Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 14, n° 4-6

Instabilité en Argentine

Quatrième Internationale, vol. 14, n° 4-6 · juin 1956 · p. 8-9 · 1 210 mots

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Neuf mois après la chute et la fuite de Peron, le gouvernement Aramburu qui succéda immédiatement à celui de Lonardi, n'a pas pu non plus se stabiliser.

On assiste en permanence en Argentine à des tentatives de coups d'etat, pronunciamientos, de complots, tantôt civils, tantôt militaires, à tendance péroniste, ou bien à des conspirations de nationalistes, militaires ou non, associes a crates chretiens partisans de la bourgeoisie industrielle. Les effets du développement industriel du pays, le social et politique masses travailleuses argentines à la suite d'un tel développement industriel se font sentir de tout leur poids dans la situation actuelle du pays.

Il est vrai que le gouvernement a pu jusqu'ici, d'une façon ou d'une autre, faire échec aux tentatives de le pour qu'il puisse stabiliser et imposer le retour de la pays il lui faudrait encore briser la résistance des masses qui s'opposent à la renaissance de ce passé. Or dans ses tentatives pour briser cette résistance des masses. le gouvernement a échoué et échouera toujours. Car la détermination des masses de barrer la route à la vieille réaction est des plus grande. Il suffirait d'un appel des dirigeants péronistes à une greve générale ou que les masses se préparent à une riposte armée, pour que le gouvernement actuel tombe en vingt-quatre heures.

Mais la direction péroniste se garde bien de faire de tels appels car elle craint surtout, et non sans raison, que la mobilisation des masses n'échappe à son contrôle et ne devienne, dans la lutte contre le gouvernement independant servant leurs propres intérêts de classe. C'est pourquoi la direction péroniste se borne menacer gouvernement de l'action des travailleurs même à la tactique des sabotages en vue d'obliger le gouvernement à pactiser faire des concessions en la bourgeoisie industrielle. C'est pourquoi elle entretient dans les masses l'illusion d'un retour éventuel de Péron en Argentine.

Bien qu'elles soient sans direction révolutionnaire, qu'elles aient été trahies dans deux greves générales, qu'elles se voient pratiquement depossédées de leurs là terreur du gouvernement, les masses font continuellement preuve d'esprit combatil syndicats et de leur centrale syndicale, qu'elles subissent toujours répression et et de leur opposition résolue au retour de l'oligarchie. Et elles le prouvent par des luttes quotidiennes dans les usines ou par des mouvements plus larges comme la récente grève des transports à Buenos-Aires.

Un retour éventuel de l'oligarchie n'est pas seulement haï par la grande masse des travailleurs, mais aussi majorité celle-ci aida au renversement de Péron, ce fut avec l'espoir de voir s'ouvrir devant elle une nouvelle situation lui permettant des conditions de vie meilleure jouissance des droits démocratiques. Maintenant elle réalise que la chute de Péron lui a pas apporté une amélioration matérielle mais encore que démocratiques sont de plus en plus réduits par la nouvelle équipe vernementale. menage-t-elle pas ses critiques au gouvernement, et si mécontentement à l'égard de celui-ci, c'est parce que Péron ne revienne dans le pays. Pour que le gouvernement actuel puisse trouver une stabilité même relative, lui faudrait soit établir une dictature militaire ouverte écrasé la mobilisation des masses, soit leur accorder des droits démocratiques et des conditions de vie meilleures. Or cette seconde « manière » est exelue. Aussi le gouvernement doit de la masse petite bourgeoise dont les craintes d'un de Péron sont entretenues par le gouvernement. Cependant ce lui suffisant pas, vers d'autres solutions. En effet, lappui secteurs les plus réactionnaires des radicaux et des socialistes, il prépare des élections seraient élus les candidats gouvernementaux, temps le terrain pour instaurer une dietature militaire ouverte pour le cas où lopération électorale ne réussissait pas.

