Depuis que le mouvement ouvrier polltique existe, un débat se poursuit en son sein sur les formes et les voies d'instauration d'une société socialiste. Ce débat est inévitable. Tout mouvement politique qui se prend au sérieux se réfère à une possibilité de conquérir le pouvoir. Jadis, les sceptiques avaient l'habitude de se momoquer de ces discussions. Depuis lors, dans plus d'un pays, la bourgeoisie a effectivement perdu le pouvoir, et son persiflage a fait place à des imprécations violentes, sinon à une hargne impuissante.
Dans le mouvement ouvrier se réclamant du marxisme, la question des « voles concrètes vers le socialisme » n'a pas non plus cessé d'être débattue. Avant même Avant que ces débats aient eu pour objet des actions réelles des partis ouvriers, Ils resultaient d'une contradiction formelle enne signifie naturellement pas affirmer que cette discussion n'est au fond qu'un « malentendu » sur le plan des idées. Derrière la discussion théorique se profile une opposition d'intérêts sociaux. Abandonnant à « l'histoire » ou à « l'évolution économique » le soin de procéder au renversement du capitalisme, les réformistes remettent au fond ce renversement aux calendes grecques, exprimant ainsi le fait qu'ils se sentent fort à l'aise dans la société capitaliste. Ceci n'est pas sans rapport avec leur situation sociale plus ou moins améliorée (aristocratie ouvrière, bureaucratie syndicale, mandataires ouvriers occupant des postes bien rémunérés dans l'appareil d'Etat bourgeois, etc.). Mais les liens directs entre l'idéologie réformiste et les intérêts sociaux qu'elle exprime ne sont pas visibles à tout instant. Même une bureaucratie réformiste qui a perdu ses fiels dans un pays capitaliste, par suite de la destruction de la démocratie bourgeoise, reste prisonnière de ses conceptions établies.
La discussion entre réformistes et révolutionnaires peut paraître abstraite dans une période d'accalmie politique. Les débats sur le « socialisme dans un seul pays » pouvaient paraitre byzantins dans une période d'accalmie révolutionnaire. Mais ce mépris pour les questions théoriques n'est qu'une forme particulière de myopie politique. Dans toute l'histoire du capitalisme, et a fortiori dans l'histoire du capitalisme contemporain, du capitalisme en déclin, les périodes d'évolution apparemment calmes ne sont que des intervalles entre deux moments de collisions violentes, et encore des intervalles au cours desquels, sous la surface d'une accalmie apparente, s'accumulent tous les éléments la conflagration future. Ceux qui, à de tels moments.
prêchent aux travailleurs de se fier au calme apparent et d'abandonner rêves et projets de « violence », désarment leur classe devant les événements à venir et se rendent par avance inaptes à réagir efficacement à ces événements. C'est pourquoi leur influence n'est pas moins néfaste lorsqu'elle s'exerce en pleine euphorie évolutionniste et pacifique que lorsque au milieu d'une révolution elle prend la forme d'une action contre-révolutionnaire ouverte ou sournoise.
tre deux éléments d marxiste.
Celle-ci considère sance de la société processus déterminé nomique et sociale, le base de la doctrine d'une part la naissocialiste comme un par l'évolution écoindépendante de la
Elle la considère d'autre part comme résultant d'une action consciente du prolétariat, organisé en parti politique. Ce n'est que pour des esprits formalistes que ces deux éléments du marxisme sont irréconciliables; il s'agit de préciser les rapports dialectiques entre conditions objectives et conditions subjectives de la révolution socialiste. Il n'empêche que ces rapports ne sont pas faciles à comprendre, surtout à une époque qui n'est pas riche en expériences révolutionnaires, comme l'époque s'étendant de la Commune de Paris à la Révolution russe de 1905. C'est là une des sources théoriques des divergences qui n'ont cessé d'opposer les réformistes aux révolutionnaires au sein du mouvement ouvrier. Les premiers mettent l'accent sur la «latalité » de l'évolution économique, sociale et politique qui « aboutira » à la transformation socialiste de la société. Les seconds insistent sur la nécessité d'une action révolutionnaire consciente de la classe ouvrière pour renverser le capitalisme, tout en soulignant l'ensemble de l'évolution économique, sociale et politique qui conditionne le succès d'une telle action.
Rechercher les sources théoriques du débat entre réformistes et révolutionnaires volonté des hommes.
BERNSTEIN OU « LE SOCIALISME PAR LA VOIE DES REFORMES »
Bernstein fut le premier qui donna une forme théorique plus ou moins cohérente aux conceptions réformistes dans le mouvement ouvrier. C'est à la tradition de ses idées que le réformisme se rattache encore aujourd'hui, et il est inutile de remonter aux sources du réformisme petit bourgeois qui sont essentiellement françaises (proudhoniennes, etc.). Les vues de Bernstein furent d'abord soumises au Congrès de Stuttgart de social-démocratie allemande, au début d'octobre 1898, dans une lettre résumant une série d'articles, « Problèmes du socialisme ». Pour appuyer les idées développées dans cette lettre, Bernstein publia en 1899 un livre, « Les conditions du socialisme et les tâches de la social-démocratie », qui devait devenir la Bible internationale des réformistes. Un an plus tard, la II• Internationale était entrainée dans une discussion pratique sur le réformisme, le social-démocrate français Millerand ayant accepté un portefeuille dans un gouvernement bourgeois.
