rigide carcan policier, la « déstalinisation » s'opère de façon vertigineuse.

Magnifique vérification du marxisme et de l'application qu'en avait faite Trotsky à la nouvelle société issue de la Révolution d'Octobre, à cette phase stalinienne qui se montra si déroutante ! Les débuts de la construction du monde socialiste ont eu des formes beaucoup plus complexes et tourmentées que Marx ne le prévoyait quand il écrivit que la nouvelle société porterait, en naissant, les stigmates du monde capitaliste. Qui aurait pu penser qu'elle aurait eu des aspects si douloureux et si odieux ? Aujourd'hui, il ne peut plus faire de doute que le régime bureaucratique n'est qu'une forme politique dont la société soviétique aspire à se débarrasser et non le prototype d'une nouvelle société d'exploitation. L'expérience n'est pas encore terminée, mais la tendance de son développement ne fait plus de doute. Le renversement du régime capitaliste a pu conduire à un régime politique réactionnaire sur la base de la propriété collective ; ce renversement n'ouvre pas la porte à une indétermination historique, il conduit à la société socialiste.

Il n'y a malheureusement pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Les champions de la théorie du « collectivisme bureaucratique », les shachtmanistes, ne peuvent nier les changements en U. R. S. S., mais il ne leur vient pas un instant à l'idée que. leur. 28 théorie en a pris un coup sérieux. Seul, un de leur correspondant, Rudzienski, a émis l'opinion que la lutte de Trotsky se trouvait peutêtre justifiée théoriquement et politiquement. Pour tous les autres rédacteurs de Labor Action, ce qui se passe n'est qu'un épisode dans le systême du « collectivisme bureaucratique ». Le système se débarrasse de certains excès... mais pour les recommencer à une étape ultérieure.

Dans un discours prononcé le 13 avril et résumé en deux pages de « Labor Action » Shahtman consacre deux courts paragraphes pour dire qu'il y a maintenant une énorme industrie en U.R.S.S., qu'il y a un prolétariat de près de 50 millions d'hommes, mais il n'en fire guère de conclusions pour expliquer la situation présente. Vous pensez qu'il y a des changements en U.R.S.S. ?

* Une des choses les plus frappantes, c'est la trivialité des concessions qui ont été déjà faites aux masses ».

L'essentiel de ce discours, occupant plus de la moitié du compte-rendu, c'est que toute la lutte contre le « culte de la personnalité » n'est qu'un épisode avant le rétablissement d'un autre arbitre :

« Et maintenant tout sera réglé : il y aura quelques rajustements personnels - ils metfront Pierre à la place d'ivan, Ivan à la place de Pierre, ils remplaceront quelques hommes de Beria et quelques hommes de Staline et réhabiliteront ici et là les noms de quelques morts - pas trop - et ainsi se trouvera établi le terrain pour la restauration de la vieille dictature.

« Ils commenceront d'abord avec les 200 « démocrates » ... les réduisant rapidement à 11, puis à 7, puis à 5, et puis à 3, puis à un, parce qu'il n'y a pas d'autre voie, pas d'autre.

« La nature même du régime fait de la question de la succession le problème le plus vital pour la classe dirigeante en Russie...

« Mais certains disent qu'il y a eu un progrès; Khrouchtchev n'a pas tué Malenkov... Ils ne comprennent pas : on ne commence et on ne peut pas commencer ainsi - c'est par cela qu'ils doivent finir et ils ne peuvent commencer ainsi...

« Staline apparut publiquement la première fois comme un ange... et il dit: «. Camarades, il est temps d'en finir avec la direction au moyen d'individus ! ». Reprenez les vieux livres et vous y trouverez les discours de Khrouchtchev, des discours sur la direction collective grands comme des maisons... »

Ainsi, ce qui se passe pour ces prétendus connaisseurs, c'est un simple interlude entre deux dictatures. La nouvelle société qu'ils ont découverte n'évolue pas en fonction du développement de ses forces productives. Elle a des traits bien établis, dont la dictature d'un chef. Quand l'un disparait, les jeux sonf ou-

Les dirigeants du P.O.U.M. donnent une explication fort correcte des événements en U.R.S.S.

Q AT R EME

* Les événements sensationnels... ne correspondent pas... à une nouvelle « phase libérale » octroyée gracieusement par les successeurs de Staline pour qui les méthodes terroristes du maître commençaient à devenir insupportables. lis expriment... les changements profonds qui sont survenus dans la situation intérieure russe et dans le domaine international, Ils sont le résultat de l'incompatibilité entre le développement des forces productives et créatrices et la dictature bureaucratique... La liquidation de l'immense imposture stalinienne a commencé et, avec elle, la lutte pour la démocratie socialiste en U.R.S.S. » (La Batalla, 7 mai 1956).

Fort bien, mais que reste-t-il, camarades du

II. - ANACHRONISME

La « déstalinisation » provoque un désarroi parmi les thuriféraires de Staline. L'attitude des dirigeants des P. C. ne soulève aucun problème théorique ; ces champions de la-ligne-toujours-juste n'ont qu'un objectif : conserver le contrôle de leurs organisations. La ligne a été et reste toujours juste... puisqu'ils y ajoutent, inspirée de Moscou, l'autocritique qui arrive au besoin avec 20 ou 30 ans de retard. Il suffit d'avoir la patience de l'attendre pour ne pas passer pour un diversionniste.

Des gens qui n'ont pas ou n'ont plus les responsabilités de dirigeants de parti viennent dire que Staline a rempli un rôle progressif, mais que, ses méthodes, son régime étaient devenus anachroniques. Cette thèse est sous-jacente dans le livre de P. Hervé « La révolution et les fétiches ». Elle est exprimée d'une manière rudimentaire par Lecœur qui, la transposant au P. C. français, déclare que Thorez a rempli un rôle progressif dans le passé, mais qu'il ne s'adapte pas à une situation nouvelle.

Lecœur n'apporte guère que des affirmations erronées à sa thèse :

* La tentative de vouloir opposer Lenine à Staline est un peu grossière. Staline fut le plus pur produit du leninisme. De tous il fut le plus capable à comprendre Lenine, à l'enseigner et à l'appliquer. D'ailleurs c'est du vivant de Lenine et sur les instances de

Lenine que Staline fut désigné au poste le plus responsable du Parti, au secrétariat général. »

« Staline a admirablement fait fructifier l'héritage de Lenine... Il a de plus fécondé l'Europe et une partie du monde avec les idées leninistes... Sans les méthodes staliniennes, il y a de grandes chances que n'existerait pas le système économique et politique des Démocraties populaires. »

Lecœur prend encore comme source de vé.

rité « l'Histoire du P. C. (b) » et tout ce qu'il a appris à l'école stalinienne jusqu'au jour où il s'est brouillé avec Thorez. Il ne fient même pas compte des rectifications par-

P.O.U.M., de votre théorie du « capitalisme d'Etat » dans tout cela ?

