Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 14, n° 4-6

La dissolution du Kominform

Quatrième Internationale, vol. 14, n° 4-6 · juin 1956 · p. 9-11 · 1 342 mots

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Un bref communiqué, publié juste à la veille de l'arrivée de Khrouchtehev et Boulganine en Angleterre, annonça la « cessation de l'activité » du Kominform.

Dès sa formation, instrument de la politique étrangère du Kremlin, le Kominform est resté jusqu'à son dernier acte fidèle à cette fonction. Sa disparition fut annoncée en temps opportun pour faciliter les conversations diplomatiques avee les dirigeants de l'Angleterre capitaliste. C'est là encore une preuve, entre tant d'autres qui parviennent maintenant tous les jours de Moscou et d'ailleurs, du rôle que le stalinisme avait réservé au mouvement ouvrier international: servir comme appoint à l'action principale menée par le gouvernement soviétique, lui-même ne représentant que la direction politique, le « Conseil d'administration » de la bureaucratie soviétique.

Nous apprenons du communiqué mettant fin aux activités du Kominform que cet organisme fut tout d'abord crée, en septembre 1947, « pour faire disparaitre entre les Partis communistes l'isolement qui avait suivi la dissolution de l'Internationale Communiste ». Cela résonne comme une critique indirecte du bien fondé de la dissolution du Komintern décidée par Staline en 1943, également pour mieux servir les intérêts, a ce moment, de la diplomatie soviétique.

Nous apprenons encore que le Kominform « a joué un rôle positif » et que, s'il cesse maintenant son « activité », c'est qu'il « a épuisé ses fonctions » dans le cadre des conditions nouvelles.

Le mouvement commaniste international ne retient de ce rôle « positif » du Kominform que son acte de « bravoure » principal: l'excommunication et l'exclusion du Parti communiste yougoslave intervenues en 1948.

Le Kominform s'est distingué surtout comme une machine de guerre de Staline pour tenter d'amener à la capitulation les communistes yougoslaves, les isoler au sein du mouvement communiste international, et, le cas échéant, les détruire complètement. Dans cette lutte contre les Yougoslaves, le Kominform, instrument de Staline, a dévoré certains de ses propres fondateurs et collaborateurs: Slansky, Kostov, Rajk, Gomulka et Anna Pauker n'y ont échappé que de justesse.

Son bilan est semblable à celui des autres chapitres de la gestion stalinienne : plein de erimes abominables, de falsifications, de calomnies odieuses, qui ont empoisonné l'atmosphère du mouvement communiste international.

Le communiqué a le cynisme de parler à propos de cette machine sinistre, de facteur qui a « renforcé l'internationalisme prolétarien dans les rangs du mouvement communiste international », développé « les relations fraternelles ainsi que l'échange de l'expérience entre les Partis communistes et ouvriers », et mis « en lumière les questions de la théorie du marxisme révolutionnaire » (!), ete.

Faut-il rappeler aux auteurs du communiqué que pas un seul numéro de l'organe du Kominform Pour une paix durable, pour une démocratie populaire, n'est paru depuis la rupture avec les Yougoslaves jusqu'en avril 1953 environ sans contenir son article « théorique » expliquant la réalité « fasciste » du parti et de l'Etat yougoslaves ?

En réalité, politiquement et organisationnellement, le Kominform était à l'image de la phase ultime du règne de Staline: un organisme bureaucratique à l'extrême, tenu par la peur de l'extermination physique de son appareil, et transmettant de manière aveugle la « pensée », la « ligne » de Staline. De ce point de vue sa disparition non seulement ne représente pas la liquidation d'une conquête positive du mouvement international sur d'autres bases politiques et organisationnelles. communiste international, mais libère effectivement la voie pour un regroupement

Seulement, dans ce domaine il est vain d'attendre des dirigeants soviétiques actuels une initiative vraiment positive. La partie du communiqué qui traite l'avenir des relations entre partis communistes est imbue de cet esprit qui, pour se vouloir « large », « non sectaire », « nouveau », caractéristique de l'Ecole titiste, n'en reste pas moins vague, confus, et opportuniste à l'extrême.

On ne peut avoir maintenant aucun doute : le « dégel » du stalinisme, son déclin, auquel nous assistons donne lieu dans sa première phase à une éclosion « titiste ». c'est-à-dire à un centrisme particulier qui veut théoriser le pragmatisme, l'empirisme, l'opportunisme de la politique des gouvernements des Etats ouvriers à l'étape actuelle de statu quo et de « coexistence ».

