Faisant suite à des articles dans lesquels lssner, dirigeant de la propagande du SED, avait en septembre 1955 laissé entrevoir un tournant dans la conception de la question allemande, la 25e session du Comité central de ce parti (24-27 octobre) apporta finalement la clarté à ce sujet.
Jusqu'à cette date, toute la politique allemande du SED reposait principalement sur deux revendications. Encore avant le 4è Congrès du SED en avril l'Allemagne occidentale, et de l'établis- 1954. à côté du rejet de la CED par sement d'un « gouvernement provisoire pan-allemand », il était demandé la tenue d'élections libres dans toute l'Allemagne.
Cette revendication a depuis lors été abandonnée par les staliniens. A la session du C.C. du SED on a cherché à justifier cet abandon par des « changements en Allemagne occidentale », en déclarant :
« La situation en Allemagne est caractérisée par le fait qu'il est impossible de contraindre ['Allemagne à entrer dans le pacte de guerre de l'Atlantique nord, mais aussi par le fait que les forces democratiques pacifiques ont encore besoin de temps pour amener un changement de la politique de Bont. de remilitarisa-
« Dans les conditions tion de l'Allemagne occidentale, de son appartenance au pacte de guerre de l'Atlantique nord, de l'existence de bases militaires étrangères et des accords de Paris qui permettent aux puissances étrangères d'intervenir dans les affaires intérieures de l'Allemagne occidentale, 1l ne peut être question d'élections libres. Quiconque, parle d'élections pan-allemandes veut l'asservissement du peuple allemand par la bourgeoisie impérialiste qui gouverne à présent en Allemagne occidentale ».
Ainsi se trouve établie la ligne sur la question de la réunification de l'Allemagne, pour la 3ê conférence du SED qui est convoquée pour mars 1956. Ceci veut dire que la réunification est écartée du côté stalinien (personne ne peut avoir de doute que Moscou a donné son accord pour cet important tournant) tout aussi bien que de la part des impérialistes. Les staliniens espèrent consolider leur position avec le temps, obtenir une « reconnaissance » de la D.D.R. par la République fédérale et les puissances occidentales et, ultérieurement, sauver une partie de leurs positions menacées dans des élections pan-allemandes. 38
Mais, on cherche avant tout de cette manière à faire concorder la politique pratique et la propagande du SED avec la nouvelle orientation de la politique exterieure soviétique, à savoir la renonciation à l'unité de l'Allemagne en faveur d'un pacte de sécurité européenne dans le cadre du statu quo politique mondial.
On pouvait lire dès le 21 juillet dans la « Pravda » :
« Il est indubitable que, dans les dernières années, une série de grands obstacles a été élevée sur la voie d'une solution de la question allemande, dont les plus importants sont la remilitarisation de l'Allemagne occidentale et son integration dans les alliances militaires des puissances occidentales. Cette circonstance crée une situation tout à fait nouvelle, dans r laquelle il faut aussi trouver des nouvelles méthodes pour résoudre la question allemande ».
Dans son article de septembre 1955, Fred Elssner s'était fixé pour tâche de montrer que ces « nouvelles méthodes » excluaient des élections libres pan-allemandes. "L'article d'Elssner et les dernières décisions des staliniens proclament que des élections pan-allemandes sont un soutien des forces du capital monopoleur. Brusquement les élections libres qui, pendant longtemps, avaient été demandées tant par la D.D.R. que par l'Union soviétique, sont placées sur le même plan que les plébiscites hitlériens.
« En tant que marxistes, nous savons que les questions de puissance ne peuvent etre résolues par des elections », se rappelle soudainement caissner.
Pour les socialistes, c'est une vérité de la Palisse. Mais elle ne devient pas valable aujourd'hui, elle l'était déjà du temps où le gouvernement de la D.D.R., le SED et les organisations de masse soumettaient par radio à l'Allemagne occidentale leur offre d'élections libres. Tout ce qui est présenté aujourd'hui comme argument contre des élections libres panallemandes avait autant de valeur avant la ratification des accords de Paris. Toute la propagande pour des élections libres n'était-elle donc qu'une manœuvre trompeuse ? Il est difficile de trouver une autre explication.
Tous les exemples présentés par les staliniens sur l'utilisation des élections et les violations de la légalité démocratique par les classes dirigeantes ne sont pas nouveaux et s'appliquent également. à la situation avant la ratification. ils s'appliquent également à la situation dans les pays capitalistes — notamment des pays de l'OTAN - dans lesquels les amis Fred Elssner participent aux élections legislatives.
Après les déclarations du SED, il est clair que la revendication d'une Allemagne unifiée que l'on exige avec emphase dans certaines déclarations tant à l'Est qu'à l'Ouest est moins qu'un coup de chapeau, et qu'Adenauer aussi bien qu'Ulbricht ont réduit la chose a une larce.