Pour mémoire, il n'est pas inutile de rappeler que, pendant tout le temps où les domestiques du Kremlin dénonçaient la Yougoslavie comme un « Etat fasciste », les leaders yougoslaves, Kardeli en tête, se lancèrent dans une démonstration de ['U.R.S.S. « capitalisme d'Etat », bien plus pernicieux que les impérialismes du type Etats-Unis. On ne peut espérer une autocritique de la part des dirigeants yougoslaves en cette matière, car peur eux .. comme pour tous ceux qui ont été élevés à l'école de Staline, la théorie était la bonne à tout faire de la direction opportuniste. OU TARE SOCIALE ? tielles apportées au 20° congrès et depuis. L'ignorance n'est pas un argument. Mais l'ignorance lui permet d'attribuer à Staline le développement et les succès de I'U.R.S.S. Touf en connaissant les faits, Sartre également frappé par le résultat global n'écrivaitil pas encore récemment que la Révolution russe fut sauvée le jour où elle fut prise dans les « fortes mains » de Staline ? Les progrès de la société soviétique ont-ils été le produit de la politique de Staline ? Ne pouvaient-ils être atteints que par ce régime ? A-t-il été une nécessité historique ef est-il devenu aujourd'hui anachronique ?

Les successeurs de Staline qui devraient être parmi les plus directement intéressés à défendre la politique passée - à laquelle ils ont été associés corps et âme - ne recourent cependant pas à la thèse de « l'anachronisme » et condamnent de plus en plus le régime de Staline comme ayant été « néfaste au pays et au parti ».

Attribuer le développement de l'U.R.S.S. à Staline est le jugement de ceux qui ne comprennent que le fait brut et sont incapables de se livrer à une analyse marxiste. La bureaucratie a dirigé à partir de 1923 Etat soviétique, mais elle l'a fait à un prix très élevé, beaucoup plus élevé que ne l'aurait fait une gestion prolétarienne. Les successeurs de

Staline sont actuellement en train de présenter le débit de la gesfion de Staline; ils le font par bribes, sans franchise, et en laissant de côté l'essentiel, c'est-à-dire tout ce qui aujourd'hui encore porterait atteinte au régime bureaucratique. Chaque jour ils en disent un peu plus, ef cela est déjà très considérable. Le développement économique de

I'U.R.S.S. ne nécessitait pas la terreur, les mensonges, l'extermination de millions d'hommes; ces méthodes ont laissé des lacunes et des déséquilibres énormes dans l'économie soviétique.

En outre, il n'y a pas que tout le côté négatif de la gestion de l'Union soviétique dans la politique de Staline (suppression de la démocratie, terreur policière, violences contre la paysannerie...); il faut y ajouter sa politique dans le mouvement ouvrier international. La transformation des P. C. en instruments de la diplomatie du Kremlin, les abandons et les trahisons des luttes révolutionnaires dans un grand nombre de pays, sont à inscrire au passif du pouvoir bureaucratique.

Il n'est pas vrai que la nécessité d'industrialiser l'U.R.S.S. devait être payée de tant

La question russe qui avait opposé les trotskystes à de nombreux groupes qui refusaient de voir dans I'U.R.S.S. un Etat ouvrier provoqua en 1953 une crise dans la IV° Internationale. La direction du SWP des EtatsUnis se posa en champion du « trotskysme orthodoxe » et brandit le drapeau de la scission contre la direction de l'Internationale. Elle dénonçait de la façon la plus vive le projet de document « Montée et déclin du stalinisme » soumis par le Secrétariat International de la IV Internationale à la discussion préparatoire au 4' Congrès Mondial. Elle le fit dans un document intitulé « Contre le révisionnisme pabliste » publié dans « Fourth International ». Citons un copieux extrait de ce qu'écrivaient contre nous les dirigeants du SWP :

« Le projet de résolution du S. l. de la IV° Internationale « Montée et déclin du stalinisme » a pour objet de mettre à jour l'estimation trotskyste de l'Union soviétique, de la bureaucratie du Kremlin et du mouvement stalinien mondial, particulièrement à la lumière des événements qui ont suivi la mort de Staline. Toutefois, sa méthode d'analyse présente de façon erronée l'état réel des choses et conduit à des conclusions politiques qui divergent des opinions, trotskystes traditionnelles...

La résolution entreprend de le faire en rapport avec le stalinisme et fire des conclusions extrêmement osées. Résumons-les:

Les conditions fondamentales, historiques, nationales et internationales pour le stalinisme ont disparu. Il est entré irrévocablement dans sa période de déclin.

1. La dynamique du rapport de forces mondial évoluant favorablement pour la révolution a maintenant atteint l'Union soviétique, minant les positions de la bureaucratie, dérangeant sa stabilité et propulsant déjà la désintégration du stalinisme dans un nombre de voies imprévues.

2. « Les fondations objectives de la dicta ture sont entrées dans un processus de disparition rapide ». Le rapport des forces entre la bureaucratie bonapartiste et les masses se déplace en faveur de celles-ci. Les pressions exercées par ces conditions changeantes et par les revendications des masses déterminent de plus en plus le cours et la politique du Kremlin.

3. Le régime post-stalinien n'est plus capable de gouverner comme autrefois; il est 30

TERNATIONA E de sacrifices des masses soviétiques et de tant de défaites ouvrières dans le monde. Le pouvoir bureaucratique, le régime de Staline n'a pas été un mal historiquement nécessaire aujourd'hui dépassé par la nouvelle situation; ce fut une tare qui a rongé la société soviétique et le mouvement ouvrier international, une tare qui a retardé le triomphe final de la révolution mondiale. au contraire obligé de se libéraliser et de faire de plus en plus de concessions pour sauver sa domination. Ceci tend à la liquidation du stalinisme.

4. Ces développements libèrent des forces centrifuges qui différencient et scindent la caste dirigeante.

5. Les changements en Union soviétique depuis la mort de Staline entraînent un desserrement du frein du Kremlin sur les P. C. Son emprise stricte sur les pays satellites et sur les P. C. dans les pays capitalistes se relache. De nouveaux rapports entre eux et le Kremlin se développe dans le sens d'une plus grande indépendance; des idées oppositionnelles et des tendances antistaliniennes se manifestent de plus en plus.

6. « Prise entre la menace impérialiste et la révolution coloniale, la bureaucratie soviétique a été obligée de s'allier à celle-ci contre celle-là ». Cette alliance forcée avec la révolution coloniale est faite au moyen du régime de Mao avec lequel il doit partager la direction du communisme en Asie.

7. Le Kremlin est de moins en moins capable de conclure des accords avec l'impélisme aux dépens de la révolution. Sa marge de manœuvre avec l'impérialisme et contre la révolution se réduit de plus en plus. « Cette situation nouvelle restreint de plus en plus la capacité de manœuvres contre-révolutionnaires de la part de la bureaucratie ». Non seulement ses capacités de trahir décroissent, en dépit de ses intentions, mais les effets pratiques de ses manœuvres diplomatiques et d'expériences de Front Populaire avec certaines sections de la bourgeoisie coloniale sont de plus en plus limités et éphémères. En outre « le flux révolutionnaire que la bureaucratie n'est plus capable de briser et d'arrêter est même nourri par les méthodes d'auto-défense employées par la bureaucratie.»

