Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 14, n° 1-3

Après les élections françaises du 2 janvier

Pierre Frank · Quatrième Internationale, vol. 14, n° 1-3 · mars 1956 · p. 22-31 · 8 350 mots

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La France, depuis plus de vingt ans, subit convulsion sur convulsion. La cause objective profonde du développement fiévreux de la nation française réside dans la décadence irrémédiable du capitalisme français qui lui a fait perdre sa place en Europe devant le capitalisme allemand et qui, maintenant, lui fait perdre son empire colonial.

LES DEVELOPPEMENTS ECONOMIQUES D'APRES GUERRE

Dans le cadre général du déclin du capitalisme français, d'importantes transformations économiques se sont produites depuis la fin de la deuxième guerre mondiale qui ont entrainé un certain nombre des développements sociaux et politiques récents.

A la fin de cette guerre, les dirigeants du capitalisme français se sont efforcés d'opérer un redressement, au cours de la reconversion et de la reconstruction de l'économie. Un « plan Monnet » fut établi. Il ne s'agissait évidemment pas d'une planification de l'industrie, mais d'une aide et d'une orientation données par l'Etat aun des secteurs dete mines. Lans ements aux investissements et aux financements ont avant tout porté sur les secteurs-cles. les secteurs les plus concentrés; les résultats obtenus sont importants.

On assiste par exemple à ce paradoxe que les aciéries françaises sont, aujourd'hui, du point de vue de l'équipement, parmi les plus modernes sinon les plus modernes du monde, venant qualitativement avant les Etats-Unis.

De même les chemins de fer français ont été rééquipés et servent de modèle aux autres réseaux dans le monde. Les houillères aussi ont été complètement modernisées.

A ces progrès accomplis à l'échelle de toute une industrie, il faut ajouter des progrès particuliers de grande valeur. Par exemple les usines d'automobiles Renault sont une des plus avancées dans le monde en ce qui concerne l'utilisation des procédés automatiques et elles ne cessent de se perfectionner dans ce domaine (la production Renault est de l'ordre de 400.000 véhicules par an). Dans l'industrie aéronautique, la branche d'établissement des prototypes d'avions légers occupe également une des premières places dans le monde. 22

Mais, au lieu de sortir l'économie française de sa décadence, ces progrès ont suscité des contradictions nouvelles. Les industries-clés rééquipées, modernisées. ont besoin, pour fonctionner normalement, d'une clientèle d'industries de transformation susceptibles d'absorber leur production, car les possibilités d'exportation sont limitées et, en tout cas. ne peuvent constituer qu'un complément au marché intérieur.

Or l'économie française se heurte là à une série de difficultés considérables. La plus grande partie des investissements au des s et des dons de l'Etat sont allés aux inđu 50 4 90i % Ses investisse des pore les industries de transformation sont insuffisants. Mais on se heurte surtout. dans la grande majorité de l'industrie en France, aux résistances des situations acquises, à ces nombreuses petites et moyennes entreprises héritées du passé. dont les possédants ne songent qu'à poursuivre l'exploitation pour en tirer leur part individuelle de profits. Par la marche même de l'économie capitaliste, une concentration s'opère, mais elle se heurte à des résistances nombreuses qui trouvent des appuis dans d'autres branches de l'économie.

Ainsi l'économie agricole est non seulement arriérée en général, elle n'est pas organisée pour dépasser, dans bien des cas, un marché régional; elle repose en outre dans quelques régions sur des cultures qui ont été favorisées dans le passé et qui ne subsistent plus que grâce à de très lourdes subventions gouvernementales.

Par ailleurs, l'économie française est affligée d'un réseau de distribution plus que pléthorique. Le nombre des petits commerçants s'est accru notamment pendant la guerre avec la floraison du marché noir, et dans la période d'inflation.

Le retard le plus considérable existe peut-être dans la construction de logements qui a stagné depuis la première guerre mondiale. Aussi la crise dans ce

-domaine prend-elle une acuité toute particulière et a des incidences sociales d'autant pius grandes que les besoins se sont faits plus grands en raison de l'accroissement de la population.

La lutte politique entre les « immobilistes » à la Pinay-Laniel et les « partiso Flanel et les « partisans du mouvement » à la Mendès-France reflétait le conflit entre ceux qui ne voulaient permettre que la lenté évolution de l'économie, sans toucher à certaines situations établies, et ceux qui estimaient nécessaire de bousculer les résistances, en retirant les subventions à des branches données, en favorisant la concentration dans les industries de transformation et dans l'agriculture. Pour vouloir faire cela,

Mendès-France non seulement se heurtait à des intérêts particuliers, mais rencontra une résistance dans de nombreux milieux bourgeois qui sont favorables à ses objectifs, mais qui sont effrayés par så démagogie et son essai d'utiliser le mécontentement des masses pour son opération au profit des intérêts du grand capital.

Ce développement saccadé et contradiotoire de l'économie française a pour conséquences entre autre le développement de certaines régions (comme l'Est du pays) et l'appauvrissement d'autres

Mais le déclin du capitalisme français, ses contradictions nouvelles, la perte des colonies, ne constituent qu'un aspect de la question, Il y a un autre aspect, plus important encore. Si le capitalisme ne peut désormais donner une solution viable, progressive à la France, il y a dans ce j pays une classe ouvrière d'une douzaine de millions d'hommes qui constituent la seule force capable de sauver la société; il y a en France une classe ouvrière forte, combative, ardente, capable d'initiatives : n'a-t-elle pas, avec juin 36, retrouvé cette forme de lutte élevée qu'est l'occupation des usines et donné à celle-ci un éclat et un retentissement international? Cette classe ouvrière avait, elle a le moyen de mettre un terme à cette décomposition qui affecte plusieurs aspects de la vie du pays. Elle a montré un dévouement, un esprit de sacrifice qui ne peuvent laisser aucun doute sur les résultats qui auraient pu être atteints. Mais elle n'a pas donné sa mesure - et le capitalisme a pu se maintenir et peut trouver dans une petite bourgeoisie désespérée des troupes de choc antiouvrières en raison de la politique des deux grands partis ouvriers qui se partagent la confiance de la classe ouvrière.

Lorsque commença la période de crise de la société française, le P.S. disposait de la majorité des suffrages des travailrégions (Centre). La fin de la période du marché noir et de l'inflation, et la concentration qui s'opère malgré tout, se sont répercutées chez les petits paysans, les petits commerçants, les artisans. Ce sont ces couches exaspérées. frappées dans leur quiétude et leur bien-être d'antan et dépourvues de la moindre perspective, qui ont constitué la grande majorité des électeurs poujadistes, la clientèle pour un néo-fascisme.

