Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 14, n° 1-3

Un regroupement du mouvement ouvrier de l'Inde

Henri Vallin · Quatrième Internationale, vol. 14, n° 1-3 · mars 1956 · p. 32-37 · 4 963 mots

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Deux importants évènements ont marqué dans ces derniers mois le mouvement ouvrier indien. A l'extrême-gauche, une série d'organisations comme le Parti Socialiste Révolutionnaire (qui a deux députés au Parlement central), le Parti Ouvrier et Paysan, la gauche de l'ancien Parti Socialiste (groupant la majorité des trotskystes indiens), le Parti Communiste Révolutionnaire, ont décidé au cours d'une conférence tenue en janvier 1955 a Bombay de constituer un parti marxiste unifié, provisoirement appelé All-India Mazdoor-Kisan Party (parti ouvrier et nous publions ci-dessous.

D'autre part, la violente lutte de tendances qui faisait rage au sein du Parti Socialiste Populaire de l'Inde (le parti réformiste de la péninsule, principal parti d'opposition) a abouti à une scission entre la droite, dirigée par Asoka Mehta, J.P. Narayan et A. Kripalani, et la gauche, dirigée par R.M. Lohia et M. Limaye. Une minorité de trotskystes indiens semble avoir rejoint les rangs du nouveau parti issu de cette scission, le Parti Socialiste de l'Inde, constitué le ler janvier dans un congrès national à Hyderabad. Bien qu'il s'agisse là d'une organisation aux principes infiniment plus confus que ceux du MKP, il n'est pas exclu que des négociations aient lieu entre les deux formations pour permettre une lutte commune à la tête des masses laborieuses, étant donné la capitulation honteuse devant la bourgeoisie « nationale » dont font preuve aujourd'hui les dirigeants réformistes et staliniens. LE REGROUPEMENT A GAUCHE ment », la police lâchée sur des manilestants, couvrant les grandes villes de morts et de blessés : voilà ce paradis de la « démocratie » qui entreprend la construction d'une société « socialiste »...

Rien d'étonnant à ce que les masses, d'abord étourdies par la propagande insidieuse du parti du Congrès ; hynotisées par la personnalité de Nehru : endormies par l'opposition peu convaincue des réformistes et des staliniens, manifestent néanmoins un malaise croissant.

La création du MKP et d'un programme marxiste révolutionnaire par ce parti ; la scission dans le PSP et la constitution d'un nouveau parti socialiste, axé sur une opposition plus active à la politique de Nehru, expriment ce malaise de façon plus ou moins consciente. Les graves émeutes qui ont secoué Bombay au mois de janvier l'expriment de façon plus confuse mais non moins éloquente.

Ce parti paysan).

décembre 1955 une situation politique sérieux progrès par forme élaborée au vient de publier en

« Déclaration sur la

» qui représente un rapport à toute platecours des dernières années en Inde. C'est un document qui se rapproche dans ses lignes fondamentales des thèses du marxisme révolutionnaire, comme nos lecteurs en jugeront eux-mêmes par les larges extraits que

LE CLIMAT GENERAL FAVORISE

Notre revue a déjà eu l'occasion de souligner la situation paradoxale que connait l'Inde d'aujourd'hui. La bourgeoisie au pouvoir, profitant de la guerre froide et de l'amitié particulière que lui manifeste la bureaucratie soviétique, se présente devant le monde sous l'étiquette « socialiste ». Elle s'appuie sur quelques mesures restreintes de nationalisation, qui ne font que répéter des décisions analogues de la bourgeoisie occidentale d'il y a un demi-siècle ou plus, pour inviter les partis ouvriers à une collaboration plus ou moins tacite et à passer l'éponge sur un régime d'exploitation des plus honteux au monde. L'ouvrier indien touche aujourd'hui le salaire le plus bas de toute l'Asie. Le paysan indien reste courbé sous le triple Joug des propriétaires fonciers, des usuriers et de l'impôt. Les libertés démocratiques sont sans cesse piétinées, des dirigeants de grands partis politiques arrêtés « préventive32