Le raisonnement de Bernstein s'appuie sur deux béquilles : l'immaturité des conditions économiques pour une transformation socialiste de la société d'une part, l'atténuation des contradictions économiques et sociales inhérentes à la société capitaliste d'autre part. Il en conclut que, plutôt que de se fier à des actions révolutionnaires de tradition « blanquistes » dont l'efficacité économique serait nulle, la social-démocratie devrait se contenter de construire des ilots socialistes au sein du capitalisme, sous forme de coopératives et de syndicats, jusqu'au jour où les conditions seraient mûres pour que les cadres de ces organisations se substituent aux capitalistes à la tête des entreprises. le parti social-démocrate ayant conquis une large majorité au Parlement.
Pour démontrer l'immaturité des conditions objectives pour le socialisme. Bernstein insiste sur la survivance des petites entreprises ; sur la dispersion de la propriété des grandes entreprises par les sociétés par actions; sur l'accroissement de la population fortunée (grande et moyenne bourgeoisie); sur la faiblesse numérique relative des partis et syndicats socialistes, qui ne regroupent même pas la moitié du prolétariat; sur les oppositions croissantes d'intérêt au sein du prolétariat, etc. Pour démontrer l'atténuation des contradictions au sein du capitalisme, Bernstein insiste sur le rôle des cartels et des trusts qui « organisent » la concurrence; sur la forme atténuée des crises; sur le fait que l'oppression politique fait place au surfrage universel et à la démocratie; sur le fait que les relations entre les classes deviennent plus « humaines » et plus « civilisées ». etc. Il suffit de favoriser cette évolution pour arriver lentement au socialisme.
Ce fut Rosa Luxembourg qui, dans sa brochure classique « Réformes ou Révolution ». fournit une réponse cinglante aux vues révisionnistes de Bernstein. De 20 façon géniale, elle résuma (en 1899D) les vues de Bernstein comme une « vulgarisation petite bourgeoise des résultats d'une très brève période de développement bourgeois ». Contrairement à Bernstein, elle prédit qu'avec la conquête de tout le marché mondial. l'ascension du capitalisme prendrait brusquement fin et qu'à ce moment seulement éclateraient de véritables crises structurelles dans le monde bourgeois. Bernstein se moqua d'elle. Il ne se moqua plus en 1914, date suivie, on le sait, par celles de 1929, de 1937, de 19391945. Combien tragico-comique apparait aujourd'hui l'affirmation bernsteinienne selon laquelle « des conceptions humaines s'étendent lentement mais inexorablement dans toutes les sphères de notre vie sociale ». C'est dans cette même Allemagne que le très humain Hitler arriva au pouvoir en 1933, après une très humaine guerre mondiale...
Il est inutile d'analyser en détail les semi-vérités ou les contre-vérités qui sont a la base du raisonnement économique de Bernstein. Son erreur de base, une surestimation qui nous semble aujourd'hui presque grotesque, de la force, de la cohérence et de la capacité d'expansion du capitalisme allemand, fut le reflet fidèle de l'idéologie bourgeoise de son époque. Ce n'est pas pour rien que le leader libéral-bourgeois Friedrich Naumann appela Bernstein « notre position avancée, au sein de la social-démocratie » (1).
Ce qu'il importe de mettre en évidence. c'est que le débat fondamental ne fut nullement celui de savoir si des réformes sont « préférables » à la révolution, ou si le mouvement ouvrier doit « stimuler plutôt que de freiner » la conquête de réformes sociales. Ce fut un débat sur les tendances de développement fondamentales du monde capitaliste. Ceux qui ignoraient ces tendances pouvaient poursuivre l'illusion qu'en détournant systématiquement les ouvriers de la conscience et de l'action révolutionnaire, on arriverait, de façon graduelle il est vrai, mais d'autant plus sûre, par la voie de réformes, au socialisme. Ceux qui connaissaient ces tendances comprenaient que, si le proletariat n'était pas prépars à saisir les occasions de conquête révolutionnaire du pouvoir qui se présenteraient tôt ou tard, non seulement on n'arriverait pas au socialisme, mais la bourgeoisie lui enlèverait même les réformes jadis concédées. L'expérience des années 1930 de notre siècle allait confirmer de façon tragique la justesse de ces positions. Elle constitua une banqueroute historique irrévocable du réformisme.
(I) Pour se fendre compte à quel point Bernstein était devenu prisonnier des opinions bourgeoises de son époque. il faut lire et relire le passage de son livre consacré aux problèmes coloniaux, où il affirme gravement que « les sauvages » (sic) n'ont pas un droit sur les terres qu'ils n'arrivent pas à « valoriser ».
INTERNATIONAD
E
DU « SOCIALISME PAR LA VOIE DES REFORMES »
AU « SOCIALISME PAR LA COLLABORATION AVEC LA BOURGEOISIE »
Il faut cependant rendre justice à Bernstein: si révisionnistes que furent ses conceptions, elles restèrent dans le cadre d'une lutte ouvrière pour le socialisme. Si Millerand en tira • des conclusions pratiques qui secouèrent à l'époque le mouvement ouvrier; si dans des Diètes d'Allemagne méridionale des députes sociauxdémocrates commencèrent à approuver des budgets; si la pratique syndicale et coopérative commença à s'éloigner de la doctrine de la lutte de classe, celle-ci n'en resta pas moins la doctrine de base de toute la II Internationale, de la droite à l'extrême-gauche. On mesurera le chemin parcouru depuis lors dans la social-démocratie en constatant que, dès l'éclatement de la première guerre mondiale, Bernstein se situa à l'aile gauche du S.P.D., qu'il rejoignit ensuite le Parti Socialiste Indépendant et l'Internationale 2 1/2 sans faire violence à ses idées, et qu'il se situerait aujourd'hui certainement à l'extrêmegauche de la social-démocratie allemande.