8. De même la capacité du Kremlin de recourir à des mesures répressives devient de plus en plus réduite. Il est moins capable de procéder à des répressions et des épurafions à l'intérieur, ou d'éliminer des oppositions dans les pays satellites, en raison de l'important déplacement du rapport des forces.

9. De même que la bureaucratie doit libéraliser sa dictature, les P. C. en dépit d'oscillations à droite, ici et là, tendent à radicaliser leur politique. C'est la tendance domi-

III. - « ORTHODOXIE »

III. - « ORTHODOXIE »

INT

Q nante. Dans les pays où les P. C. ont la majorité dans la classe ouvrière, ils peuvent sous la pression des masses être amenés à esquisser une orientation révolutionnaire contraire aux directives du Kremlin.

Pour arriver à ces conclusions osées sur le stalinisme, , la résolution doit décrire un tableau de la situation mondiale qui ne concorde pas avec la réalité et présenter des changements partiels et limités pour des changements décisifs et fondamentaux. Ainsi la résolution déclare : « Les conditions fondamentales dans lesquelles s'étaient développées la bureaucratie soviétique et son emprise sur les P. C., à savoir : le retlux de la révolution, l'isolement de l'U.R.S. S. et l'état arriéré de son économie, ont disparu. » Examinons le monde d'après-guerre et voyons dans quelle mesure ces affirmations générales concordent avec l'état réel des choses. C'est une question de faits. Analysons chacune de ces trois conditions fondamentales pour voir dans quelle mesure elles ont disparu...

• examen global et un résumé réaliste du résultat net de la marche de la révolution internationale de 1943 à 1953 mène à cette conclusion : malgré tous ses grands résultats et ses potentialités plus grandes, la révolution a échoué dans la conquête d'un des grands pays industriels, ce qui a jusqu'à présent empêché les forces révolutionnaires de la classe ouvrière de devenir assez fortes pour renverser l'oligarchie du Kremlin et de donner une impulsion irrésistible à la désintégration du stalinisme. Il n'y a pas encore eu une modification qualitative dans le rapport mondial des forces de classe...

La révolution n'ayant pas triomphé en Europe occidentale, ce qui aurait radicalement modifié le rapport des forces de classe en Europe et en Asie, l'impérialisme a pu rétablir son encerclement et intensifier ses pressions sur l'Union soviétique sur tous les plans. Cet isolement est ressenti dans tous les domaines, économique, politique et militaire, à des degrés variables. En dépit de mentale mais seulement dans une certaine mesure. La bureaucratie du Kremlin doit opérer aujourd'hui dans des conditions qui sont nouvelles mais non décisivement différentes...

La mort de Staline a sans aucun doute libéré des espoirs dans le peuple qu'avec la mort du dictateur il connaitrait un nouveau traitement. La bureaucratie a un double problème, celui de rétablir la hiérarchie au sommet tout en empêchant les masses d'intervenir dans la situation avec leurs propres revendications et leurs actions indépendantes. Les héritiers du pouvoir se sont hâtés de créer l'impression que les masses auraient un véritable nouveau traitement comme don du sommet. Ils ont promis une série de concessions économiques et politiques : une large amnistie, la révision du code criminel en 30 jours, la fin des épurations, davantage de biens de consommation, etc.

Il semblerait que les concessions politiques seraient les plus aisées à faire car, à différence de l'amélioration des conditions de vie, elles n'exigent pas de vastes réorganisations économiques. Mais elles doivent encore se matérialiser...

En même temps la bureaucratie doit décider rapidement qui assumera le rôle d'arbitre principal et de chef-épurateur pour dissiper toute ambiguité sur ce point et prévenir toute action des masses qui chercheraient à tirer profit de fissures dans l'appareil bureaucratique. Telle était la signification de la chute de Beria qui a été suivie de l'épuration de ses associés dans les différentes républiques. Ces développements montrent que la bureaucratie ne peut imaginer de nouvelles méthodes de gouvernement...

La résolution du S. I... exagère les changements dans la situation objective, leur attribuant une propulsion automatique qui oblige la bureaucratie à se libéraliser, à introduire de nouvelles méthodes de gouvernement, à liquider l'héritage du stalinisme, à supprimer ses traits les plus hideux et les plus caractéristiques, et à faire de plus en plus de concessions.

Le libéralisme essentiel du nouveau régime y est encore souligné par le pronostic suivant : « Il n'est pas exclu qu'avant de tomber la dictature bonapartiste aura à nouveau recours à la terreur la plus sanglante ». Ceci veut dire que la terreur serait devenue une expression non essentielle mais exceptionnelle, épisodique et secondaire du pouvoir bureaucratique.

Pour renforcer son affirmation que le régime post-stalinien est contraint non seulement de se débarrasser des plus terribles traits du stalinisme mais de tenir compte des masses dans une mesure croissante, la résolution exagère l'ampleur des concessions...

La libération des docteurs fut d'abord interprétée comme un coup irréparable au système des procès truqués et des épurations.

Mais depuis lors on a annoncé l'épuration et le procès de Beria. La résolution (du S. l.)

prend les condamnations de l'arbitraire poli- toutes leurs réalisations, les ca trielles des Etats du bloc so très en dessous de celles des listes. Ce rapport défavorable être rectifié que par l'inclusion pacités indusviétique sont

Etats capitane pourrait du complexe industriel de l'Europe occidentale. Mais elle est maintenant coupée en grande partie par le blocus économique qui est un élément de l'isolement de l'U.R.S.S.

L'isolement a été modifié et atténué mais pas du tout supprimé...

Le retard économique et culturel est en voie d'être surmonté. Mais affirmer que ceci a déjà eu lieu, c'est falsifier la situation réelle de l'économie soviétique actuelle...

Ainsi une analyse sobre de la situation mondiale et de son développement au cours de la dernière décade révèle que les trois facteurs objectifs principaux responsables de l'ascension de la bureaucratie soviétique n'ont pas été changés d'une manière fonda-

E

INT cier comme argent comptant, oubliant le fait que la critique verbale des excès policiers n'était pas inconnue sous Staline. En vérité le Guépéou fut épuré plusieurs fois sous le régime de Staline.

La résolution considère l'accent sur la direction collective comme un rejet définitif du culte du chef . Mais ce n'est qu'un stade transitoire entre la mort de l'ancien chef et l'élévation d'un remplaçant...

