Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 14, n° 10-12

La révolution politique en Pologne et en Hongrie

E. Germain · Quatrième Internationale, vol. 14, n° 10-12 · décembre 1956 · p. 16-31 · 12 800 mots

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I. - Victoire en Pologne.

Avec une rapidité dépassant les espoirs les plus téméraires, la montée révolutionnaire des masses dans les « démocraties populaires » a brûlé les étapes au cours de l'été et de l'automne 1956. Dans le dernier numéro de notre revue nous avions affirmé qu'après la grève de Poznan, l'opposition de gauche démocratique au sein du P.C. polonais avait conqu's de haute lutte la liberté de critique, de

Une première étape importante vers cette révolution avait été le VII Plénum du C.C. du P.C. polonais, plénum appelé à tirer les leçons des événements Poznan. Contre l'opposition des représentants de la bureaucratie soviétique (1), la majorité du C.C. avait décidé de poursuivre la politique de démocratisation et de « déstalinisation » du régime. Mais la direction du parti resta inchangée. 1l s'avéra bien vite qu'une importante fraction du Bureau Politique, représentant environ un tiers des membres du Comté Central, était mortellement opposée à la poursuite de cette politique.

Conflits d'idées ct de tempéraments? Certes, mais avant tout conflit social, d'interets materiels. Les travailleurs, les communistes oppositionnels polonais l'avaient si bien compris qu'ils avaient appelé cette tendance la « fraction de Natolin ». d'après le faubourg chic de Varsovie où les grands bureaucrates du régime avaient leurs somptueuses villas. Les principaux dirigeants de cette fraction étaient Novak, Mazur, Klosiewicz, Zawadsky et, avant tout, le maréchal Rokossovsky qui représentait le trait d'union entre ces dirigeants politiques de la bureaucratie polonaise et la bureaucratie soviétique elle-même.

Contre cette tendance bureaucratique, conservatrice et néo-stalinienne se dressa l'opposition dirigée notamment par Zambrowsky. Morawsky, Cierankiewicz, Rapacki et d'autres. Les dirigeants de cette tendance représentent une alliance entre

(1) Voir le dernier n° de « Quatrième Internationale. 16 parole et de presse. En ces jours mémorables d'octobre 1956, qui resteront gravés au cœur des générations futures à une place toute proche de celle qu'occupe Octobre 1917, la classe ouvrière polonaise, dirigee par cette tendance communiste oppositionnelle, a arraché une première et magnifique victoire dans la révolution politique contre la bureaucratie. deux éléments: d'anciens dirigeants de la bureaucratie (surtout d'origine socialdémocrate) qui, sentant le changement d'atmosphère et des rapports de forces. étaient prêts à s'accrocher au pouvoir en passant avec armes et bagages dans le camp de l'opposition, des elements communistes en général Jeunes et originaires des J.C. qui étaient pres de la classe ouvrière et devenaient les porteparoles, mi-consciemment, mi-objectivement, de la tendance prolétarienne de base. Morawski et les dirigeants de l'organisation du parti de Varsovie et de Lodz, les deux principaux centres ouvriers du pays, étaient caractéristiques de cette tendance.

Celle-ci était en quelque sorte « prolongée » sur sa gauche par des groupes d'activistes ouvriers qui commençaient à organiser une campagne pholique contre la bureaucratie, se déplaçant d'usine en usine et de vılle en ville en essayant de dresser la base ouvriére contre la bureaucratie. Les activistes ouvriers de l'usine d'automobiles Zeran de Varsovie étaient les représentants les plus conscients de ce courant revoluv onnaire prolétarien.

Au Comité Central, staliniens et « oppositionnels » démocrales disposaient chacun d'environ 35% des voix. La fonction d'arbitres revenait à une série d'éléments indécis, le « marais » de cette Convention de la revolution polonaise. On supposait en general que le comportement de lancien secrétaire général du parti, Gomulka, épure en 1949, emprisonné pendant trois ans pour « titisme » et libéré depuis peu de prison, serait décisif pour l'évolution de ces éléments « indécis ». Les

DU VII AU VIII• PLENUM DU C.C. POLONAIS

DU VII AU VIII• PLENUM DU C.C. POLONAIS

INTERNATIONALE rapports de forces politiques et sociaux exerceraient également une influence importante sur leur orientation. Il semble que la bureaucratie soviétique abandonna des le mois de septembre son opposition à un retour de Gomulka au C.C. et même au B.P. ou au secrétariat du Parti. Elle chercha au contraire à entrainer Gomulka de son côté dans la lutte fractionnelle. Après un mois d'hésitation, l'attitude de Gomulka se précisa dès le début d'octobre 1956. En se rangeant du côté des « démocrates », au moment où le mouvement des masses connassait déjà un essor extraordinaire, il assura à l'opposition une majorité presque certaine au Comité Central.

Le trimestre de lutte fractionnelle qui se déroula entre le VII et le VIII Plénum du Comité débuta d'ailleurs par un autre revirement sensationnel. Ochab, premier secrétaire du parti, considéré jadis comme un « stalinien dur » de la pire espèce. se transforma rapidement en protagoniste de la tendance « democratique ». Ea Pologne, on attirma en général qu'il s'agit d'une conversion aussi sincère que rapide, opérée sous la pression des événements de Poznan et de leurs répercussions dans la classe ouvrière et dans le pays. D'autres, par contre, affirment que cette conversion s'est opérée sous le signe de l'opportunisme habile. Quoi qu'il en soit, le passage dans le camp de l'opposition du premier secrétaire du C.C. paralysa la fraction stalinienne, l'empêcha de passer à l'épuration ou à la répression de l'opposition dans le parti et la condamna à se rabattre pres-

Nous avions écrit dans un article précédent que la façon dont se dérouleraient les procès des ouvriers arrêtés apres la grève de Poznan serait un test de la puissance de la vague de démocratisation. • Il en fut effectivement ainsi. A la grande surprise des observateurs bourgeois et staliniens, nabitues aux ignobles proces en sorcellerie dans les pays sous la coupe de la bureaucratie soviétique, les procès de Poznan qui commencèrent le 27 septembre se déroulèrent dans une atmosphère de liberté de parole, de liberté pour la défense, inconnue depuis les années 20.

On vit tout d'abord les accusés plaider non-coupables. On vit les defenseurs de ces accuses etayer vigoureusement la thèse de leurs clients. On vit des savants • examiner l'arrière-fond social des événements et ne pas hésiter à dévoiler quelques-unes des tares principales du régime. Ôn vit les avocats transporter hardiment le débat sur le plan politique, détruire la tentative bureaucratique d' «isoler» les cas individuels du complexe politicosocial de la grève proprement dite. On vit des accuses, brusquement encouragés, dénoncer publiquement les tortures auxquelles la police secrète les avait soumis. On vit des explosions pathétiques, comme celle d'un ouvrier accusé, fils d'un ouvrier communiste, qui révéla comment les misérables persécutions policières dont sa que exclusivement sur son contrôle de l'appareil militaire et sur ses liens avec le Kremlin.

La lutte fractionnelle déborda rapidement les cadres du Bureau Politique et des organismes centraux et régionaux du parti, pour entrainer toutes les organisations politiques et ouvrières, voire les travailleurs des grandes usines et des centres industriels. La montée des masses se précisa rapidement. Des tentatives isolées pour éliminer des éléments oppositionnels de positions clés — notamment dans la presse et à la radio - furent contrées par des grèves perlées, sinon par des grèves ouvertes de tout le personnel. Toute la presse passa à l'opposition (Nowa Kultura, 28 octobre 1956). Les deux fractions cherchèrent à gagner à leur cause d'importants comités rég onaux du parti et des syndicats; leurs assises furent le théatre de discussions publiques ou quasi-publiques violentes. La lutte se transposa dans les usines. Les dirigeants staliniens cherchèrent à gagner les ouvriers en réclamant des augmentations de salaires irréalisables, en créant un climat « anti-intellectuel ». voire en utilisant ouvertement des arguments antisémites. L'opposition dressa les éléments les plus sains de la classe ouvrière contre cette démagogie réactionnaire, en s'appuyant principalement sur l'idée d'auto-gestion ouvrière, de destruction des racines économiques et sociales de la bureaucratie et du stalinisme, idée que son dirigeant Morawski avait commencé à lancer dês le lendeman de Poznan. famille avait été victime l'avaient acculé au vol pour pouvoir assurer la subsistance des siens. D'un procès de « bandits » et d' « émeutiers », l'affaire de Poznan devint le procès de la dictature bureaucratique.

« Le tribunal qui déclare l'accusé coupable, nous déclare dans un certain sens tous coupables, car il est le produit de notre société », déclara de façon fort nette l'avocat Hejmowski (Radio-Varsovie, 4 octobre 1956). L'avocat Kujanek expliqua qu'il était inadmissible de présenter l'accusé Foltynowicz comme un ivrogne et un batailleur, et de le séparer de la classe ouvrière alors qu'il était « chair de sa chair ». Dans son émission du 16 octobre, la radio de Varsovie expliqua que les manifestants de Poznan avaient été remplis d'une opposition contre les injustices commises. Le local des services de sécurité qu'il avaient attaque n'avait plus été pour eux le symbole de l'Etat. du Droit ou du gouvernement populaire, mais au contraire le symbole de l'injustice. Au moment où le speaker prononça ces paroles, les principaux dirigeants du Guépéou polonais, Radkiewicz, Rozanski, Fejgin et Romkowski, se trouvaient déjà en prison...

Les premiers accusés furent condamnés à des peines relativement légères; les proces furent ensuite interrompus et. après le 19 octobre, tous les accusés

LES PROCES DES « EMEUTIERS » DE POZNAN

LES PROCES DES « EMEUTIERS » DE POZNAN furent libérés, à l'exception de quelques criminels de droit commun. Mais les proces de Poznan connurent un pendant intéressant, révélé au cours d'un débat qui se déroula au Sejm, le Parlement polonais, le 12 septembre. Ce débat avait pour objet l'administration de la Justice en Pologne. Le professeur Hochfeld, dirigeant social-démocrate de gauche y dénonça notamment les conditions d'existence epouvantables qui regnaient dans les maisons de correction pour jeunes délinquants, en s'exclamant :

« L'Angleterre du 19 siècle connut des conditions misérables dans ses maisons de correction pour jeunes délinquants, mais dans la Pologne socialiste du 20 siècle, ces conditions sont plus misérables encore! ».