L'expérience de la première guerre mondiale fut décisive pour l'évolution ulterieure du réformisme. Pour la première tois, et sur la plus grande échelle, une pratique de collaboration de classe par l'abandon de toute recherche de réformes se substitua au vieux réformisme bernsteinien. Sous le prétexte de l'Union sacrée, le mouvement ouvrier ne devait plus servir ses intérêts de classe, mais des intérêts prétendument « nationaux », c'est-a-dire les intérêts immédiats de la classe adverse. Comme dans le cas du réformisme bernsteinien, qui n'avait été que la généralisation théorique d'une pratique poursuivie depuis deux décades, la pratique devança la théorie à partir de 1914. Il faut attendre le programme dit de Heidelberg du S.P.D., la théorie de Léon Blum sur « l'exercice du pouvoir » et les ouvrages de Naphtall, Tarnow et consorts sur la « démocratie économique », avant d'obtenir une formulation tant soit peu cohérente des conceptions qui inspirent ces nouvelles pratiques.
En partie, le réformisme des années 1920 et 1930 continue à vivre sur la « lancée » bernsteinienne - avec les mêmes affirmations lamentablement contredites par les faits. L'espoir dans la S.D.N., dans les conférences de désarmement et dans le B.I.T. inspire des vues optimistes sur « l'humanisation » des relations sociales et internationales. Ceci se termina par la victoire du fascisme dans toute l'Europe et le carnage de la deuxième guerre mondiale. Vandervelde affirma allègrement que le cartel européen de l'acier rendrait léclatement d'une nouvelle guerre mon-
FRONT POPULAIRE ET «
Au premier choc, ils tirèrent des conclusions radicales de cette évolution désastreuse. Leon Blum écrivit que l'effondrement de la République de Weimar était le prix payé par la social-démocratie pour son incapacité d'établir la dictature du diale impossible. Hilferding affirma aul début de 1929 qu'une nouvelle crise économique mondiale était impossible! Mais de nouvelles idées allaient « enrichir » l'héritage bernsteinien.
Sous-jacente à la thèse bernsteinienne était l'hypothèse que l'avènement de la société socialiste était lié à une expansion et un affermissement plus ou moins continus de l'économie mondiale. Cette economie mondiale était cependant une économie capitaliste. On arriva ainsi à la conclusion que l'avènement du socialisme ne serait pas le produit d'une crise d'écroulement du capitalisme, mais au contraire de son renforcement. Si cette conclusion paraissait absurde sur le plan théorique, elle n'en avait pas moins des conséquences fort tangibles sur le plan pratique: au lieu de prévoir la stabilité de l'économie capitaliste comme l'avait fait Bernstein, les dirigeants sociauxdémocrates se mirent au lendemain de la première guerre mondiale à œuvrer à la stabilité du capitalisme, sous prétexte qu'ils créeraient ainsi les conditions de l'avènement ultérieur du socialisme...
On connait les aspects les plus repoussants de cette logique ultime du réformisme. Ce fut la politique de collaboration de classe qui castra le mouvement syndical allemand après 1918 - après avoir abouti à une alliance à peine secrète entre les Ebert et Scheidemann d'une part et les chefs de la Reichswehr de l'autre pour étrangler la révolution de 1918. Ce fut la distinction subtile établie par Léon Blum entre l'exercice du pouvoir dans le cadre du régime capitaliste et la conquête du pouvoir par les travailleurs — distinction qui amena le leader réformiste français à revendiquer la fonction de « gérant loyal du régime capitaliste » et à se vanter, au procès de Riom, d'avoir sauvé le régime capitaliste de la révolution prolétarienne en Juin 1936.
Solidement installée dans le régime de la démocratie bourgeoise, la social-d-mocratie limita en fait ses ambitions à une modification légère de la répartition du revenu national entre prolétariat et bourgeoisie. Mais la démocratie elle-même était loin d'être solide. N'ayant pas compris le tournant historique décisif que la première guerre mondiale représentait dans l'histoire du Capital, les réformistes furent complètement pris au dépourvu par les événements catastrophiques qui marquèrent la fin des années 1920 et les deux décades suivantes : la grande crise économique, la montée du fascisme, l'éclatement de la deuxième guerre mondiale. DEMOCRATIE NOUVELLE » prolétariat en 1918. Otto Bauer préféra une lutte armée, tardivement préparée et mal dirigée, à une capitulation passive devant le clérico-fascisme en Autriche. Mais ces actions ne furent pas inspirées par une compréhension profonde de l'al-
LE NEO-REFORMISME STALINIEN :
LE NEO-REFORMISME STALINIEN :
N ternative: révolution socialiste ou dictature bourgeoise, devant laquelle l'Europe était dorénavant placée. Elles étaient plutot inspirées par le désir de défendre la democratie bourgeoise, s'il le fallait les armes à la main. Les événements allaient bientôt démontrer que cette politique ne conduisait pas moins rapidement à un échec sanglant que la politique de la social-démocratie allemande.