Les « titistes » font maintenant école dans le monde stalinien. Quelle est en effet la direction générale de leur idéologie? Emousser les différences de nature, de qualité qui existent entre évolution et révolution, entre Etats ouvriers et Etats capitalistes, entre partis révolutionnaires et partis réformistes. C'est une idéologie pragmatique, reflétant le niveau économique et culturel d'une expérience révolutionnaire nationale qui pour réussir et se maintenir a eu à lutter contre les pratiques de la bureaucratie soviétique.

Les idées des dirigeants yougoslaves ne s'élaborent pas en partant de la theorie marxiste-léniniste et des réalités de classe, mais de manière pragmatique, en fonction de leur éducation, de leur horizon national, de leurs réactions contre des pratiques de la bureaucratie soviétique (qu'ils confondent ou veulent confondre avec celles du bolchevisme de Lénine et de Trotsky), et du contexte de la situation internationale actuelle.

Que leurs idées trouvent un si grand écho actuellement parmi les nouveaux dirigeants soviétiques, ceci s'explique par le fait que les uns et les autres ont une origine commune, une fonction commune, et surtout une optique commune: celle du gouvernement ayant réduit le Parti en instrument de sa politique.

Leur politique en matière de liaisons entre Partis communistes peut bien s'avérer celle exprimée par Vlahovitch dans un article qu'il a écrit à la suite de la visite de Khrouchtchev-Boulganine à Belgrade, et que notre mouvement a en son temps commenté: des liaisons lâches pour échanger des informations et lexpérience, et qui ne se limiteront pas du reste entre seuls Partis communistes; elles doivent s'étendre aux partis socialistes, et même à d'autres organisations qui « s'efforcent d'affermir la paix et la démocratie ».

Il est évident que sur une telle base on peut à la rigueur construire un front unique, c'est-à-dire une alliance éphémère pour des buts limités et occasionnels, mais non pas une organisation internationale. 10

Peut-on dire que le mouvement ouvrier n'a pas besoin d'une telle organisation et qu'il doit se contenter de ses Etats et Partis nationaux ? En réalité toute l'expérience qui se dégagera du déelin du stalinisme en cours ne fera que mettre en définitive en valeur deux idées complètement opposées à une telle conclusion: a) La nécessité d'une indépendance stricte des partis révolutionnaires par rapport aux gouvernements, y compris des gouvernements ouvriers. b) La coordination stricte de l'activité de tels partis au sein d'une Association internationale centraliste-démocratique, Parti mondial du prolétariat révolutionnaire.

En déterminant leur politique par rapport aux impératifs de celle du Kremlin, les Partis communistes, y compris celui de l'U.R.S.S., se sont rendus complices des crimes et des fautes de la gestion stalinienne qu'ils ont entérinée aveuglément, et se sont réduits au rôle de pantins de la direction politique de la bureaucratie soviétique.

Leur indépendance critique par rapport au gouvernement soviétique et à tout gouvernement ouvrier est la condition maintenant essentielle pour qu'ils puissent recouvrer leur véritable mission : se déterminer avant tout par rapport aux intérêts du prolétariat révolutionnaire et de la Révolution dans chaque pays.

Mais d'autre part, une telle orientation fait surgir immédiatement d'une coordination internationale de l'action prolétarienne pour la Révolution et le Socialisme. En effet, aussi bien la lutte pour le pouvoir, la révolution, que la lutte ensuite pour la construction du socialisme sont des tâches par nature internationales. Le mouvement ouvrier ne trouve la plénitude de sa pensée et de son action permettant de porter au maximum l'efficacité de l'une et de l'autre, que dans sa coopération étroite au sein d'une organisation internationale démocratique, Parti Mondial de la Révolution et du Socialisme.

Faute d'un tel cadre, le mouvement ouvrier se trouve théoriquement désemparé, pratiquement impuissant. Il risque alors soit l'échec, soit son assujettissement à des influences ou des appareils non prolétariens.

Toutes les tentatives de contrecarrer une organisation internationale du prolétariat ne cachent au fond que l'existence d'intérêts particuliers, non prolétariens qui s'efforcent ainsi d'éviter leur confrontation avec les intérêts internationaux du prolétariat et leur disparition inévitable dans une telle confrontation.

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