STALINIENS ET REFORMISTES SUR LA VOIE DE LA COLLABORATION

DE CLASSE

Déchiré entre diverses tendances, avant tout entre la tendance ultra-gauche de Ranadive et la tendance opportuniste de droite de P.C. Joshi, le Parti communiste indien avait resiste pendant des années a la pression croissante du Kremlin en faveur d'un rapprochement avec Nehru et le parti du Congrès. Finalement, le tournant fut opéré à la conférence nationale du parti tenue en juin 1955. Le secrétaire général du P.C., Ajoy Gosh, déclara que le parti appuiera dorénavant la politique étrangère de Nehru, considérée comme « indépendante » et « favorable à la paix ». Il déclara en outre que si son parti maintient une critique envers « l'insuffisance » du deuxième plan quinquennal indien, il lui donnera néanmoins son appui et promet sa collaboration, notamment en ce qui concerne le développement de l'industrie lourde (sidérurgie et électricité) et les projets de développement communautaire dans les villages. Ayant complètement effacé la barrière de classe qui sépare un gouvernement, un Etat, une économie bourgeoise de ses propres objectifs ouvriers, le P.C. indien, pour satisfaire aux exigences diplomatiques du Kremlin, s'est transformé ainsi en quelque sorte en « Opposition de Sa Majesté ».

Quant aux chefs réformistes, à « l'Opposition de Sa Majesté » d'hier, ils ma-

La scission du P.S.P. est née de la volonté des militants de base, surtout des militants ouvriers, de s'opposer à une politique de collaboration de classe. L'aile gauche vise avant tout une orientation plus militante, une lutte pour certains objectifs immédiats à conquérir par voie de mobilisation des masses. C'est ainsi que le 18 octobre 1955, la gauche organisa dans toute l'Inde des manifestations pour les revendications suivantes :

1. - Allocations pour les chômeurs ;

2, - Un impôt progressif sur les revenus fonciers :

3. - Mesures pour protéger la main- 3. - Mesures pour proteger la maind'œuvre contre le chomage technologique ;

4. Accroissement de la part des métayers dans la répartition de la récolte ¡

5. - Mesures pour mettre fin aux fusillades policières et à la brutalité de la répression.

Ce dernier point vise d'ailleurs un problème qui a joué un rôle important dans le déclenchement de la scission au sein du P.S.P. L'Etat de Travancore-Cochin, dans l'Inde méridionale, compte depuis quelque temps un gouvernement socialdémocrate minoritaire, le premier gouvernement d'Etat réformiste dans l'histoire de l'Inde. Or, ce gouvernement se solidarisa avec les fusillades de la police nifestent de plus en plus la tendance non seulement de collaborer avec Nehru mais même de retrouver une place au sein du parti du Congrès ! Déjà au début de l'an passé, des négociations avaient eu lieu entre J.P. Narayan, l'éminence grise du P.S.P., et Nehru, en vue d'une association du P.S.P. au gouvernement. Ces négociations furent rompues d'une part parce que Nehru n'avait pas d'intéret a payer le prix demandé, d'autre part parce que l'opposition au sein du P.S.P. déclencha une violente eampagne contre ce rapprochement avec le parti au pouvoir.

Mais lorsque le parti du Congrès adopta sa résolution demagogique en faveur d'un « modèle socialiste de société » pour l'Inde, l'enthousiasme et le zèle des chefs réformistes ne connurent plus de bornes. Le secrétaire général du P.S.P.. Asoka Mehta, salua publiquement cette résolution comme un pas vers l'identité de vues entre le Congrès et le P.S.P., et déclara qu'un changement de tactique de la part son organisation s'imposait, afin d'élargir la « zône d'accord » entre les deux mouvements. On n'ignore pas que Nenru semble Jouer avec idee de transformer le Paru du Congres en une sorte de « Front National ». dans lequel le P.S.P. serait intégralement absorbé. sur des manifestants pacifiques, fusillades causant la mort de plusieurs personnes. La gauche se rébella et organisa des meetings à travers tout le pays pour protester contre ces agissements. Cette controverse exacerba les contradictions entre les deux tendances. Des critiques violentes. exprimées en public par l'ancien secrétaire du parti. Límaye, entrainèrent sa suspension. Les Jeunesses Socialistes se solidarisèrent avec lui et furent à leur tour suspendues. Lohia connut le même sort, ainsi que plusieurs organisations régionales du parti.

