Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 14, n° 1-3

Les procès de Moscou et les faux de Staline

Léon Trotsky · Quatrième Internationale, vol. 14, n° 1-3 · mars 1956 · p. 46-54 · 6 279 mots

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Le 1° décembre 1934. à l'Institut Smolny (Léningrad), Serge Kirov, membre du Bureau politique, successeur de Zinoviev dans la seconde capitale de P'U.R.S.S.. avait été tué d'un coup de revolver par un jeune communiste nommé Nicolaev. Ce meurtre, provocation du Guépéou, a donné le signal de la plus sanglante purge, jamais enregistrée dans l'histoire, dans laquelle ont péri non seulement la majorité des vieux dirigeants de la révolution d'octobre, du Parti communiste de l'U.R.S.S., et de l'Internationale, mais des milliers de communistes du rang russes et étrangers réfuglés en U.R.S.S.

D'autre part, quelques millions (Alexandre Weissberg avance non sans fondement solide le chiffre de 10 millions !) de citoyens soviétiques, ouvriers, paysans, intellectuels, furent pendant cette période (1936-1938) arrêtés, torturés, emprisonnés ou déportes.

L'opinion publique internationale n'avait enregistré alors que les grands procès publies de Moscou ayant eu comme vedettes les compagnons les plus intimes de Lénine : Zinoviev, Kamenev, Boukharine, etc.

Le 19 août 1936 s'ouvrit à Moscou le proces des Treize, parmi lesquels figuraient Zinoviev, Kamenev, Ivan Nikititch Smirnov. Evdokimov, Bakaev, Ter-Vaganian, Mratehkovsky, Dreiser, tous membres du Comité central du parti du temps de Lénine, dirigeants de la Révolution d'Octobre, ou héros de la guerre civile, comme Mratchkovsky et Dreiser. Les accusés « avouérent » dans le délire le faux, l'impossible, et condamnés à mort furent tous exécutes.

Un deuxième procès retentissant fut clos à Moscou le 30 janvier 1937, celui des Dix-Sept. « La deuxième charrette que Staline envoyait au bourreau, écrivit Victor Serge dans sa « Vie et mort de Trotsky ». emportait cette fois Iouri Piatakov, ancien membre du Bureau politique du temps de Lénine. vice-commissaire du peuple à l'industrie lourde ; Karl Radek; Sokolnikov, économiste, diplomate et financier; Serebriakov, ex-secrétaire du Comité central; Mouralov. l'intrépide héros de la guerre civile, ainsi que Drobnis et Bogouslavsky, le vicecommissaire aux Le 12 mai 1937, un communiqué annonçait la condamnation à mort transports Livschitz, ete. » secret et l'exécution du maréchal Toukha chevsky et de sept des chefs militaires les plus remarquables du temps par un tribunal de la révolution. 1937, Boudou Mdivani. Okoudjava. Eliava et plusieurs

En juillet autres vieux bolcheviks georgiens, amis de Lénine, sont fusilles.

Le 2 mars 1938 s'ouvrait à Moscou un troisième proces, encore plus monstrueux, si l'on peut dire, que les précédents, celui des Vingt-et-un. Y figuraient Nicolas Boukharine; Alexis Rykov. successeur de Lénine à la présidence du Conseil des Commissaires du Peuple: Henri Yagoda, ex-commissaire du Peuple à l'Intérieur, chef de la police politique et metteur en scène du premier procès des vieux bolcheviks; Christian Rakovsky et Nicolas Krestinsky, ex-diplomates ; Rosengoltz. ex-commissaire du Peuple au Commerce extérieur ; Tehernov et Grinko, deux autres anciens membres du gouvernement ; Fayçoul Khodjaev, l'homme d'Etat le plus connu de l'Asie centrale soviétique; « plusieurs médecins célèbres et de moindres personnages, tous inculpés de haute trahison, conspiration, espionnage, sabotage, terrorisme, pour avoir, terminologie du procureur Vychinski, formé le « bloc antisoviétique des trotskystes et des droitiers ». A l'exception de Rakovsky et de Bessonov, tous les accusés furent condamnés à être, selon l'expression de Vychinski, « fusillés comme des chiens galeux, à écraser comme des reptiles maudits » et effectivement exécutés.

pouvons donner ici toute la liste des autres dirigeants communistes soviétiques et étrangers qui périrent durant cette période, la plupart sans procès quelconque. Nous renvoyons le lecteur aux ouvrages classiques en cette matière: Les crimes de Staline, par Léon Trotsky (Editions Grasset, Paris), Destin d'une révolution, par Victor Serge (Editions Grasset), Au pays du grand mensonge, par Anton Ciliga (Gallimard, Paris), Vie et mort de Trotsky. Vietor Serge (Amiot-Dupont, Paris), The case of Leon Trotsky et Not guilty (Editions 46

Harper brothers. New-York et Londres), L'accusé, par Alexandre Weiss" Berg (Editions Fasquelle, Paris).

