La politique yougoslave est à la recherche d'une nouvelle orientation. L'amitié retrouvée avec le Kremlin n'a été que de courte durée. Elle représentait un rapprochement sur une base foncièrement opportuniste, le 20° Congrès de I'U.R.S.S. ayant plus ou moins viré dans le « titisme ».
En contre-partie de cette conversion « idéologique » des nouveaux maitres du Kremlin, les dirigeants yougoslaves, « oubliant eux aussi le passé, n'ont mas hésité à leur donner l'absoute et à saluer ce scandaleux « retour à Lénine » et ses curieux « représentants ».
La réalité a bien vite démontré la fragilité de l'accord sans principes — au moins sans principes léninistes les deux directions en euphorie de « détente » et de "coexistence pacifique ». La crise montante de l'impérinlisme dans le Moyen-Orient, et celle du stalinisme, dans le « glacis » en particulier, ont amené les relations soviéto-yougoslaves au bord d'une nouvelle rupture.
Le « titisme » légitimé à nouveau par le Kremlin en tant que « voie possible Démocraties Populaires et les Partis Communistes. socialisme » a incontestablement attisé les ferments anti-staliniens dans les
De ce point de vue il joue un rôle progressif, en stimulant les tendances communistes qui aspirent à l'indépendance nationale et à la démocratisation du régime politique, et des Partis .
Mais le « titisme » ne peut pas offrir la plateforme d'un assainissement et d'une réorientation véritables du mouvement communiste international. Car " titisme » représente lui-même une variante de bureaucratisme « éclairé », imprégné par les limitations nationales et paysannes de sa base.
La démocratie prolétarienne en Yougoslavie reste toujours paternaliste, limitér à son aspect économique des conseils ouvriers des entreprises. aussi bien à la pluralité des Partis Ouvriers qu'aux tendances idéologiques au sein de l'Union des Communistes.
La structure du régime politique et du Parti est encore rigoureusement monolithique. La littérature trotskyste y est également aussi rigoureusement bannie qu'ailleurs.
Les dirigeants yougoslaves avaient espéré et souhaité une « déstalinisation » qui ne dépasse pas le « titisme ».
Ils ont meme consenti, lors de la deuxième visite de Khrouchtchev et du voyage le Tito en Crimée à un véritable nouvel « accord de Yalta », qui visait à stabiliser la « destalinisation » à un certain échelon, et même à un partage d'influence entre eux et le Kremlin dans les « Démocraties Populaires ».
Aussi alarmés que le Kremlin par les événement de Poznan, ils n'ont pas hésité à les caractériser avec des mots presque identiques à la très docte et très mensongère
A Yalta Tito a consenti à s'entretenir avec Gero, à se « réconcilier » avec lui et à le cautionner juste à la veille de son renversement par les masses hongroises.
La solidarité bureaucratique s'apprêtait à s'étendre quand elle a été mise en échec par l'ouragan des masses déchainées.
Les dirigeants yougoslaves ont eux-mêmes traversé une crise lors des événement. hongrois et elle n'est pas finie.
Surpris de orientés par rouen es mais et face charedage die écroulement de l'échafaudage la " détente » internationale, ils ont senti la terre trembler sous leurs propres pieds.
Les limites et les failles de leur régime ont apparu clairement dans l'éclat des flammes de la Révolution hongroise.
Désormais il sera impossible d'ignorer l'avance prise dans la concrétisation du vrai pouvoir populaire et de la véritable démocratie politique prolétarienne par les acquisitions grandioses de la révolution hongroise et même de la révolution polonaise.
Du coup la Yougoslavie titiste se trouve devant le dilemme soit de s'aligner sur ces acquisitions soit de se voir détrôner de son leadership dans la « destalinisation ».
La direction yougoslave est depuis un certain temps déjà en perte de vitesse devant les événements dans ce domaine.
Sa sclérose bureaucratique peut s'avérer fatale pour son prestige et sa stabilité. L'appui embarrassé, effectivement contradictoire, donné à la deuxième intervention de l'armée soviétique en Hongrie et au gouvernement fantoche de Kadar. lui restreint considérablement les marges de manœuvres à la fois par rapport aux masses révolutionnaires, actuellement si éveillées, si attentives, et au Kremlin.
Le prolétariat révolutionnaire attend de la Yougoslavie une prise de position claire sans équivoque opportuniste, une rupture nette avec le stalinisme, une réorientation révolutionnaire, vraiment léniniste, tant de sa politique intérieure qu'extérieure.
Le Kremlin vise d'autre part à repousser la Yougoslavie dans la position d'un 11 allié mineur, parmi les autres « Etats socialistes » et à lui enlever les prétentions d'une hégémonie idéologique quelconque.
Prise entre ces deux pressions la Yougoslavie est destinée maintenant à évoluer. La IV• Internationale ne peut que souhaiter que cette évolution se fasse en direction d'une véritable lutte léniniste contre le stalinisme, produit effectivement de la dégénérescence bureaucratique de l'U.R.S.S., comme les trotskystes l'avaient depuis très longtemps déjà affirmé et démontré.
Mais cette lutte ne pourrait être efficace sans une rupture de la Yougoslavie elle-même avec la politique empirique et opportuniste des dernières années, l'instauration d'une véritable démocratie politique prolétarienne et une alliance mouvement communiste international, au sein d'une véritable Internationale Révolutionnaire.