Au service d'une mauvaise cause on ne peut employer que d dirigeants des, Les passés maitres dans bureaucratisme et

] e mauvaises méthoréformistes indiens.

l'art de dénoncer le e « totalitarisme

» staliniens, se surpassèrent en cette occasion en violations cyniques des droits démocratiques de leurs membres. Ces avocats de la « décentralisation la plus large » démirent de leurs fonctions de nombreuses directions régionales élues. leur substituant des directions désignées d'en haut. Tout cela ne peut étonner que ceux qui ont encore des illusions quant à la nature véritable de la bureaucratie réformiste, qui se distingue de la bureaucratie stalinienne seulement par une timidité et une hypocrisie majeure pour utiliser des méthodes qu'au fond elle approuve pleinement.

LA SCISSION DANS LE P. S. P.

LA SCISSION DANS LE P. S. P.

Q

Il ne s'agit nullement d'idéaliser le nouveau Parti socialiste que la gauche vient de constituer après la scission. Un article paru dans le « New York Times » (7 janvier 1956) estime que le P.S.P. comptait 200.000 membres. Les dirigeants de la gauche déclarent qu'ils en ont entrainé 60-65 %. •Ils ont élaboré un « plan de sept ans » pour la « conquête du pouvoir », plan qui prévoit le recrutement de 500.000 membres d'ici un an et d'un million de membres d'ici deux ans. Au plan quinquennal de Nehru, ils opposent la nationalisation des industries-clés, des mines, des banques, des compagnies d'assurances et du commerce extérieur et intérieur de gros, avec contrôle ouvrier des industries nationalisées.

Leur opposition fondamentale à la politique de Nehru n'est d'ailleurs pas toujours de nature progressive. En ce qui concerne notamment la politique étrangère de Nehru, ils l'attaquent souvent de droite, lui reprochant un rapprochement « exagéré » avec l'U.R.S.S. et la Chine révolutionnaire, accusant l'URSS de représenter une des principales « puissances impérialistes nouvelles », s'opposant au retour de Formose à la République

Du fait que le nouveau P.S. connaitra certainement une période de défférenciation et de clarification politique, il apparait d'autant plus positif que le MKP ait réussi à offrir dans la déclaration de principes politiques, élaborée par un comité de rédaction désigné par le Comité Central provisoire de ce parti, une plate-forme proche de celle du marxisme révolutionnaire qui pourra servir de base de discussion sinon de point de ralliement pour toute l'extrême-gauche non stalinienne du mouvement ouvrier indien,

Cette plate-forme est d'autant plus remarquable qu'une série de groupes qui ont participé à la constitution du MKP avaient une orientation pro-stalinienne déterminée, s'opposant pour des raisons « tactiques » à toute critique publique de la politique du Kremlin. On verra que la plate-forme provisoire ne retient pas cette position. Tout en se limitant à une critique modérée dans les termes de la bureaucratie soviétique, elle est in-

La Déclaration commence par noter le sentiment de malaise et de frustration qui se manifeste dans de larges secteurs du peuple indien, et en cherche les raisons • dans la politique conservatrice du parti bourgeois au pouvoir d'une part, et dans l'absence d'une direction de rechange offerte par le P.C. et le PSP :

« 3. - La bourgeoisie consolide son povoir politique et son Etat, et lance de spectaculaires programmes de développement, tels les Plans Quinquennaux et les Projets de Développement Communautaires, qui créent parmi de larges sec- populaire de Chine et réclamant un « ple biscite démocratique » (?) dans cette lle.