ERNATIONAL ment que la quantité s'était changée en qualité. Elle justifia la conclusion tirée par Léon Trotsky que dorénavant Staline était devenu un adversaire subjectif de la révolution prolétarienne hors des frontières de l'U.R.S.S. Les événements de France et d'Espagne 1936, puis les événements qui marquèrent en Europe occidentale et méridionale la fin de la deuxième guerre mondiale, allaient complètement confirmer la justesse de cette conclusion.
A partir de la victoire d'Hitler, résultat de la pontique desastreuse suivie par les de la politique désastreuse suivie par les directions réformiste et stalinienne du mouvement ouvrier allemand, l'Internationale Communiste et la plupart des directions nationales des partis communistes aboutirent en pratique à une conception du socialisme « en deux temps » proche de celle de Léon Blum, sinon de Bernstein.
On proclama toujours que la « révolution socialiste » était irréalisable sans la « dictature du prolétariat », la « destruction de la machine d'Etat bourgeoise » et « la construction d'un Etat d'un type nouveau, basé sur les soviets ». Mais cet objectif était remis à un avenir caché par les brumes. Dans l'immédiat, « les conditions ayant changé », on constata que « la tâche » n'était pas d'assurer la victoire de la / révolution socialiste mais seulement « l'union de toutes les forces antifascistes ». Peu importait à ces réformistes d'un type nouveau que cette union était conçue dans le cadre du régime capitaliste et que les efforts des dirigeants des P.C. pour maintenir des mouvements de masse tumultueux (juin 1936 en France; juillet 1936 en Espagne; août 1944-1945 en France et en Grece: 1945-1948 en Itane, etc.) dans ce cadre les transformeraient objectivement en défenseurs de l'ordre bourgeois. Comme la diplomatie du Kremlin, la politique néo-réformiste des partis communistes avait sa logique particulière.
Répétons-le une fois de plus: sur le plan de la prétendue efficacité tactique, la politique néo-réformiste a lamentablement fait faillite. Elle a amené le puissant P.C.F. en trois i ans du sommet de la puissance à une illégalité isolée et abjecte (1936-1939). Elle l'a conduit une deuxième fois en 7 ans d'une situation où il pouvait conquérir le pouvoir presque sans coup férir à un nouvel isolement dans lequel la bourgeoisie pouvait impunément arrêter son dirigeant principal (1945-1952). En Espagne, elle a abouti à la défaite sanglante d'une révolution pleine de promesse. Loin d'avoir protégé l'U.R.S.S. contre une attaque lasciste, elle a rendu possible cette attaque dans les pires conditions pour l'U.R.S.S., toute l'Europe avant été livrée à Hitler et le mouvement ouvrier y ayant été écrasé. La seule justification que les derniers apologistes de cette politique criminelle osent encore avancer aujourd'hui (« Si on avait cherché la conquête du pouvoir en France et en Espagne. la Grande-Bretagne et les Etats-Unis se seraient unis - en 1936! - à Hitler » est trop absurde pour qu'on doive s'y attar-
Inspirée au début par la seule fascination panique que la bureaucratie sovié-
Il est vrai que les aux abois reçurent autant qu'imprévue continua à s'appeler leaders réformistes aide précieuse une de l'organisme qui encore pendant une décade, par pure inertie, Internationale Communiste. Créée par la première grande vague de révolution mondiale qui coincida avec la fin de la première guerre mondiale, I'T.C. subit rapidement les contre-coups du reflux de la révolution qui amena la bureaucratie soviétique au pouvoir en Union soviétique. D'un instrument de coordination de la lutte révolutionnaire des travailleurs de tous les pays, elle devint, entre les mains de cette bureaucratle, 'un instrument de subordination de la lutte de classe révolutionnaire aux desseins diplomatiques du Kremlin. La théorie du socialisme dans un seul pays, expression idéologique de la victoire de la bureaucratie, se traduisit en pratique par: pas de victoire du socialisme dans un autre pays que l'U.R.S.S.
Lorsque éclata en 1931 la révolution espagnole, un journaliste américain câbla de Moscou que les dirigeants soviétiques regardaient cette révolution avec une défaveur à peine voilée, parce qu'ils considéraient qu'elle « gênerait » le processus d'industrialisation dans lequel T'U.R.S.S. venait de s'engager à toute vapeur. Objectivement, cette formule était absurde. Loin de gêner l'industrialisation de l'U.R. S.S., les progrès de la révolution internationale représentaient et représentent encore aujourd'hui sa sauvegarde essentielle. diminuant continuellement les possibilités d'intervention et même de pression militaire et économique de l'entourage capitaliste sur le premier Etat ouvrier. Aujourd'hui, après la modification fondamentale de la situation mondiale obtenue par la victoire de la révolution chinoise, cela saute aux yeux. Mais si les dirigeants bureaucratiques du Kremlin se sentaient on mermano effectivement « gênés » dès 1931 par chaque progrès de la révolution internationale, ce n'est pas que ces progrès nuisaient aux intéréts de l'U.R.S.S.; c'est parce qu'ils nuisaient aux intérêts particuliers de la bureaucratie qui s'était emparée du pouvoir politique en U.R.S.S. précisément grâce au reflux de la révolution internationale.
