Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 14, n° 10-12

La polarisation des forces en Allemagne

E. Gerbel · Quatrième Internationale, vol. 14, n° 10-12 · décembre 1956 · p. 35-38 · 3 261 mots

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La polarisation des forces en Allemagne son nálla on yógime d'Ade.

Au milieu des grands conflits et tensions internationaux, la République fédérale sous la direction d'Adenauer et dans un climat d' « économie de marché » parait être un pôle tranquille du système capitaliste. Depuis des années il n'y a eu aucun ébranlement profond dans l'édifice politique de ce morceau d'Etat allemand. Les plans politiques du gouvernement de Bonn n'ont rencontré qu'une faible résistance à la tribune parlementaire dans les dernières années. Cependant même cette petite résistance a suffi à troubler les plans de la coalition d'Adenauer dans quelques questions importantes, avant tout celle du réarmement.

Les élections au Parlement fédéral de 1953 donnèrent à la coalition des partis de Bonn, notamment au C.D.U. — le parti d'Adenauer - une telle majorité « inébranlable » qu'on put percevoir une profonde résignation dans la classe ouvrière. Celle-ci se croyait alors complètement mise dans l'impossibilité d'exprimer parlementairement sa volonté. La direction du S.P.D. n'a rien fait pour surmonter ce manque d'espoir et d'énergie par des actions extraparlementaires. en premier lieu pour exprimer la volonté masses contre le réarmement. La direction du S.P.D. esquiva tout pas sur le terrain extraparlementaire parce qu'elle avait senti dans les peu nombreuses actions politiques et syndicales qui ont eu lieu depuis 1945, que ces actions sortaient rapidement du chemın prescrit et pouvaient s'étendre comme un fleuve qui déborde sur l'Alle magne occidentale. Dans les campagnes contre la loi constitutionnelle sur les entreprises, les conflits au cours des grèves légales. les « grèves sauvages » de Hambourg et de Cassel de 1954, dans les démonstrations contre le réarmement, la pression dynamique de ces actions commençait à devenir sensible.

La situation contradictoire de la direction du S.P.D. consistait en ceci que d'une part, contrainte par le C.D.U. à l'opposition, elle n'avait aucune possibilité parlementaire d'agir décisivement sur le développement politique de la République fédérale, et que d'autre part, par crainte d'un soutien extraparlementaire obtenu dans une mobilisation des masses, elle renonçait à la seule chance de devenir une opposition réelle au régime d'Adenauer.

La haute conjoncture économique ainsi que le petit nombre des luttes économiques en résultant rendit plus difficile le développement de la conscience politique de la classe ouvrière et de son esprit de décision. C'est pourquoi le malaise politique général au sein de la classe ouvrière ne s'exprima que par une très large pression au sein des organisations ouvrières. Il se manifesta bien dans de nombreuses résolutions soumises par des organismes inférieurs du S.P.D. et du D.G.B. (G.G.T. allemande) à leurs congrès nationaux, mais sans que ces résolutions ne se transforment de manifestations générales de volonté de la base en une véritable lutte politique. Aux deux Congrès — celui du S.P.D. à Munich et celui du D.G.B. à Hambourg — ce sont les résolutions politiques sur les questions du réarmement et de la réunification qui exprimèrent l'opposition grandissante des masses à la politique d'Adenauer et à la politique irrésolue et capitularde de la direction du mouvement ouvrier.

Ce fait montre que la conscience politique ne se renforce pas seulement sur questions purement économiques. Comme auparavant. ce sont les problèmes politiques liés à la réunification et au réarmement qui accrochent la conscience politique des masses. Ils se trouvent et se trouveront encore longtemps au cœur de la politique allemande et, par suite, des changements de la politique de la classe ouvrière.

Cette situation marqua le caractère contradictoire des deux Congrès. D'une part une forte pression des membres par les résolutions présentées et d'autre part l'absence totale d'une représentation des membres par des delegues adequats. Les orateurs d'une tendance « de gauche » étaient en partie numériquement et en partie idéologiquement si faibles qu'ils ne marquèrent en aucune manière le déroulement des Congrès. L'état d'esprit des masses ne fut représenté que par les résolutions. Ceci permit aux directions assises de trouver les méthodes bureaucratiques pour empêcher cet état d'esprit de se manifester.

