Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 14, n° 10-12

Le deuxième mandat d'Eisenhower

Quatrième Internationale, vol. 14, n° 10-12 · décembre 1956 · p. 10-10 · 722 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Eisenhower a été élu, comme prévu, avec une majorité écrasante de 9 millions de voix environ (soit 58% du total contre 55 % lors des élections précédentes).

En même temps, pour la première fois depuis cent ans, le contrôle du Congrès passe aux mains d'un parti autre que celui auquel appartient le Président élu.

Les Républicains ont surtout gagné dans l'Est du pays, les Démocrates dans l'Ouest. Ce trait, certains analystes du scrutin du 6 Novembre, l'attribuent au fait que les habitants des états de l'Est se sont montrés plus sensibles que ceux de POuest à la situation internationale et ses dangers, et surtout au fait que les difficultés des fermiers l'administration républicaine et le mécontentement des ouvriers avec sa politique « grand-capitaliste » ont plus joué à l'Ouest qu'à l'Est.

De toute manière ni la « révolte des paysans », sur laquelle comptaient tant les démocrates, l'appui donné par la centrale syndicale A. Stevenson ne semblent avoir influencé considérablement le vote des électeurs.

Eisenhower a été plébiscité avant tout en tant qu'incarnation de la « prospérité » et de la « paix ».

• Les dangers graves qui planaient sur celle-ci au moment des élections ont plutôt joué en sa faveur.

Les électeurs ont estimé qu'il me fallait pas changer « les chevaux au milieu du torrent » et ont fait acte de confiance à l'homme « pondéré » du « juste milieu ».

Sa victoire éclatante ne peut que le renforcer dans sa conviction que « le républicanisme moderne » dont il se flatte d'être le représentant résume admirablement « le bon sens américain » contemporain.

Il croit avoir ainsi rénové le Parti Républicain qui risquait de dépérir complètement sous la gestion de la vieille garde ultra-droitière. Son « républicanisme moderne »

, se semane de la majorit de la sote ancre * m mouvement politique cohérent, distinct » qui « est véritablement libéral » en même temps que « véritablement conservateur » à l'image

Cette mentalité est incontestablement le reflet des conditions économiques et sociales particulières qui prévalent toujours aux Etats-Unis.

Le fait que la prospérité économique est pratiquement ininterrompue depuis la grande crise de 1929-1933 n'a pas manqué d'avoir des donséquences sociales et politiques importantes, dont la plus éclatante est incontestablement le retard si grave de la politisation de la classe ouvrière américaine.

Les résultats des élections du 6 novembre, ont donné une nouvelle preuve de re retard, aussi bien par les minimes pourcentages recueillis par les quelques candidatures averas Cente le hile 0. que par la prostration dans laquelle ils ont plongé la direction réformiste de la TELENE

Au lieu de chercher l'explication — au moins partielle — du désastreux résultat électoral dans sa politique de soutien des candidats démocrates, et dans son refus obstiné d'une politique de classe en faveur d'un Labour Party et de candidats ouvriers, cette direction reste éblouie devant l'ampleur de la victoire d'Eisenhower, . et considère comme « miraculeuse », dans un tel raz de marée, la victoire démocrate au Congrès.

Les augures pour le nouveau mandat d'Eisenhower, sont cependant sensiblement plus défavorables qu'en 1952.

En politique intérieure il aura à affronter une situation économique caractérisée par la tendance du boom industriel à plafonner et surtout par les menaces de la poussée inflationniste qui s'accentue.

D'autre part un grand nombre de Noirs ont fait confiance à l'administration républicaine pour rendre effective l'abolition de la ségrégation, face à un raidissement des réactionnaires du Sud, alliés de la vieille garde ultra-droitière du Parti républicain.

Mais c'est surtout en politique extérieure que le Président du « juste milieu » aura de la peine à éviter des décisions graves, s'il veut maintenir leadership américain dans l'alliance atlantique et sauvegarder les intérêts fondamentaux de Washington.

L'équilibre instable établi dans le passé, entre l'impérialisme américain, la bureaucratie soviétique, et les directions féodo-capitalistes de la révolution coloniale montante, est actuellement gravement rompu, principalement par l'action révolutionnaire tumultueuse des masses.

Disposant d'un pouvoir bonapartiste accru, le Président aura cette fois-ci comme tâche, non pas tellement d'arbitrer entre tendances plus ou moins convergentes dans un climat « d'euphorie » et de « détente », mais de décider, de trancher, entre impératifs contradictoires, et au milieu de forces hautement explosives.

Il se peut que le deuxième mandat d'Eisenhower soit effectivement, comme on le dit, d'importance « historique ».

Une erreur sur cette page ?