Au début, les dirigeants de la bureaucratie soviétique recherchèrent subjectivement une tactique révolutionnaire adéquate; les erreurs catastrophiques qu'ils accumulerent Allemagne (1923), Grande-Bretagne (1925-1926), Chine (19251927) et ailleurs, démontrèrent seulement combien leur manque de confiance dans la classe ouvrière internationale représentait un obstacle objectif à l'élaboration d'une politique révolutionnaire correcte. Mais la capitulation honteuse du P.C. allemand devant Hitler démontra claire22
QUATRIEME tique ressentait devant le fascisme triomphant. l'orientation néo-réformiste reçut un fondement idéologique nouveau (et encore plus opportuniste) à partir de 1941. On commença à découvrir un « visage nouveau » au capitalisme occidental. Après 1944, cela s'appelait la « démocratie nouvelle » qui était apparue dans certains pays. La nationalisation de certains secteurs (déficitaires !) de base; la participation des partis communistes au gouvernement; la pénétration des cadres staliniens dans l'appareil d'Etat (bourgeois !), auraient prétendument modifié la nature sociale de l'Etat et de l'économie de ces pays. Les staliniens n'hésitèrent même pas à mettre un point d'interrogation sur la nature sociale de Roosevelt, le dirigeant politique le plus conscient
L'histoire d'après la deuxième guerre mondiale a connu plusieurs bouleversements rapides des rapports de forces globaux entre les classes. Le déclenchement de la « guerre froide » par l'impérialisme américain, à une époque où l'Union soviétique traversait une grave crise de reconversion de son économie, fut le premier de ces bouleversements; la victoire de la révolution chinoise fut le second. A travers ces événements qui souvent dépassèrent sa compréhension, la bureaucratie soviétique, et avant tout Staline, cherchèrent à s'orienter vers leurs objectifs fondamentaux : défendre l'U.R.S.S. à leur façon (c'est-à-dire avant tout leur pouvoir et leurs privilèges), et éviter de nouvelles extensions de la révolution internationale.
C'est pourquoi le tournant des Partis communistes vers une politique aventuriste sectaire coïncida un peu partout avec le premier reflux du mouvement des masses (lui-même produit de la période précédente d'opportunisme droitier des partis communistes). C'est pourquoi les victoires effectivement obtenues par des partis communistes durant cette période - victoire révolutionnaire du parti communiste yougoslave et du parti communiste chinois - furent obtenues grace à une montée révolutionnaire irrésistible des masses et malgré les « conseils » et les pressions modératrices du Kremlin.
Les succès économiques et techniques spectaculaires que l'U.R.S.S. remporta au cours des dernières années ont, dans une certaine mesure, modiflé à nouveau les rapports de forces entre les classes à l'échelle mondiale. Le langage de la « coexistence pacifique » que la bureaucratie soviétique parle aujourd'hui n'est pas inspiré, comme en 1935, 1941 ou 1945 par un sentiment d'infériorité frisant la panique, mais plutôt par un sentiment de confiance dans ses propres forces. Il n'en reste pas moins vrai que la politique néo-réformiste que le Kremlin impose actuellement aux parus communistes risque d'aboutir à des conséquences non moins néfastes pour le mouvement ouvrier international que la même politique poursuivie il y une ou deux décades.
que l'impérialisme américain ait eu au XX siècle. Ils allèrent jusqu'à dissoudre le P.C. aux Etats-Unis et aux Pays-Bas.
Ils proclamèrent dans tous les pays occidentaux - exactement comme les réformistes après la première guerre mondiale - qu'il fallait d'abord reconstruire (le capitalisme) avant qu'on puisse revendiquer (des augmentations de salaires, sans parler du socialisme). Et tout comme après la première guerre mondiale, la reconstruction du capitalisme aboutit à une perte rapide d'excellentes possibilités révolutionnaires qui existaient un peu partout dans les premières années d'aprèsguerre, tout en semant la confusion, des illusions parlementaires stériles et une démoralisation croissante parmi les ouvriers communistes.
L'argumentation développée par Khrouchtchev au XX• Congrès du P.C. de l'Union soviétique ne représente qu'un aspect du problème néo-réformiste. Cet aspect rencontre sans doute l'adhésion enthousiaste des dirigeants staliniens les plus droitiers en Occident. Avec une certaine justification, Togliatti et Thorez peuvent se proclamer des « précurseurs » et revendiquer leurs droits d'auteur. Mais avant d'examiner la validité de cette argumentation, il faut examiner les sources de ce néo-réformisme à l'époque de la « coexistence pacifique », sources qui sont naturellement du domaine des relations internationales entre les classes. Il ne manque d'ailleurs pas de milieux staliniens intelligents, et surtout celui des compagnons de route, qui développent ouvertement cette argumentation fondamentale.
Elle se situe sur deux plans: celui de la « division » du bloc impérialiste d'une part, et celui de la nécessité d'éviter une guerre destructrice de l'humanité de l'autre.
Le danger numéro 1 du socialisme et de la paix, c'est l'impérialisme américain. Ce n'est pas payer un prix trop lourd pour obtenir son isolement que d'éviter la conquête révolutionnaire du pouvoir en France, en Italie, en Allemagne occidentale, voire en Grande-Bretagne. De là l'orientation « front national » que le P.C.F. reprend périodiquement; les manœuvres du P.C. italien d'obtenir un bloc avec la démocratie chrétienne; et les tentatives du P.C. britannique d'établir une alliance englobant des « conservateurs progressistes ».