On comprendra ainsi mieux pour quelles raisons les nouveaux dirigeants soviétiques s'efforcent de se désolidariser de leur ancien maitre dont ils ont, de fait, par leurs attaques implicites et explicites, détruit la gigantesque et monstrueuse idole.

Certes, eux-mêmes complices de ces crimes et toujours représentants de la bureaucratie. de la caste sociale des privilégiés de TU.R.S.S., qui, pour toute une période, avait besoin d'enfler démesurément un homme comme Staline, se gardent bien de condamner directement, complètement, avec franchise, de ce passé honni par les masses soviétiques. D'où aussi les réhabilitations discrètes, obliques, de quelques victimes secondaires de la « grande purge ».

Kossior, mentionné dans l'intervention de Mikoyan, a appartenu à Leom Trotsky. Sa signature einsi che celle de autre homme rege pte un moment à l'opposition de gauche du P.C. de l'U.R.S.S., dirigée par par Mikoyan. Antonov Ovseenko. figuraient au _ bas de la fameuse déclaration des 46 membres du C.C. de Lénine, d'octobre 1923, protestant contre le commencement de la bureaucratisation du parti, entreprise par Staline, et appuyant les mesures de démocratisation proposées par Tro'sky.

En 1928, Kossior est membre du Bureau politique remanié par Staline (après l'exclusion de Trotsky, Zinoviev, Kamenev et autres). Au procès de Zinoviev et Kamenev, Kossior est mentionné parmi les « collaborateurs les plus proches de Staline » qu'on cherchait à « assassiner ». Il disparut ensuite mystérieusement. Le dirigeant youroslave Moshe Pijade a rendu Molotov responsable de la disparition de Kossior, alors secretaire general du P.C. d'Ukraine. C'est Khrouchtchev qui lui succéda à ce poste.

Quant à Antonov Ovseenko, qui joua un rôle de premier ordre lors de la Révolution d'octobre et les années de guerre civile, en compagnie et sous les ordres de Trotsky, il resta « trotskyste » jusqu'en 1927. I1 est l'auteur de memoires « fort honnêtes » (Trotsky) sur la Révolution d'octobre qui font apparaitre le rôle éclatant joué alors par Trotsky. En 1936, il fut pris, écrit Trotsky. « d'une angoisse mortelle à l'idée d'échouer lui-même sur le « Pravda » qu'il était prêt mains ». On l'envoya donc où il fut mêlé entre autre rieux assassinat.

« La mort dans l'âme, bane des accusés et avait publié dans la à fusiller les trotskystes « de ses propres à Barcelone en qualité de consul général, à l'enlèvement d'Andres Nin et son mystésans doute, écrit à ce propos Victor Serge, mais à qui désormais importe son âme? » Nommé commissaire du

Peuple à la Justice de la République soviétique de Russie, il s'embarqua sur un bâtiment russe, mais « ne débarqua nulle part si ce n'est en un lieu d'exécution ».

Depuis le Congrès, les « réhabilitations » se succèdent toujours de la même façon dépourvue de franchise : Le P.C. polonais et Bela Kun, sans que dans l'un et l'autre cas on ne stigmatise les calomniateurs ou que l'on dise les conditions de la mort. Et ensuite l'historien

Pokrovski et le général Gamarnik, Ce dernier cas est particulièrement important et il est à présumer qu'on est en face d'une pression de l'armee pour rehabiliter Toukhatchevski.

De toute façon. lavalanche a commence et elle ensevelira les légendes staliniennes, et apportera une lumière complète notamment sur cette période effrayante de 1935-1938.