Un autre cisme dans ses les plus sition de Celui-ci fut ral contre ferment de culture du fasles couches petites bourgeoi: arriérées, c'est la décompol'Empire colonial français. créé dans le passé en géné l'opposition des travailleurs, et aussi des petits bourgeois. Mais aujourd'hui c'est sur ce plan que des couches petites bourgeoises chauvines sentent peut-être le plus intensément la défaite. Elles ne tirèrent guère de profits de l'Indochine, mais c'est pour elles le comble de la honte que d'être battues par des Asiatiques. Comment abandonne-t-on les comptoirs indiens, alors que le Portugal se montre aussi tenace pour Goa ? Et maintenant ce sont des Arabes ou des Noirs qui s'en mêlent! Le petit bourgeois provincial, imbu de la supériorité de son chef-lieu de canton, est tout disposé à croire que tous les malheurs qui surviennent, c'est la faute des communistes, des juifs, des agents de les pour ret. et ford eaut des gens gens leurs; le P.C. disposait alors d'une très forte minorité, il avait la grande majorité des travailleurs de la region parlsienne et, d'une façon générale, il disposait des cadres les plus militants et les plus Jeunes. Apres lexperience du Front Populaire (pendant laquelle les communistes ne participèrent pas au gouvernement) et l'expérience de la Ré sistance, c'est le P.C. qui a eu derrière lui la majorité de la classe ouvrière, tandis que le P.S. s'appuyait de plus en plus sur des catégories de travailleurs moins directement intégrées à l'industrie (employés, fonctionnaires...). Depuis lors, la classe ouvrière française n'a pas reflué des positions politiques auxquelles elle était parvenue.

En effet, les élections depuis la fin de la guerre ont montré : a) un maintien du gros des votes communistes, les pertes après les élections de 1946 (qui correspondaient à la grande poussée de la Libération, les communistes étant dans le gouvernement) étant très minimes. La constance de la grande majorité des ouvriers se manifeste aussi chaque année dans les votes dans les entreprises pour les délégués du personnel, votes ou les candidats de la C.G.T. recueillent 60 à 70 % des suffrages dans les grandes entreprises et dans les principales industries (métallurgie, mines, docks, batiment, chemins de fer, électricité, gaz).

LA CLASSE OUVRIERE ET SES PARTIS

LA CLASSE OUVRIERE ET SES PARTIS b) les voix socialistes, parce que de nature plus petite bourgeoisie, ont connu des variations importantes. Le P.S. n'a cessé de perdre de 1946 jusque vers 1953. c'est à partir de ce moment, pres de deux ans apres avoir été rejete dans lopposition, qu'il a commencé à regagner des suffrages.

Les rapports entre les deux partis au cours de ces vingt et quelques années ont été le plus souvent des plus tendus — et la bourgeoisie pouvait alors exploiter la situation à son aise. Ce n'est que pour un total de deux ou trois ans qu'il y eut des rapports de collaboration entre ces deux partis; mais malheureusement 11s ne limitèrent pas à eux cette collaboration et ils ne ne la firent pas sur un programme de classe. Chaque fois que, sous la pression des ouvriers, ces deux partis furent amenés à se rapprocher, ils firent entrer dans leur politique des éléments qui devaient amener non un renforcement de l'action ouvrière, mais un affaiblissement de celle-ci.

Car ces partis ne se rapprochèrent que pour se livrer à une collaboration avec des partis bourgeois.

Aucun mouvement ouvrier ne devrait etre aussi immunisé contre une telle pratique que le mouvement ouvrier français, car il a payé, et parfois fort cher, celle-ci. Les pages des grands classiques du marxisme ont précisément montré à la lumière d'expériences du mouvement

Le Front Populatre de 1935 fut basé sur un accord international d'une aile de la bourgeoisie française et de la bureaucratie soviétique contre les revendications de l'Allemagne hitlérienne, P.C., P.S. et parti radical firent donc un bloc sur une telle politique extérieure; le programme de politique intérieure adopté était fort modéré : il comportait une sorte de relance économique destinée à sortir l'économie capitaliste de la dépression provoquée par la crise mondiale de 1929.

Mais le Front Populaire s'appuya sur un mouvement de masse qui avait commencé à se développer avec ampleur a la suite de la tentative de coup de force réactionnaire du 6 février 1934. Les travailleurs désireux de s'opposer aux prétentions fascistes avaient d'abord formé à la base, malgré les directions, de très nombreux comités de vigilance antifascistes entre organisations locales socia• listes et communistes. Les deux directions nationales, après avoir été l'une et l'autre opposées au front unique, s'entendirent par contre ensuite très aisément sur un programme commun avec les radicaux.

Les élections parlementaires de Mai

1936 donnèrent une très grande victoire au Front Populaire. Socialistes, commu-

TERNATIONAL ouvrier français les résultats déplorables, funestes, de l'alliance avec les représentants des partis bourgeois.

Marx, dans « Le 18 Brumaire de LouisNapoléon », Rosa Luxemburg dans ses interventions capitales contre le révisionnisme bernsteinien et la participation gouvernementale en France, ont abondamment montré que l'alliance des partis ouvriers avec les formations de la bourgeoisie sont néfastes au mouvement ouvrier.

La III• Internationale avait elle aussi ôté toute possibilité d'équivoque : jamais •il ne pouvait être question de collaborer à un gouvernement avec des partis bourgeois, ni même de soutenir un tel gouvernement, pas même un gouvernement socialiste n'ayant comme programme qu'un programme de défense des intérêts capitalistes.

Tout cela fut enterré, piétiné, des que commença à se développer la tactique du Front Populaire.

La base réelle de toute opération de collaboration d'un Parti communiste avec le P.S. et avec des partis bourgeois a été un accord en matière de politique extérieure d'une aile du capitalisme français avec les objectifs de la diplomatie soviétique. Le Front Populaire fut précédé de très peu par une déclaration de staline faite à Laval, alors président du Conseil français, reconnaissant à la France la nécessité de s'armer. nistes et radicaux disposaient d'une majorité au Parlement.