Pourtant, depuis 9 ans, l'expérience démontre chaque fois à nouveau que ces espoirs sont parfaitement illusoires. Des divergences et rivalités inter-impérialistes subsistent et subsisteront aussi longtemps que subsistera le capitalisme. Mais du moment que les rapports de forces évoluent défavorablement pour le système capitaliste, à l'échelle mondiale, la bourgeoisie (et avant tout la bourgeoisie la plus expérimentée politiquement, la plus consciente, celle de l'Europe occidentale) pro-
UNE REEDITION DU NEO-REFORMISME STALINIEN :
LA « COEXISTENCE PACIFIQUE »
UNE REEDITION DU NEO-REFORMISME STALINIEN :
LA « COEXISTENCE PACIFIQUE »
Q UATRIEMEIN voquera tout au plus des crises à l'intérieur de l'alliance atlantique, elle ne peut pas faire éclater cette alliance. En gaspillant des occasions révolutionnaires sous pretexte de rechercher « lisolement » de limpérialisme americain, on consolide en fait l'alliance atlantique, car seul moyen pour la faire sauter, c'est d'arracher le pouvoir à la bourgeoisie dans les pays d'Europe occidentale.
Mais toute tentative de conquérir le pouvoir dans un pays-clef d'Europe occidentale ne provoquera-t-elle pas automatiquement une intervention américaine, à savoir la troisième guerre mondiale? Nous voici au cœur de la théorie néo-réformiste actuellement en vogue dans les partis communistes. L'erreur de ceux qui défendent ces théories, c'est qu'ils n'ont pas suivi leurs idées jusqu'au bout.
De quoi s'agit-il en effet? Les rapports de forces étant ce qu'ils sont, toute modification importante en faveur de la révolution implique effectivement un risque d'intervention américaine. Mais de telles modifications ne sont pas obtenues seulement par des progrès de la révolution internationale dans d'importants pays de l'alliance atlantique. Elles sont obtenues aussi par des progrès spectaculaires de l'industrie et de la technique des Etats ouvriers. Pourquoi faut-il admettre que l'impérialisme américain serait davantage effrayé par la conquête du pouvoir par le prolétariat français que par le risque que
VIOLENCE, PARLEMENTARISME
Comment, en effet, Khrouchtchev présente-t-il les choses dans son rapport au XX• Congrès du P.C, de l'Union soviétique ? Partant d'une confusion consciemment établie (à l'exemple de Bernstein et de tous ses disciples grands et petits), Khrouchtchev mélange constamment une série de questions qu'il faudrait pourtant distinguer pour rétablir la position marxiste-léniniste sur l'état, telle qu'elle a été développée avec une maîtrise incomparée par Lénine, dans « L'Etat et la Révolution ». Ce n'est pas par hasard que Khrouchtchev ne se réfère guère à ce classique du marxisme...
Traitant à la fois de la question de la violence, de la guerre civile, de la question de la transformation révolutionnaire de la société, et de l'utilisation du Parlement pour édifier le socialisme, il essaie - de capitaliser le dégoût et la méfiance
— mille fois justifiés ! - qu'inspirent aujourd'hui les méthodes et aventures staliniennes aux travailleurs d'avant-garde, afin de mettre en question les bases léninistes de la politique révolutionnaire.
Nous retrouvons là d'ailleurs une tendance propre à beaucoup de milieux communistes de droite, hier staliniens 100 %, aujourd'hui perroquets des thèses petites bourgeoises selon lesquelles « le-léninismeengendre - nécessairement-le-stalinisme ».
Aux Etats-Unis, la revue hier encore semistalinienne « Monthly Review » vient d'ailleurs de publier un commentaire allant dans ce sens.
Il est clair que la théorie marxiste de l'Etat n'implique nullement la nécessité
TERNATIONALE production d'armements soviétiques atteigne la production américaine à brève échéance ? La logique ultime d'un tel raisonnement serait alors : le désarmement non seulement du mouvement ouvrier international, mais encore l'arrêt du progrès industriel de l'U.R.S.s.
•Le risque d'une guerre mondiale atomique, et tout ce qu'il implique pour T'avenir de l'humanité, est certes réel et terrible. MAIS CE RISQUE EXISTERA AUSSI LONGTEMPS QUE SUBSISTERA L'IMPERIALISME AMERICAIN. La conclusion a tirer de ce risque, ce n'est pas la paralysie du mouvement ouvrier international par des theories néo-réformistes, c'est plutôt de suivre une politique qui assure au plus tôt le maximum de victoires ouvrières - notamment en Europe occidentale - sous des formes et dans des conditions telles qu'elles puissent assurer le maximum d'essor au mouvement ouvrier américain. Ce n'est certes pas une garantie absolue contre la possibilité du déclenchement d'une guerre de désespoir de la part des maitres de Wall street — mais la politique proposée par la bureaucratie soviétique, elle non plus, n'offre pas une telle garantie. L'orientation révolutionnaire permet par contre d'entrevoir une réduction majeure des risques par l'initiative révolutionnaire hardie des masses ouvrières des pays occidentaux -ce que ne permet pas d'entrevoir la politique de Khrouchtchev. ET REVOLUTION PROLETARIENNE de l'emploi de la violence physique sur une grande échelle pour assurer la victoire de la révolution prolétarienne. Cette violence est en proportion directe avec la résistance de la bourgeoisie, la puissance de son appareil d'Etat, la force numérique des couches sociales qu'elle réussit à mobiliser à son appui; elle est donc, du moins en partie, en proportion inverse de la justesse de la politique du parti révolutionnaire, de sa capacité de mobiliser la grande majorité de la nation contre la bourgeoisie, et de neutraliser une partie importante des classes moyennes aisées. De ce point de vue, il est clair que, dans certaines circonstances internationales, le passage du pouvoir de la bourgeoisie au prolétariat peut s'effectuer sans guerre civile et sans effusion de sang dans certains petits pays, où l'appareil de répression bourgeois est très faible. C'est d'ailleurs dans ce sens que Marx avait soulevé cette hypothèse pour des pays comme la
Grande-Bretagne et les Etats-Unis au XIX• siècle, lorsqu'ils n'avaient pas d'armée permanente et peu de forces de répression autonomes. C'est dans le même sens que Lénine avait corrigé cette remarque de Marx, lorsque au XX• siècle ces deux pays se furent engagés dans la voie d'une puissante armée permanente et d'un appareil d'Etat centralisé de plus en plus étendu.
