Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 14, n° 1-3

Le « testament de Lénine »

Quatrième Internationale, vol. 14, n° 1-3 · mars 1956 · p. 44-45 · 1 221 mots

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Au cours du 20 Congrès, l'historienne Pankratova a demandé la publication de textes de Lénine encore inédits. A ce même Congrès,

Mikoyan, à la fin de son exposé, a fait allusion aux craintes de Lénine

- avant sa mort — sur une scission possible du Parti. Ces deux interventions se rejoignent car elles se réfèrent au document connu depuis

1923 sous le nom de « testament de Lénine », que nous reproduisons ci-après.

Sous le nom de « testament de Lénine », on a désigné en U.R.S.S. le texte d'une note de Lénine au Comité central, écrite en décembre 1922 et complétée par un post-scriptum de janvier 1923. Ce document a done été rédigé peu après que se produisit la seconde attaque de la maladie qui devait désormais empêcher Lénine de retrouver une activité politique jusqu'à sa mort un an plus tard. A partir de cette date, il dicta encore quelques notes et l'article « moins mais mieux » dirigé contre la montante et contre l'Inspection ouvrière et paysanne, bureaucratie dirigée par Staline.

Le « testament de Lénine » traite, comme on le verra, avant tout des rapports personnels des principaux dirigeants de l'époque et du danger de scission dans le parti. Il fut conservé par Kroupskaia et les secrétaires de Lénine jusqu'à la mort de celui-ci en janvier 1924. C'est mai 1924 que cet organisme prit seulement au Comité central de le C.C.

connaissance de ce document. Mais, depuis près de deux ans.

était dominé par la « troika » Zinoviev-Kamenev-Staline ; il décida de maintenir Staline à son poste de secrétaire général et de ne communiquer confidentiellement ce document qu'à un nombre préalablement trié de délégués du prochain Congrès du parti.

circuler clandestinement en

Le « testament » ne tarda pas à

U.R.S.S. Il fut publié pour la première fois à l'étranger par l'écrivain

Max Eastman qui, en 1925-1926, sympathisait avec l'Opposition de gauche, mais il le fit de sa propre initiative à un moment qui géna la lutte de l'Opposition.

contesté l'existence de ce « testament »; il

Staline n'a jamais osa même, à diverses reprises, mentionner certaines phrases, au cours de ses luttes ultérieures contre Zinoviev et Boukharine. Mais ce « testadès 1924.

U.R.S.S.

ment de Lénine » fut rigoureusement interdit en

Staline fit arrêter, déporter et même fusiller ceux qui le firent circuler.

En 1932, Trotsky, dans une lettre au C.C., indiqua qu'il était temps d'appliquer la proposition finale du « testament »: éliminer Staline.

Quelques années plus tard, au cours des procès de Moscou, ces mots furent détachés de leur contexte; se gardant d'indiquer qu'ils se trouvaient dans un texte de Lénine, l'accusation les utilisa pour prétendre que Trotsky avait donné des instructions terroristes dirigées contre la vie de Staline.

Par stabilité du Comité central, dont j'ai parlé plus haut, l'entends des mesure où, en général de telles mesures mesures contre la scission, dans la peuvent être prises. Car, évidemment, le réactionnaire (S. F. Oldenbourg, semblet-il) avait raison qui, dans la « Rousskaïa Mys] », premièrement tablait sur la

Russie soviétique, et quand, scission de notre parti dans son jeu contre la deuxiemement, il tablait pour réaliser cette scission sur les plus sérieux désaccords dans le parti.

Notre parti s'appuie sur deux classes et c'est pourquoi son instabilité est possible, et inévitable sa désagrégation, si, entre ces deux classes, un accord ne serait même inutile de prendre telles ou telles peut s'établir. Dans ce cas, il mesures, voire de délibérer sur la stabilité de notre Comité central. Nulle mesure, dans un tel cas, ne se montrerait propre à prévenir la scission. Mais j'espère que c'eșt là un avenir trop lointain et un événement trop improbable pour en parler ici.

Ce que j'ai en vue, c'est la stabilité du Comité central comme garantie contre la scission dans le proche avenir et j'ai l'intention d'examiner ici une série de considérations de caractère purement personnel.

Je crois que lessentiel dans la question de la stabilité vue sous cet angle, sont des membres du Comité central tels que Staline et Trotsky. Les rapports entre eux constituent, à mon avis, une grande moitié des dangers de cette scission qui pourrait etre évitée. Pour reviter, on peut tout d'abord proceder entre autres moyens, a laugmentation du nombre des membres du Comité central jusqu'à 50 et 100 personnes.

Le camarade Staline, en devenant secrétaire général, a concentré dans ses mains un pouvoir immense et je ne suis pas convaincu qu'il puisse toujours en user avec suffisamment de prudence. D'autre part, le camarade Trotsky. comme la déjà démontré sa lutte contre le Comité central à propos de la question du Commissariat du peuple aux voies de communication, ne se distingue pas seule mort ner les capacitese du Comité central actuel, mais il est excessivement ment par les capacités les plus eminentes. Personnellement, Shomme le plus capable du Des chosessurance et entraîné outre mesure par le côté purement administratif porté à l'assurance et entraine outre mesure par le côté purement administratif

• Ces traits caractéristiques des deux chefs les plus marquants du Comite central actuel peuvent involontairement conduire à la scission ; si notre parti ne prend pas les mesures pour la prévenir, cette scission peut se produire inopinément.

Je ne vais pas ensuite caractériser les autres membres du Comité central d'après leurs qualités personnelles. Je rappellerai seulement que l'épisode d'Octobre de Zinoviev et de Kamenev n'a évidemment pas été occasionnel, mais qu'il ne peut guère plus leur être personnellement reproché que le non-bolchevisme au camarade Trotsky.

Quant aux jeunes membres du Comité central, je veux dire quelques mots de Boukharine et de Piatakov. Ils sont, à mon avis, les plus marquantes parmi les forces jeunes, et il faut, à leur égard, avoir en vue ce qui suit :

Boukharine n'est pas seulement le plus précieux et le plus fort théoricien du parti, et aussi légitimement considéré comme le préféré de tout le parti, mais ses conceptions théoriques ne peuvent être considérées comme vraiment marxistes qu'avec le plus grand doute, car il y a en lui quelque chose de scolas tique (il n'a jamais appris et je crois qu'il n'a jamais compris vraiment la dialectique).

Piatakov est incontestablement un • homme de volonté et de capacité les plus éminentes ; mais il incline trop à l'administration et au côté administratif des choses pour qu'on puisse s'en remettre à lui dans une question politique sérieuse.

Evidemment, Pune et l'autre remarque sont faites par moi seulement pour le moment présent, et à supposer que ces deux travailleurs éminents et dévoués ne trouvent l'occasion de compléter leurs connaissances et de modifier ce qu'ils ont en eux d'unilatéral.

(22 décembre 1922.) Staline est trop brutal et ce défaut, pleinement supportable dans les relations entre nous, communistes, devient intolérable dans la fonction de secrétaire de réfléchir au moyen de léplacer Staline de ce poste et de nommer à sa place un homme qui, sous tous les rapports, se distingue du camarade Staline par une supériorité. c'est-à-dire qui soit plus patient, plus loyal, plus poli et plus attentionné envers les camamoins capricieux, etc. Cette circonstance peut paraitre une bagatelle inse de cete, mais je pt plus taupes rapports ment de sastre Sonet det Pronse ce n'est pas une bagatelle, à moins que ce soit une bagatelle pouvant acquérir une importance capitale.

(4 janvier 1923.)

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