La résolution révise la conception fondamentale de Trotsky sur le Thermidor soviétique, qui considérait la bureaucratie stalinienne comme représentant la première étape de la restauration de la bourgeoisie... En rejetant la conception trotskyste orthodoxe de la caste comme étant le représentant essentiel de la tendance à la restauration du capitalisme, dont on peut suivre le développement dans un grand nombre de formes de la vie soviétique, les pablistes ouvrent la voie à une conception complètement révisionniste que la bureaucratie peut elle-même se corriger. Ceci n'est pas explicitement déclaré mais certaines conclusions de la résolution découlent de cette prémisse révisionniste. Par exemple qu'au lieu du « renforcement de tendances restaurationnistes dans la paysannerie et la bureaucratie » c'est le développement opposé « qui est le plus probable » (thèse 15). Le document souligne la nouvelle position révisionniste (et aussi sa confusion) : « la bataille décisive à venir en U. R. S. S. ne se mènera pas entre des forces restaurationnistes de la propriété privée et des forces défendant les conquêtes d'Octobre. Elle se mènera au contraire entre les forces défendant les privilèges et la gestion bureaucratique et les forces révolutionnaires du prolétariat luttant pour la restauration de la démocratie soviétique à un niveau plus élevé. »

En opposition à cette conception qui ouvre la voie à la capitulation devant la bureaucratie, nous soulignons la position trotskyste orthodoxe : la bataille décisive à venir en U.R.S.S. sera menée entre les tendances restaurationnistes dans le pays représentées par la bureaucratie stalinienne en tant que telle et la tendance régénératrice représentée par les forces révolutionnaires de la classe ouvrière. D'une part il y aura la masse de la bureaucratie défendant ses privilèges et le régime policier et ainsi la tendance à restaurer la propriété privée; et d'aufre part l'avant-garde prolétarienne dirigeant une révolution politique qui balayera la bureaucratie usurpatrice, restaurera la démocratie soviétique à un niveau plus élevé, et alignera ainsi le régime soviétique une fois de plus avec la révolution socialiste mondiale...

Dans toute sa façon de traiter les événements depuis la mort de Staline et le cours nouveau du régime Malenkov, la résolution pose les prémisses politiques d'une réestimation de la nature de la bureaucratie stalinienne et de l'action que les ouvriers doivent mener pour la renverser. Tout en ne formulant pas ces révisions elle ouvre la 32 porte pour d'autres à le faire... » (Cette dernière phrase est soulignée par nous. P.F.)

Nos lecteurs comprendront que nous ayons donné une citation aussi longue. Ceux qui ont fait la scission dans la IV° Internationale y donnent assez clairement nos idées et les leurs. Aujourd'hui ces lignes font plus qu'éclairer la crise ouverte par la direction du SWP, elles indiquent le sens fondamental des interprétations opposées sur la marche des événements en U.R.S.S.. Entre ceux qui voyaient grandir les tendances restaurationnistes du capital et ceux qui voyaient la bureaucratie manœuvrer devant les forces montantes des masses soviétiques, les événements ont tranché. On voit aussi dans ces lignes comment l'accusation de capitulation devant la bureaucratie fut fabriquée contre nous.

Nous sommes très heureux de constater qu'après avoir, de 1953 jusqu'en 1956, défendu l'idée saugrenue qu'il n'y avait rien de changé en U.R.S.S. (mêmes crises de misère, mêmes difficultés que dans les années 1930...), le SWP a recouru après le 20° Congrès à des explications qu'il avait qualifiées de « pablistes » :

« Pour les successeurs de Staline les méthodes de gangsters ne suffisent pas. lls dirigent une industrie soviétique qui vient au second rang après celle des Etats-Unis... Enfin, les ouvriers soviétiques ont une confiance accrue. Associées à la victoire dans la 2º guerre mondiale dans laquelle nombre nombre d'entre eux ont participé sur les fronts, la montée de la Chine révolutionnaire et l'extension des formes économiques soviétiques sur la moitié orientale de l'Europe ont dissipé les anciens sentiments d'isolement et de peur de l'encerclement impérialiste...» (Militant, 5 mars 1956).

Et il ne s'agit pas seulement d'un article isolé. Dans une résolution intitulée « Une nouvelle étape dans la révolution russe », adoptée le 15 avril et parue dans le « Militant » du 7 mai, le CC du SWP s'exprime en termes qu'ils condamnaient comme du « révisionnisme pabliste » il n'y a pas tellement longtemps:

« Les masses de l'Union soviétique qui avaient été expropriées politiquement par la bureaucratie sous Staline... ont déjà imposé des concessions étendues à la bureaucratie dirigeante et on peut s'attendre que d'autres suivent...

La pression de masse croissante en Union soviétique est une conséquence de développements plus profonds. Le plus important de ceux-ci est le déplacement du rapport de forces mondial aux dépens du capitalisme... Précisément au moment où la puissance de la bureaucratie semblait à son apogée, avec de vastes nouveaux territoires et des populations nouvelles amenées dans son domaine, sa faiblesse interne fatale fut révélée...

Les ouvriers sont encore inorganisés. La

QUATRIEME bureaucratie luttera désespérément à mesure qu'elle approchera de sa fin. Tout ce processus aura ses hauts et ses bas et même des revers. L'important est que ce processus a commencé et qu'en dernière analyse il s'avérera irréversible...

Le conflit fondamental est entre la bureaucratie organisée et la classe ouvrière qui cherche à la renverser...

La fin du culte de Staline est une grande victoire pour le socialisme révolutionnaire. On ne pourrait commettre pire erreur que de rejeter ou de sous-estimer la signification de cet événement...

Tous les éléments existent pour de profondes différenciations au sein du monc!ithisme vanté de la machine stalinienne... »

Nous enregistrons avec grande joie ce tournant de la direction du SWP. Il n'a peut-être pas été effectué sans peine, quand on pense que le 27 février encore, dans le premier article consacré au 20 Congrès, le « Militant », sous la plume de J. Hansen, grand champion de la scission, écrivait :

« A l'opposition de masse en Union soviétique, le Kremlin a offert de la démagogie plus des promesses de meilleurs jours à venir. Aux loups impérialistes, le Kremlin offrait de coopérer pour tenir en main la combativité ouvrière et les révoltes coloniales. Ainsi le nouveau régime restait fidèle à Staline au premier Congrès tenu depuis sa mort, tout en rejetant quelques-unes de ses méthodes et traditions. » (Souligné dans le texte.)

Ne serait-il pas inutile à la direction du SWP de rechercher pourquoi elle a été incapable de voir la tendance des événements en 1953, pourquoi elle a vu dans notre analyse une « capitulation devant le stalinisme » et pourquoi elle n'a été capable de comprendre ce qui se passait en U.R.S.S. que quand il n'était plus possible de dénier qu'il y avait une situation nouvelle ?

Il ne serait certainement pas inutile pour la direction du SWP de reconsidérer ses con-

• IV. - EVOLUTION OU

Quels changements vont donc se produire maintenant ? Où va l'U.R.S.S. ? Par quelles voies l'Union soviétique retrouvera-t-elle un régime de démocratie politique dans le cadre des nouvelles formes de propriétés établies par la révolution prolétarienne ?

Ces problèmes ne se posent guère pour

Brandler, le seul survivant des anciens opposants communistes droitiers. Pour lui, c'est déjà en U.R.S.S. le retour à Lénine. Le seul problème qui le préoccupe, c'est que les

Ulbricht en Allemagne ne font pas amende honorable devant lui.

Dans la social-démocratie, les problèmes théoriques n'étant guère de mise, la plupart des leaders socialistes n'ont examiné les changements qui se passent en U.R.S.S. que sous l'angle de la politique internationale.