C'est durant cette période sanglante. incroyable, que Staline, organisateur n° 1 de tous ces crimes, a prononcé son fameux discours proclamant que les trotskystes avaient cessé désormais d'être « une tendance politique du mouvement ouvrier » pour dégénérer en « une bande de saboteurs, de destructeurs au service de l'ennemi, d'espions, d'assassins »...

Nous publions ci-dessus la réponse faite à ce discours par Léon

Trotsky pendant l'été 1937. A la lumière des événements du 20° Congrès du P.C. soviétique, elle acquiert une signification qu'on ne saurait méprendre.

Hitler nous livre, avec le cynisme fanfaron qui le caractérise, le secret de sa stratégie politique : « Il appartient au génie d'un grand chef, écrit-il, de représenter jusqu'a des adversaires très éloignés les uns des autres comme appartenant à la même catégorie, car la connaissance des différences existant entre nos ennemis devient trop facilement chez les faibles le commencement du doute. › (Mein Kampf) Ce principe est à l'opposé de la politique marxiste et de la connaissance scientifique en général, qui commence par l'analyse, la confrontation, la recherche des différences fondamentales et aussi des nuances intermédiaires. Le marxisme n'a jamais consenti à traiter ses adversaires comme « une seulé masse réactionnaire »: La différence entre l'agitation fasciste et l'agitation marxiste est celle de l'éducation scientifique et de l'hypnose démagogique. La méthode stalinienne, qui a trouvé son expression la plus achevée dans les impostures judiciaires, s'accorde pleinement avec la recette d'Hitler, qu'elle dépasse de loin en ampleur. Tous ceux qui ne s'inclinent pas devant la coterie dirigeante de Moscou forment désormais « une seule masse fasciste ».

Pendant les procès de Moscou, Staline se tint démonstrativement à l'écart." On a même écrit qu'il était parti pour le Caucase. Ce serait bien manière. Vychinski et la Pravda recevaient dans la coulisse des instructions. S'échec des procès devant l'opinion internationale, le doute et l'anxiété gran

.*.o.s. obligerent pourtant staline à se manifester ouvertement. A prononça, le 3 mars, au Comité central, un discours publié dans la Pravda après revision attentive. Impossible de parler de sa valeur théorique : ce discours se situe en deça de toute théorie et même de toute politique au sens réel du mot : ce n'est qu'une instruction sur la manière de tirer parti des faux antitérieurs et d'en préparer de nouveaux. — Staline commence par définir le « trotskysme »: « C'était il y a sept ou huit ans une tendance politique du mouvement ouvrier, c'est aujourd'hui une bande enragée de saboteurs, de destructeurs au service de l'ennemi, d'espions et d'assassins... » L'auteur de la définition oublie qu'il adressait au trotskysme, & il y a sept ou huit ans », les mêmes accusations, sous une forme un peu plus prudente. Dès la seconde moitié de 1927, le Guépéou tente de lier les trotskystes, des camarades peu connus, il est vrai, aux Blancs et aux agents de l'étranger. Mon expulsion de PU.R.S.S. fut officiellement motivée par l'accusation préparer un soulèvement. Staline n'osa pas, d'ailleurs, publier cette assertion fantaisiste du Guépéou. La Pravda, pour justifier l'exécution de Blumkine, de Silov et de Rabinovitch, imputait en 1929 aux trotskystes, l'organisation des catastrophes de chemin de fer.Des opposants déportés furent en 1930 accusés d'espionnage pour avoir correspondu avec moi. En 1930-32, le Guépéou tenta Sai soumis la Commission d'ensite de New York Des documents sur cs.

la Commission d'enquête de New-York premieres ébauches des futurs amalgames. Staline n'avait pas encore brisé, cette époque, la résistance du parti et même des milieux dirigeants de la bureaucratie; il en était réduit à l'intrigue, à la calomnie empoisonnée, aux arrestations, aux déportations, à des exécutions occasionnelles, expérimentales en quelque sorte. Il formait peu à peu ses agents et se formait lui-même. Car on aurait tort de croire qu'il est né avec ce parfait visage de Caïn.