Au cours de ce débat, une discussion se déroula entre le professeur Hochfeld et

UN BOUILLONNEMENT

Au même moment où la lutte de tendance passionnait tout le parti et que de larges masses ouvrières étaient à nouveau entrainées dans la lutte politique, le bouillonnement d'idées qui des le lendemain du XX• Congrès du P.C. de l'U.R.S.S. avait saisi les intellectuels, artistes et savants polonais atteignit son point d'ébullition. Des centaines et des milliers de travailleurs intellectuels, se sentant brusquement libérés d'un poids insupportable, se mirent à crier leurs peines et leurs espoirs; ils avaient tant à dire et ils s'étaient tus depuis si longtemps que leurs cris les plus articules apparurent d'abord comme des balbutiements d'un muet auquel un miracle venait de rendre la parole.

Le poète Victor Vorochylski, jadis stalinien fervent, fit publier le 9 septembre un poème en première page de la revue Nowa Kultura dans lequel il montre les intellectuels, jadis dominés par « de bas petits homoncules, morts maintenant d'une seconde agonie » (les bureaucrates staliniens), perdant tout espoir et toute foi, sauvés par de simples ouvriers, dont l'idéalisme et la foi dans le socialisme n'ont pu être ébranlés par les crimes du passé. Deux semaines plus tard, Théodore Tœplitz publia dans la même revue une critique fondamentale du « réalisme socialiste »; dont la naissance se place, dit-il, en cette année tragique 1934, ouver"ture menaçante de la liquidation de toute -l'opposition antistalinienne en U.R.S.S. qui allait aboutir aux procès en sorcellerie de Moscou.

« Le réalisme socialiste proclamé comme seul programme et seule tendance artistique admise, avait en pratique pour but de « neutraliser » l'art par rapport aux déviations de la démocratie socialiste, d'en faire un instrument pratique, une servante et un appui de la dictature ». t La conception même du parti - ce dogme de base de l'idéologie stalinienne est fut impitoyablement soumise à une critique révolutionnaire qui aboutissait à 'des conclusions proches des nôtres, de même que ce fut le cas pour les problèmes littéraires: 18

TERNATIONALE un autre ancien dirigeant social-démocrate de gauche, Drobner, au sujet du sort qu'avaient subi les principaux chefs de l'U.D.B. (Guépéou polonaise). Drobner se plaignit du fait qu'ils avaient été condamnés à des procès secrets et exigea que la lumière soit faite sur leurs crimes. Hochfeld rétorqua :

« Il se peut que ce que je vais dire sera très impopulaire à ce moment... Je ne voudrais pas créer l'impression qu'on ne devrait pas juger des éléments dégénérés... Mais ces crimes concernent des choses qui furent jadis partie intégrante d'un système... Transformer des individus en boucs émissaires d'un système déterminé n'apporterait pas de solution au problème... Je considère par contre comme essentiel d'en arriver finalement à des réformes fondamentales ».

(Radio-Varsovie, 12 septembre). D'IDEES NOUVELLES

« Lénine a créé un parti difficile, non seulement par rapport à ses tâches uniques dans l'histoire mais également par rapport à sa structure. Le parti créé pour lire correctement le développement dialectique des contradictions dans la société humaine et pour les utiliser dans le but de transformer cette société,

Use caractérisa lui-même par, l'unité structurelle des contradictions: centralisme et démocratie, discipline de fer et liberté de discussion, échange d'opinions différentes et unité dans l'action.

est facile d'énumérer ces choses, mais il est difficile de les réaliser sans tomber dans un extrême ou dans l'autre. A l'époque de Lénine, cette unité des contraires fut une réalité dans la vie et dans la lutte du parti, pendant une longue période... ».

Et encore, après une critique serrée de la conception stalinienne du parti monolithique:

« La conception du parti monolithique a fourni le fondement théorique pour la hiérarchisation de la vie intérieure du parti qui a remplacé la théorie et la pratique léniniste du centralisme démocratique... Ainsi, naquit la situation paradoxale dans laquelle, d'après les statuts, tous les communistes furent égaux, mais dans laquelle, en pratique ces communistes furent divisés en deux groupes, ceux qui créent, pensent et déterminent la politique, et ceux qui n'avaient qu'à exécuter et à obéir, sans conviction profonde ou connaissance des choses. Du simple membre du parti, on reclama principe seulement l'obéissance, le paiement régulier de la cotisation et la vertu de protéger son livret de membre comme la prunelle de ses yeux ». (Stanislav Brodski: « Les paroles mortes et le parti vivant », Tribuna Ludu du 8 octobre 1956).

Rien d'étonnant à ce que cet auteur salue avec émotion les paroles « libératrices » des nouveaux statuts du P.C. chinois qui admettent le droit de tendances minoritaires de conserver leurs opinions même après un vote majoritaire contre elles! Rien d'étonnant à ce qu'un

Q UA TRIEME IN commentateur de Radio-Varsovie, parlant du 8º Congrès du P.C. chinois, n'hésita pas à affirmer, dès le mois de septembre: « Comment est-il possible que nous ayons suivi l'exemple soviétique, alors qu'il y avait cet exemple chinois tant de fois préférable devant nous? »

Les intellectuels polonais n'hésitent plus à toucher aux sujets les plus tabous. Zycie Warszawy du 9 octobre déclare que, fidèles à l'internationalisme prolétarien, les communistes polonais, les plus avancés sur la route de la démocratie socialiste, devaient se considérer comme luttant à l'avant-garde de tous les pays socialistes, dont les idées rayonneraient partout. Il parla en passant des « dirigeants les meilleurs de beaucoup de pays, exterminés avant (1) et après la guerre » par Staline, « du sang et de la prison qui a sali l'idée merveilleuse et noble

Inévitablement, la lutte contre la bureaucratie devait se déplacer du terrain de la politique et de la théorie au domaine crucial des entreprises, du contrôle sur l'appareil économique du pays. Dès avant le VII• Plénum, les ouvriers de l'entreprise de construction « Varsovie-Nord » avaient spontanément pris l'initiative de créer un système d'auto-gestion, par lequel le conseil d'entreprise, élu au scrutin secret dirigeait l'entreprise ensemble avec un directeur nommé par le ministère, mais dont les décisions étaient soumises au veto du conseil. La délégation syndicale indépendante du conseil devait défendre les intérêts ouvriers contre les organismes de gestion, au cas où des points de friction apparaitraient.

Avec l'appui de la tendance de gauche « libérale », le système d'auto-gestion, variant d'ailleurs quelque peu d'un cas à l'autre, s'étendit à plusieurs dizaines de grandes entreprises jusqu'au début du mois d'octobre. En même temps,, une discussion de plus en plus passionnée se déroula dans le mouvement ouvrier et dans la presse du pays quant aux formes et à l'importance du mouvement d'autogestion dans les entreprises. Ainsi, le journal d'entreprise de l'usine d'automobiles Zeran (l'usine-pilote, le Renault du proletariat polonais) déclarait ce qui suit:

" La démocratie ouvrière à l'entreprise a pour but de faire des ouvriers, par leur participation immédiate à la direction des entreprises, de véritables covéritables copropriétaires de celles-ci, qui sont vraiment intéressés à tous les aspects du sort de l'usine. C'est en même temps la seule garantie pour éviter des fautes et des déficiences, puisque la direction sera contrôlée par la masse des travailleurs ».

L'hebdomadaire Po Prostu qui reproduit dans son numéro du 30 septembre 1956 l'article du journal d'entreprise de Zeran souligne que ce projet, un des plus progressifs qui aient été élaborés, comporte des insutfisances, et notamment le droit de la cellule d'entreprise du parti d'exprimer un vote de méfiance

TERNATIONALE de la solidarité internationale, de la solidarité combattante des opprimés, des insultés et des exploités ».

Et Jerzy Szacki, dans Po Prostu du 21. octobre, abordant le problème de l'histoire falsifiée du marxisme, déclare qu'il est impossible d'apprendre l'histoire des années 1924 (!) - 1953 dans les manuels staliniens, que tout ce que les staliniens ont écrit à ce sujet n'était que de l'apologétique pure et simple et cite en passant « Le Matérialisme historique » de Boukharine comme le seu manuel serieux de sociologie marxiste.

Rien d'étonnant à ce qu'un cabaret de jeunes que l'équipe de Po Prostu venait d'ouvrir à Varsovie, proclame triomphalement: « La pensée a devant elle un avenir colossal ». Le communisme était en train de redécouvrir son drapeau propre. envers le conseil de gestion et d'obliger celui-ci de se dissoudre et de passer ainsi automatiquement à des élections nouvelles bien entendu au scrutin secret. Toute intervention extérieure dans les affaires du conseil ouvrier serait une erreur, déclare Po Prostu. Le rôle dirigeant du parti est nécessaire, mais il doit s'exprimer par l'effort de convaincre la majorité des travailleurs de modifier la composition du conseil, non pas par des droits monopoleurs du comité du parti.

Et dans un passage magnifique, véritable profession de foi bolchevik-léniniste, le même article de Jerzy, Richard Turski et Vitold Wirpsza dans Po Prostu décrit à la fois l'importance historique et la dynamique révolutionnaire de ces premières expériences parties de la base :

« Tout cela dépasse évidemment le cadre purement économique. On ne peut même pas définir ces phénomènes comme « l'arrière-fond politique de mots d'ordre économiques », car il s'agit tout simplement de politique pure, et non pas d'un aspect tactique mais d'un aspect stratégique qui concerne le problème politique décisif : Il s'agit du problème du pouvoir. La classe ouvrière, refoulée pendant l'ère stalinienne par l'appareil bureaucratique qui s'était aliéné de la société, exige maintenant une participation directe au pouvoir, y tend la main comme vers une chose qui lui appartient, et la prend en main comme elle le doit à sa destinée.

Ces propositions, à première vue modestes, d'auto-gestion des entreprises, contiennent une formidable dynamique. Le fond de la question y est enferme comme dans une semence, et celui qui ne comprend pas cela ne comprend pas la tendance d'évolution fondamentale de tout le pays.