Toutefois, deux dirigeants qui occupent des ceptions prétendument « orthodoxes ». Jamais Trotsky n'a prétendu, comme la direction du SWP l'a fait et parfois continue à le faire, que la bureaucratie serait une seule masse en face des ouvriers, et encore moins que cette masse constituerait la tendance à restaurer le capitalisme. Au contraire, Trotsky a souvent souligné que la bureaucratie, en dépit de l'extrême monstruosité de ses privilèges, était très fragmentée, qu'elle était loin d'avoir la cohésion d'une classe sociale ef tirait sa puissance de l'équilibre des forces de classes qui s'était établi internationalement et nationalement. Il a également souligné à maintes reprises le rôle double de cette bureaucratie et plus particulièrement de son noyau dirigeant : défense des privilèges contre les masses soviétiques, défense bureaucratique de I'U.R.S.S. contre le monde impérialiste. Si la tendance dominante dans la bureaucratie avait été celle de restaurer le capitalisme en U.R.S.S., comment expliquer qu'elle n'ait pas tenté de le faire au moment le plus favorable, c'est-à-dire quand les troupes de l'impérialisme allemand étaient aux portes de Moscou et de Leningrad ? Où est aujourd'hui le danger restaurationniste en U.R.S.S., camarades du SWP ?

Il ne serait également pas inutile pour les dirigeants du SWP de reconsidérer leur attiattitude scissionniste. Au lieu de faire état d'une prétendue « orthodoxie » (comme ce mot est détestable de la part d'hommes qui se revendiquent du marxisme révolutionnaire) et de se borner à paraphraser dans les dernières années des articles écrits vingt ans auparavant, ils auraient beaucoup mieux fait de comprendre la nouvelle situation internationale et la nouvelle situation en U.R.S.S. Le marxisme doit tout de même aider à prévoir tant soit peu la tendance des événements.

atteints par la marche des événements en Les « orthodoxes » ont été cruellement U.R.S.S. Le trotskysme, la IV Internationale en sortent renforcés. REVOLUTION POLITIQUE positions particulières dans le mouvement socialiste ont accordé leur attention aux développements intérieurs en U.R.S.S. Il s'agit de

Bevan et de Nenni.

Bevan s'est montré plutôt sensible aux importants mouvements de masse du monde actuel. Il l'a fait empiriquement, mais généralement avec flair, aboutissant à des conclusions limitées mais non dépourvues d'intérêt. Après le 20 Congrès, tandis qu'il manifeste sa méconnaissance du marxisme sur la question d'un ou de plusieurs partis dans la société de transition, il saisit bien les difficultés qui vont se poser au sein de la direction en cas de divergences sérieuses, maintenant que le système de l'arbitre omnipotent n'existe plus :

« S'il advient que des changements de direction politique en Russie ne peuvent plus

Q Il

VATRIEME

INTERNATIONALE être provoqués par des assassinats secrets, il faut trouver quelque autre voie... Il n'y a pas de preuve que la démocratie au sein du

P. C. russe pénètre jusqu'au membre de base du parti, moins encore au peuple russe dans son ensemble. Il nous faut encore attendre cela, mais cela viendra sans aucun doute, à longue ou à courte échéance... Certains argueront qu'il sera impossible au peuple russe d'obtenir le droit de vote contre le pouvoir d'un appareil d'Etat commandant un seul parti. L'histoire ne confirme pas un tel point de vue. En Angleterre par exemple les masses dépourvues du droit de vote n'arrachèrent pas leur pouvoir politique de leurs maîtres par leurs seuls efforts. Le droit de vote fut étendu en résultat de querelles parmi les classes dirigeantes... Pourquoi un même développement ne pourrait-il pas avoir lieu en Russie? Si des désaccords surgissent parmi les dirigeants russes et que les méthodes brutales de l'ère stalinienne ne sont plus possible pour les résoudre, comment sera-t-il possible de leur trouver une solution sauf en faisant appel aux votes de ceux qui les suivent? N'y aura-t-il pas une tentation semblable +- comme en Angleterre - - pour l'un ou l'autre groupe de dirigeants de désirer étendre le droit de vote à ceux qui seraient les plus enclins à les soutenir ? De cette manière la base démocratique du P. C. russe serait élargie.

Si les divergences d'opinion dans le Parti persistaient assez longtemps ou s'avéraient suffisamment profondes, alors surgiraient les conditions pour des partis politiques distincts. Nous assisterions alors à une autre réinterprétation du marxisme pour expliquer l'existence de plus d'un parti politique dans « l'état sans classe ».

Sur le plan sociologique, le point de vue de Bevan est bien sommaire. D'où pourraient naitre les divergences profondes dans les sommets, il ne semble pas en avoir la moindre idée. Il voit l'élément décisif dans les dirigeants qui vont à la recherche d'alliés dans les masses. Néanmoins, Bevan comprend que le système de terreur de Staline est révolu, et que la vie politique en U.R.S.S. doit se développer.

Nenni a surtout cherché à tirer profit du 20° Congrès aux dépens de ses alliés du P.C. en leur posant une série de questions épineuses :

* Il aurait été important que le congrès précise clairement quelles sont les structures ne répondant plus à la situation actuelle qui se sont superposées au parti et à l'Etat dans les vingt dernières années avec des. conséquences infiniment plus graves, que celles du mythe ou du culte de Staline et quelles sont parmi les institutions actuelles celles qu'il y a lieu de conserver, d'abolir ou de modifier... Est-ce que le parti devra demeurer, comme il est aujourd'hui, au-dessus de l'Etat, de telle manière que, dans la hiérarchie des fonctions, le secrétaire du parti vienne devant le Pré34 sident du Conseil ?... Sous quelle nouvelle forme, à travers quelles articulations concrètes la démocratie socialiste trouvera-t-elle sa pleine expansion ?... On a beaucoup parlé au 20" Congrès de Moscou de démocratie intérieure. Quelle interprétation actuelle doit être donnée à cette vieille formule ? Du temps de Lénine, la démocratie intérieure du parti se traduisait dans la liberté de discussion, dans le heurt souvent dramatique des opinions. De quelle façon la nouvelle démocratie soviétique s'exprimera-t-elle, non seulement à l'intérieur du parti, mais également dans l'Etat ? Ce sont là quelques-uns des problèmes qui, au lendemain du congrès, demeurent posés. Les conditions de leurs solutions sont créées. Ces solutions ne peuvent tarder. »

Dans son article, Nenni met en cause le régime sous Lenine et dans une certaine mesure le confond avec le régime sous Staline. Ses conceptions sont incontestablement celles d'un social-démocrate de gauche opposé au bolchevisme. Néanmoins il saisit que la situation nouvelle en U.R.S.S. met à l'ordre du jour comme problème principal la question de la participation démocratique des citoyens à la vie politique et économique de l'Union soviétique. Pour résoudre ces questions, il se fourne vers les dirigeants sovié. tiques. Quand il décrit ce qui s'est passé en U.R.S.S. pendant les premiers plans quinquennaux, il mentionne la formation d'une « bureaucratie administrative et technique » qui a concentré un énorme pouvoir. Toutefois il résulte de son texte qu'il envisage simpledirigeants soviétiques seront les principaux acteurs dans la transformation soviétique vers un retour à la démocratie. Autrement dit, il part implicitement de l'idée d'une transformation déterminée d'en haut. Ayant posé ainsi certains problèmes, il attend de manière détachée ce qui va se passer, ce que vont faire les dirigeants russes.