Mais ceci ne veut pas dire qu'elles réussirent à passer tout simplement sur cette volonté des masses. Si cette base

Q était trop faible pour venir visiblement s'exprimer comme tendance politique aux

Congrès, elle était cependant trop forte pour qu'on puisse simplement y passer outre avec une ignorance bureaucratique.

C'est pourquoi elle réapparut dans les décisions, bien que sous une forme très diluée, comme un moyen destiné à priver d'aliment le mécontentement latent montant. Mais c'était en même temps fournir une arme aux mains de « l'opposition », si celle-ci comprend comment donner ces décisions un sens tout à fait défini qui s'exprime dans l'action. Sans se solidariser avec le cours des « gauches ». mais afin de canaliser pratiquement leurs volontes, la bureaucratie des deux grandes organisations s'est opposée, à son corps défendant, à la pression des tendances social-libérales de droite.

Par suite de cette situation organisationnelle générale, il n'y a pas eu ni au Congrès du S.P.D. ni à celui des syndicats un moment culminant. Le Congrès des syndicats laissa passer sur sans protestations visibles un discours d'Adenauer. Ce n'est que lorsqu'on traita des résolutions sur la remilitarisation que le Congrès s'éveilla à une vie politique. Ce fut en même temps le point où, pour la première fois dans 'histoire du D.G.B., une fraction « chrétienne » compacte se leva et prit parti pour les plans du gouvernement.

Mais le Congrès adopta à une grande majorité les résolutions repoussant réarmement présentées par le syndicat des métallurgistes, résolutions qui maintiennent fondamentalement celles qui furent adoptées à Francfort sur cette même question. Mais le D.G.B. suit la nouvelle ligne du S.P.D. qui, dans cette lutte, déplaça l'accent sur le refus du service militaire.

De meme que la bureaucratie n'osa pas au Congres du parti à Munich éclairer du feu de la rampe l'aile composée des différentes écoles libérales, antisocialistes, de même la bureaucratie syndicale renonça à soumettre au vote du Congrès du D.G.B. les résolutions qui se prononçaient positivement sur la co-propriété, car on craignait par une telle façon de procéder de mettre en route toute la problématique de la lutte de classe et d'amener une défense résolue des gauches qui aujourd'hui sont encore amorphes. De sorte que les deux Congrès n'apportèrent aucune décision nouvelle, aucune impulsion nouvelle, ni vers la droite ni vers la gauche.

Sur cet arrière-fond de la situation politique de la classe ouvrière eut lieu un regroupement très spontané des sentiments des masses en dehors des organisations. Après son élection de 1953 Adenauer dut encaisser des gifles en politique extérieure et intérieure qui n'étaient pas à mettre au compte de l'activité du mouvement ouvrier, mais des difficultés intérieures propres à la bourgeoisie allemande et internationale. Il se produisit des scissions au sein de la coalition et au sein des partis de la coalition, sans que celles-ci fassent apparaître des bases politiques de classe. Depuis quelques mois un changement 36 permanent des postes ministériels est une préoccupation quotidienne à Bonn.

Ces déplacements au sein des partis de la coalition et ces changements dans la coalition même sont l'expression des difficultés apparaissant constamment sous une forme plus aigue, en politique exterieure, dans la question de la remilitarisation, de la loi sur les réformes sociales, etc.

Dans cette marche coupée de crises de la politique gouvernementale, le S.P.D. et les syndicats auraient dû frapper pour accentuer les conflits et annoncer leur propre volonté d'accéder au pouvoir. Revendiquer concrètement le renverse ment du gouvernement d'Adenauer aurait du étre la tâche politique quotidienne du S.P.D. Mais il aurait fallu pour cela des luttes de masse que l'on ne voulait pas engager.