* La principale méthode d'action des trotskystes, continue Staline, ce n'est plus la propagande honnete et publique de leurs idées au sein de la classe ouvrière, mais le camouflage de ces idées.. l'hypocrite piétinement dans la boue de leurs propres idées. » Il y a dix ans, les assistants évitaient de se regarder dans les yeux quand Staline reprochait à ses adversaires de manquer de « sincérité » ou « honnêteté » ! Tagoda inculquait alors les grands prineipes de la morale... Staline ne nous dit pas comment la « propagande publique › serait possible dans un pays ou toute critique du Chef est punie beaucoup plus sévèrement qu'en Allemagne fasciste. La nécessité de se dérober au Guépéou et de poursuivre une propagande clandestine discrédite le régime bonapartiste et non les révolutionnaires.

Staline ne nous explique pas non plus comment l'on peut & piétiner dans la boue ses propres idées » et inciter des milliers de personnes à sacrifier leurs vies à ces mêmes idées. Le discours et l'orateur sont bien à la hauteur de la presse réactionnaire qui affirma toujours que la lutte de Staline contre le ‹ trotskysme » est purement fictive, que nous sommes en réalité tous conjurés contre lordre capitaliste et que mon bannissement n'a servi qu'à masquer notre collaboration. Ne serait-ce pas pour mieux dissimuler sa solidarité avec eux que Staline extermine les trotskystes et « piétine leurs idées dans la boue , i

'orateur nous livre le plus grossièrement sa pensée véritable en parlant du programme de opposition. « Au procès de 1935, dit-il, Kaménev et Zinoviev nièrent catégoriquement avoir eu une plate-forme politique... Ils mentaient à n'en pas douter ; ils avaient en réalité une plate-forme de restauration du capitalisme. » Le mot cynique a quelque chose d'ingénu et de patriarcal appique a ce moraliste qui a imposé à ses victimes de taux aveux, les a tait massacrer sur une accusation manifestement mensongère et les accuse — au lieu de penser à lui-même, à lagoda, à Vychinski. Mais c'est ici que maître faussaire se fait prendre la main dans le sac.

En janvier 1935, au premier procès, Zinoviev, Kaménev et leurs camarades reconnurent, d'après le compte rendu officiel, que leur activité était inspirée 48

Pormu lait ainsi les ns des prétendus « trofskystes ». Les accusés disaient done secret de restaurer le régime capitaliste ». L'acte d'accusation vrai ? Par malheur, personne ne voulut croire cette vérité officielle. Il fut donc décidé, au cours de la préparation du deuxième procès Zinoviev-Kaménev (celui d'août 1936) de ne plus parler du programme de restauration capitaliste, comme étant par trop absurde, et de tout ramener à la « soit du pouvoir » : le profane y croirait mieux. Le nouvel acte d'accusation nous apprend alors

Best incontestablement établi que le seul mobile de l'organisation trotskyste-zinoviéviste était la prise du pouvoir à tout prix ». Le procureur niait l'existence d'une plate-forme trotskyste : et c'était même là ce qui rendait les accusés doublement criminels. Peu importe qu'ils aient menti ou non : la justice stalinienne établit « incontestablement » que & leur seul mobile » était de « s'emparer du pouvoir ». A cette fin ils auraient eu recours au terrorisme.

Mais cette nouvelle version, qui servit à fusiller Kamenev et Zinoviev, ne donna pas les résultats escomptés. Ni les ouvriers ni les paysans n'eurent de raisons de s'indigner contre les prétendus « trotskystes » désireux de s'emparer du pouvoir et qui ne sauraient être pires que la coterie dirigeante. Il fallut, pour effraver les gens, ajouter que les trotskystes entendaient rendre la terre aux propriétaires fonciers et les usines aux capitalistes. La seule accusation de terrorisme, en labsence d'attentats, ne permettait pas de continuer l'extermination des adversaires. Il fallait, pour élargir le cercle des accusés, parler de sabotage et d'espionnage. Mais on ne pouvait prêter une apparence de raison à l'un et à qu'en établissant les intelligences des trotskystes avec les ennemis de l'U.R.S.S. Or, ni l'Allemagne ni le Japon n'eussent soutenu les « trotskystes » mus par la seule « soif du pouvoir ». Il ne restait qu'à ordonner aux nouveaux accusés de revenir au programme de la « restauration du capitalisme ».