Alors que les directions célébraient leur triomphe électoral et que la formation d'un nouveau gouvernement allait devoir attendre près d'un mois pour se conformer aux rites de la Constitution bourgeoise de 1875, les travailleurs virent dans ces résultats électoraux le signe de départ pour une offensive contre les patrons. Une dizaine de jours après les élections, des grèves éclataient, les ouvriers occupaient les entreprises, et le mouvement fit tache d'huile sur tout le pays. Dès les premiers jours de Juin 36, des millions de travailleurs étaient maitres des usines. Blum fut ainsi appelé à constituer rapidement son gouvernement pour trouver une solution à la situation.

Le patronat accorda une série de revendications qui n'étaient pas, à proprement parler, dans le programme du

Front Populaire, mais qui constituaient le minimum sans lequel les choses auraient pu se développer de façon beaucoup plus désagréable pour lui : reconnaissance des délégués d'entreprise, signatures de conventions collectives, congés payés. Avec Juin 1936, la classe ouvrière française se trouvait pour la première fois effectivement reconnue comme classe organisée syndicalement sur le plan

LE FRONT POPULAIRE DE 1935-37

LE FRONT POPULAIRE DE 1935-37

INTERNATIONALE économique, Depuis lors, à travers toutes les vicissitudes de la lutte de classe, cette reconnaissance s'est maintenue, sauf pendant la période du régime de Vichy. C'est pourquoi Juin 36 est resté dans la mémoire des travailleurs de France comme une date de victoire.

Mais les conquêtes de Juin 36 ne furent pas le produit de l'accord des partis, elles ne relevèrent pas du programme du Front populaire, elles ne furent pas la conséquence de la politique des directions, mais le résultat de l'action des masses.

Quand Blum constitua son gouvernement, la direction du PC préféra ne pas obtenir le soutien des masses pour l'action gouvernementale. Nous serons en quelque sorte le « ministère des masses ». déclarait un des dirigeants du PO. Son action sur la classe ouvrière se conjugua pendant toute une période à celle du gouvernement Blum. Celui-ci insistait auprès des représentants du patronat pour signer les fameux accords Matignon, faute de quoi il ne pouvait pas se tourner vers la classe ouvrière pour prêcher l'acceptation. Les accords étaient à peine signés que Thorez déclarait aux communistes: « Il faut savoir terminer une grève ». Les ouvriers étaient invités par Blum à faire « la pause ». En plein essoi. alors que le patronat n'avait lâché que peu de choses, la collaboration avec la bourgeoisie impliquait pour les directions le rôle de frein, de briseurs de grève même.

Faire la pause dans la lutte de classe, cela signifiait d'abord renoncer à tirer tous les avantages de la situation, c'était ensuite voir dans l'Etat non l'instrument du Capital, mais un arbitre dans les conflits ultérieurs qu'allaient susciter les patrons qui eux n'étaient nullement disposés à faire la pause, à accepter leur échec et qui s'organisaient pour reprendre le terrain perdu.

Le premier effet de « la pause », peu après Juin 36, fut l'intervention des forces de l'Etat pour faire évacuer les entreprises quand éclatait un conflit. Il fallait faire respecter la propriété capitaliste qui avait été quelque peù malmenée quand les occupations s'étendaient sur tout le pays.

Blum, « gérant loyal » du capitalisme, ne voulant pas aller au-delà du programme auquel il s'était engagé avec les radicaux, accorda toutes les libertés aux ligues réactionnaires et fascistes pour s'organiser. Quand les ouvriers alertés voulurent s'opposer à la tenue d'une réunion fasciste à Clichy, dans la banlieue de Paris, l'Etat dirigé par Blum défendit la liberté pour les fascistes, la police tirant sur les ouvriers.

Parmi les signataires de la charte du Front populaire se trouvait « l'Etolle nord-africaine », organisation des travailleurs nord-africains immigrés en France, exprimant les revendications des masses d'Afrique du Nord. Aux premières manifestations pour obtenir des avantages pourtant bien menus, le gouvernement du Front populaire prononça la dissolution de l'Etoile nord-africaine.

En Espagne, un front populaire avait été également constitué et avait triomphé aux élections de février 1936. Les masses espagnoles avaient imposé l'ouverture des prisons qui regorgeaient d'emprisonnés. Le fascisme espagnol résolut de passer à l'attaque. En juillet 1936, quelques semaines après la victoire du Front populaire en France et l'occupation des usines, il tenta un coup d'Etat sous la direction du général Franco, commandant troupes du Maroc espagnol, qui n'avait jamais été destitué par le Front populaire espagnol. L'héroisme des travailleúrs des grandes villes d'Espagne empêcha le suocès immédiat du coup d'Etat, mais la guerre civile s'engagea.

Elle n'avait pas été prévue dans le programme du Front populaire. Là encore Blum s'inclina devant les exigences de l'impérialisme qui craignait qu'une victoire du camp républicain sur Franco ne puisse être contenue et n'entraine une poussée irrésistible des masses. La guerre civile d'Espagne éclata peu après les occupations d'usine en France. L'alarme dans le monde bourgeois était grande. Tandis que les gouvernements fascistes d'Allemagne et d'Italie envoyaient des troupes et des armes à Franco, le gouvernement Blum proclamait la « non intervention » c'est-à-dire le refus d'aider matériellement le camp • républicain. travailleurs du monde entier manifes taient leur soutien aux masses espagnoles. Par ailleurs, des volontaires constituaient des brigades qui allaient combattre en Espagne. Mais le Front populaire pratiqualt la « non intervention », ce qui en face de l'intervention ouverte des gouvernements fascistes était aussi une forme d'intervention, celle qui favorisalt Franco (1).

Sur tous les plans, la politique du Front populaire était dictée par les volontes des allles bourgeois, par le respect de la propriete capitaliste, de l'Etat capitaliste. Le Parti communiste, se trouvant davantage sous la pression d'une masse d'ouvriers combattifs, protestait contre les mesures de capitulation trop flagrantes, mais ensuite s'inclinait sous le prétexte de ne pas rompre le Front populaire. Il clamait d'abord: « Blum, à l'action ! »; plus tard il soutint des gouvernements à

(z) Cette année sera célébré le 20° anniversaire du début de la guerre civile en Espagne. Notre revue lui accordera la place qui convient

Des anticommunistes professionnels à la Marceau Pivert ne manquent jamais une occasion pour rappeler les crimes de Staline contre la révolution espagnole. Mais leur mémoire a d'étranges absences sur le rôle joué par Blum qui fut aussi néfaste que celui de Staline contre la révolution espagnole.