La direction du S.P.D. se limite seulement aux combinaisons parlementaires avec les forces du F.D.P. et du B.H.E qui se détournent de la coalition d'Adenauer pour se créer de nouvelles possibilités de coalition dans le land de la Rhénanie du Nord et de la Westphalie. Mais la situation est telle au sein de la classe ouvrière que même la formation d'une coalition et l'occupation de quelques postes ministériels, entre autre celui de président, auraient des effets très puissants sur les membres du S.P.D. et ouvriers qui prendraient conscience de leur force. Ils ne voient pas la collaboration de classe du S.P.D. avec une partie de la bourgeoisie. Ils voient la défaite politique du vieil Adenauer haï.

Mais la direction du S.P.D. ne sait pas comment entreprendre quelque chose même en utilisant ce sentiment, car sur toute question elle vient buter sur le problème de la lutte des masses. Elle préfère renoncer aux postes ministériels plutôt que de se laisser entrainer dans une lutte pour la classe ouvrière.

C'est pourquoi il se produisit, presque sans intervention du S.P.D. ou d'une autre force politique de la classe ouvrière. un fort approfondissement et une extension de l'hostilité à la politique d'Adenauer de la part des larges masses. Ce qui amena une défaite électorale d'Adenauer et de son parti, étonnante même pour les optimistes, et une victoire électorale du S.P.D. de signification éclectique, dans les élections cantonales et municipales sur la plus grande partie du territoire de la République fédérale.

C'est particulièrement dans les résultats des élections en Rhénanie du NordWestphalie que le déplacement des masses électorales s'est exprimé de la façon la plus vive. C'est également un guide pour apprécier les résultats électoraux dans les autres parties du pays.

En Rhénanie du Nord-Westphalie, le C.D.U. a perdu plus d'un million voix, soit 25 % des électeurs d'Adenauer en 1953. Si l'on calcule cette perte au pourcentage des voix des nouveaux électeurs, la perte est de 1.275.000 voix.

En même temps, le S.P.D. a gagné 870.000 voix. A ce sujet, il | faut tenir compte que le K.P.D., en raison de son interdiction, n'avait pas la possibilité de

N présenter des listes et ainsi des électeurs du K.P.D. ont été automatiquement pris par le S.P.D. Mais même en tenant compte de cela, il reste un gain effectif de 570.000 voix.

C'est avant tout dans les villes industrielles et dans les quartiers ouvriers que le S.P.D. a gagné des voix. Dans une série de bastions traditionnels du C.D.U. il y a aujourd'hui des majorités socialdémocrates ou bien le S.P.D. est devenu le premier parti exemple : Cologne, Dusseldorf).

Les listes social-démocrates furent élues avant tout par la classe ouvrière, à quoi il taut ajouter une partie prépondérante des nouveaux électeurs, c'est-à-dire la Jeunesse qui attend du S.P.D. une lutte energique Remarquable est également l'augmentacontre service militaire. tion du nombre des voix de femmes pour le S.P.D., voix qui constituaient dans les régions catholiques un réservoir pour le C.D.U. Cela exprime la forte opposition des femmes à la politique gouvernementale des prix.

L'augmentation des voix du S.P.D. ne signifie pas encore un tournant vers la lutte de classe. C'est seulement l'alternative, la seule, à la politique d'Adenauer, dont les masses prennent de plus en plus leurs distances. Le C. D. U. a perdu dans ces élections une grande partie de cette poussière humaine qu'il avait pu mobiliser pour les élections de 1953. Il n'a pu entrainer une seconde fois aux urnes la grande masse apolitique des abstentionnistes. Qu'il puisse le faire une autre fois est très douteux. Cette masse amorphe de petits bourgeois qui ont assuré le succes électoral du C.D.U. en 1953 est toujours attiree par une force et non par un parti perdant.

Cependant les élections ont montré que la bourgeoisie allemande, comme auparavant, s'appuie sur les partis de la coalition de Bonn, avant tout sur le C.D.U. et sur Adenauer. Le F.D.P. a tout tenté pour s'opposer de front à Adenauer. Il a essayé de saisir la résistance à la remilitarisation qui existait même dans de grandes parties de la bourgeoisie; il a essayé par des contacts est-ouest de concentrer sur lui les volontés de la population pour une politique de réunification raisonnable. Mais tout cela n'a servi de rien. Pour les masses, le S.P.D. est le seul autre terme de l'alternative à Adenauer ayant quelques chances de succès.