Il serait cependant erroné de juger le nouveau parti principalement sur ces éléments contradictoires dans son idéologie, dans laquelle on retrouve pas mal d'éléments gandhistes, et qui se caractérise en général par un éclectisme de mauvais aloi. Dans le milieu social donné, et par rapport aux principales forces sociales de l'Inde contemporaine, il ne peut y avoir de doute sur le fait qu'il s'agit bien certainement d'une scission à gauche, qui exprime, de façon si confuse soit-elle, une révolte de larges masses contre le caractère bourgeois, réactionnaire et hypocrite du régime au pouvoir. Nous ne disposons pas de renseignements suffisants pour pouvoir donner des conseils aux marxistes révolutionnaires indiens quant à l'attitude qu'ils devraient adopter envers ce nouveau P.S. Mais une chose nous parait certaine : quelles que soient les vicissitudes que connaitra ce nouveau parti, une partie importante des militants qui demain forgeront le grand parti révolutionnaire de masse pour diriger le prolétariat et les paysans pauvres vers la victoire, se trouvent aujourd'hui au sein ou à la périphérie du P.S. finiment plus proche de la position trotskyste que de celle des différents courants philo-staliniens qui pullulent en Inde. Il est vrai que la plate-forme est accompagnée d'une note déclarant que la section se référant à l'Union soviétique, aux pays d'Europe orientale et à la Chine, ainsi qu'au « mouvement des partisans de la paix », n'a pas été adoptée unamimement par le comité, et est soumise à une discussion.

La plate-forme comporte quatre parties: une partie generale introductive Justifiant la création d'un nouveau parti :

une partie concernant la situation nationale en Inde ; une partie concernant la situation internationale ; une partie finale concernant le programme et les perspectives pour l'Inde. Nous donnons ici de larges extraits des trois premières parties, telles qu'elles ont été reproduites par le SAMASAMAJIST, l'organe hebdomadaire en anglais du LSSP. section ceylanaise de la IVè Internationale.

teurs populaires des illusions quant aux possibilités d'un avenir économique prospère du pays. Dans une telle situation, les forces de la gauche n'ont pas réussi à relever le défi de l'Etat capitaliste.

Au lieu de s'unir, elles engagent de stériles luttes fractionnelles qui désagrègent le mouvement socialiste dans le pays ...»

* 5. - Le Parti Communiste de l'Inde.

qui prétend être un parti marxiste, a invariablement adapté son orientation aux besoins de la politique étrangère du gouvernement soviétique. Ceci a eu pour etfet de saper la confiance des masses dans

LA PLATE-FORME DU MAZDOOL KITAN PARTY

NECESSITE D'UN NOUVEAU PARTI MARXISTE

LA PLATE-FORME DU MAZDOOL KITAN PARTY

NECESSITE D'UN NOUVEAU PARTI MARXISTE

INTERNATIONALE l'idéologie marxiste et de nuire grandement au mouvement de la gauche, notamment parce que le PC dispose du prestige de parler au nom du mouvement communiste international et des dirigeants soviétiques... »

« 7. - Le rôle du PC dans le mouvement de 1942 « Quittez l'Inde » (mouvement national insurrectionnel) et la politique de collaboration de classe qu'il suivit à cette occasion créèrent l'impression malheureuse dans les masses que la philosophie marxiste est étrangère au pays. Les politiciens capitalistes ont pleinement exploité les zigzags du PC pour essayer de discréditer le marxisme lui-même. La ligne aventuriste que le PC adopta par la suite, puis le nouveau tournant récent vers la collaboration de classe, n'ont pas seulement désorganisé et isolé le mouvement ouvrier dans le pays, mais encore provoqué la confusion et le défaitisme au sein des masses elles-mêmes. »

« 8. - Dans le monde entier, les partis communistes. de même que le PC de l'Inde traversent une période de crise idéologique et organisationnelle, qui se réflète dans des luttes fractionnelles internes et même dans des défections ouvertes. Pour cette raison, il est devenu comparativement plus facile d'expliquer les défauts fondamentaux de la politique des PC officiels... »

« 10 - „Le PC en particulier n'a pas su apprécier correctement et juger de façon critique l'Etat nouveau et la société apparus après la Révolution d'Octobre en Russie. Dans ce milieu s'est manifestée la tendance dangereuse d'adorer sans la moindre critique la direction soviétique dans ses rapports avec son milieu social, de rationaliser sa politique et de lui donner une valeur universelle. Ces facteurs ont fortement contribué à limiter la croissance du mouvement marxiste en Inde.