L'étude de la situation en U.R.S.S. et de ses tendances, est faite de la façon la plus sérieuse par I. Deutscher. Il fut, avec notre mouvement, un des tout premiers à comprendre dans la dernière période de Staline que des forces nouvelles étaient entrées en action en U.R.S.S. et qu'une époque nouvelle s'ouvrait pour ce pays. Dans son livre « Russia after Stalin », il penchait vers un retour progressif, graduel, vers la démocratie. Plus récemment, répondant dans la revue américaine « Dissent » (hiver 1955), à un certain nombre de critiques, il examine le problème de la voie que suivra la société soviétique vers la démocratie :

« Quelle raison ai-ie de supposer, me demande-t-on encore, que l'industrialisation et un standard de vie plus élevé peuvent aider la société soviétique à se libérer des chaines du totalitarisme et à nourrir une évolution démocratique ?... Je ne présume aucune « correspondance automatique » et ai souligné plusieurs fois qu'un nouveau

INT

QUA TRIE ME type de régime autoritaire, peut-être quelque espèce de régime bonapartiste, pourrait éventuellement remplacer le stalinisme. Mais est vrai que, dans mon hypothèse de travail, j'ai mis le plus fort accent sur la perspective d'un abandon par la Russie du totalitarisme et sur son évolution démocratique graduelle...

" Le stalinisme était, en termes marxistes, termes marxistes, la superstructure idéologique et politique qui correspondait à « l'accumulation socialiste primitive... » L'économie soviétique a atteint le stade de transition de l'accumulation primitive à l'accumulation normale. Certes la fransition n'est nullement aisée. L'inertie des habitudes sociales et économiques de l'accumulation primitive est forte... Un conflit entre la structure et la superstructure de la société sera probablement un processus prolongé passant par diverses phases de crise aiguë et de mouvement lent; aucune analyse théorique ne peut déterminer le point où le conflit peut venir à la surface...

* L'objection suivante qui appelle une réponse est : M. Deutscher n'escompte pas qu'une démocratisation fondamentale de la révolution également que, pour la bureaucratie elleellemême, ses privilèges apparaissent illégitimes et obtenus de mauvaise manière, et que sa conscience sociale est tourmentée dans une mesure à laquelle ne le fut jamais la conscience de la bourgeoisie. La « classe des managers » peut ne pas être encline au suicide, mais jusqu'à présent elle n'a même pas eu le courage d'annoncer sa naissance...

« La masse de la bureaucratie a joui d'un standard de vie bien au-dessus de celui des ouvriers non qualifiés et semi-qualifiés et des paysans, mais à peine plus élevé que le standard de vie des ouvriers soviétiques qualifiés et certainement pas plus élevé que celui des classes moyennes inférieures dans les plus riches pays capitalistes... C'était des privilèges importants sur un arrière fond de besoin général ; mais ils cessent d'être des privilèges quand une nourriture, un logement et une éducation adéquats sont à la portée de la majorité... En ce qui concerne la grande majorité de la burequcratie (mais pas de so couche la plus élevée), ce n'est pas du tout une exigence du progrès social qu'elle * abdique » ses privilèges. Mais qu'en est-il de cette couche supérieure dont les membres jouissent certainement de privilèges et d'un standard de vie comparables à ceux de l'ancienne aristocratie russe ou d'une oligarchie financiara occidentale ? Là se trouve financière occidentale ? Lå se trouve l'énigme.

« Les forces fondamentales de la société soviétique sont encore la classe ouvrière et la paysannerie; et c'est encore comme porteparole de l'une ou de l'autre ou comme arbitre absolu sur les deux que la bureaucratie exerce sa suprématie. Combien peutca cuprématie Combien beutelle préserver de cette suprématie et comcombien peut-elle céder à longue et courte échéance me semble dépendre tout d'abord de l'attitude des classes fondamentales, de l'état de leur conscience et de leur organisation politiques, et de leur énergie ou de leur de leur apathie politique... Je pense que les réformes d'en haut ne peuvent qu'initier mais non compléter la démocratisation de la Russie; et qu'elles ne peuvent le faire que dans la mesure où elles stimulent la croissance et l'expression d'une nouvelle conscience sociale et action politique « d'en bas ». Toutefois je ne suis pas convaincu que cette action prendra nécessairement des formes révolutionnaires...

Pour clarifier à l'extrême nos divergences avec Deutscher, on peut dire qu'il voit essentellement des réformes d'en haut, appuyées, stimulées par des pressions d'en bas, sans intervention révolutionnaire des masses, tandis que pour nous, les concessions, comme comme celles que nous enregistrons à présent, n'éviteront nullement une révolution politique qui, seule, pourra rétablir le contrôle et la gestion de l'Etaf et de l'économie par les masses.

Ce que Deutscher écrit sur le rapprochement, entre la classe ouvrière et les couches inférieures de la bureaucratie, par l'élévation du niveau de l'économie et de la culture,

35 35 société russe se proc politique, par une escompte que la m suicidera, abolira ses générale, les classes luira par une révolution activité de masse... if inorité privilégiée... se privilèges... ». En règle dominantes n'abandonnent vraiment pas leurs privilèges, sauf sous la « violence extrême » de la révolution. Mais il y a des exceptions à cette règle.

enregistre quelques cas dans les classes dirigeantes ou possédantes donné quelques privilèges sous l de la nécessité économique ou so

L'histoire quels les ont aban- pression ciale, non par un « développement révolutionnaire ». J'ai discuté un de ces exemples, l'abolition du servage par le tsar Alexandre Il en 1861, et j'ai essayé de montrer dans quelle mesure ce précédent est applicable à la présente situation... J'ai évidemment laissé ouvert la question de savoir jusqu'où la bureaucratie peut aller à promouvoir des réformes. Je ne connais pas la réponse à cette question, et la question ne peut à présent être obtenue au moyen de l'analyse théorique — elle peut être donnée seulement par le rapport des forces sociales, par le choc relatif des pressions et des contre-pressions réelles, et par les événement à venir.