Lorsque des éléments réactionnaires et bureaucratiques réussissent à arrêter ce processus dans une usine, une ville ou un distriet, la fermentation passe à une. autre usine, une autre ville ou un autre district, JUSQU'A CE QUE TOUTES LES CHAINES BUREAUCRATIQUES AIENT

LA GESTION OUVRIERE DES ENTREPRISES

LA GESTION OUVRIERE DES ENTREPRISES

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ECLATE ET QUE LA DECISION ET LE CONTROLE SUR TOUTES LES CHOSES DE DIRECTION D'ENTREPRISE SOIENT PASSES ENTRE LES MAINS DU PROLETARIAT ».

En fait, des délégations de l'usine de Zeran sont allées « débaucher » ainsi des dizaines d'entreprises, de conseils et de

Avec la fin du procès de Poznan, avec la lancée du mouvement d'auto-gestion des collectifs ouvriers, le dénouement de la lutte de tendance approcha à grands pas. Le VIII Plénum du Comité Central, convoqué pour le, 19 octobre, devait prononcer avant tout sur la réintégration de Gomulka dans le Bureau Politique. L'opposition était décidée à exiger la reconstruction du Bureau Politique dont la majorité stalinienne serait éliminée. Elle voulut transférer la charge de premier secrétaire du C.Ç. à Gomulka éliminer tous les membres de la fraction de Natolin du Bureau politique. . Ayant employé toutes les ficelles: pour se cramponner au pouvoir. les dirigeants de la tendance bureaucratique, en desespoir de cause, s'adressèrent au Kremlin en un ultime appel à l'aide. Refaisant le voyage en Russie qu'ils avaient déjà fait plusieurs : reprises, Mazur et Novak convainquirent sans doute toute la direction du parti soviétique qu'une intervention rapide et énergique était nécessaire pour éviter une défaite catastrophique. Le Kremlin décida de passer à l'action.

La première réaction fut un article de la Pravda du; 20 octobre 1956. Utilisant les falsifications les plus grossières - Jerzy Putrament était représenté comme révisionniste conscient du marxisme, alors qu'il avait reproché à Staline d'avoir revisé Marx — ainsi qu'un vocabulaire ordurier, l'écrivassier de la Pravda dénonça comme « articles ennemis et antisocialistes » deux articles parus dans la presse polonaise, l'article de S. Florvzak" « Dialogue avéc l'Occident » paru le meme jour dans Nova Kultura et l'article de Jerzy Putrament : « Le Fond du Problème ». publié la veille dans le quotidien « Zycie Warszawy » qui exigeait l'autogestion des entreprises (2). Des le 21 octobre, « Tribuna Ludu » répondit comme il le fallait aux falsifications de la Pravda, réponse qui conclut par ses paroles significatives:

" Peut-être est-il difficile de changer des habitudes bien enracinées mais les methodes nouvelles se fraieront un chemin, quelles que soient ces habitudes ».

Une semaine plus tard, Nova Kultura publia également une réponse énergique.

Mais au même moment où l'imprimerie de la Pravda commençait à imprimer ces calomnies, un avion à réaction trans-

Alors se produisit un phénomène que le Kremlin n'avait pu prevoir tant il est étranger à toute sa conception de la politique et de l'histoire. Avant même que 20 comités locaux du parti et des syndicats dans le pays, entrainant derrière elles un formidable mouvement de masse, une politisation de centaines de milliers de prolétaires d'avant-garde qui allait être fatale à la bureaucratie polonaise, et qui a porté un coup mortel à tout le pouvoir de la bureaucratie soviétique. portait à Varsovie une délégation du Présidium du Comité Central du P.C. soviétique Kaganovitch, Mikoyan et le dirigée par khrouchtchev. Molotov, et le marechal Koniev (les informations selon lesquelles le maréchal Joukov faisait également partie de la délégation ont été contredites), et accompagnée par un grand nombre de généraux soviétiques. Organisée dans le plus grand secret, l'arrivée de Khrouchtchev à Varsovie - le troisième voyage polonais des dirigeants soviétiques depuis le début de l'année — ne fut communiquée au Comité Central polonais que lorsque celui-ci avait deja commencé sa session. -Khrouchtchev, après des insultes grossières à l'adresse de Gomulka, au cours desquelles les mots « traitres » et « trahison » furent prononcés, exigea le maintien de ses amis fractionnels et avant tout du maréchal Rokossovski au Bureau Politique. Gomulka, élu premier secrétaire du C.C. avant la rencontre avec les Russes, y opposa une fin de non recevoir calme mais énergique. Des paroles et des insultes, Khrouchtchev passa aux menaces. Six mois à peine après avoir dénoncé. devant le Xx° Congrès, les rodomontades de Staline à l'égard de Tito, il secoua à son tour son « petit doigt » et, comme son maitre défunt, s'aperçut plein d'étonnement que rien ne se passa.

Mais les menaces ne furent pas seule ment verbales. Ayant comme par hasard fait coincider la date des manœuvres d'automne de l'armée polonaise avec la date de réunion du Comité Central, Roskossovski mettait en mouvement des divisions considérées comme sûres en direction de Varsovie. Les troupes soviétiques stationnées en Pologne et commandées par le maréchal Koniev quittèrent leurs quartiers dans la région de Lignica et se mirent également en mouvement. Les navires de guerre soviétiques apparurent brusquement devant les ports polonais de Gdansk et de Gdynia, y bloquant pratiquement tout trafic. La Pologne semblait au bord du conflit armé qui allait ensanglanter 4 jours plus tard la Hongrie.

(2) La fureur de « La Pravda » s'explique facilement. Putrament avait commis un crime de lese-majesté. Il avait dénoncé le rôle de frein des forces productives joué par la bureaucratie non seulement en Pologne, mais encore en Union Soviétique. des détachements de l'armée polonaise n'aient exprimé leur confiance dans le Comité Central polonais ou que la situation militaire se précisa, des millions de

L'INTERVENTION DU KREMLIN

VICTORIEUSE

L'INTERVENTION DU KREMLIN

VICTORIEUSE prolétaires polonais se levèrent prendre en main et trancher le sort de la pour nation.

Dans la nuit du 19 au 20 octobre, travailleurs de Varsovie occupèrent usines, en partie spontanément, en partie à l'appel de l'opposition de gauche qui dirigea l'organisation locale du parti. Armes, prepares au pire, informés heure par neure par des estalettes qui tirent la navette entre les usines et le siege du C.C. de ce qui se trama dans tout le pays, Ils se réunirent en meetings permanents et exprimèrent leur revendication mille fols répétées et portées à la connaissance des dirigeants : NE FLANCHEZ PAS; TENEZ BON; DEFENDEZ LA DEUXIEME REVOLUTION.

Des meetings spontanés se déroulèrent dans tout le pays. A Poznan, sur une population de 300.000 personnes, plus de 100.000 se réunirent pour exiger l'arrêt des mouvements troupe russes et exprimer leur confiance a Gomulka. Des meetings non moins impressionnants se déroulèrent à Lodz, Cracovie, Wroclav, Gdansk, en Silésie, et ailleurs. Confrontés avec cette expression unanime de la volonté de la classe ouvrière, les hésitants du « marais » du Comité Central bloquèrent en masse avec l'opposition. Le nouveau Bureau Politique élimina tous les staliniens à l'exception du président de la République Zavadski, qui passa d'ailleurs dans le camp des « libéraux ». Le contrôle sur l'armée et sur la police passa entre les mains d'amis de Gomulka. Les mouvements des troupes polonaises furent arrêtés. Les Russes se retirèrent. Leurs dirigeants repartirent à Moscou, Gomulka recevant bientôt par téléphone les plates excuses de Khrouchtchev.

Après le moment de tension suprême et d'attente nerveuse, la joie de tout un joie de tout un peuple se déchaina dans des manifestations comme le pays n'en avait plus connu depuis les années 1920. Ce fut l'inoubliable meeting de Gomulka devant 300.000 prolétaires de Varsovie, ville héroïque et ville martyre qui, 12 années après sa magnifique Commune socialiste érigée en plein cœur de l'Europe nazie et lâchement trahie par Staline, Vivait une journée de revanche qui est entrée dans l'histoire. Tous ceux qui ont pu suivre ce meeting à la télévision ou au cinéma y ont revu des images qui rappellent les images que nous transmettent les photos jaunies d'un autre Octobre dans une autre cité hé-

YOUGOSLAVIE

Le sens politique du changement de direction - Gomulka parlant au « peuple travailleur de la capitale » utilisa la formule : « Les hommes qui se sont compromis par leur incapacité ou par de graves erreurs ne peuvent demeurer à des postes responsables » — fut précisé dans le rapport que le premier secrétaire prononça au VIII Plénum et qui fut transmis par la radio à toute la nation (de même que fut publié le procès-verbal des discussions du Plénum, à 300.000 exemplaires vendus en quelques heures; de même fut promise la publication du procès-verbal des

TERNATIONALE roïque, dorénavant légendaire. Comme ils ont rappelé les légendaires meetings du Cirque Moderne, ces meetings des quatre journées glorieuses où l'on voit des grappes humaines s'accrocher aux piliers et pénétrer dans la salle jusque par les toits pour participer aux discussions.

Ce parallèle n'est par fortuit et il ne vient pas de nous. Octobre 1956 en Pologne, c'est la première victoire décisive d'une révolution politique contre la bureaucratie, c'est la continuation logique d'Octobre 1917, c'est la revanche éclatante du prolétariat révolutionnaire et des idées bolcheviks-léninistes sur 35 années de honte stalinienne. Et les participants à ces événements grandioses ont eu conscience de l'importance historique du moment, comme le prouve cet article que Victor Voroszylski a publié dans Nova Kultura, le 28 octobre, sous le titre significatif « Quatre Jours qui ont ébranlé la Pologne »:

« Ce furent des journées magnifiques. Lorsque nous étions les 18, 19, 20 et 21 octobre à Varsovie au milieu de milliers et de milliers d'ouvriers et d'étudants, nous avons senu presque materiellement comment les nobles energies de la société s'étaient libérées et comment cette force, capable d'actions formidables, croissait d'heure en heure. De nos propres yeux nous avons vu comment le profond sens politique du mouvement d'auto-gestion se manifestait... quel était le sens de la rebellion de la jeunesse, qu'on accusait hier encore de manque d'idées et d'amoralité... Après les années de terreur stalinienne, après les longs mois où on doutait de notre capacité à nous relever de notre chute, mois qui parurent des années — voilà que nous avons respiré, que nous avons enfin pu nous regrouper autour de quelque chose et de quelqu'un... Dans la situation politique et économique qui continue d'être difficile, nous ne croyons pas a la possibilité d'un miracle, nous ne sanctifions pas des noms, même s'ils méritent notre sympathie. Mais nous appuyerons cette direction et son programme dans le sentiment d'être pleinement responsable de ce qui se passe. Nous lui promettons une critique honnête et loyale, des discussions sérieuses, de la patience, du crédit et une aide.

