(1886-1956) Avec André Marty disparait une des figures les plus héroïques de l'avantgarde du mouvement ouvrier français.
Il était né dans une famille de révolutionnaires; son pere ayant éte condamne a mort pour sa participation a la Commune de Narbonne en 1870 avait vecu en exi parmi les milieux révolutionnaires de Barcelone et de Buenos-Aires.
Avant 1914, Marty appartenait aux milieux anarcho-syndicalistes et syndi calistes-révolutionnaires. qui représentaient réaction, bien dépourvue de bases théoriques, à l'opportunisme du parti socialiste. C'est dans ces milieux que naîtront les premières oppositions à la première guerre mondiale et les premiers courants en faveur de la Révolution d'Octobre.
Professionnel hautement qualifié, Marty était en 1919 officier-mécanicien sur le « Protet » qui se trouvait dans la flotte française envoyée en Mer Noire
›our appuyer les troupes d'intervention contre le pouvoir bolchevik. André
Martv sera alors un des animateurs de la glorieuse révolte des marins francais un de ceux qui avaient pris contact avec les organisations révolutionnaires de ces régions.
Le conseil de guerre le condamna à la dégradation militaire et à 20 ans de travaux forcés après un procès dans lequel il défendit avec force la révolte des marins.
Une grande campagne pour lamnistie à travers toute la France, marquée par le succès de la candidature de Marty à une cinquantaine d'élections, aboutit à le libérer en juillet 1923.
Quelques mois plus tard, il adhéra au Parti communiste. Il sera élu déput ommuniste en 1924 et le restera jusqu'en 1955. Il fut conseiller municipal de Paris. Dès 1925 il sera membre du C.C. et devint plus tard membre du Bureau politique et membre du Comité exécutif de l'Internationale communiste, siégeant au secrétariat de celle-ci de 1935 à 1943.
Pendant cette période d'avant-guerre, il fut à nouveau arrêté à deux reprises et c'est aussi à la suite d'une élection qu'il fut libéré. En tout il fit dans sa vie près de 8 années de bagne et de prison.
Il participa à toute la politique stalinienne, notamment pendant la guerre d'Espagne dans laquelle il fut inspecteur général des Brigades internationales. Dans cette période il apparut complètement pris par le stalinisme. Trotsky souligna le rôle destructeur du stalinisme en déclarant que même un homme de la trempe de Marty avait été détruit par lui.
Cependant, dès le lendemain de la deuxième guerre mondiale, des militants du P.C.F. voyaient en Marty le symbole d'un courant de gauche, en opposition à la politique droitière de leur parti. Dans quelle mesure Marty tenta de mener une telle lutte, il ne l'a jamais dit plus tard. En tout cas, à un moment donné, le noyau stalinien — Thorez spécifiquement — le considéra comme un « corps étranger » dangereux et monta contre lui une affaire, dont certains aspects 14
QUATRIEMEINTERNATIONALE sont encore mystérieux. Il fut d'abord accusé de « travail fractionnel », traité ignominieusement, chassé de son domicile, volé de ses papiers, abandonné de sa femme. Finalement il fut, en fin 1952, exclu du parti — dont il était encore quelques mois auparavant le 3 personnage - comme traitre et policier. Il avait alors 66 ans et les années de bagne et de prison avaient fortement compromis sa santé.
Il ne resta autour de lui que quelques anciens marins de la Mer Noire. C'est alors que les trotskystes et les libertaires, malgré ce qui s'était passé en Espagne, prirent contact avec lui, comprenant qu'il était exelu parce qu'il était effectivement un révolutionnaire étranger à la bureaucratie et au stalinisme.
Dans cette période, il procéda à un réexamen complet de tout le passé. Il n'était nullement un théoricien, mais avant tout un homme d'action dans les masses auxquelles il savait s'adresser dans un style très direct. Néanmoins, avec beaucoup de conscience révolutionnaire, il sut se réorienter, comprit le stalinisme et se prononça dans son livre, « L'affaire Marty >, pour un nouveau parti ouvrier révolutionnaire et pour une nouvelle Internationale révolutionnaire. Il eut des rapports très fraternels avec nous et appréciait particulièrement notre revue. Toutefois, habitué au travail de masse, il ne put aller plus loin et ne comprenait pas les petites formations d'avant-garde, leurs problèmes intérieurs, leurs querelles, leurs déchirements. Nous sommes convaincus que dans un mouvement révolutionnaire de masse, il se serait encore plus rapproché de notre mouvement.
Sa dernière manifestation publique, en quelque sorte son « testament politique », fut une lettre à Gomulka écrite quelques jours avant sa mort, saluant la révolution polonaise. Il n'y a pas de doute que la mort de Marty est un coup pour l'avant-garde révolutionnaire en France où il aurait pu jouer, pour la rénovation du mouvement communiste, un rôle semblable à celui de Gomulka.
Cet homme qui, de son vivant, avait vu en U.R.S.S. des usines, des navires de guerre portant son nom, est mort à un moment où la bourgeoisie et les staliniens avaient aussi réussi à faire presque complètement le silence sur lui ; mais le mouvement révolutionnaire qui désormais ne cesse d'aller de l'avant rendra à sa mémoire la place qu'elle mérite dans son histoire.
La IV• Internationale lui rendit publiquement hommage, lors de ses obsèques qui eurent lieu à Perpignan le 26 novembre.
(Dans le numéro 52 de « La Vérité des Travailleurs », première quinzaine de décembre 1956, lire : Dernier entretien avec André Marty, par Pierre Frank.)