QUATRIE ME: IN direction radicale, désorientant de plus en plus les travailleurs. Cela se poursuivit jusqu'au jour où les. radicaux estimèrent qu'ils n'avaient plus besoin du Front populaire. Ce fut Munich, l'accord avec Hitler orientant ses ambitions du côté de l'Est. Après Munich vint léchec de la grève générale du 30 novembre 1938. Ce fut aussi la débacle du Front populaire en Espagne, les milliers de combattants enfermés dans des camps en France, la reconnaissance du

LE TRIPARTISME DE

Dès que par suite de la guerre. accord s'établit entre le gouvernement soviétique et la « France libre » du général de Gaulle, on assiste non seulement à un rapprochement des deux partis ouvriers en France, mais à la constitution d'un « Front national » englobant cette fois tous ceux qui s'opposent à l'occupation allemande, indépendamment leur orientation politique. Parmi ceux-ci se trouvent nombre de réactionnaires, surtout d'ex-soutiens du régime « d'ordre » de Vichy qui retournèrent leur casaque le jour où ils furent persuadés de la défaite de l'Allemagne et pensèrent pouvoir recommencer ou poursuivre leur politique d'un « Etat fort » avec la bénédiction des Alliés.

La Résistance s'est faite avant tout avec l'appui des masses. A la Libération, le mouvement des masses va prendre une ampleur sans précédent. Il n'a pas comme

Juin 36 le caractère accusé d'un mouvement ouvrier pour des revendications ouvrières ; mais sous des formes contuses, c'est tout le vieil ordre social qui est bouleversé. La force effective dans le pays, ce sont les F.T.P., les milices patriotiques, c'est-à-dire surtout des travailleurs armés.

Dans la clandestinité, des accords avaient été établis entre diverses formations, parmi lesquelles se trouvaient les partis ouvriers, constituant le Comité National de la Résistance. Passons rapidement sur ce qui eut lieu pendant les premiers mois, notamment l'entente avec de Gaulle, la formation sous sa direction d'un gouvernement, divers incidents qui amenèrent celui-ci à démissionner. Entre temps, de

Gaulle avait signé un traité avec l'Union soviétique et Maurice Thorez. rentré en

France, proclame la nécessité pour les.

ouvriers de se soumettre à l'Etat républicain (capitaliste) en reconstruction et à travailler avec acharnement à la reconstruction de l'économie capitaliste.

Le principal parti bourgeois n'est plus cette fois-ci le parti radical mais le MRP, formé à partir de l'ancien parti démocratechrétien, dont l'influence avant la guerre, était minime; il s'est grossi à la «libération » de toute une clientèle bourgeo: se qui à l'époque voyait en lui le seul moyen d'endiguer la poussée des masses, parce que le seul capable de collaborer avec le

PS et le PC.

20.-

ERNATIONALE gouvernement de Franco, l'envoi de Pe' tain, « le plus noble et le plus humain de nos chefs militaires » selon Léon Blum, comme ambassadeur auprès de Franco Ce fut enfin la surprise et le désarroi ouvrier résultant du pacte Hitler-Staline. Le Front populaire sombra définitivement dans la 2º guerre mondiale, la répression antiouvrière et anticommuniste. La Chambre du Front populaire de 1936, après la débacle militaire, remettait le pouvoir aux mains de Pétain ; Front populaire engendra le régime de Vichy. LA' « LIBERATION »

Le parti socialiste a depuis longtemps renoncé aux discussions des annees qui suivirent la fin de la 1* guerre mondiale sur la participation ou non au gouvernements, pour des raisons doctrinales. Qui s'y souvient des controverses entre Bracke et Renaudel ? La participation gouvernementale n'est plus envisagée que du point de vue de l'opportunité politique, comme le ferait un quelconque parti bourgeois.

Pour le PC, c'est sa première participation au gouvernement, et ses militants sont en général d'un autre calibre que les militants socialistes; ils ont besoin d'une justification théorique de leur atti-. tude, ils veulent savoir comment ce qu'ils font les conduit au socialisme. C'est à ce moment que la direction du PC va développer la théorie de la « démocratie nouvelle », d'une nouvelle vote pour aller au socialisme sans passer par la dictature du proletariat

« La démocratie qui existe actuellement en France ne ressemble déjà plus à la démocratie qui existait dans les annees d'entre les deux guerres. De profondes transformations se sont produites.. Avant la guerre, la classe ouvrière était rejetée dans l'opposition et loin de la participation à la direction du pays.. Aujourd'hui elle tend de plus en plus à s'ériger en classe dirigeante. Son rôle tend sans cesse à croitre alors que tend à diminuer celui des trusts..» (Conférence de R. Guyot, du

Bureau Politique, aux cadres du parti, 13 février 1947)

La théorie, c'est une voie de développement graduel vers le socialisme. La pratique, c'est le rétablissement de l'appareil d'Etat capitaliste et de l'économie capitaliste. Les nationalisations tant vantées ne sont en fait que des mesures de consolidation de l'économie capitaliste, adjointes à quelques mesures spectaculaires envers des capitalistes collaborateurs qui serviront à faire la part du feu.

Comme au moment du Front populaire, la collaboration avec la bourgeoisie se traduit par les pires violences contre les peuples des colonies. C'est sous le tripartisme que des manifestations de masse du peuple algérien sont massacrées, que les victimes dans le Constantinois se comptent par plusieurs dizaines de milliers

C'est aussi dans cette période de collaboration de classe que commença la guerre au Vietnam. au Vietnam.

La direction du PC ne tarda pas à se trouver dans une situation difficile: d'une part. les ouvriers en France commencaient à revendiquer contre un ravitaillement plus que mediocre, contre la montee du cout de la vie, pour des augmentations de salaires. La direction de la CGT-staliniens et réformistes-unis avait encore pu se permettre de combattre en 1946 une grève des postiers. Lorsque les ouvriers de chez Renault, de l'usine nationalisée, se mirent en grève, en avril 1947. en dépit des interventions syndicales, pendant près d'une semaine, la direction stalinienne changea chaque jour de revendications sans pouvoir reprendre contrôle du mouvement; il lui fallut adopter tout le programme des grévistes.

Mais, d'autre part, la situation se tendait au gouvernement. On en était aux premières escarmouches de la « guerre froide ». La bourgeoisie française et le PS s'alignaient sur la politique des EtatsUnis, qui commençait à devenir de plus en plus agressive à l'égard de l'Union soviétique.