Et ainsi commence le cinquième jour de la révolution, le jour de tous les jours ». ET POLOGNE discussions du VII Plénum).

Sur un grand nombre de questions : auto-gestion ouvrière dans les usines; signification véritable des événements de Poznan; priorité du relèvement de la production agricole et de biens de consommation dans le plan économique; liberté de discussion et de critique dans le pays et le parti ; démocratisation du parti, de l'appareil d'Etat et des administrations locales, ce rapport n'exprima que ce que ressentaient et défendaient déjà les milliers de propagandistes de l'opposition communiste au cours des mois précédents.

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Mais il trancha sur tout le passé des « démocraties populaires », surtout sur la pratique du P.C. yougoslave, par le sérieux et honnetete surprenantes avec lesquels les difficultés économiques furent révélées au pays : chute catastrophique de la productivité du travail, chute catastrophique de la production agricole, gaspillage et gabegie de l'administration industrielle, mensonges des statistiques officielles - voilà ce que Gomulka n'hésita pas à révéler, voilà ce qui a contribué à l'extraordinaire accueil qu'il a reçu des masses polonaises. UNE PAROLE DE VERITE AMERE APRES DES ANNEES DE MENSONGES OFFICIELS fut une parole libératrice. Les travailleurs polonais l'ont ressenti ainsi, confirmant la règle de Lénine : « Exprimer ce qui est » et infligeant un démenti cinglant aux cabrioles prétendûment efficaces de la propagande stalinienne.

Dans ces traits fondamentaux, cette première phase victorieuse de la révolution polonaise représente historiquement un bond en avant par rapport à la révolution yougoslave qui l'a précédée dans une certaine mesure rendue possible.

La révolution yougoslave s'était réalisée par en haut; la révolution polonaise est réalisée par en bas. Sous la pression des masses, la direction du P.C.Y. toute entière se libéra de l'emprise du Kremlin ; sous l'action impétueuse des masses, la direction du P.C. polonais vola en éclats. une nouvelle direction se forgeant dans le feu de la lutte. S'étant opposée au Kremlin et ayant besoin de l'appui des masses, la direction du P.C.Y lança le mouvement d'auto-gestion des entreprises par en haut, dans une classe ouvrière encore sceptique à moitié étourdie. économiquement faible et culturellement arriérée, dans un monde où les rapports de forces n'étaient pas encore fort favorables. S'élançant hardiment sur la route de la révolution politique, le prolétariat polonais, hautement qualifié et cultivé, posa lui-même de juin à octobre 1956 et par en bas la question du contrôle des moyens de production et de la vie politique, et se choisit des dirigeants qui voulaient bien coordonner cette poussée irrésistible.

Les dirigeants yougoslaves qui, à aucun moment, ne furent débordés par les masses, défendirent le monopole de leur pouvoir politique qui resta en grande partie à base bureaucratique et ne permirent pas une véritable démocratisation politique du régime. La révolution polonaise ne s'arrête devant aucune barrière, balaye les directions en place, ne laisse subsister aucun des 120 membres du Conseil Central des Syndicats; elle s'attaquera demain au Parlement et sans doute au Comité Central, et soumettra toutes les activités sociales à une critique publique, impitoyable et généreuse à la fois, comme seuls savent l'être des prolétaires victorieux.

Sans doute la direction actuelle du P.C. polonais n'est-elle pas encore définitive. Sans doute la partie de cette direction qui conserve de puissantes attaches avec la bureaucratie cherchera-t-elle à freiner ou à arrêter le processus avant qu'il

CH:: 22 n'arrive à sa phase ultime. Mais la puissance du mouvement est devenue irrésistible. La democratie socialiste aura encore des batallles a livrer en Pologne. Mais la bataille principale, celle qui a permis à des millions de prolétaires de s'identifier à nouveau avec l'Etat ouvrier, est déjà gagnée.

Comme toute véritable révolution populaire, la révolution politique en Pologne a été profondément nationale, résolvant des tâches ressenties comme brûlantes par toute la nation. En conquérant le pouvoir des ouvriers dans les usines et la démocratie dans l'Etat, le prolétariat polonais conquiert en passant l'indépendance et la souveraineté nationales par rapport a la bureaucratie soviétique. Mais comme toute véritable révolution prolétarienne, la révolution politique en Pologne n'a pas débordé dans le nationalisme, dans le chauvinisme. Les manifestations des classes adverses, inévitables dans les phases initiales de la révolution politique et d'autant plus violentes que le régime bureaucratique avait introduit les formes les plus odieuses d'oppression et de dégradation nationales dans les relations entre Etats ouvriers, ont été limitées à l'extrême. Le parti tout entier s'est dressé contre le chauvinisme au moment même où éclatait la fierté nationale. C'est un élément de plus qui parle en faveur de la Pologne socialiste et qui différencie son progrès de celui, plus limité, de la révolution yougoslave.

Les tests sur les progrès que doit encore accomplir la révolution politique en Pologne sont multiples et variés. La liberté de tendance dans le Parti doit être consacrée par les statuts. La liberté de presse, de propagande et d'organisation doit s'étendre à toutes les tendances du mouvement ouvrier. La liberté de critique envers le gouvernement doit être maintenue comme elle s'est déja manifestée à l'occasion de l'attitude fort prudente de Gomulka envers la révolution hongroise. L'attitude des communistes polonais envers le mouvement ouvrier international. et envers son avant-garde révolutionnaire, sera un test non moins décisif, comme ce fut le cas pour le P.C.Y. Mais sur tous ces plans, les atouts que possède aujourd'hui la révolution sont infiniment plus nombreux qu'en 1948 ou en 1950.

Plus encore qu'autour du XX• Congrès, le mouvement communiste international s'est regroupé et différencié autour de la révolution politique polonaise. Aux hésitations, au malaise, voire à l'hostilité ouverte des bureaucrates du P.C. soviétique, du P.C.F., du P.C. tchèque et allemand, fait face l'approbation des P.C. chinois, yougoslave, américain, norvégien et en partie italien. Partout les masses communistes sont enthousiasmées par l'exemple polonais. Raisonnant en véritable charcutier, Khrouchtchev a interdit aux Polonais de vendre leur « saucisson ». leur forme « particulière » de socialisme aux pays voisins. Misérable métaphore d'un bureaucrate suffisant, pourtant si impuissant devant l'histoire qui se dresse devant lui, menaçante, de toute sa hauteur ! La « marchandise » polonaise sera vendue et revendue aux communistes et travailleurs du monde entier, et la IV• Internationale ne sera pas la moindre des forces qui s'y emploiera. Et les idées de

Léon Trotsky, qui ont connu un premier triomphe historique dans les journées d'octobre 1917, peuvent dorénavant se II. - Défaites et victoi

REVOLUTION HONGROISE

La révolution . politique qui ébranle depuis un mois la Hongrie a connu un déroulement plus spasmodique et plus inégal que la révolution politique en Pologne. Elle n'a pas, comme celle-ci, volé de victoire en victoire. Son cours est interrompu par de sanglantes défaites et, au moment où nous écrivons, il n'est pas encore possible de lui prédire une victoire finale proche ou facile.

C'est que, contrairement à ce qui s'est passé en Pologne, la révolution hongroise a été une explosion élémentaire et spontanée. L'interaction subtile entre les facteurs objectifs et subjectifs, entre l'initiative des masses et la construction d'une direction nouvelle, entre la pression d'en bas et la cristallisation d'une fraction d'opposition en haut, au sommet du parti communiste, interaction qui rendu possible la victoire polonaise, a fait défaut en Hongrie.

Par compensation, et précisément parce qu'elle était complètement spontanée, la révolution hongroise a permis le développement le plus large et le plus étonnant de cette initiative des masses qui a été presque absente dans la Yougoslavie de 1948-1950 et qui n'a dominé que partiellement la Pologne de février à octobre 1956. La • réapparition des soviets d'ouvriers, d'étudiants et de soldats en tant qu'organes spécifiques d'organisation et de pouvoir révolutionnaires a infligé un démenti catégorique à tous les sceptiques qui voyaient déjà le prolétariat mondial atteint d'on ne sait quelle tare congénitale.

Parce que la révolution hongroise permis le développement plein et entier de toutes les contradictions qui sont en puissance inhérentes à toute révolution politique contre la bureaucratie, elle permet, pour la première fois, l'étude précise de cette dialectique nouvelle sur laquelle auront à se pencher les marxistes de notre époque.

« En présence d'une pression énergique des masses la différenciation sociale des fonctionnaires étant donnée, la résistance des dirigeants peut être beaucoup plus faible qu'elle ne parait devoir l'être. Sans doute ne peut-on que se livrer, à ce cristalliser autour d'une victoire prolétarienne qu'aucune force au monde ne pourra plus effacer : Octobre 1956, l'avance intrépide des prolétaires polonais vers la démocratie socialiste qui conquerra demain le monde. res en Hongrie.

« Le mouvement exprime la revendication de nos ouvriers de devenir les véritables maîtres de leurs usines ». (« Szabad Nep », 28 octobre 1956). ET REVOLUTION POLONAISE propos, à des conjectures. Quoi qu'il en soit, la bureaucratie ne pourra être écartée que révolutionnairement et ce sera, comme toujours, avec d'autant moins de sacrifices qu'on s'y prendra plus énergiquement et plus hardiment ».