« 11. - Le Parti Socialiste Populaire (constitué par la fusion de l'ancien Parti Socialiste et le Parti Populaire ouvrierpaysan), un autre des grands partis de gauche du pays, s'est développé, grâce aux luttes anti-impérialistes, surtout parmi les classes moyennes pauvres. Ce parti avait un avantage initial grâce au rôle positif qu'il avait joué dans le mouvement national. Mais il a misérablement failli à la tâche de constituer une direction véritable pour accomplir les objectifs de la révolution indienne, de par son incapacité à élaborer une idéologie de classe et à adopter la doctrine marxiste. Les dernières élections ont clairement révélé •les faiblesses du PSP, et ses efforts pour éviter un effondrement total en s'alliant au KMPP n'ont fait qu'accroitre la confusion et la démoralisation dans ses rangs. Manquant d'une perspective idéologique claire, déchiré entre le gandhisme et le marxisme, le PSP est dans un état * La deuxième partie de la Déclaration commence par caractériser le transfert du pouvoir par l'impérialisme britannique à la bourgeoisie indienne de compromis insde confusion idéologique complète et de désintégration organisationnelle... »

La Déclaration signale ensuite que les marxistes ont pour tâche de rétablir la pureté de leur doctrine, en face des déformations qu'on y a introduites d'une part et du besoin de l'enrichir de l'expérience internationale et nationale d'autre part. Cette tâche doit être entreprise dans les domaines idéologique et organisationnel. Elle est facilitée par le fait que le contrôle exercé par le Parti du Congrès sur diverses couches de la population commence à se desserrer.

« 14. — Les mouvements de lutte, spontanés et organisés, qui se sont produits dans différentes régions du pays, sur une base locale, provinciale et quelquefois nationale, indiquent cette déception croissante des masses (d'avec le parti du Congres). Ces luttes, déclenchées pour des objectifs politiques, économiques, sociaux ou éducatifs, se manifestent parfois comme des éruptions élémentaires et quelquefois prennent des formes organisées, fermentation s'accroit et prend peu à peu de l'ampleur, obligeant les directions socialistes à faire leurs preuves. Les luttes organisées par les ouvriers des transports, des communications, des banques, des compagnies d'assurances, des trusts, des ports et des docks, pour de meilleures conditions de travail, contre les licenciements et l'aggravation des conditions de vie ; les luttes héroïques des travailleurs du Bengale, d'Uttar Pradesh, Bihar, de Bombay, d'Hyderabad, de Travancore-Cochin et d'autres endroits ; les mouvements de résistance déclenchés par les paysans dans diverses parties du pays pour éviter leur éviction des terres, pour obtenir une réduction des taux de fermage, de l'eau et d'autres charges fiscales, les luttes militantes des étudiants d'Allahabad, de Lucknow et de Patna qui se sont développées en un mouvement national de protestation contre les fusillades et d'autres brutalités commises par la police ; la courageuse participation du peuple de toutes les parties du pays au mouvement pour la libération de Goa : le mouvement de protestation contre les atrocités commises par les Portugais et contre la politique d'inaction et d'obstruction du gouvernement Nehru ; la résistance digne et audacieuse du peuple contre la stratégie des arrestations préventives et d'état d'urgence employée par le parti du Congrès, voilà quelques exemples de contre l'actuel gouvernement. » Peuple la montée croissante du