Cette fois-ci encore, ce ne fut pas la direction du PC qui prit l'intiative des opérations. C'est le Président du Conseil, le socialiste Ramadier, qui démissionna les ministres communistes. Dans les mois qui suivirent, la direction du PC continua encore à vouloir retrouver une place dans le gouvernement. Mais les conditions internationales et nationales allaient à l'encontre de ces tentatives. Les ouvriers frappés par la montée du coût de la vie revendiquaient de plus en plus, une grande vague de grèves allait trouver son point culminant dans le dernier trimestre de 1947. Le gouvernement dirigé par un socialiste utilisa les forces de coercition, fit tirer sur les grévistes. Les réformistes firent la scission dans la CGT. La direction du PC se refusa de renverser l'Etat bourgeois. Les ouvriers furent battus.

La bourreoisie n'avait certes pas la force d'exploiter à • fond son succès. La création du R.P.F. par de Gaulle rassemblait des courants réactionnaires divers, mais quelques essais de manifestations de type fasciste suscitaient une vive riposte des masses. La bourgeoisie s'orienta délibérément vers un fléchissement à droite de sa politique qui se poursuivit de plus en plus énergiquement jusqu'en 1953, en passant par le rejet des socialistes dans l'opposition à la suite des élections de 1951.

Ainsi, une seconde fois, la politique de collaboration de classe se terminait par l'avortement d'une poussée des masses ayant un caractère révolutionnaire accusé. La politique des directions ouvrières était de toute évidence la cause de ce reflux, les forces de la classe ouvrière ayant été utilisées pour remettre le capitalisme sur pied.

Inutile de dire que dans les rangs socialistes aucune leçon n'a été tirée de cette expérience. La très faible composition ouvrière du PS a même eu pour conséquence

TERNATIONALE entre autre l'absence d'une tendance de gauche tant soit peu consistante dans ce paru. La gauche socialisante se retrouve ì la périphérie de ce parti, elle n'est guere organisee car on ne peut vraiment prendre au sérieux le « parti socialiste de gauche » qui n'a ni programme ni cadres. Mais elle trouve son expression dans des organes comme « France Observateur ».

Qu'en est-il dans le PC? L'expérience du tripartisme n'a pas été sans avoir eu des effets en profondeur parmi les militants communistes. Une idée existe, qui ne prend pas une forme politique bien exprimée mais qui se traduit souvent par la phrase : « On a loupé le coche... ».

La direction du PC a fort bien compris le danger de cette pensée et, à plusieurs reprises, elle est intervenue pour dire que ce n'était pas vrai, qu'au moment de la « libération », on ne pouvait prendre le pouvoir, que les Américains étaient la, que c'eut ete une aventure, recherchée par des provocateurs à la solde des Amé ricains, etc. Son intervention en ce sens a été particulièrement vigoureuse au cours de « l'affaire Marty », car elle comprit que le conflit avec lul, bien que partant le problemes autres, allait mettre en cause toute la politique suivie à la fin de la guerre (2).

La direction du PC sait fort bien qu'elle a emporté contre Marty une victoire bureaucratique. Combien de militants communistes qui votèrent les sanctions demandées par la direction, ne manquent cependant pas, en face de provocations gouvernementales ou patronales, de conclure : « Mais la prochaine fois, on ne loupera pas le coche... ».

Ce courant de base est tout à fait combattu par la direction qui, depuis qu'une nouvelle remontée ouvrière se manifeste. ne songe qu'a recommencer une nouvelle expérience de collaboration de classe. Elle a cherche, pendant toute une période, à trouver un accord avec tous les « bons Français » contre la CED et le résultat fut le rejet des termes de la CED qui ne convenaient plus au capitalisme français et l'acceptation des accords de Paris.

Mais quand commença à souffler « l'esprit de Genève », la détente, etc. c'est vers une nouvelle expérience de Front populaire que s'oriente à nouveau la direction du PC. Elle avait déjà laissé entrevoir pendant le court interlude du gouvernement Mendès-France en 1954 ce qu'elle était prête à faire. Mais c'est seulement à la fin de 1955. a la veille des élections du 2 janvier 1956, qu'elle se prononça nettement pour une nouvelle expérience de Front populaire.

(2) Voir de nombreux articles de « Quatrième Internatonale » sur l'affaire Marty-Tillon, sur la crise dans les P.C. français, italien et belge (années 1952 à 1955).

LES ELECTIONS Rappelons brièvement les résultats des élections du 2 janvier 1956. Le PC et le PS obtiennent environ 5,5 et 3,5 millions de voix respectivement. soit au total 42 % des voix. Chacun de ces partis gagne près d'un demi-million de voix; comme il y a eu 2 millions d'électeurs nouveaux, en pourcentage le PC maintient ses positions, et le PS progresse. Le PS s'était apparenté au parti radical qui, à la veille même des élections, avait subi une scission dirigée par le président du Conseil sortant, E. Faure. Pour la plupart des partis bourgeois, il n'y eut que " l'exception de lexde changements, à Rassemblement du Peuple Français de de Gaulle, dont les voix pour une partie se répartirent sur les autres partis (indépendants, MRP, radicaux et socialistes) et qui, pour 2 millions environ, se portèrent sur les candidats du mouvement PouJade lequel, se présentant sous la forme d'un organisme de défense des petits commerçants et d'autres catégories sociales. dénonça les « sortants », les « pourris », et cristallisa plus clairement que jamais un courant profasciste. Le succès poujadiste fut la grande surprise des élections du 2 Janvier, car les autres résultats étaient plus ou moins prévus: on savait que le PC devait se maintenir ou gagner légèrement, le PS gagner davantage, une poussée ouvrière à gauche se manifester.

Le phénomène poujadiste est, au lendemain de la 2° guerre mondiale, la première sérieuse manifestation d'un néofascisme en Europe occidentale. Nous avons croissantennes. indiqué plus haut les raisons de son apparition : les difficultés croissantes de couches petites bourgeoises (paysannes, commerciales, artisanales), leur absence de perspectives, les défaites et les humiliations « nationales », la carence de leurs anciens dirigeants (droite classique,

Gaulle...) et l'absence de politique audacieuse des directions ouvrières.

Le poujadisme s'est manifesté, au cours de la campagne électorale, par une extréme violence contre les députés sortants, plus particulièrement contre ceux de la droite; il s'est alors abstenu d'attaque contre les partis ouvriers.