Ces prévisions de Trotsky (La Révolution Trahie, p. 323), formulées il y a vingt ans, ajoutent un autre élément-clé à l'analyse de la différence entre l'évolution polonaise et hongroise. Les hésitations des dirigeants du P.C. hongrois. les résistances provocatrices des uns, le manque d'énergie des autres, ont certes contribué à transformer un mouvement qui fut d'abord parallèle à celui de la Pologne en une révolution qui déborda ensuite toute direction préétablie. Même si une telle direction faisait défaut au sein des masses, sans doute des réactions plus intelligentes de la part des dirigeants de la bureaucratie auraient-elles pu donner une tournure différente aux événements. Mais il est vain d'épiloguer à ce sujet. Les réactions de la bureaucratie soviétique ont été déterminees, moment decisil, par des réflexes paniques d'auto-défense devant la montée masses. Novak, Mazur, Rokossovski, voire Khrouchtchev. n'ont-ils pas commencé par réagir de la même façon en Pologne ?

N'oublions pas enfin de tenir compte des différences objectives entre les deux pays, mais gardons-nous d'exagérer ces différences. On a dit que la Pologne était plus industrialisée que la Hongrie; 1l n'en est rien. En fait, les salaries occupent dans la population des deux pays une proportion presque égale, et la part de l'industrie dans le revenu national est équivalente. Tout au plus peut-on dire que le prolétariat polonais possède un noyau plus ancien, des expériences révolutionnaires et une tradition marxiste infiniment plus larges, et des cadres ouvriers beaucoup plus nombreux. Mais nous voici revenus au domaine du facteur subjectif et ce n'est pas la moindre des thèses confirmées par la révolution hongroise que celle qui souligne, une fois de plus, l'importance décisive de la direction consciente pour la marche harmonieuse et l'aboutissement victorieux d'une révolution moderne.

Q

LA « FAUSSE ALERTE » DE 1953

Les racines profondes du déroulement plus dramatique et plus contradictoire de la révolution hongroise plongent sans doute dans cette « fausse alerte » de 1953 qui, après la promesse d'un changement radical, fit retomber le parti et le pays dans les pires exces de la dictature stalinienne, attisant, décuplant la haine des masses pour la bureaucratie. Nous avions, à l'époque, retracé les étapes principales de cette « fausse alerte ». Au lendemain de la mort de Staline, un puissant vent de critique déferla sur la Hongrie. porta au pouvoir Imre Nagy, vieux communiste, issu de souche paysanne, auteur de la réforme agraire de 1945 et qul, de ce fait, seul parmi tous les dirigeants discrédités du P. C., avait conservé une certaine base populaire. Suivant et accentuant le « cours Malenkov » d'amélioration du niveau de vie des masses. il dépassa bientôt l'exemple soviétique. Il formula des thèses audacieuses, niant la « priorité absolue » revenant au développement de l'industrie lourde, affirmant tout haut que seule l'amélioration des conditions d'existence des travailleurs pouvait être un critère de succès économique.

Ce ton nouveau réveilla et secoua le prolétariat. Nagy vit sa popularité croître rapidement. Mais la bureaucratie, conservant toute sa force parce que Nagy ne pensa guère faire, par dessus de sa tête, un appel direct aux masses, se prépara à une riposte farouche. Des la chute de Malenkov elle sentit son heure venue. Nagy fut renversé, exclu du Comité Central, puis chassé du parti.

De même que Gomulka, il refusa avec ténacité tout aveu d'erreur, toute autocritique byzantine. Avec son obstination bornée, la bureaucratie continuera à exiger de lui une telle autocritique jusqu'au 23 septembre 1956, un mois a peine avant l'éclatement de la révolution qui devait ramener Nagy au pouvoir. Son courage, s'ajoutant à une plate-forme de toute évidence populaire, fit de lui un symbole et un point de ralliement des forces oppositionnelles dans le parti et dans le pays. Mais son exclusion du parti, intervenant

DU XX® CONGRES

Si, au lendemain du XX• Congrès, les débats dans le Cercle Petœfi et les discussions à l'Association des Ecrivains, interrompus souvent d'ailleurs par la répression de l'appareil rakosiste, qui fit exclure du parti jusqu'à la dernière minute des porte-paroles de l'opposition, cristallisèrent l'intérêt politique croissant des masses, des manifestations ouvrières, véritables signaux d'alarmes, se produisirent dès le mois de mai, comme celles des mineurs de Komlo, du 21 mai dernier. Contrairement à la révolte de Poznan, ces manifestations n'avaient cependant pas une ampleur suffisante pour réveiller tout le parti et l'avant-garde ouvrière, 24 mois avant l'éclatement de la révolution, au moment où la réintégration de Gomulka était déjà débattue dans le parti polonais, empêcha la constitution d'une opposition semi-légale à l'intérieur du parti. Celle-ci se constituera à la lisière du parti et même du mouvement ouvrier, dans le Cercle Petfi, dans les groupements d'intellectuels et d'étudiants, alors qu'en Pologne c'est à la direction même du parti et dans tous les organismes du mouvement ouvrier que l'opposition se regroupait. Nous voilà près d'une des causes fondamentales qui expliquent l'insuffisance du facteur subjectif dans la révolution hongroise. Si à un moment de la révolution il y eut effectivement un danger réactionnaire, c'est le prix amer que le prolétariat hongrois doit payer pour les crimes de la dictature stalinienne, avant tout pour labsence de toute opposition ouvriere legale.

Ayant goûté pendant plus d'un an au pain blanc de Nagy, peuple ne supporta plus le retour brutal au pain bs de Rakosi. L'opposition se manifesta partout, parmi les ouvriers, les intellectuels, les paysans, les Jeunes. L'appareil stalinien fut plus isolé que Jamais dans le passé. Des grèves perlées, des discussions violentes semi-publiques. éclatèrent des avant le XX• Congrès. Le mot d'ordre central - qui reste jusqu'au jour présent le mot d'ordre politique n° 1 du prolétariat hongrois — fut le retour au pouvoir d'Imre Nagy. Nagy lui-même se tint d'abord dans une prudente expectative, puis s'enhardit organiser une tendance. Ses amis dominèrent le Cercle Petœfi. Lors des secondes « funérailles » de Laszlo Rajk, il se sépara de l'énorme foule des manifestants pour venir embrasser Giulia Rajk. Sans doute participa-t-il d'une façon active même à la préparation des manifestations du 23 octobre. N'empêche qu'il ne réussit pas du dehors à réaliser ce que l'opposition de gauche du P.C. polonais acheva du dedans : la construction d'une fraction nationale couvrant les principales régions et usines du pays, capable, comme direction de rechange, de prendre la tête du mouvement de masse. AU 23 OCTOBRE pour leur montrer qu'il était moins cinq et qu'il fallait transformer tout de suite, le régime politique afin de sauver les bases de départ du socialisme en Hongrie.

Les éléments les plus conscients comprirent ce qui se préparait. Dès le 14 juin, le philosophe marxiste bien connu Georges Lukacz avait fait l'amère analyse suivante dans le club Petfi, analyse confirmée par les événements ultérieurs :

« Quelle est la situation du marxisme dans la Hongrie d'aujourd'hui ? Je crains qu'aux yeux de l'opinion publique, il n'a amais connu une situation aussi manvaise. A l'époque de Horthy... notre intel-

UATRIEME ligentsia se comporta envers le marxisme avec une certaine réserve mais en même temps avec une estime clairement visible. Les sept ou huit dernières années ont suffi pour détruire complètement cette attitude ».

(« Magyar Nemzet » 17 juin 1956).

Et le grand écrivain Tibor Dery réclama au même forum dès le 27 juin 1956 une « nouvelle révolution » ce qui lui valut dans Szabad Nep du 1°r juillet 1956 une attaque virulente sous la plume de Rakosi qui l'accusa de vouloir préparer une révolution... contre le socialisme. Comme si l'exemple polonais n'avait pas démontré que le socialisme ne peut être sauvé devant le mécontentement de tout un peuple qu'à la condition que l'avantgarde révolutionnaire prenne hardiment elle-même la tête de la lutte pour la d'mocratie ouvrière pour le renversement de la dinette bines tinger! la dictature bureaucratique !

staliniens hongrois furent aveugles, sourds et muets sauf en insultes et calomnies envers l'opposition communiste). Rakosi fut maintenu à la tête du parti jusqu'au 18 juillet. Même après sa chute Nagy ne fut réintégré qu'au parti, pas au Comité Central ou au Bureau Politique. Pis encore, Rakosi fut remplacé par son second et en quelque sorte son âme damnée, l'archi-stalinien Ernest Gero, chef du Guépéou à Barcelone où il avait organisé en 1937 quelques-uns des crimes les plus épouvantables contre la révolution et les révolutionnaires. En quelques mois de temps, Gerœ allait réussir à se faire haïr davantage par les masses hongroises que Rakosi ne l'avait été pendant huit ans.

Stimulée par le mécontentement généralisé dans le pays, encouragée par les vagues montantes de la révolution polonaise — la solidarité révolution hungaropolonaise étant une tradition établie depuis 1848 — l'opposition cristallisée autour du Cercle Petoli ne desarma plus. Le 18 septembre, le Congrès de l'Association des Ecrivains hongrois réclama

LA PREMIERE PHASE LUTTE UNANIME CONTRE LA

A la manifestation participèrent d'abord quelque 10.000 étudiants. Mais bientôt les étudiants ne furent plus seuls. Deux jours auparavant, tourneur Paul Lazlo des usines Czepel (sidérurgie-métallurgie), l'usine-pilote de Hongrie, avait déclaré à l'organe des Jeunesses Populaires hongroises « Irodalmi Vijzal » :

« Jusqu'à maintenant, nous n'avons pas encore parle. Les temps tragiques que nous avons vecus nous ont enseigne de nous taire et de marcher sous un fardeau de plomb. Mais soyez tranquilles, nous parlerons. Nous voulons savoir la vérité. Nous avons soif de vérité, non de sang ».

Les ouvriers parlèrent en effet. Des la sortie des usines et des ateliers, de cinq à six heures de l'après-midi, des milliers et des milliers d'ouvriers et d'employés rejoignirent la manifestation des étudiants qui devint bientôt un cortège de près de 200.000 personnes (Szabad Nep, 28 ocle retour au pouvoir de Nagy. Le 6 octobre, devant les 200.000 manifestants des « secondes funérailles » de Rajk, le premier-ministre adjoint Antal Apro i dut déclarer :

« Ces funérailles sont le dernier pas vers la réhabilitation (de Rajk et de ses compagnons d'infortune), qui nous a ete imposée par la volonté du peuple ».