Mais admettre la possibilité que, dans des rapports de forces très favorables, le proletariat puisse conquérir le pouvoir sans effusion de sang est une chose ; affirmer qu'il peut le faire à l'aide du Parle-
QUATRIE EME ment et sans détruire l'ancienne machine de l'Etat, sans construire un Etat d'un type nouveau, un Etat soviétique, basé sur des comités d'ouvriers et de paysans pauvres, c'est passer en plein revisionnisme réformiste, c'est suivre la voie du crétinisme parlementaire le plus vulgaire, ouverte, il y a un demi-siècle, par les théories de Bernstein.
Or, c'est bien dans cette voie que s'engagea Khrouchtchev au XX Congrès lorsqu'il affirma : « En même temps la classe ouvrière possède dans une série de pays capitalistes la possibilité réelle d'unir sous sa direction l'écrasante majorité du peuple et de réaliser le transfert des principaux moyens de production dans les mains du peuple. Les partis bourgeois de droite et les gouvernements qu'ils constituent subissent des échecs de plus en plus fréquents. Dans ces conditions, la classe ouvrière a la possibilité d'infliger une défaite forces réactionnaires, ennemies du peuple — en s'alliant aux paysans laborieux, aux intellectuels et à toutes les forces patriotiques, et en refoulant de façon décisive les éléments opportunistes qui ne réussissent pas à se détacher d'une politique d'alliance avec les capitalistes et les grands propriétaires fonciers — de conquérir une majorité stable au Parlement, et de le transformer d'un organe de la démocratie bourgeoise en un instrument de la réelle volonté populaire. Dans ce cas. cette institution traditionnelle pour beaucoup de pays capitalistes hautement évolués peut devenir un organe d'une véritable démocratie, d'une démocratie pour les travailleurs.»
Khrouchtchev ajoute, il est vrai, dans le paragraphe suivant de son discours, - que « dans les pays où le capitalisme est encore puissant, où il existe un énorme appareil militaire et policier », la résistance violente de la bourgeoisie est inévitable. Mais ses disciples, entrainés par leurs propres préférences, n'y ont pas regardé de si près. Togliatti et Thorez invoquent hardiment la « voie parlementaire vers le socialisme » pour leur pays. et l'on vient d'assister au spectacle quelque peu écœurant du dernier comité national du P.C. des Etats-Unis découvrant cette même voie pour son pays.. qui, comme tout le monde le sait, ne dispose que d'un appareil militaire débile et d'une bourgeoisie incapable de résister à l'assaut des forces communistes!
Ces exemples suffisent à démontrer combien les remarques de Khrouchtchev sont dangereuses et sources de confusion, et quel point elles favorisent l'éclosion d'une véritable déviation réformiste droitière au sein des partis communistes occidentaux.
Il est d'ailleurs clair que l'utilisation de l'exemple des démocraties populaires par
Khrouchtchev et, sur un ton assez ironique semble-t-il, aussi par Mikoyan au
XX Congrès, ne peut que renforcer ces confusions. Si l'expropriation de la bourgeoisie a pu se faire sans guerre civile dans les « démocraties populaires » (à l'exception de la Yougoslavie où elle a fait rage pendant la guerre) c'est que:
1) cette bourgeoisie était déjà économiquement, socialement et physiquement salgnée par la guerre et les occupations successives; 2) l'occupation ou la possibilité immédiate d'intervention de l'armée soviétique rendait cette bourgeoiste inca• pable de toute résistance armée sur une grande échelle; 3) le Parti communiste reçut des mains de l'oceupant soviétique le contrôle d'un nouvel appareil de répression (armée et police) créé de toutes pièces au cours des années 1944-1947. Rétrospectivement, il est clair qu'à l'exception possible de la Tchécoslovaquie, bourgeoisie avait perdu le pouvoir effectif dès 1946 dans tous ces pays, avant meme que son expropriation fut achevée. Mais même dans ces conditions, le transfert de pouvoir ne s'est guère effectué « par la voie parlementaire » mais par une répression impitoyable et le plus souvent absolument injustifiée, l'emprisonnement et la mise à mort non seulemeni des adversaires réactionnaires, mais même des leaders petits bourgeois, sociaux-démocrates, voire syndicalistes non-staliniens, sans parler de l'opposition révolutionnaire. La forme « parlementaire » de l'Etat dans les « démocraties populaires » n'est qu'un simulacre abject, les libertés démocratiques fondamentales ayant été abolies non seulement pour les classes adverses et la petite bourgeoisie mais même (et avant tout ! pour la classe ouvrière.