Mais, aussitôt qu'il remporta son succès électoral, il montra beaucoup plus franchement sa nature. L'anticommunisme et l'antisémitisme s'affichèrent alors ouvertement. Sur la question de l'Algérie, les

TERNATIONALE DU 2 JANVIER poujadistes furent à la pointe des mantfestations réactionnaires d'Alger. Au Parlement, les élus poujadistes se sont politiquement situes a extreme-droite: leurs porte-parole s'expriment nettement comme des fascistes. Par rapport à l'ancien RPF il y a eu une véritable décantation. De ceux qui avaient suivi de Gaulle voici quelques années, les bourgeois réactionnaires, les partisans d'un régime autoritaire, les éléments mal définis politiquement se sont égaillés un peu partout des Indépendants à la « Nouvelle Gauche ». Le poujadisme a recueilli les éléments les plus frustres, les plus virulents, ceux qui sont les plus , indiqués pour former des troupes fascistes. : Comment se présente désormais la situation ? La législature nouvelle a commencé avec un gouvernement de « Front républicain », composé principalement de socialistes et de radicaux, qui sont minoritaires au Parlement. Le gouvernement Guy Mollet a reçu au début une large majorité, les communistes prétendant ainsi le tirer vers la gauche, en vue de former plus tard un gouvernement de Front po• pulaire; le MRP votant pour lui afin de faire un contrepoids au PC et espérant que, dans quelque temps, il sera possible de faire un gouvernement plus axe sur la droite.

La polarisation du pays exprimée aux élections ne peut manquer de s'accentuer, en raison des problèmes qui se posent, et avant tout celui de l'Algérie. Une fois de plus, la société française aura à trouver une solution dans les délais relativement courts. Ou bien le mouvement ouvrier forcera ses directions à sortir des cadres du régime, ou bien les partisans de « l'Etat fort », exploitant la veulerie des directions ouvrières et la base de masse du poujadisme comme contrepoids au mouvement ouvrier, s'efforceront d'instaurer un régime de droite, autoritaire.

Déjà la droite s'est déchaînée à propos de l'Algérie, elle exerce une formidable pression sur le chef du gouvernement.

celul-ci, en bon ministre socialiste craignant de ne pas passer pour un « homme d'Etat » aux yeux de la bourgeoisie, a trouvé quelque chose de «sain » dans les manifestations fascistes d'Alger et n'a de menaces que pour les maquisards algé riens.

QUELLES SONT LES CHANCES DE REALISATION D'UN NOUVEAU

FRONT POPULAIRE 2

Comment se présente cette fois-ci la question d'un nouveau Front populaire ? Quelles sont ses chances de réalisation ? Il n'y a pas de doute que cette question présente un grand intérêt pour le gouvernement soviétique, que cette question est suivie par le gouvernement américain et le gouvernement britannique. Le voyage de l'ancien président de la République, V. Auriol, le prochain voyage de Guy 28

Mollet à Moscou, les declarations de Khrouchtchev sur les « voies nouvelles » du socialisme mettent au premier plan cette question d'un nouveau Front populaire.

Jusqu'à ce jour le PC n'a pas fait une véritable campagne pour le Front populaire. Depuis la constitution du gouvernement Guy Mollet, on peut même dire qu'il a lait le maximum pour assurer l'existence du gouvernement, ne pas sus-.

Q

A

M citer de manifestations qui pourraient le gener, soutenant honteusement son attitude de capitulation sur l'Algérie.

Néanmoins, au moment de la campagne électorale, on a pu avoir une idée des réactions que suscite dans les masses et dans les formations le mot d'ordre du Front populaire.

On peut dire que ce mot d'ordre a été bien accueilli par les militants du PC, qu'il rencontre un écho dans les larges masses et qu'il ne peut manquer de trouver une resonance grandissante dans le P.S.

Il n'y a pas de doute que le Front populaire correspond en partie à un état d'esprit peut bourgeois bien répandu en France, l'idée d'une « gauche », laïque, patriotique défendant les libertés. Ce courant existe même dans la classe ouvrière. Les dirigeants staliniens ont su l'utiliser déjà deux fois et ils voudraient bien pouvoir le faire une fois de plus.

'Mais le Front populaire engendre aussi dans la classe ouvrière et parmi les militants communistes d'autres idées. Tout d'abord, bien des militants ne retiennent du Front populaire que la partie de l'expérience la moins redevable au Front populaire, c'est-à-dire les conquêtes de Juin 36. Pour beaucoup, le Front populaire c'est avant tout l'unité d'action des communistes et des socialistes: dans les entreprises, le radical est un inconnu; on ne le trouve que localement sous la forme d'un médecin ou d'un commerçant, et la signification politique de la participation des radicaux n'apparait pas ainsi clairement aux travailleurs. Enrin, pour bien des militants communistes, l'activité du PC se trouvait dans ces dernières années entravée par l'absence d'une perspective, d'un mot d'ordre central sur le plan gouvernemental; ils sentaient que la lutte pour les revendications devait être liée à la lutte pour un autre gouvernement; or, depuis des années la direction du PC était muette sur ce point. Un gouvernement de gauche, un gouvernement de Front populaire se présente pour eux à présent comme une perspective susceptible de mobiliser les masses.

D'autre part, il est également vrai que, chez les militants socialistes, l'idée d'un Front populaire est mieux accueillie que l'idée du Front unique; rares sont les militants socialistes qui sont prêts à se trouver seulement avec les militants communistes devant la classe ouvrière.

Si on examine la situation sur le plan des masses, il n'y a pas de doute que la tendance au Front populaire est celle qui ra en grandissant dans la période qui vient. Mais le Front populaire se réalisera-t-il ?

La direction du PC est sans doute prête à donner beaucoup de garanties à la bourgeoisie. Sur le plan de la politique internationale, elle ne demande nullement le retrait de la coalition atlantique. La seule déclaration de Guy Mollet que le problème de la réunification de l'Allemagne dépend des résultats obtenus sur la voie du désarmement lui a suffi. Le gouvernement Guy Mollet, en faisant quelques déclarations pour le désarmement, un peu de commerce est-ouest.... s'attire les bonnes grâces de la direction communiste.