Il fallait être un bureaucrate borné et ignorant comme Gerœ pour ne pas comprendre ce signe du temps!

Le 12 octobre, les étudiants décident de quitter la Jeunesse Populaire stalinienne et de constituer leur propre organisation de jeunesse. Quelques jours plus tard, les étudiants de plusieurs Universités de province, dont celle de Debreczen, formulent un programme de revendications demandant le retour au pouvoir d'Imre Nagy, une démocratisation du parti et de Etat, le droit de greve, etc. Le 21 octobre, dans un meeting des étudiants de la Faculté Polytechnique de Budapest, ce programme est adopté et précisé. Le même jour, l'écrivain communiste Giulia Hay, qui avait joué un rôle de premier plan dans le Congrès des écrivains du mois précédent, prend la parole dans un meeting enthousiaste, à Gyor, pour populariser le même programme. Le 22, un nouveau meeting se tient à la Faculté des Sciences Econo miques de Budapest en faveur de la même plate-forme en présence de milliers d'étudiants.

Entre temps, les nouvelles de la lutte en Pologne avaient électrisé l'opinion hongroise. La presse appuya Gomulka dès le 22 octobre. Les étudiants demandèrent l'autorisation d'organiser une manifestation de solidarité avec la Pologne pour le 23 octobre. La manifestation, d'abord interdite à midi, fut finalement autorisée à 3 heures de l'après-midi, alors qu'elle s'était déjà ébranlée. Elle allait devenir le début de la révolution hongroise. DE LA REVOLUTION : DICTATURE BUREAUCRATIQUE tobre 1956). Plus de 800 officiers de l'armée, ainsi que tous les cadets de l'Académie militaire, marchèrent dans le cortège. Devant la statue du général Bem, héros polonais de la révolution hongroise de 1848, Veres, président de l'Association des Ecrivains, formula les sept revendications suivantes :

1. - Une politique nationale et indépendante, basée sur les désirs du peuple et les principes léninistes.

2. - Examen de tous les traités et accoras commerciaux qui avalent ébranle l'amitié entre les peuples.

3. - Amitié réelle et véritable avec l'Union soviétique, mais basée sur les principes léninistes d'indépendance et d'égalité.

4. - Les usines doivent être dirigées par les ouvriers et les techniciens. Les salaires et normes doivent étre revus.

5. - Liberté pour les paysans, appar-

QUATRIEME tenance aux coopératives agricoles seulement d'après la libre décision des paysans eux-mêmes. Abolition progressive des fournitures obligatoires à l'Etat.

6. - Changement de la direction du parti et de l'Etat afin de garantir un système de production socialiste libre. Elimination de la clique de Rakosi. Nomination à un poste de direction adéquat d'Imre Nagy et de tous ceux qui ont combattu pour la démocratie socialiste.

7. - Rôle politique majeur pour le Front Patriotique Populaire et élections libres et secrètes pour le Parlement et les autres organes de gouvernement ».

(Manchester Guardian, 26 octobre).

Alors que la manifestation, s'amplifiant sans cesse, se reunit a la statue de Petofi et au Parlement, Gerœ a peine rentré de Belgrade, prononça à 20 heures un discours ahurissant et provocateur. Tout en reconnaissant que le régime avait commis « quelques erreurs », il accusa les manifestants d'être des « chauvins » et des « contre-révolutionnaires » qui « calomniaient l'Union soviétique ». Il les menaça d'une répression sévère s'ils ne rentraient pas immédiatement à la maison. Ce discours transforma une manifestation jusque la paisible en début de révolte. Une partle des manitestants alla renverser la statue de Staline. Une autre partie se rendit au bâtiment de la Radio d'Etat et réclama l'accès des studios pour communiquer au pays les véritables objectifs de la manilestation. Une melée confuse s'en suivit, pendant laquelle les provocateurs de Gerc, semes dans la toule, ainsi que des cars de police secrète amenés en hâte, tirèrent dans le dos des manifestants. Cette nouvelle provocation transforma la révolte en révolution.

Des groupes de manifestants se répandirent dans toute la ville; bientôt le bruit que des étudiants avaient été tués par l'A. V.O. (police d'Etat) fut connu de tous. Des soldats de l'Armée populaire passèrent très vite leurs armes aux manifestants. Des groupes de combat surgirent un peu partout. Au cours de la nuit, les combats se généralisèrent. A 3 heures du matin, le gouvernement proclama l'état de siege. A 5 heures, 1 ordonna a tous les citoyens de Budapest de ne plus quitter leurs maisons (Times, 25 octobre). Mais la police était débordée et l'armée ne voulait plus intervenir. Gero ne vit d'autre issue que d'appeler à l'aide l'armée soviétique, dont l'intervention fut annoncée dès 8 heures du matin, le 24 octobre.

Entre temps, Nagy avait été appelé à assumer le poste de premier ministre et direction du parti fut changée par l'élimination de la plupart des staliniens ; Ger resta cependant en place. Il présenta les choses comme si c'était ce nouveau gouvernement Nagy qui avait demandé l'intervention soviétique. Nagy a nié cette version le 6 octobre, parlant devant la Radio hongroise. Quoiqu'il en soit, l'intervention soviétique, loin d'écraser la révolution, la généralisa. Il n'y avait, a ce moment, que quelques divisions soviétiques en Hongrie. Au tur el à mesure que la lutte militaire s'étendit 26 et que des formations entières de l'armée hongroise se joignirent à la révolution, l'armée soviétique, d'assiégeant de Budapest, fut bientôt assiégée. Le 27 octobre, toute l'armée hongroise passa dans les rangs de la révolution. Lorsque le 28 octobre Nagy capitula devant les forces révolutionnaires, celles-ci étaient sur le point de remporter une victoire militaire

En province 24 octobre, des que furent En province, la révolution éclata un peu partout le connues les nouvelles de Budapest, surtout l'intervention de l'armée soviétique. Dans la plupart des villes les ouvriers constituèrent des conseils d'ouvriers dans les usines et des conseils centraux dans les localités, qui saisirent tout le pouvoir local, sans coup férir. Dans de nombreux endroits, des communistes oppositionnels se trouvèrent à la tête de ces conseils; ce fut le même cas avec le conseil des villages, où régna un calme étonnant. La paysannerie hongroise n'a que peu bougé dans la révolution, connaissant en général une situation meilleure qu'avant la guerre et ne désirant que la suppression des kolkhoz, ce qui fut vite réalisé. (Marosan, pantin de Kadar, l'admet lui-même dans L'Humanité du 26 novembre). Les trois-quarts des paysans hongrois étaient encore des propriétaires et des producteurs indépendants au moment de la révolution, ce qui explique leur peu de passion révolutionnaire.

En général, ces conseils se placèrent nettement sur le plan de la démocratie socialiste. Le « conseil révolutionnaire de Miskolc » formula le 27 octobre les revendications suivantes :

1. - Edification d'une Hongrie libre, souveraine, indépendante, démocratique et socialiste.

2. - Elections libres au suffrage universel.

3. - Evacuation immédiate des troupes soviétiques.

Sition garantissant le droit de reveni - Elaboration d'une nouvelle Cons-

5. - Suppression de I'A.V.O.

6. - Amnistie totale pour tous les insurgés, et procès de Gero et de ses complices.

Le conseil national de Gyr est dirigé par le communiste Szigety. Le conseil « socialiste révolutionnaire » de Debreczen épure l'administration de tous les éléments staliniens et maintient les communistes « nagystes » au pouvoir. Szeged est dirigé par un conseil ouvrier. Les mineurs de Tatabanya dirigent la ville. Les syndicats reconstitués réclament l'établissement d'un « maximum » de salaires de 3.500 forints et la gestion des usines par les conseils ouvriers (« Nepszava» 26 octobre 1956). Si certains conseils, comme celui de Miskole et de Pecs, semblent plus tard évoluer à droite, ce n'est pas parce que des « réactionnaires » ou même des « fascistes » se substituent aux communistes nagystes. c'est parce que les dirigeants sociauxdémocrates traditionnels de ces centres ouvriers sont placés à la tête des comités par les ouvriers.

Q vATRI

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E

Jusqu'à ce point, la revolution a traversé son premier stade unanime, généreux, rayonnant, malgré les sacrifices terribles de la répression exercée par les armes lourdes soviétiques. Elle reste toute entière dans le cadre de la démocratie socialiste. Le nouveau gouvernement

Nagy, constitué le 27 octobre, inclut outre

LA DEUXIEME PHASE

L intervention militaire soviétique a réveillé des rancœurs terribles. Le maintien au pouvoir de Gerœ (qui reste premier secrétaire du C.C. jusqu'au 25 octobre) ; les hésitations de Nagy qui ne cède aux revendications socialistes et démocratiques qu'à partir du 26; la composition nouveau gouvernement dont sont absents les représentants des combattants vriers — tout cela accroit fortement la méfiance des masses et fait raidir les conseils qui contrôlent pratiquement la province.

Le président social-démocrate du conseil de Miskole prend l'avion et se rend à Budapest pour avertir Nagy que, s'il ne réclame pas le retrait des troupes soviétiques, ce conseil ne reconnaitra plus l'autorité du gouvernement central. Les conseils en Hongrie occidentale commencent à se fédérer et menaçent de constituer un contre-gouvernement. Alors Nagy, débordé de tout côté, sans appui réel, cède complètement et sans discrimination devant la révolution. Le 29 octosoviétiques de Budapest, et les combats on annonce le retrait des troupes soviétiques de Budapest, cessent. Le gouvernement s'identifie avec la révolution et, le 29 octobre, Szabad Nep attaque la Pravda qui a appelé l'insurrection du 23 octobre un mouvement fasciste contre-révolutionnaire. Le lendemain, les « partis de 1945 » (pas des partis contre-révolutionnaires, mais les partis petits bourgeois avec lesquels le P.C. avait constitué une coalition pour gouverner le pays entre 1945 et 1948) réapparaissent. Les sociaux-démocrates semblent jouir de la confiance des ouvriers. Nagy constitue une garde ouvrière pour défendre les entreprises. La Pravda du 30 octobre et le maréchal Joukov luimême y voient la meilleure garantie du socialisme en Hongrie. Le même jour, le 30 octobre, un nouveau gouvernement est constitué dont font partie les partis reconstitués. Le lendemain Nagy preno position en faveur de la neutralité hongroise et de l'abandon du pacte de Varsovie.