Cette première partie de la Déclaration conclut à l'incapacité prouvée du PC et du PS pour diriger ce mouvement de masse, à la nécessité de construire un nouveau parti marxiste, et à la constatation qu'un début encourageant de réalisation de cette tache est représenté par la fusion de divers groupes et partis dans le All-India Mazdoor Kisan Party. piré d'une peur commune devant les masses engagées sur la voie de la révolution, compromis payé par le partage du pays en deux Etats. Elle caractérise en-

LA SITUATION EN INDE

LA SITUATION EN INDE suite la politique de la bourgeoisie indienne comme voulant stabiliser son pouvolr par l'exploitation accrue des masses. cette bourgeoisie utilise au maximum les contradictions internationales, mais ses intérêts fondamentaux sont liés au bloc anglo-americain.

« 4. - - La résolution de politique industrielle adoptée par le gouvernement en 1948, et approuvée à nouveau en 1954, représente la stratégie économique fondamentale de la bourgeoisie qui s'efforce stabiliser son pouvoir. Elle cherche à transmettre à l'Etat la responsabilité du développement de certains secteurs comme celui de l'énergie, des transports, des communications et de l'acier, qui, de par leurs besoins d'énormes investissements de capitaux, des grands risques

TERNATIONALE lement créée, ainsi que les revenus des fermiers capitalistes qui commencent à apparaitre dans diverses régions du pays. Tout cela est fait dans le but d'élargir et de consolider la base du Congrès à la campagne.

« 10. - Les paysans pauvres et les paysans sans terres, qui constituent la grande masse de la population rurale, n'ont pratiquement rien gouvernementales.

conditions se son riorées par suite gagné à ces mesures contraire, leurs t sérieusement détédes évictions, du chomage rural croissant, de l'endettement aggravé, des charges fiscales plus lourdes. etc.

11. — Finalement, là où la grande propriété foncière a été effectivement supprete fonciere a ele errechvement primée, elle le fut contre palement d'une forte compensation, ce qui impose une charge supplémentaire à la paysannerie et à l'Etat. »

La Déclaration constate ensuite que seule une révolution socialiste victorieuse libérera la paysannerie de tous les liens féodaux, puis elle analyse l'évolution de l'économie indienne depuis 1946, soulignant que l'aide économique étrangère, l'élargissement des marchés étrangers pendant la guerre de Corée et quelques récoltes exceptionnellement favorables. tout en stabilisant momentanément l'économie capitaliste, n'ont pas apporté de remèdes aux maux les plus criants des larges masses.

* 15. - Le prestige politique du Congrès, établi au cours de la lutte anti-imperialiste, se réduit de plus en plus de par son incapacité d'arrêter l'appauvrissement croissant des masses et l'augmentation du chômage dans les villes et à la campagne. Par leur propre expérience, les masses perdent leurs illusions dans le Congrès... Le régime du Congrès réprime •sans scrupules les luttes de la classe ouvrière et d'autres couches exploitées, qui, expriment de façon spontanée ou organisée le mécontentement populaire. Ces luttes prennent la forme de grèves contre la rationansation et les licenciements. de résistance paysanne à licenciements, de resistance paysanne a l'offensive d'éviction lancée par les propriétaires fonciers, de luttes d'employés, d'instituteurs, de médecins et d'autres couches des classes moyennes. ainsi que de mouvements d'étudiants contre. l'accroissement des droits d'inscription et l'administration non démocratique des institutions d'éducation et des Universités.

16. — Les fusillades sont presque devenues une habitude du gouvernement. Il y a eu plus de fusillades depuis : l'étabissement de l'indépendance qu'il n'y en avait normalement sous le régime de l'impérialisme britannique. Bien que les nbertés démocratiques existent dans la 101 du pays, elles sont de plus en plus rognées dans la pratique. En d'autres termes, le contenu démocratique disparait progres• sivement, seule sa forme vide subsiste. » qu'ils impliquent et qu'ils rapportent a hors de la portée du ces industries sont pour préserver et du profit très réduit u debut, se trouvent capital privé. Comme d'importance vitale renforcer l'économie capitaliste nationale dans son ensemble. ainsi que pour protéger la position de classe de la bourgeoisie indienne dans la lutte internationale pour l'existence, l'Etat doit suppléer à l'insuffisance de l'entreprise privée.

