Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 14, n° 10-12

Le 8e Congrès du P.C. chinois

Quatrième Internationale, vol. 14, n° 10-12 · décembre 1956 · p. 12-13 · 1 151 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Le 8º Congrès du P.C. chinois qui s'est tenu dans la deuxième quinzaine de septembre a confirmé l'effort de « déstalinisation » entrepris depuis déjà quelques mois, lors de la deuxième session du Congrès national du peuple en juillet (1). De la manière empirique et, pour tout dire, foncièrement opportuniste, qui lui est propre, la direction chinoise s'efforce de s'adapter aux changements nationaux et internationaux et d'éviter les plus grossières erreurs et crimes de la gestion stalinienne en U.R.S.S. et dans les « démocraties populaires» européennes.

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que cette direction, tout en s'élevant maintenant elle aussi contre le « culte de la personnalité » et des « leaders » infaillibles. déclare en laquelle s'est affermi le contrôle de Mao Tse-Tung sur le parti) et avoir toujours respecté le régime « centraliste-démocratique » du parti.

Et pourtant entre le 7° et le 8• Congrès du parti onze années se sont écoulées sans que le parti soit consulté sur les événements historiques qui ont marqué l'ascension de ce parti au pouvoir, la victoire de la révolution chinoise et même son passage de sa phase démocratique bourgeoise à sa phase « socialiste ».

Les nouveaux statuts adoptés lors du 8º Congrès prévoient maintenant des Congres à tous les échelons (national et régionaux) chaque année, des élections à tous les postes au vote secret et la tolérance des tendances minoritaires, pourvu qu'elles respectent la discipline à l'extérieur.

Ce sont là des innovations « démocratiques » qui contrastent aussi bien avec les pratiques passées du parti dans ce domaine qu'avec le régime toujours en vigueur dans les autres partis communistes.

Il reste naturellement à voir de quelle manière ces décisions seront honorées en pratique. La « démocratisation » du parti est le corollaire de la « démocratisation » du régime politique qui se manifeste par l'accent mis à nouveau par le Congrès sur le « système multi-parti ». Afin de « développer pleinement les libertés démocratiques » en Chine et d'associer ainsi « toutes les forces œuvrant à la reconstruction socialiste du pays », le Congrès a réaffirmé « le principe d'une coexistence à long terme et d'un contrôle mutuel » entre le Parti communiste et les « différents partis démocratiques ».

« La base sociale » de ces partis, a déclaré Liu-Chao-Chi dans son rapport politique « est constituée par la bourgeoisie nationale, les couches supérieures de la petite bourgeoisie et les intellectuels de ces classes. »

Selon les dirigeants chinois, ces classes et couches, tout en ayant perdu leur base économique et surtout leur pouvoir politique, continuent à subsister grâce à la force de « leur idéologie, de leurs mœurs et de leur style de travail ».

« Pour cette raison, écrit Chen Chih Yuan, dirigeant de la Ligue démocratique de Chine (Quotidien du Peuple, 21-22 novembre), de tels partis peuvent prolonger leur existence, y compris dans une société socialiste. »

Il est dès lors de l'avantage du Parti communiste, concluent les dirigeants chinois, de coopérer pour toute une période avec ces partis au lieu de se fier à un système «monoparti », sujet au danger de bureaucratisme.

De cette argumentation des dirigeants chinois, il faut surtout retenir les points suivants : le Parti communiste est le seul parti du prolétariat et de la paysannerie pauvre; les autres partis représentent les résidus des classes et couches non prolétariennes, converties par « l'éducation et la persuasion » au « socialisme ».

Ce système « multiparti » sui generis dont les Chinois prévoient maintenant l'existence pour toute une période est leur manière de tourner les difficultés du système « monoparti » qui vide le contenu de la démocratie politique prolétarienne, tout en sauvegardant le monopole du Parti communiste en tant que parti exelusif du prolétariat.

(1) Voir « Les effets de la déstalinisation en Chine (Quatrième Internationale, septembre 1956). 12

En dehors de ces innovations « démocratiques » concernant le parti et le régime politique, le 8º Congrès s'est surtout occupé de l'avenir économique de la Chine et de la discussion du 2 Plan quinquennal qui débutera en 1958.

C'est surtout ce plan qui marquera la transformation du pays à prédominance agraire en « pays industriel ». Les dirigeants chinois pensent pouvoir atteindre ce but vers 1967, lors de l'accomplissement du 3 plan quinquennal.

Le principal objectif de ce plan est d'obtenir en 1962 la production, par l'industrie nationale, d'environ 70% des machines et de l'équipement nécessaires pour la construction économique de la Chine.

Les chiffres, aussi bien ceux de la production industrielle (2) à atteindre à cette date que ceux de l'agriculture (3), si modestes soient-ils en valeur absolue et surtout par tete a habitant, par rapport à ceux des pays industriels avancés, n'acquièrent une signification que comparés aux niveaux de la Chine prérévolutionnaire ou ceux projetés par l'industrialisation en cours en Inde. Dans les deux cas, la comparaison est tout à l'avantage de la Chine nouvelle.

Les points faibles de la reconstruction socialiste de la Chine résident dans le bas niveau des masses qui ne s'améliorera que très lentement et dans les conditions primitives qui prévalent dans l'agriculture « socialiste ». Le plan prévoit une augmentation de 25 à 30% des revenus des ouvriers et des paysans, mais qui est liée à l'augmentation de la production et de la productivité.

D'autre part, tout en insistant sur un développement important de l'industrie légère et de l'agriculture, parallèle à celui de l'industrie lourde, les chiffres des investissements et du pourcentage d'accroissement dans ces deux branches ne justifient que des espoirs très modestes.

L'état de l'agriculture est incontestablement le point le plus sombre du tableau. Sur le papier, administrativement, la « socialisation » de l'agriculture englobe main. tenant la presque totalité des 120 millions de familles paysannes, formant environ un million de « fermes collectives » (contre 90.000 kolkhoz en U.R.S.S.). Mais l'augmentation prévue par le plan de production agricole doit venir pour environ 35% par l'irrigation existante et des engrais naturels sur place. Les vastes plans d'irrigation, une utilisation plus rationnelle des ressources existantes, conditions locales attendre quelques nécessaires.

On conçoit dans ces conditions combien fragile est la « socialisation » de l'agriculture et les énormes problèmes économiques et sociaux en perspective.

Encore une fois, il est clair que l'avenir de la Chine, si elle veut éviter pour ses masses le chemin de Golgotha qu'ont connu les masses soviétiques et les dangers de *la bureaucratisation du pouvoir, réside dans une planification sur une échelle internationale. Pour cela, la victoire de la révolution politique en U.R.S.S. et la victoire de la révolution dans les pays capitalistes avaneés sont plus que jamais nécessaires.

(2) En 1962 : charbon 190 à 210 millions de tonnes, électricité 40 à 43 milliards de Kwh, acier 10,5 à 12 millions de tonnes.

(3) En 1962 : grains : 250 millions de tonnes ; coton : 2,4 millions de tonnes.

Une erreur sur cette page ?