Dans cette situation il est particulièrement remarquable que tous les partis trouvant à mi-chemin ou près S.P.D. ont été rejetés à l'arrière-plan. De plus en plus visibles sont les deux forts pôles, le C.D.U. et le S.P.D. De plus en plus forte devient la tendance au système des deux partis et ainsi à l'alternative : classe contre classe. Car le S.P.D. incorpore indiscutablement aujourd'hui organisationnellement l'ensemble de la classe ouvrière, ce qui ne veut rien dire quant au contenu de sa politique, mais ce qui n'est pas, avant tout, du goût de sa propre direction.

Le K.P.D. n'était pas, en raison du jugement de Karlsruhe, en état de pré-

TERNATIONALE senter des candidats. Il a essayé dans quelques villes de faire acte de candidature sur des listes « indépendantes ». C'est seulement dans la ville ouvrière de Hanau (usines Dunlop) que trois anciens membres du K.P.D. ont pu être ainsi elus au parlement local. A Essen un militant connu du K.P.D. avait présenté une liste propre et n'a pu recueillir sur elle que 636 voix. La partie la plus grande et la plus saine du K.P.D. a donné ses voix au S.P.D. La direction du K.P.D. avait laissé avait aussi donné la possibilité d'élire des candidats bourgeois « progressifs ». Elle entendait par cela des candidats du F.D.P. qui s'étaient montrés particulièrement actifs dans l'établissement de contacts est-ouest et qui s'étaient prononcés pour des rapports avec les Etats du bloc oriental.

A Mulheim, un des centres de l'industrie lourde de la Ruhr, d'anciens militants du K.P.D. ont appelé à élire la liste du Centre catholique parce qu'une de leurs marionnettes du « mouvement » du Front populaire y figurait comme candidat. Tandis que la liste du S.P.D. obtenait 57 % des voix, la liste soutenue par le K.P.D. en obtenait 0,09 %. C'est un des plus éclatants exemples de la banqueroute politique et morale du stalinisme en Allemagne.

La victoire électorale du S.P.D. ne fut pas une victoire après des combats glorieux. Elle ne reflète ni son activité politique ni son incrustation organisationnelle dans la classe ouvrière. Ce n'était également pas la reconnaissance d'une puissante politique socialiste. C'était la protestation contre la politique d'Adenauer, la pression des masses étant chaque jour plus sensible. La victoire électorale démontre les grandes illusions qu'ont les masses que le S.P.D., quand il prendra le pouvoir ou quand il y participera de manière conséquente, tiendra les promesses de son Congrès et de ses réunions:

- supprimer le service militaire;

- se retirer des accords militaires internationaux;

- créer de meilleures conditions pour une réunification;

— réaliser une meilleure loi des loyers;

— résoudre la question du travail dans le sens des revendications syndicales pour la semaine de 40 heures;

- changer la loi sur les entreprises dans le sens des revendications syndicales ;

- mettre un terme à la montée des prix; stimuler la construction de véritables habitations sociales ;

— épurer l'appareil d'Etat des innombrables éléments réactionnaires et fascistes.

Dans ces revendications s'expriment les espoirs des masses dans une politique gouvernementale du S.P.D. En comparaison des puissants événements mondiaux, elles peuvent être considérées comme primitives. Mais elles sont de la plus grande importance pour le développement d'un large mouvement pour le renversement du gouvernement Adenauer, fut-ce par la voie parlementaire aux pro-

INT

Q chaines élections fédérales (la seule voie visible à présent). Toutes les chances se trouvent du côté de la direction du S.P.D., si elle sait transformer cette confiance en une force politive active et si elle veut réaliser ses promesses. Il existe la possibilité pour le S.P.D. de triompher aux prochaines élections par une majorité de plus de 50% et de prendre le pouvoir politique, s'il mène consciemment la lutte pour le prochain Parlement fédéral comme une lutte pour le pouvoir.