Naturellement cette revendication de l'unification • de l'Allemagne n'en reste pas moins urgente pour la classe ouvrière. Mais cette revendication ne peut évidemment pas partir maintenant ni de la position de l'Est ni de l'Ouest. Seule la classe ouvrière allemande, sous une direction socialiste conséquente, est capable de sortir de cette impasse. Les difficultés pour atteindre ce but ne se trouvent pas seulement dans les conditions politiques à l'Ouest, elles sont également déterminees par la situation politique dans la D.D.R., c'est-à-dire par l'effet repoussant de la domination bureaucratique du SED
A côté de la classe dirigeante en Allemagne occidentale, la direction officielle des organisations ouvrières réformistes crée également de grands obstacles à la réunification sur une base socialiste. Un programme socialiste de réunification présuppose qu'on se fixe à l'Ouest un objectif socialiste. Cela signifierait. pour les organisations ouvrières de l'Allemagne occidentale, une hostilité intransigeante et non une opposition parlementaire à l'égard du gouvernement Adenauer, Si les dirigeants de la D.D.R. parviennent toujours à neutraliser la résistance des ouvriers, c'est avant tout possible grace à l'exemple repoussant de la restauration en Allemagne occidentale
Plus la politique du mouvement ouvrier se délimiterait clairement des forces restaurationnistes, plus elle les combattrait énergiquement, et plus la critique socialiste contre la domination bureaucratique dans la D.D.R. deviendrait rapidement et fortement le lien commun de tout le mouvement ouvrier allemand.
Ceci serait d'autant plus possible que les staliniens allemands se sont à nouveau montrés dans la dernière année n'être que des instruments de Khruchtchev et Bulganine. Le tournant de l'URSS envers la
Yougoslavie a contraint le SED à un véritable tour de force. S'étant particuliement distinguée dans les années précédentes contre le « fasciste Tito ». la presse du SED dut faire un tournant à l'annonce du voyage de Khruchtchev à
Belgrade, Tout d'abord, elle chercha à présenter les choses sens dessus dessous.
Le 22 mai, « Neues Deutschland », organe central du SED, écrivait que, la politique de la Yougoslavie ayant change, la possibilité était donnée à l'Union soviétique de s'engager sur une voie nouvelle vis-à-vis de la Yougoslavie. Les journalistes du SED n'avaient pas de chance, car cette version de Molotov (datant du 8 février) avait été abandonnée
TERNATIONALE depuis longtemps par Moscou après la réponse de Tito du 8 mars. Le 26 mal Beria était désigné comme bouc émissaire. Aussitôt le SED changea de cap et publia l'article de la « Pravda ». En juin, on pouvait trouver presque chaque jour des articles sur la Yougoslavie à la premtère page de « Neues Deutschland ». Soudain l'économie yougoslave avait à nouveau une « base socialiste » et « Borba » redevenait digne d'être citée.
Les bureaucrates du SED ne songèrent pas du tout à justifier la ligne politique défendue par eux pendant 6 ans, ligne calomniant la Yougoslavie comme « Etat fasciste » et Tito comme un « agent de la Gestapo ».
Le SED n'a naturellement pas mentionné, ne fut-ce que dans une seule ligne, les militants du SED exclus ou emprisonnés en rapport avec les affaires Tito et Field. Jusqu'à ce jour il n'a pas été question de réhabiliter les « titistes » ou les « agents de Field » Merker, Ende, Bauer ou Sperling. La libération que l'on connait de Paul Merker et le retour de Leo Bauer d'un camp de travail forcé soviétique n'ont pas été mentionnés officiellement. Par contre, des commissions soht au travail pour vérifier une fois de plus toutes les bibliothèques et librairies. Tandis qu'en 1948 on éliminait tous les écrits amicaux à l'égard de Tito, c'est mainte nant le tour de toutes les œuvres de haine contre la Yougoslavie, en partant de la brochure d'Ulbricht sur la Yougoslavie, jusqu'a la production fantaisiste du Français Renaud de Jouvenel « Tito. chef des traîtres » en passant en particulier par les « comptes rendus » des procès Rajk et Kostov.
A la dernière session du C.C., Ulbricht a admis que la résolution du Kominform de 1948 avait tiré des « conclusions tausses » et que la résolution de 1949 était même tout à fait fausse. Combien pénible pour les dirigeants d'un parti qui a « toujours raison »... Cet exemple démontre une fois de plus que le SED n'est pas en état d'agir de manière indépendante.
Il ne peut naviguer que dans le sillage de la politique extérieure de l'U.R.S.S.
L'essence de sa politique extérieure est la consolidation et l'établissement d'un statu quo politique dans les conditions d'une Allemagne divisée. Ce n'est pas pour rien qu'on parle de deux Allemagnes. On s'accommode du gouvernement réactionnaire-restaurationniste en Allemagne occidentale, qui est lié à l'OTAN, et on veut aussi le maintien de la domination du SED dans la DDR qui est liée au pacte de Varsovie. Tout changement de cet équilibre relatif peut entrainer des risques et l'effondrement de la politique du statu quo. Telle est fondamentalement l'essence du changement politique de l'URSS dans la question allemande. D'où la renonciation à la réunification par des discours mensongers sur un lent rapprochement des deux Etats partiels. Mais les staliniens allemands prononcent leur propre condamnation par leurs tournants embarrassés