« 5 - Les salaires et les conditions de travall dans le secteur public sont dellbérément maintenus aussi bas que possible, afin de ne pas nuire à l'exploitation des travailleurs dans le secteur privé. La direction et le contrôle du secteur public se trouvent entre les mains des grands capitalistes privés, ou de soi-disant experts-administrateurs nourris de la philosophie du capitalisme. n en resuite clairement que le secteur public sert les intérêts du secteur privé dans l'économie nationale, et qu'il n'est guère géré d'après les besoins du peuple.

« 6. - En déguisant ce mouvement en direction du capitalisme d'Etat comme un mouvement vers un « modèle socialiste de société », le Parti du Congrès donne à l'Etat la justification morale pour supprimer par des moyens de coercition la résistance des masses laborieuses à leur exploitation accrue. »

La Déclaration caractérise e Plans Quinquennaux dans le l'analyse précitée et les appelle ritable antithèse du socialisme ». passe à l'analyse des conditions

« 9. - Tous les mouvements me agraire et les autres mesur nsuite les sens de « une véPuis, elle agraires :

de réfores législatives prises par des gouvernements (provinciaux) du Congrès pour abolir propriété foncière féodale, ont été timides et contradictoires. Ces mesures ont abouti 8 une aggravation des contradictions sociales à la campagne. La législation agraire du Congrès a facilité la formation d'une classe de paysans riches. Les autres mesures gouvernementales comme les projets de développement communautaire. les fournitures de semences et d'engrais à prix réduits, etc., n'ont servi qu'à accroitre les revenus de cette classe nouvel36

IN

LA SITUATION INTERNATIONALE

« 1. - Deux choses caractérisent la situation après la deuxième guerre mondiale. D'une part, l'impérialisme mondial a été fortement affaibli ; d'autre part les forces socialistes et anti-impérialistes ont été considérablement renforcées. Le déséquilibre économique du système capitaliste mondial et sa désintégration culturelle se sont de plus en plus aggravés. Les luttes d'émancipation nationale des peuples asservis ont atteint un niveau d'intensité et de combattivité sans précédent, et ont abouti a des victoires dans des pays comme l'Inde, la Birmanie, l'Indonésie, le Pakistan, Ceylan, etc.

2. - Un autre aspect de cette période fut le développement phénoménal de la conscience nationale et la lutte accrue des peuples de pays arriérés en Asie du sud-est, en Afrique, en Amérique latine et au Moyen-Orient pour rejeter le joug impérialiste.

3. - Dans les pays d'Europe orientale, en Yougoslavie, et en Chine, la bourgeolsie fut éliminée du pouvoir, le systeme du capitalisme et des proprietaires tonciers fut aboli à divers degrés et, sur la base des rapports de propriété nationalisée et d'économie planifiée, un nouveau système social-économique non-capitaliste, appelé « démocratie populaire ». fut établi qui crée les bases pour une société socialiste. L'apparition de la Chine populaire est un évènement d'une signification historique formidable, qui change les rapports de forces en faveur de la révolution socialiste, par suite de la perte d'un territoire immense par le capitalisme mondial, et parce qu'elle donne une impulsion puissante à toutes les luttes d'émancipation des peuples coloniaux. »

La Déclaration analyse ensuite les nouveaux rapports de forces entre les différentes puissances impérialistes, le déclin des impérialismes européens, le renforcement de l'impérialisme américain, la tendance de la bourgeoisie nationale des pays semi-coloniaux ou nouvellement indépendants à accaparer une part plus grande de son marché national

« 6. - Ainsi, alors que pour survivie le capitalisme américain a besoin d'un marché en expansion à l'échelle du globe, ses débouchés effectivement disponibles se sont réduits de façon alarmante.

Cela conduit l'impérialisme américain à un conflit inévitable avec les pays du bloc soviétique et avec les mouvements de libération nationale.