Si toute la discussion tournait autour du problème de savoir si une pareille mascarade «parlementaire » devait accompagner l'établissement de la dictature du prolétariat, elle ne vaudrait pas la peme de s'y arrêter une minute. Malheureusement lexpérience montre qu'il s'agit, dans la plupart des partis communistes occidentaux, de bien autre chose. Il s'agit d'une reprise de toutes les illusions réformistes de 1935-1938 et de 1944-1947. Il s'agit d'un nouveau bavardage sur le caractère « progressiste » de telle ou telle fraction des grands partis bourgeois, avec lesquels on pourrait faire « un bout de chemin ensemble ». Il s'agit de la défense, à peine couverte, de thèses scandaleuses selon lesquelles les Constitutions française et italienne, qui consacrent et la propriété privée et (dans le cas de la France) la domination colonialiste, pourraient être les cadres d'un passage « pacifique » vers le socialisme. Il s'agit bien d'un néo-réformisme de la pire espèce qui risquerait d'entrainer la classe ouvrière, si elle n'y prend garde, dans des expériences nefastes du genre Front Populaire ou tripartisme, sur lesquelles d'ailleurs les Thorez et Togliatti ont fait a posteriori une autocritique qu'ils semblent étrangement oublier aujourd'hui.
Devant ces bavardages néo-réformistes, il faut rappeler quelques vérités fondamentales, telles qu'elles se trouvent exposées par Marx dans son livre sur la Révolution française de 1848 et sur la Commune de Paris; par Rosa Luxembourg dans sa polémique avec Bernstein et Millerand; par Lénine dans « l'Etat et la
Révolution »; par Trotsky dans sa polémique contre la ligne de l'I.C. en France et en Espagne 1935-1938.
La structure du Parlement moderne est telle qu'il représente un instrument
25"
N idéal pour le règne de la bourgeoisie et absolument inadéquat pour l'exercice du pouvoir par le prolétariat. La bourgeoisie élit des députés tous les quatre ans qui s'en iront trahir leurs promesses aux électeurs et enregistrer, au jour le jour, les décisions de la bureaucratie étatique et des maîtres de la finance et de l'industrie. Pour que la démocratie soit réelle et non plus formelle, il faut que les électeurs puissent rappeler et révoquer leurs élus, et qu'ils contrólent la façon dont ils exercent leurs mandats. Mais une assemblée contrôlée par la masse du peuple, groupée dans ses comités, une assemblée qui n'est plus liée qu'au peuple parce que la grande bourgeoisie aura été expropriée; une assemblée au sein de laquelle regnera le principe d'une rétribution égale à celle d'un ouvrier qualifié et qui sera entourée par des fonctionnaires généralement élus et rétribués de la même sorte - une telle assemblée ne ressemblera pas plus aux Parlements actuels que le jour à la nuit.
Penser que, sans briser l'appareil d'Etat bourgeois, sans désarmer l'armée bourgeoise. sans dissoudre le corps d'officiers. sans éliminer la police d'Etat publique et secrète, sans soumettre tous les agissements des bureaux au controle permanent du peuple, on peut imposer à la bourgeoisie sa propre expropriation, c'est nier toutes les leçons, sans exception aucune, c'est nier 150 années d'expériences de luttes de classe ouvrières.
Et penser que, sans une organisation democratique, a la base, des travailleurs et des paysans pauvres, dans leurs comités, à léchelle de l'entreprise et de la localité, on peut construire un Etat nouveau et une société nouvelle, c'est faire fi non seulement de l'expérience des pays capitalistes, mais encore ne tirer aucune 26
TERNATIONALE leçon de la terrible dégénérescence qu'a subie l'Union soviétique après l'étouffement de la démocratie prolétarienne.
Certes, dans certains pays où le mouvement ouvrier possède d'anciennes et solides traditions démocratiques, l'apparition d'organes démocratiques d'autoadministration et d'auto-gestion du prolétariat s'effectuera avec infiniment moins de frais et de difficultés que dans des pays où de telles traditions font défaut. Un « Parlement » issu d'un tel pouvoir des comités et contrôlé par lui pourrait à la rigueur maintenir une étiquette historique qui rappellerait au peuple d'anciennes traditions révolutionnaires plutot que de trouver des titres nouveaux et surprenants. Mais il n'aura rien de commun avec les Parlements bourgeois, tout comme la démocratie ouvrière n'a rien de commun avec la démocratie bourgeoise.
Affirmer qu'une telle démocratie peut. sans changer de nature et sans modifier les organes de son pouvoir, « glisser imperceptiblement » du camp bourgeois au camp prolétarien fut l'illusion fondamentale de Bernstein ; c'est l'illusion fondamentale qui se répand aujourd'hui dans les P.C. sur la base du discours de Khrouchtchev. Cette illusion qui conduit le parti ouvrier à rechercher l'alliance avec la « gauche » bourgeoise signifie en pratique que, lorsque les travailleurs, par leur action, désirent dépasser le stade du capitalisme « réformé », les réformistes cherchent à les y ramener par la force. C'est une voie qui mène à la défaite et la faillite, mais les militants communistes et les prolétaires conscients d'avoir « raté le coche » en 1936 et en 1944 empêcheront les disciples de Khrouchtchev de les mener une nouvelle fois sur cette voie.