Sur le plan des colonies, le PC a commencé par dire qu'il était pour une Algérie libre dans le cadre de l'Union Française. Il faut relier cette orientation à une déclaration de Khrouchtchev selon laquelle l'Algérie était une question française. Le mouvement révolutionnaire en Algérie n'étant pas contrôlé par les staliniens, la bureaucratie (qui ne peut croire à la victoire révolutionnaire d'un mouvement de masse) ne voit comme alternative à la domination de l'impérialisme français que celle de l'impérialisme américain ; aussi choisit-elle l'impérialisme français de préférence. La direction du PC a montré que, tant que cela dépendrait d'elle, elle ne mènerait que des actions fort limitées dans la question algérienne, tout juste ce qu'il faut pour ne pas paraitre ne rien faire. Elle n'a soutenu que mollement les manifestations des rappelés et des maintenus, elle a même dénoncé certaines manifestations, parce que trop énergiques à son gré, comme œuvres de provocateurs. Les travailleurs algériens en France qui sont l'objet de la répression et de vexations policières ne sont guère aidés par les organisations à direction stalinienne.

La direction du PC offre toutes les garanties que la bourgeoisie voudrait bien lui demander ; mais ni la direction socialiste, ni l'aile mendessiste de la bourgeoisie ne sont disposées à accepter la collaboration du P.C. Elles sont prêtes dans l'Assemblée à accepter pour certaines mesures les votes des élus communistes, mais sans que ce soit le résultat d'un accord préalable, d'une tactique concertée. Qui plus est, le Front républicain avait été précisément constitué pour être barrage au ] Front populaire. A la veille des élections, l'équipe E. Faure-Pinay et l'équipe Mendes-France se reprochaient mutuellement de préparer par leur politique le Front populaire et chacune se présentait comme le meilleur moyen de l'éviter. Le Front populaire apparait comme un véritable cauchemar pour la bourgeoisie. Quelles sont les raisons de cette situation, les hommes politiques du capital n'étant tout de même pas sans savoir le profit qu'ils peuvent tirer de la participation gouvernementale des partis ouvriers dans des périodes de poussée révolutionnaire des masses ?

Diverses raisons convergent pour faire craindre le Front populaire aux partis bourgeois et à la direction socialiste. Certains ont la hantise du « coup de Prague », c'est-à-dire de l'installation des hommes du PC dans des postes gouvernementaux pour s'emparer de la machine de l'Etat. D'autre part, une participation des communistes au gouvernement, même si ceux-ci ne demandaient pas la rupture

ME

I E de Alliance atlantique, entrainerait la rupture de celle-ci par les Américains et larrêt de toute aide américaine à l'économie française. Enfin les bourgeois voient de grands mouvements de masse associés à une expérience de Front populaire et ils ne pensent pas que même la direction du PC soit en état de contenir de tels mouvements. Les capitalistes et les chefs socialistes savent que, par rapport à 1936, existeraient de nouveaux rapports de force entre les communistes et les autres formations dans un Front populaire, et entre la classe ouvrière et eux, nouveaux rapports de force qui leur sont défavorables. C'est pourquoi, malgré toute la modération de la direction stalinienne, et ses capitulations avant même d'avoir obtenu quelque chose, on ne peut s'attendre à l'établissement d'une nouvelle coalition de Front pouplaire, si n'intervenaient pas des mouvements d'une importance particulièrement considérable.

Des circonstances exceptionnelles sont indispensables pour forcer les choses : en raison de l'expérience passée, il n'est pas du tout exclu qu une menace réactionmenace reaction naire grandissante suscite une formidable poussée des masses (3).

Dès les premiers pas du gouvernement Guy Mollet, on a vu combien la situation est grosse d'explosions. C'est incontestablement l'affaire algérienne qui est la plus importante source de troubles. En Algérie se trouve non seulement une base vitale de l'impérialisme français, c est aussi le foyer réactionnaire et fasciste le plus important de la société française. Partout ailleurs, la réaction en France sait qu'elle se trouve dans des conditions difficiles pour opérer. A Paris le rapport des forces est nettement défavorable. Algérie, par contre, la population française — y compris ses éléments les plus pauvres — ne veut pour rien au monde reconnaître même la possibilité de reformes préconisées par Paris. C'est le cas typique d'une population européenne installée dans la masse d'un peuple colonial. A côté de gros capitalistes, de gros colons, on trouve nombre de bourgeois moyens et petits, et même un certain nombre de travailleurs qui disposent, en raison du statut colonial, d'une situation privilégiée et qui ne veulent pas la perdre. Pour eux. à chaque fois, la solution est très simple: il faut tuer 100.000 Algériens et on sera tranquille pendant 10 ans.

Pour les capitalistes français qui éprouvent tant de difficultés avec la classe ouvrière en France, qui ont besoin de forces pour pouvoir instaurer un « Etat fort », les Français d'Algérie sont un réservoir dans lequel ils ont la masse de leurs troupes de choc.

Ainsi l'Algérie se trouve être le point névralgique: une masse indigène dépourvue de tout, sans couches sociales intermédiaires, sans bourgeoisie, qui tend inévitablement à pousser la lutte antiimpérialiste à ses conclusions sociales les plus extrêmes, et en face le plus fort maccamblement de fascistes francais. rassemblement de fascistes irançais. 30

Les réactionnaires et fascistes de la France métropolitaine ne peuvent abaadonner teurs amis d'Algérie. Il faut aussi tenir compte qu'un élément important de cette situation, c'est l'armée, c'est-a-dire un nombre considérable d'olliciers de carrière liés à la colonisation française en Afrique du Nord par des liens de famille. de propriétés, etc.

Or, dans des circonstances exceptionnelles, c'est-à-dire au bord de la guerre civile, les bourgeois et les socialistes ne sont pas du tout sürs que les dirigeants du P.C. pourraient cette fois-ci conserver le contrôle des opérations et ne pas mettre en cause l'ordre bourgeois.

Néanmoins, tous ces calculs et tentatlves de ne pas glisser dans une situation qui contraigne à faire appel aux dirigeants communistes peuvent se heurter à la réalité sociale. La situation ne peut se prolonger en se pourrissant comme elle l'a fait au cours des dernières années. Les échéances sont désormais proches : ou il y aura une solution ouvrière ou il y ашта une solution réactionnaire, « Etat fort » pour une certaine période qui coûtera cher au mouvement ouvrier.

La formule du Front Populaire risque une fois de plus d'apporter de tristes et douloureuses conséquences au mouvement ouvrier. Car, en dépit de la tendance normale des luttes ouvrières à aller cette fois-ci aux solutions anticapitalistes décisives, la politique du Front Populaire contribue à freiner et à désorienter les militants et la classe ouvrière.