7. - Réalisant ses responsabilites, en tant que principal pays capitaliste dans le monde, pour preserver et restaurer le capitalisme mondial et pour combattre les mouvements nationaux-révolutionnaires et socialistes qui se renforcent. Timpérialisme américain a entrepris un certain nombre de tâches comme la restauration de l'économie capitaliste ébranlée par la guerre en Europe et dans les

Etats capitalistes nouvellement indépendants, et la construction d'une opposition unifiée contre le bloc de pays soviétiques par l'établissement de bases, par la conclusion de traités militaires et d'alliances stratégiques dans différentes parties du monde. »

La Déclaration examine les conditions qui poussent l'impérialisme à la guerre, puIs raisons pour lesquelles cette zuerre n'a pas encore eclate, et passe alors à l'analvse des conditions economiques et sociales dans le bloc soviétique :

« 10. — Par suite de l'extension du système social non-capitaliste aux pays d'Europe orientale, à la Yougoslavie et à la Chine, les contradictions entre le bloc capitaliste et le bloc soviétique apparatssent au premier plan de la situation internationale présente. Bien qu'il y ait des contradictions entre la Yougoslavie et les pays du Kominform, entre l'Union soviétique et les pays d'Europe orientale, et entre la bureaucratie et les masses dans ces pays, il faut se rappeler que leur caractéristique fondamentale commune, les rapports de propriété nationalisée el l'économie planifiée, les unit contre le capitalisme.

11. — Par la nature même de leur économie, ces pays n'ont pas besoin de la guerre. La politique poursuivie par les dirigeants soviétiques depuis la fin de la 2e guerre mondiale a consisté en une série de manœuvres diplomatiques avec les pays capitalistes afin d'éviter la guerre. En même temps, les partis communistes de différents pays ont été utilisés pour exercer une pression sous différentes formes sur leurs gouvernements capitalistes respectifs.

12. — La véritable défense du bloc soviétique n'est pourtant possible que grâce au renversement du capitalisme par la révolution socialiste dans les pays capitalistes. qui élargit l'orbite du monde socialiste.

13. — Il faut souligner que, par suite de l'exercice d'un pouvoir dictatorial par la bureaucratie en Union soviétique, des conflits se sont produits à l'intérieur du bloc soviétique, qui se sont manifestes dans les tensions entre les pays du Kominform et la Yougoslavie, et dans le mécontentement qui subsiste dans les pays «'Europe orientale, et qui se reflète dans de 20mbreuses épurations et dans le soulevement en Allemagne orientale. La suppression des libertés démocratiques dans ces régimes, et le róle prédominant joue par les dirigeants soviétiques dans le nouvement communiste international, ont eu pour effet de saper la foi révolutionnaire des masses exploitées dans le communisme mondial.

14. - La théorie de la coexistence pacifique propagée par les dirigeants du camp soviétique subordonne en pratique les intérêts des luttes internationales socialistes et de libération nationale aux besoins de leur politique (diplomatique)

et aboutit à différents degrés de collt• boration de classe dans différents pays capitalistes... La théorie de la coexistence pacique aide en outre les pays capitalistes a consolider leur economie et les encourage à réprimer les luttes de classe révolutionnaires des masses dans ces pays... »

« 16. - Le monde social contemporain est saturé de tensions, d'antagonismes et de conflits. Dans une telle situation historique, tous les efforts entrepris pour résoudre ces conflits n'ont pas réussi et ne pourront pas réussir. Les rapports qui paraissent stabilisés ne dureront pas indéfiniment. En fait, ils seront détruits sur le roc des contradictions fondamentales qui sont irréconciliables et inhérentes au système capitaliste luimême.

17. — Le Parti croit fermement qu'une paix longue et durable ne peut être atteinte sans le renversement du système capitaliste d'exploitation, par la revolution socialiste, et letablissement d'une fédération mondiale d'Etats socialistes, basés sur la démocratie ouvrière et des relations d'égalité, de fraternité et de coopération entre eux. »

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