Jusqu'ici, ce sont les masses ouvrieres et paysannes, suivies par des couches de la petite bourgeoisie, qui ont d'une part empêché l'instauration d'une dictature militaire ouverte et, d'autre part, ont accentue par leur mobilisation l'instabilité d'un gouvernement secoue par des crises ministérielles périodiques.

La capitulation et la lâcheté de la direction péroniste avant et après la fuite de Péron, puis la trahison du Parti communiste soutenant Lonardi, enfin l'expérience que les masses elles-mêmes ont fait depuis, à travers une lutte révolutionnaire qui manquait cependant de direction et de programme, ont servi d'enseignements précieux à de très vastes secteurs ouvriers. Ces secteurs s'orientent déjà vers l'organisation des travailleurs pour une lutte indépendante la construction Parti ouvrier de masses. L'idée de construire un tel parti se répand de plus en plus parmi les travailleurs.

Sentant ce danger, le gouvernement a interdit aux organisations ouvrières d'intervenir en politique. Pour assurer cette interdiction il a réglementé ad hoc le mouvement syndical. Il a en outre pris des décisions de nature à stimuler la constitution de plusieurs syndicats et de plusieurs centrales ouvrières. opération est visible : le gouvernement cherche à disloquer le mouvement ouvrier 8 arganisé, à détruire sa centralisation, que les masses avaient imposée à Péron par leur mobilisation grandissante.

Cependant les plans d'Aramburu dans ce • domaine rencontrent toujours la résistance des ouvriers dont la solidarité et l'unité se sont développées de plus en plus. Ils passeront outre aux mesures gouvernementales concernant la réorganisation du mouvement syndical voulue par Aramburu. La lutte pour imposer et maintenir l'unité du mouvement syndical, ainsi que la lutte pour arracher la C.G.T. à la actuelle du gouvernement, peuvent ouvrir de larges perspectives revolutionnaires en Argentine.

Dans la presente etape, la lutte des masses pour reprendre leurs syndicats et la C.G.T. soumis au contrôle direct du gouvernement, va de pair avee une action pour l'organisation politique de la classe. C'est ainsi que les ouvriers ont réussi à influencer une partie des classes moyennes et même à les entraîner dans des actions communes (dans les transports, les établissements bancaires, etc.). Malgré les ditticultés d'une lutte indépendante par rapport à la direction péroniste pour reprendre en mains les syndicats la construction d'un parti ouvrier de masses, la nécessité de cette lutte ressentie par les secteurs les plus avancés et les plus combatifs de la classe.

Le besoin de lutte pour reprendre mains les syndieats est tellement grand qu'en l'absence d'une direction et de directives concrètes, les masses ont recours, défaut d'autres moyens, des ruses pour faire échec aux décisions « syndicales » du gouvernement. Cet esprit combatif des masses, se développant davantage à chaque nouvelle situation, illustrera devant un grand secteur ouvriers d'avant-garde la nécessité de construire un Parti ouvrier de masses basé sur les syndicats. La construction de ce parti, instrument nécessaire pour diriger les masses dans leurs luttes, marquera incontestablement le point le plus élevé du développement politique de la classe ouvrière argentine. Et rien — pas même la venue éventuelle d'un gouvernement pro-péroniste — ne pourra empêcher la construction de ce parti.

Les marxistes révolutionnaires argentins ont pour devoir, dans cette étape d'œuvrer inlassablement a la construction du Parti ouvrier de masses basé sur les syndicats, tâche décisive pour les prochaines grandes luttes des travailleurs argentins.

P.S. - Cette note avait été écrite avant le récent soulèvement que le gouvernement vient de réprimer. Sa ligne générale n'en est pas pour autant altérée. Privé de l'appui actif des masses ouvrières, le soulèvement des milieux militaires péronistes n'a servi qu'a accentuer la répression du gouvernement. Il se peut meme que ce dernier cherche à faire avorter prématurément un mouvement mieux organisé dont il avait connu la préparation. La dissolution du Kominform

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