Les masses ouvrières doivent faire ces expériences avec la direction du S.P.D. Il dépend des forces révolutionnaires dans le mouvement ouvrier allemand que les masses en même temps que leurs illusions ne perdent pas leur confiance dans la lutte pour le socialisme. Il leur revient de construire dès maintenant une autre alternative à la direction traîtresse du S.P.D.

La lutte politique en Allemagne est placée dans les dix à douze mois à venir sous le mot d'ordre du renversement du gouvernement Adenauer. Ceci a également la plus grande importance pour la dynamique des brusques mouvements de la classe ouvrière des pays de l'Europe orientale, et avant tout de l'Allemagne orientale. Par sa politique, Adenauer ne peut que fortier et durcir la dictature d'Ulbricht dans la zone orientale et ainsi faire surgir le danger d'explosions semblables à celle de la Hongrie. Il fournira ainsi le prétexte bon marché pour stimuler ces forces qui, dans la bureaucratie soviétique, veulent par leurs provocations abattre le soulevement des masses en Allemagne orientale tout comme en Hongrie.

Dans les journées critiques de novembre, on sentait nettement que les larges couches de la population étaient conscientes de ce rôle d'Adenauer. Bien que le socialisme ait été grandement compromis par les ministres socialistes en France et par la bureaucratie stalinienne en Hongrie, les élections qui se sont tenues en ces mêmes jours en Wurtemberg-Bade et en Rhénanie-Palatinat ont donné les mêmes résultats que les élections Basse-Saxe, en Hesse et en Rhénanie du Nord-Westphalie. Le S.P.D. est sorti de la lutte électorale avec un grand gain de voix. La défiance envers Adenauer s'est renforcée avec sa visite à Paris auprès des spécialistes de la guerre, bien qu'il ait 38 tenté de placer sur sa tête les lauriers de partisan de la paix. En dépit des tentatives faites pour exciter une vague d'antibolchevisme, on n'a pas pu ramener les masses à la haine qui sévissait dans le temps de la guerre froide et du pont aérien de Berlin. Pour la population, une chose était claire : si nous avions déjà eu une armée. Adenauer l'aurait engagée en Hongrie et à Suez. Les masses, considérablement politisées par les événements. ont tres clairement reconnu le grand danger qu'entrainerait une armée existante en cas d'événements semblables à ceux de la Hongrie, menant à une troisieme guerre mondiale. Elles reconnurent qu'Adenauer était la force prête à s'engager dans une telle aventure.

Les sentiments de la classe ouvrière allemande se dressent aussi bien contre le crime de la bureaucratie stalinienne en Hongrie que contre le bain de sang des impérialistes en Egypte. La direction du D.G.B. essaya de faire exprimer la « volonté » des syndicats au moyen de tracts et de réunions. Elle-même hurla contre la conduite de la direction stalinienne en Hongrie et voulut en passant ne qualifier les événements d'Egypte que comme des faiblesses de l'Organisation des Nations Unies encore en développement. Mais, sous la pression des ouvriers et des militants des conseils d'entreprise, elle dut changer ses plans et attaquer avec la même vigueur les deux crimes. De nombreuses organisations syndicales et directions syndicales d'entreprise refusèrent de diffuser des tracts, notamment du syndicat des métaux, parce que ceux-ci attaquaient unilatéralement les « Russes » en Hongrie et ne disaient rien sur le conflit de Suez.

En outre, il était important d'observer que le sort des ouvriers hongrois se trouvait beaucoup plus au cœur des préoccupations de la classe ouvrière allemande. Il en résulte visiblement que la classe ouvrière allemande recommence à se sentir comme partie de la communauté mondiale que constitue le prolétariat international. Ce ne sont encore que des pas incertains. Mais ils montrent que classe ouvrière allemande commence à se réorienter et à se former politiquement. Les exemples de quelques éruptions d'actions sporadiques témoignent que, lorsqu'on en viendra à nouveau en Allemagne a de plus grandes luttes de classe, elles seront puissantes, pleme de vigueur et de maturité.

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