La seule perspective réaliste, c'est celle du gouvernement communiste-socialiste, gouvernement de front unique pour un programme anticapitaliste et anti-impérialiste. La rupture de l'alliance avec les partis bourgeois, l'élimination des ministres capitalistes, la défense d'un programme qui attaque le capitalisme dans ses œuvres vives, tout cela est dicté par la situation.

(3) Voici quelques propos tenus à un « déjeunerdébat » sur le thème : « Un front populaire peut-il se former en 1956 comme en 1936? »

* Toute la bonne volonté du monde, conclut M Schumann, du M.R.P., n'empêcherait pas qu'un nouveau 6 lévrier ne soit suivi d'un 12 jéorier... Et tout ce qui peut apparaitre comme une renaissance des ligues factieuses est le meilleur auxiliaire d'un nouvean Front populaire. »

Adversaire donc d'un Front populaire qui serait 1' « anéantissement de nos espérances », M. Commin (secrétaire adjoint du Parti Socialiste), se retourna vers ses interpellateurs pour leur dire: * Votre sort est lié au nôtre », et ajouter : a Les socialistes seuls ne peuvent faire barrage: il faut l'adhésion, la complicité même de tous pour une politique de justice sociale », l'injustice étant la « grande force » du parti communiste. « Faisons, conclut-il, la chaîne des bonnes volontés. »

LES COURANTS AU SEIN

Mais où en est la conscience de ces nécessités dans les organisations et courants se réclamant du socialisme et du communisme?

Guy Mollet dirige le P.S. au moyen de l'appareil, Il n'avait pas hésité à prendre des sanctions contre les élus qui avaient voté contre la C.E.D. tout en sachant fort bien qu'il avait contre lui la majorité du parti et la majorité du groupe parlementaire. Le rétablissement de l'unité de son parti et les succès électoraux des socialistes font qu'actuellement le P.S. se trouve apparemment uni, sans tendance. On ne connait pas pour le moment de courant se prononçant pour un accord avec le P:C., fût-ce sous la forme d'un Front Populaire. Les plus « extrêmes » sont ceux qui, à la veille du scrutin du 2 janvier, avaient proposé d'accepter dans certains cas l'apparentement avec le P.C.. et qui aujourd'hui déclarent qu'il faut accepter sans faire la fine bouche les voix des députés communistes. Toutefois, l'est pas sur qu'au groupe parlementaire lui-même il y ait un accord complet sur le programme très timoré de Guy Mollet, et surtout sur son attitude honteuse dans la question algérienne. La situation ne manquera pas de faire renaître dans le P.S. de nouveaux courants de gauche, pour une politique un tant soit peu énergique, sans pour cela que de telles tendances se prononcent pour un accord avec le P.C. Bien que les rapports entre organismes de base du P.C. et du P.S. se soient améliorés, cela ne va pas encore à la volonté des militants socialistes de pousser leur parti à un tel accord.

Quant au P.C., sa crise est désormais devenue chronique. L'affaire Marty-Tillon fut, quand elle éclata, un véritable coup de surprise. Mais l'année écoulée a vu successivement la publication du livre d'Andre Marty « L.Affaire Marty », la publication de deux brochures de Lecœur, ex-secrétaire d'organisation du P.C., et la publication d'un livre de Pierre Hervé, ex-rédacteur adjoint de « l'Humanité », « La Révolution et les fétiches ».

sur le plan politique, le livre d'A. Marty donne une nette orientation a gauche pour une politique révolutionnaire, tandis que le livre de P. Hervé va en sens directement opposé et demande qu'une politique de front populaire soit menée de façon conséquente, en renonçant à la lutte révolutionnaire. La brochure de Lecœur n'a pas un contenu politique défini, elle porte avant tout sur le régime que la très haute direction impose à l'appareil.

Comme nous l'avons dit plus haut, le tournant vers le Front Populaire n'a pas été mal accueilli. Mais le trouble qui sévit dans le P.C. est avant tout une perte de

DES PARTIS OUVRIERS confiance dans les capacités de la direction, le désir de discuter toute une série de positi mais qui unt laissane cent te de positions qui jusqu'alors avaient été amertume. Il est tout à fait typique que Lecœur comme Hervé mettent tous deux en avant l'idée suivante : en U.R.S.S. il y a quelque chose qui change, mais vous - dirigeants du P.C.F. — vous ne bougez pas. Marty, malgré l'autorité dont il jouissait, fut exclu apparemment sans trop de difficultés. L'exclusion de Lecœur se fit également sans trop de difficultés. Mais, dans le cas de Hervé - qui ne dispose d'aucune autorité personnelle -sa cellule refusa l'exclusion, se contentant d'un blâme pour le fait de la publication du livre chez un éditeur bourgeois, très nombreux sont les intellectuels communistes qui voulaient une discussion sur le livre, non une condamnation.

D'autre part, l'an dernier il y eut aussi - autre manifestation symptomatique — l'opposition des progressistes Lebrun et Rouzaud dans la direction de la C.G.T. et au congrès de la C.G.T. contre la politique établie par la direction du P.C.

Tous ces faits indiquent l'existence de courants divergents au sein du P.C., sans qu'on puisse et qu'on doive penser que les hommes sont déjà bien fixés sur telle ou telle ligne; au contraire, un cas comme celui de Marty est exceptionnel. La plupart des militants n'ont pas de ligne détinie, ils se posent des questions, et la revendication la plus courante est celle de la démocratie, sous la forme d'une discussion libre, franche, pour trouver une réponse à ces questions qui les préoccupent.

Pour un parti communiste si perturbe depuis quelques années, le récent congrès du P.C. soviétique ne pourra qu'accroître le trouble. Un congrès du P.C.F. a été convoqué pour la mi-juillet et il est très vraisemblable que la question des « nouvelles voies du socialisme », la politique sur la question algérienne, l'autorité et les méthodes de la direction vont être au centre des discussions.

Les dirigeants du P.C.F. sont profondément ancrés dans l'idée d'une politique de front populaire, cette direction en tant que direction a perdu tout ressort, elle est installée dans l'appareil de l'Etat bourgeois, elle est beaucoup plus sensible à ses compagnons de route bourgeois et petits bourgeois. Aussi c'est avant tout des ripostes ouvrières aux prétentions du fascisme et de la réaction, des capacites d'initiative de la classe ouvrière et de ses militants de base que peut venir le salut dans une action révolutionnaire qui sera également le stimulant pour la marche en avant de la révolution prolétarienne en Europe occidentale.

4 mars 1956.

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