A Budapest, le changement des rapports de forces représente une revanche du peuple opprimé et insulté par la police secrète. Son siège est pris d'assaut par les masses qui se vengent en tuant beaucoup de tortionnaires. Le local du P.C. de Buda est pris d'assaut, non par des contre révolutionnaires comme l'a affirmé la presse stalinienne, mais par les ouvriers des usines Czepel eux-mêmes L'A.V.O. s'adresse à l'Association des Ecrivains hongrois pour demander la protection de la vie de ses membres; une majorité de communistes oppositionnels, quelques survivants staliniens et quelques représentants du parti des petits propriétaires qui se hâtent d'ailleurs de déclarer qu'ils se placent sur le terrain de la socialisation des moyens de production. Un cessez-le-feu est proclame. La révolution sera-t-elle victorieuse ? DE LA REVOLUTION :

celle-ci accepte (New-York Times, 31 octobre). La « terreur blanche » (c'est ainsi que la presse stalinienne appelle la vengeance des masses contre les bourreaux de la police qui les ont persécutées pendant 8 ans) ne s'étend cependant pas. L'armée révolutionnaire, aidée par des gardes nationaux constitués par des ouvriers et des étudiants, rétablit l'ordre (New-York Times, 1er novembre). Le calme et l'espoir reviennent, un calme avant la tempête.

La différenciation sociale et politique se généralise. Partout, la réaction profite de la liberté politique reconquise. cardinal Mindszenty, libéré de prison, annonce la constitution d'un parti socialchretien. En province, des éléments de droite prennent en main l'administration de certaines municipalités. Par ailleurs, les conseils ouvriers s'établissent • dans toutes les usines, et le P.C. « nagyste » ainsi que le P.S. précisent leur position en faveur de la socialisation des moyens de production. Le premier numéro du journal social-démocrate contient l'appel suivant:

« Libérés d'une prison, ne permettez pas que le pays devienne une prison d'une autre couleur. Gardons les usines, les mines et la terre, qui doivent rester entre les mains du peuple ».

(New Statesman and Nation, 17 nov.)

Le 28 octobre, Szigati, president communiste du conseil national de Gyær, avait fait la déclaration suivante à la Radio :

« Des éléments douteux, de tendance fasciste et contre-révolutionnaire, s'étaient mêlés aux insurgés. Nous ne voulons pas que revienne l'ancien système capitaliste : nous désirons une Hongrie indépendante et socialiste ».

Dudas, président du comité révolutionnaire de Budapest, pose comme premiere revendication de l'insurrection le maintien de la socialisation des moyens de production. Il rédigea plusieurs articles à ce sujet dans le Bulletin de ce comité. L'appel du premier ministre du 28 avait caractérisé le nouveau gouvernement comme étant « placé sous le signe de l'union nationale, et de l'indépendance, du socialisme qui sera la véritable expression du peuple ». La proclamation du 30 octobre annonçant la constitution du dernier gouvernement Nagy, ne differa guere de celle du 28 au sujet du socialisme. Le 3 novembre, les représentants des quatre partis se sont une dernière fois prononcés en faveur de la socialisation.

DIFFERENCIATION SOCIALE PARMI LES REVOLUTIONNAIRES

DIFFERENCIATION SOCIALE PARMI LES REVOLUTIONNAIRES

Q QUATRIEME

Certes, on peut estimer que les concessions de Nagy « allaient trop loin »; que la dénonciation du pacte de Varsovie etait une « maladresse »; que l'appel à IO.N.U. (lancé devant la menace imminente de l'intervention soviétique) était une mesure inadmissible pour un communiste; que la vengeance populaire coûtant la vie à des centaines d'agents de l'A.V.O. fournit un prétexte à l'action du Kremlin du 4 novembre. Mais toutes ces affirmations se heurtent au fait qu'une révolution populaire et tumultueuse, qui échappe pour le moment à

Sa véritable erreur est ailleurs. Voyant l'apparition des forces réactionnaires, il aurait dû s'appuyer avec plus de franchise et de sens tactique sur les seuls élements populaires, ouvriers et paysans. Au lieu de se laisser prendre a son tour dans un verbiage creux sur « l'unité nationale » et la « démocratie », il aurait dû organiser tout de suite la démocratie socialiste : convoquer par tous les moyens à Budapest un Congrès National des Conseils Ouvriers et en faire la base légitime de son pouvoir. Opposant ainsi un pouvoir démocratique et ouvrier établi aux illusions et rêves parlementaires d'aucuns, il aurait pu préciser : élections libres avec la participation de tous les partis ? Oui, élections pour des conseils d'ouvriers et de paysans pauvres, avec la participation de tous les partis qui reconnaissent la socialisation des moyens de production et d'échange. Il aurait ainsi rendu l'intervention soviétique politiquement plus dificile et le jeu de la réaction infiniment plus complique.

Certes, une telle politique n'aurait pas été acceptable pour tous ceux qui participaient à la révolution. Celle-ci était précisément caractérisée par le fait que toutes les couches de la population y avaient pris part. Mais en se prononçant carrément pour la dissolution des coopératives agricoles (sauf celles auxquelles les paysans avaient librement adhéré), l'alliance entre les ouvriers et les paysans aurait pu étre rétablie. Les paysans craignaient le retour des seigneurs autant que les ouvriers celu des capitalistes. Une épreuve de force ultérieure entre les ouvriers et la réaction n'aurait pu que tourner en faveur du prolétariat. Et puis, si jamais cette épreuve tournait mal, une intervention de l'armée soviétique, qui entourait de toute part le pays, restait toujours possible. Mais quelle différence entre une intervention russe demandée par les ouvriers hongrois en lutte contre la réaction, et une intervention contre l'ensemble du peuple qui résiste farouchement!

Des sycophantes ont voulu battre en brèche ce raisonnement en affirmant que l'armée soviétique était intervenue « au moment où la Hongrie était redevenue une démocratie bourgeoise ». La bonne affaire : comme si la nature sociale d'un Etat dépend de l'origine de ses ministres ! Derrière le radicalisme appa28 toute direction organisée, ne peut guère apprendre à obéir ni à croire sur parole. Les masses étaient méfiantes; l'armée soviétique venait de leur imposer une saignée terrible ; elles n'en voulaient plus dans le pays. Il n'y avait qu'un seul moyen pour « éviter » les erreurs énumérées : essayer d'organiser la répression du mouvement révolutionnaire. C'est tout à l'honneur de Nagy qu'il ne voyait pas son devoir dans la destruction de la révolution mais dans la tentative d'en conquérir la direction, en s'identifiant avec elle. rent de la pensée se cachent les préjugés petits bourgeois les plus vulgaires.

Pas plus qu'un Etat ne devient socialiste au moment où les sociaux-démocrates gouvernent sans toucher a la pro priété privée, un Etat ne redevient bourgeois du seul fait que quelques ministres (petits-bourgeois) font partie du gouvernement. Pour que la « démocratie bourgeoise » triomphe en Hongrie, il fallait une broutille : enlever aux ouvriers armes et en pleine montée révolutionnaire leurs usines, leurs mines, leurs chemins de fer et leurs banques, afin de les rendre aux anciens propriétaires. C'est insulter le prolétariat hongrois que d'affirmer que cela aurait pu se réaliser sans coup férir, « comme résultat d'élections libres ». C'est l'insulter doublement que d'affirmer, comme fait le journal de Brandler, « que l'armée russe était devenue la seule garantie de l'économie socialiste ».

En réalité, le danger d'une restauration du capitalisme ne fut ni réel ni imminent. Cet argument est aussi mensonger et calomniateur que les calomnies plus grossières des staliniens, affirmant froidement que le peuple ouvrier, tout entier soulevé, était composé de fascistes et de horthystes, ou qu'une décade de démocratie populaire avait sun pour permettre aux lascistes de « tromper les ouvriers ». L'intervention du Kremlin ce « danger » ni par des considérations n'a été causée fondamentalement ni stratégiques qui ont, dans la meilleure des hypothèses, joué un rôle secondaire.

Elle s'explique par la panique qui s'empara du Kremlin quant au sort de tout le « glacis » soviétique. Car des soviets à Budapest et à Debreczen, et un pouvoir ouvrier démocratique établi dans ces villes, ce serait, a brève écheance, la perspective d'une révolution en Roumanie, en Allemagne orientale, voire en Tchécoslovaquie et en U. R. S. S. même. Voilà l'explication de l'intervention du 4 novembre, qui en prend par conséquent un caractère nettement et monstrueusement contre-révolutionnaire, un coup terrible porté aux intérêts du socialisme en Hongrie même et dans le monde, un coup terrible porté aux intérêts de l'Union soviétique. Il suffit d'en examiner les conséquences internationales, qui ont partout permis le renforcement de la réaction, pour ne pas douter de la nature de cet acte.

MENACE DE CONTRE-REVOLUTION SOCIALE

MENACE DE CONTRE-REVOLUTION SOCIALE

LA TROISIEME PHASE DE LA REVOLUTION :

HEGEMONIE OUVRIERE DANS LA RESISTANCE PASSIVE

Le gouvernement Kadar, instauré dès le 4 novembre sous l'égide de l'armée russe, n'a jamais été autre chose qu'un gouvernement fantoche. « Kadar a un argument décisif : 5.000 blindés... », devait dire le 27 novembre un membre du conseil ouvrier central de Budapest. Mais si générale était la résistance, même après l'écrasement d'une héroïque poignée de combattants armée; si détesté regime Rakosi-Gerœ ; si unanime la réprobation du coup de force du 4 novembre et, avant tout, si magnifique et si confiante la combattivité du prolétariat hongrois, que Kadar lui-même ne pouvait pas ne pas débuter sa carrière sans faire des concessions importantes aux masses.

En fait, sa déclaration ministérielle du 4 novembre reprend l'essentiel du programme de Nagy, moins le retrait des troupes soviétiques. Elle s'identifie avec la « glorieuse révolution démocratique du 23 octobre », et une semaine plus tard, dans une proclamation lue devant Radio-Budapest le 10 novembre, le gouvernement Kadar affirme à nouveau que « l'ère de l'arbitraire et de l'illégalité staliniens ne pourront jamais retourner en Hongrie », et que les « conquêtes du 23 octobre » seront défendues (New-York Times, 11 novembre 1956). Hélas, ces promesses n'ont guère été tenues.