«: La bureaucratie soviétique est un phénomène social sans précédent. Nous savons trop peu à son sujet pour être capable de jauger exactement sa force et ses perspectives, le degré de son unité sociale, de sa cohésion et de sa consolidation, ou la mesure dans laquelle elle est ou non (cristallisée en un corps social auto-centré, auto-discipliné, auto-conscient et se perpétuant. Nous ne savons même pas quelle portion du revenu du revenu national elle s'approprie, le groupe dirigeant dissimulant cette information. Cette dissimulation indique qu'elle a un intérêt à maintenir la société dans l'ignorance du coût réel à la société des « services » des groupes administratifs. Mais la dissimulation indique

Q UATRIE ME I N est tout à fait juste. Mais, il n'y a pas en U.R.S.S. qu'un problème très important de privilèges économiques; il y a aussi et surtout la question des droits politiques. Il ne peut y avoir de doute qu'aujourd'hui la pression qui s'exerce sur le Kremlin provient des masses travailleuses et en grande partie aussi des couches inférieures de la bureaucratie. La question des libertés politiques est tout importante que celle des privilèges économiques. Cela apparait même dans les mesures et les promesses faites par les dirigeants soviétiques actuels. Des problèmes comme celui du développement des industries de biens de consommation en général, ou du choix des diverses industries de ces biens de consommation, conduisent aux problèmes politiques les plus essentiels, à l'orientation à donner à l'économie nationale, ce qui est aussi important que la part du revenu gâché par les privilèges scandaleux de la bureaucratie.

Quant aux arguments sur le degré de conscience, les tourments de la conscience des bureaucrates, etc... nous ne voyons pas en quoi ils ont quelque rapport avec les voies de transformation de la société soviétique. Les hommes qui dirigent l'économie, les entreprises, l'Etat, la diplomatie, etc., tendent à se placer ou à rester au-dessus des masses. Cela se voit même au niveau de petits dirigeants syndicaux ou politiques. Quand on pense à l'inertie des appareils réformistes, on peut aisément imaginer l'inertie de la bureaucratie soviétique qui dispose d'une autre situation et d'un autre pouvoir.

C'est Trotsky qui a introduit la notion de la révolution politique. Comment fut-il amener à le faire ? Lorsque commença la dégénérescence bureaucratique, il fut le premier à comprendre qu'il s'agissait d'une période de réaction dans le cadre de la société issue de la Révolution d'Octobre. Devant ce phénomène nouveau, imprévu, tout en montrant la plus grande fermeté dans la lutte politique pour la défense des intérêts du prolétariat, il fit preuve de la plus grande circonspection dans le domaine des appréciations théoriques, revenant à de nombreuses reprises sur certaines notions, les précisant, les modifiant même, au fur et à mesure que le phénomène lui-même se précisait. Il avançait avec une prudence qui suscita bien des critiques et des ruptures de militants proches de lui. Il resta longtemps sur le terrain de la réforme du parti et de la réforme de l'Etat soviétique; il avança alors certaines idées (réorganisation du parti par une direction de coalition des trois tendances : droite, centre, gauche ; vote secret dans les grandes villes...). Ce n'est qu'après un développement assez long qu'il mit en avant les mots d'ordre d'un nouveau parti révolutionnaire et d'une révolution politique. Ce fut tout sauf une improvisation, et il s'expliqua longuement à ce sujet.

Quel était le raisonnement de Trotsky ? La réaction a triomphé dans l'Etat ouvrier. La société soviétique peut faire place soit à une 36

TERNATIONALE restauration du capitalisme, soit à un nouveau régime de démocratie ouvrière. Le capitalisme ne peut reprendre le pouvoir que par une contre-révolution appuyée de l'extérieur; c'était une dangereuse possibilité dans cette période de montée du fascisme en Europe. Mais, comment le prolétariat pourra-t-il reprendre le pouvoir ? On ne peut prévoir l'avenir qu'en recourant au passé, bien que l'histoire ne se répète pas. S'appuyant

Sur l'histoire des changements de régime dans la société capitaliste, notamment dans la France du 19" siècle, et excluant la possibilité qui ne s'est jamais vue dans l'histoire d'une couche sociale renonçant volontairement non quelques privilèges mais au pouvoir, Trotsky indiqua en 1935 qu'il faudrait une action révolutionnaire des masses pour remplacer le pouvoir bureaucratique par la démocratie soviétique. Dans ses écrits depuis lors, il a défini avec précision les mesures essentielles que prendrait une telle révolution (voir « Le Programme de Transition de la IV= Internationale »), mais il ne s'est guère étendu sur ce que pourrait être cette action révolutionnaire des masses. Dans « la Révolution trahie », ce livre écrit au moment où le rapport des forces était particulièrement défavorable aux masses, il a donné sa pensée à ce sujet :

* En présence d'une pression énergique des masses, la différenciation sociale des fonctionnaires étant donné, la résistance des dirigeants peut être beaucoup plus faible qu'elle ne paraît devoir l'être. Sans doute ne peut-on que se livrer, a ce propos, à des conjectures. Quoiqu'il en soit, la bureaucratie ne pourra être écartée que révolutionnairement... »

Trotsky se gardait bien de tirer quoi que ce soit des révolutions politiques dans la société bourgeoise. Les « trois glorieuses » de 1830, les journées de février 1848 ou le 4 septembre 1870 ne peuvent rien enseigner sur ce qui se passera dans la société soviétique.

Depuis lors, nous disposons de quelques éléments nouveaux pour traiter de la marche de la société soviétique. Il y a les concessions de la bureaucratie, et il y a eu aussi des manifestations ouvrières comme celles de l'Allemagne orientale et de Tchécoslovaquie de 1953 et celles des prisonniers politiques des camps de Vorkuta et autres.

Il n'est pas douteux que, consciente du mécontentement des masses, la bureaucratie a fait de sérieuses concessions dans une série de domaines. La bureaucratie s'est donc montrée très consciente du danger d'un soulèvement des masses contre son régime omnipotent. Ces concessions vérifient donc la potentialité de la révolution politique et par conséquent justifient donc son inclusion dans le programme frotskyste. Mais ces concessions pourront-elles s'accumuler et aboutir à faire disparaitre cette question de l'ordre du jour?

On ne peut arriver à pareille conclusion qu'en faisant un acte de foi dans la bureaucratie, qu'en pensant qu'elle pourrait cesser d'être empirique, qu'elle arriverait à comprendre qu'elle doit renoncer à son pouvoir et à ses privilèges essentiels en U.R.S.S. pour être guidée par des considérations supérieures, celles de la cause du socialisme à l'échelle mondiale.

Rien, absolument rien, ne permet d'arriver à une telle conclusion. Quand on pense aux si nombreuses fois où la bureaucratie n'est arrivée qu'empiriquement et tardivement à une conception claire même de la défense bureaucratique de l'U.R.S.S. en face du monde capitaliste, il faudrait vraiment un miracle pour qu'elle acquiert une conscience de classe prolétarienne, socialiste. Au cours du 20° Congrès, aux délégués qui pratiquaient le rituel stalinien d'applaudissements à l'entrée du Presidium, Khrouchtchev déclara : « Vous n'avez pas à applaudir, vous êtes les maîtres. » Avec autant d'unanimité qu'il avait applaudi, le Congrès cessa de le faire. Aucun ordre, aucune décision bureaucratique ne peut dire aux masses : cessez de voter unanimement, déterminez vous-mêmes la politique de l'Etat en vous prononçant sur des orientations différentes. La démocratie ne peut être don-

Rendre aux travailleurs la gestion de l'Etat et de l'économie, tel est l'objectif de la révolution politique. Mais là ne s'arrête pas la tâche du prolétariat soviétique. Il est partie intégrante du prolétariat mondial. Il n'a pas seulement pour tâche de reprendre la direction en U.R.S.S., il participe à la lutte pour la révolution mondiale. Celle-ci n'est pas la somme arithmétique de révolutions nationales indépendantes, c'est un tout organique.

La bureaucratie soviétique reste fondamentalement déterminée par la conception du « socialisme dans un seul pays ». Elle voit qu'elle a intérêt à défendre les autres Etats ouvriers contre l'impérialisme, mais elle reste prête (au nom de prétendus progrès théoriques du marxisme-léninisme !) à sacrifier tout comme Staline le fit les mouvements de masse dans les pays dominés par le capitalisme, au profit de l'instauration d'un statu quo entre elle et le capitalisme.

La conquête du pouvoir par la classe ouvrière dans un pays donné ne peut retirer cette classe de la lutte de classes dans le monde. L'Etat ouvrier s'il était dirigé par un parti révolutionnaire pourrait être amené dans certains cas à des positions diplomatiques manœuvrières, il ne pourrait pas toujours aller aussi loin que le désireraient ses dirigeants, mais en aucun cas il ne pourrait être question d'atfitudes comme celles que prend la bureaucratie, dépassant les limites de l'opportunisme diplomatique pour atteindre la trahison. Enfin, le parti du prolétariat

ERNATIONALE née d'en haut, elle se revendique et s'impose d'en bas.

Il va de soi que les concessions actuelles faites sous une pression des masses non formulée politiquement, stimuleront un renouveau de vie politique - sur ce point nous sommes tout à fait d'accord avec Deutscher. Il est assez probable que la résistance de la bureaucratie ne sera pas aussi grande qu'on pouvait le penser jadis.

Un nouvel élément apparait de très grande importance dans la vie de la société soviétique. Après tant d'années d'atomisation ef de mensonges monstrueux, le passé révolutionnaire confinue d'exercer une puissance énorme sur la société soviétique et c'est avec une rapidité surprenante qu'une grande partie de l'édifice de Staline proprement dif est jeté à terre. La pensée polifique recommence à se faire jour. On peut dire à coup sûr que la société soviétique, dans le domaine politique comme dans tous les autres domaines, ef peut-être plus que dans tout autre domaine en raison de l'énorme compression à laquelle elle a été soumise, connaîtra de gigantesques et rapides bouleversements. Les concessions des bureaucrates ne signifient pas que la révolution politique devient superflue, mais qu'elle est venue à l'ordre du jour des tâches de la société. est et doit être indépendant par rapport à l'Etat et doit toujours prendre une attitude de solidarité complète avec les mouvements de masses dans le monde et mobiliser le prolétariat pour des actions de solidarité.

Les problèmes internationaux se posent avec une acuité grandissante pour la société soviétique. Subissant cette exigence, la bureaucratie cherche aujourd'hui à sa façon d'établir des liens internationaux avec les mouvements ouvriers dans une mesure compatible avec ses intérêts propres. D'où les tentatives présentes de relations avec les dirigeants des grands partis socialistes. Dirigeants du P.C. de l'U.R.S.S. et dirigeants des Partis socialistes discutent non comme les leaders du prolétariat international, mais comme des hommes d'Etat soucieux de ne pas troubler le statu quo actuel entre le capitalisme et les Etats ouvriers. Cela n'a aucun rapport avec l'internafionalisme prolétarien.

Qui peut avoir la moindre illusion d'une transformation de la bureaucratie sur ce point fondamental ? Elle est la couche sociale du « statu quo » par excellence. De Staline à ses successeurs, il n'y a pas le moindre changement sur ce point, et on ne peut pas imaginer qu'il puisse y en avoir un.

D'autre part, qui pourrait penser que le prolétariat soviétique, en dépit de toute l'ignorance dans laquelle il a été maintenu dans ce domaine, ne voudra pas aussi sur ce point retourner à Lenine ? Cela équivaudrait à dire que le prolétariat, après le ren-

V. - INTERNATIONALISME PROLETARIEN

V. - INTERNATIONALISME PROLETARIEN

INTERNATIONALE versement du capitalisme, ne pourrait plus penser et agir comme fraction du prolétariat mondial, mais deviendrait l'élément d'un Etat national, subordonné à l'appareil de cet Etat. L'idée que la prise du pouvoir au lieu d'élargir l'horizon du prolétariat le limiterait à un cadre national est manifestement absurde.

Le prolétariat soviétique rétablira sa liaison avec les prolétaires de tous les autres pays du monde, indépendamment de tous rapports entre Etats. C'est par l'Internationale révolutionnaire que se concrétisera cette liaison. Ce n'est pas la bureaucratie qui lui permettra de le faire. Au contraire, c'est contre la volonté de la bureaucratie que les prolétaires soviétiques retrouveront leur liberté d'action sur ce point, sépareront l'action du parti révolutionnaire et celle de l'Etat soviétique, et donneront — comme le firent leurs aînés de 1905 et 1917 — une impulsion puissante à la lutte de classe dans le monde entier.

La dégénérescence de l'Etat soviétique est désormais enrayée. Celui-ci est entré sur la voie qui aboufira au rétablissement de la démocratie par l'action révolutionnaire des masses. La vie a désormais tranché nombre de discussions soulevées par le monstrueux phénomène stalinien. Elle a largement confirmé les idées essentielles que Trotsky et la IV° Internationale ont défendues. L'Union soviéfique n'était pas le prototype d'une société nouvelle, imprévue et nécessitant une révision de Marx, c'était un Etat ouvrier dégénérant 38 par suite de conditions particulières et tombé sous la direction d'une bureaucratie omnipotente. La politique de cefte bureaucratie a coûté très cher aux masses soviétiques et au prolétariat mondial, mais les nouvelles formes de production se sont en dépit de tout montrées considérablement supérieures aux formes de production capitalistes; en dépit de lourdes défaites ouvrières, le capitalisme n'a pu enrayer son déclin et des forces révolutionnaires gigantesques ont été libérées. Les conditions nouvelles internationales et en U. R. S. S. ont placé la bureaucratie sur la défensive en face des masses; alors qu'elle apparaissait au sommet de sa puissance, elle s'est vue contrainte à des concessions extraordinaires pour tenter de conserver la direction de la société. Loin d'apaiser les masses, ces concessions stimulent leurs revendications et la lutte pour le rétablissement de la démocratie en U.R.S.S. est à l'ordre du jour. Le prolétariat soviétique reprend sa place dans la lutte pour la révolution mondiale.

La victoire théorique de Trotsky et de la IV Internationale est complète, elle a été acquise à travers des luttes et des déchirements, dans des conditions qui à certains moments pouvaient paraitre sans espoir. La victoire théorique a été le produit d'une longue et âpre lutte politique. La victoire théorique d'aujourd'hui annonce la victoire politique qui se profile à l'horizon, la victoire de la IV Internationale et de la révolution mondiale.

Mai 1956.

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