A peine prononcées, elles furent déjà contredites par des déportations massives de combattants révolutionnaires en Russie. A cela succéda le cynique enlèvement de Nagy et de ses compagnons réfugiés à l'Ambassade yougoslave, en violation flagrante d'un accord conclu avec le gouvernement de Tito, et de promesses faites par Kadar aux ouvriers le 15 novembre. Le 23 novembre, ce crime fut suivi par une attaque ouverte contre la liberté de la presse ouvrière, le journal de l'armée étant supprimé et celui des syndicats étant confisqué parce qu'ils avaient osé critiquer les attaques de la Pravda contre la Yougoslavie. Les journalistes de l'organe central du P.C. hongrois, ayant reçu l'instruction d' « appuyer inconditionnellement la ligne de la Pravda », entrèrent en grève (Manchester Guardian 26 novembre). Kiss, dirigeant du groupe de Kadar, affirme que les ouvriers sont en train de « gaspiller la propriété du peuple », c'est-à-dire qu'il les accuse de prendre en main la gestion des usines (« Times » de Londres, 29 novembre). En l'espace d'un mois on revient au seuil de la dictature stalinienne.

Mais si la révolution a subi toutes ces défaites partielles; si les comités de soldats semblent avoir été dissous, une conquête reste et c'est la conquête essentielle : les conseils ouvriers dans les usines. Montrant un sens politique, une intelligence tactique et un courage incomparables, le prolétariat hongrois a senti avec un instinct infaillible que les conseils représentent son instrument de lutte le plus adéquat dans la situation actuelle. Ayant stabilisé ces conseils, les travailleurs ont commencé à les fédérer, puis ont convoqué le 21 à Budapest un congrès national des Conseils Ouvriers, véritable Parlement Ouvrier qui a réclamé en fait le droit d'être reconnu comme seul représentant du peuple travailleur.

Dans ce Congrès des Conseils ouvriers, auquel les intellectuels et les étudiants ont également joint leurs représentants, le prolétariat hongrois possède véritablement un organe de pouvoir d'Etat, qui négocie d'égal à égal avec le gouvernement Kadar. Ainsi existe une situation de fait de dualité de pouvoir, transition non pas « de la dictature du prolétariat vers la démocratie bourgeoise » comme le prétendent des avocats byzantins du Kremlin, mais de la dictature bureaucratique à la démocratie prolétarienne.

La calme confiance en eux-mêmes que possèdent les prolétaires organisés dans ces conseils s'exprime dans quelques déclarations d'une netteté remarquable. Visitant une usine en compagnie d'officiers soviétiques, le correspondant du New-York Times enregistre dans le numéro du 20 novembre de son journal la déclaration suivante :

« Le président d'un conseil ouvrier déclara : « Nous avons dit aux Russes que la seule aide que nous demandons d'éux c'est de nous laisser tranquilles ». Il ajouta que des Russes avaient « promis des armes pour nos gardes ouvrières ». « Mais nous leur avons répondu... que nous avions conservé nos fusils et que nous gardons maintenant nous-mêmes notre usine ».

Et encore cette remarque sobre et sensationnelle à la fois d'un dirigeant ouvrier correspondant du Times de Londres (27 novembre 1956) :

« Un représentant du conseil ouvrier du premier et deuxième arrondissement de Budapest déclara qu'aussi longtemps que le gouvernement Kadar persistait dans son attitude « rigide et manquant de compréhenson », les CONSEILS OUVRIERS, QUI AVAIENT MAINTENANT DANS LEURS MAINS LE POUVOIR REEL DANS LE PAYS, ne pouvaient pas influencer le facteur politique dont dépendait le retour au travail ».

Alternant les ordres de grève générale et de reprise du travail; affirmant à chaque reprise qu'ils conservent un droit de grève inconditionnel; exigeant d'être reconnus comme seuls compétents en matière ouvrière et sociale; réclamant la direction de l'industrie; affirmant qu'ils devraient pouvoir organiser la police (Manchester Guardian, 28 novembre), les dirigeants des conseils ouvriers agissent comme une véritable direction ouvrière

Q UATRIEMEIN surgie de la lutte qui est, en puissance, la direction révolutionnaire de la République socialiste démocratique et indépendante de Hongrie qui sera établie tôt ou tard.

Bien sür, la répression pourra décapiter tel ou tel conseil, désorganiser momentanément tel réseau, refouler momentanément les conseils à la lisière de la légalité. Mais ce ne sera que partie remise. Ayant goûté pendant un mois au fruit défendu du pouvoir direct et démocratique de la classe, les ouvriers hongrois ne seront plus satisfaits des misérables

La révolution politique en Hongrie et en Pologne agit aujourd'hui comme moteur du mouvement révolutionnaire international au méme titre que la revoiution coloniale. En fait, on peut dire que ce sont là, aujourd'hui, les deux courants principaux qui propulsent l'avance des forces révolutionnaires dans le monde. Témoin, la nouvelle pression révolutionnaire qui amène le P.C. yougoslave à tourner vers la gauche. Témoin, les manifestations antitranquistes virulentes à travers l'Espagne. Témoin, la montée des forces oppositionnelles révolutionnaires dans tous les P.C. du monde, le désaveu de l'aventure stalinienne criminelle par les P.C. yougoslave, polonais, norvégien, américain qui, pour la première fois dans l'histoire, du stalinisme, divise en deux camps les partis communistes du monde entier.

Les effets les plus importants de la révolution hongroise se feront cependant sentir en U.R.S.S. même. Il n'est pas imprudent de prédire qu'après la victoire de la révolution politique en Pologne et après la montée révolutionnaire en Hongrie, l'épicentre de la révolution politique se déplace à nouveau des « démocraties populaires » vers l'U.R.S.S. Une des preuves et non la moindre du caractère profondément prolétarien de la révolution hongroise, ce fut la propagande de fraternisation systématique adressée par les ouvriers insurgés envers les soldats de l'armée soviétique. Appels de radio. tracts, manilestes, et cet émouvant billet répandu par les ouvriers de Cepel : « Soldats soviétiques, on vous a dit que vous combattez contre des fascistes, et vous vous battez contre les ouvriers de Csepel-la-Rouge ».

Cet effort de fraternisation a-t-il eu des effets? Soyons prudents avec les nouvelles de désertion en masse, et de groupes de soldats passés dans les rangs de la révolution. Mais il est un fait certain, confirmé par de nombreux correspondants de presse, que les soldats et les officiers soviétiques se sentent mal à l'aise devant la résistance unanime de toute la population laborieuse. Il est également un fait certain que les soldats transfèreront ce malaise dans leur propre patrie. Et les récits des échos de la révo30

TERNATIONALE miettes de « démocratisation » à la Kadar-Khrouchtchev. A la longue, il n'y a que deux issues possibles : ou bien l'écrasement complet de tout le mouvement ouvrier et l'installation d'un régime de dictature et de terreur pire que celui de Rakosi-Gerc: ou bien la victoire de la démocratie socialiste des conseils. En fait. comme l'a dit un membre du conseil ouvrier central de Budapest, le 27 novembre :

« Toutes ces manœuvres sont regrettables; mais en fin de compte, nous vaincrons de toute façon ». lution hongroise en Union soviétique sont hautement significatifs. On sait que les étudiants de l'Université de Moscou ont affiché plusieurs fois de suite des bulletins de nouvelles de la B.B.C. concernant la Hongrie, pour protester contre le caractère mensonger des informations officielles à ce sujet. Le correspondant à Moscou de l hebdomadaire britannique New Statesman and Nation publie, dans le numéro du 24 novembre, les informations suivantes du plus haut intérêt :

« Les orateurs aux conférences sur la situation internationale furent bombardés de questions concernant la Hongrie. A plusieurs reprises, le public fut tellement indigné par la répétition de la version officielle, qu'il fit appel à des étudiants étrangers présents pour fournir des réponses, ce que certains firent avec diligence. D'après des sources dignes de foi, le mécontentement des militants de base... fut réflété dans les résultats des élections pour les comités et bureaux du parti, tenues dans les sections locales du parti, à la veille du 7 novembre. Une note aigue de mauvaise humeur était sensible dans le ton que les étudiants et les ouvriers ont employé dans certaines institutions pour exprimer des griefs. Dans une Faculté de Léningrad, les étudiants... ont organisé une manifestation dans laquelle ils portèrent un portrait de Gomulka ».

Et le 28 novembre, le correspondant du New-York Times à • Moscou, de passage a Copenhague, a confirmé qu'une grève sur le tas avait éclaté aux usines de roulement à billes Kaganovitch à Moscou, contre l'élévation des normes de travail. La grève aurait été victorieuse.

Même si la fraction néo-stalinienne de Molotov-Kaganovitch a pris le dessus momentanément, par suite des événements de Hongrie, l'accentuation de la pression des masses en U.R.S.S. même indique la direction future des événements dans ce pays.

Le camp communiste international divisé et en plein confusion, ce n'est tout de même pas la preuve d'un progrès des forces révolutionnaires, affirmeront d'aucuns. Nous répondons : le réveil de l'esprit critique des militants communistes, l'accentuation de leurs efforts

POLITIQUE,

PARTIE INTEGRANTE DE LA REVOLUTION MONDIALE

POLITIQUE,

PARTIE INTEGRANTE DE LA REVOLUTION MONDIALE

E

M pour débarrasser les Etats ouvriers et les partis communistes de la bureaucratie privilégiée qui a usurpé le pouvoir représentent un énorme pas en avant pour le mouvement ouvrier international. A plusieurs reprises, en 1936, et 1944 et depuis 1953, cette bureaucratie a empêché que le prolétariat mondial n'exploite des occasions propices pour une avance décisive du socialisme dans le monde. Elle vient encore une fois d'infliger une défaite terrible à l'Union soviétique. L'éliminer aussi rapidement que possible, assurer la transition vers la démocratie ouvrière avec le minimum de frais, c'est assurer un essor jamais connu au communisme mondial. Les ouvriers polonais et hongrois ont montré la voie. Les ouvriers du monde entier n'oublieront pas ces leçons.

30 Novembre 1956.

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