Ce faux complémentaire est si instructif qu'il mérite de retenir l'attention. Quiconque sait lire pourra, en consultant une collection de Journaux de linternationale Communiste, suivre les trois phases du développement de l'accusation, triade hégélienne du faux : these, antithèse, synthèse. Au lendemain du proces de janvier 1935, les journalistes payés de Moscou, dans le monde entier, imputent à l'ex-président de l'Internationale, au futur fusillé Zinoviev, d'après ses propres « aveux », le dessein de restaurer le capitalisme. La Pravda, organe personnel de Staline, donne le ton. Sur son ordre, la presse communiste saute ensuite de la thèse à l'antithèse et, pendant le procès des Seize, en août 1936, flétrit les assassins trotskystes dépourvus de tout programme. Pravda et PI.C. ne s'en tiennent à cette version que pendant un mois : jusqu'au 12 septembre. Les zigzags du Komintern correspondent à ceux de Vychinski, lequel obéit à son tour aux directives de Staline.

Radek fournit sans le vouloir le schéma de l'accusation synthetique. son article sur La Bande fasciste trotskyste-zinoviéviste paraît le 21 aout 1936. L'objet de l'infortuné publiciste est de creuser entre lui et les accusés un fossé aussi profond que possible. Cherchant à tirer des prétendus « crimes » les plus effroyables conséquences en politique intérieure et internationale, Radek écrit :

‹ Ils (les accusés et Trotsky le premier...) savent... qu'en ruinant la confiance en la direction stalinienne... ils portent de leau au moulin des fascismes allemand. japonais, polonais et autres. Is savent d'aulant mieux qu'assassiner le Chef Et Radek de faire aussitit un Sas ine cesserait tre sagit pour la guerre des ambitieux coupables du plus grand crime, mais de détruire les agents du fascisme prêts à allumer la guerre et à faciliter la victoire du fascisme tout au moins. » Ce n'est pas une accusation juridique, ce n'est que rhétorique politique ; Radek, accumulant les abominations, ne s'imagine pas qu'il aura bientôt

Piatakov et Rakovski écrivaient dans le même esprit et devaient subir les mêmes conséquences.

Staline s'empara de ces articles de capitulards épouvantés pour commander la préparation d'un nouveau procès. Le 12 septembre, trois semaines après Particle de Radek, la Pravda publie tout à coup que « les accusés efforcés de dissimuler les buts véritables de leur action. Ils ont répandu qu'ils n'avaient aucun programme. Ils en avaient pourtant un : celui de la destruction du socialisme et du rétablissement du capitalisme ». La Pravda ne donnait naturellement aucune preuve à l'appui. Pouvait-il être question de preuves?

Le nouveau programme des accusés ne fut donc pas établi sur des docupane te mur en il on de te tort apres ou do a eu tona ments, des laits, des aveux ou des présomptions logiques; il fut énoncé Des

Staline, par-dessus la tete de Vychinski, après l'exécution des condamnés.

qui lui soit possible, celle des « aveux spontanes ». Vychinski entreprit sur-lechamp de transformer l'affirmation hystérique de Radek en thèse juridique, le pathétique en criminel. Le nouveau schéma, Vychinski l'attribua non plus à seize accusés (Zinoviev était déjà fusillé), mais à dix-sept, et de ce nombre à Radek — qui ne l'avait à coup sûr pas prévu ! Cauchemar ? Non, réalité. Les principaux accusés du nouveau procès furent pareils à ces pieux collaboratéurs de l'Inquisition qui creusaient avec zèle des tombes, clouaient des cercueils, préparaient des épithathes - pour d'autres - et qu'un inquisiteur invitait ensuite à mettre leur nom sur l'épithathe et à s'assurer que le cercueil était bien à leur taille. Ceci fait, Staline sortit de l'ombre pour dire, en juge infaillible, humaine n'avait rien inventé jusqu'ici de plus épouvantable. de Zinoviev et de Kaménev que « tous les deux avaient menti ». La fantaisie

Les éclaircissements de Staline sur le sabotage sont de la même valeur que le reste. « Pourquoi nos camarades n'ont-ils rien remarqué ? » demande-t-il, car cette question ne peut être éludée. « Parce qu'ils ont été, au cours des dernières années, absorbés leur travail administratif.. et ont oublié tout le reste ». A son habitude, Staline revient une dizaine de fois, avec des variantes, sans preuve, sur cette idée. « Séduits par les succès économiques, nos administrateurs négligeaient le sabotage. > Ils ne le remarquaient pas. Ne s'y intéressaient pas. Mais quel travail les « absorbait » au point de les empêcher de remarquer la ruine de l'économie ? Qui devait « remarquer » le sabotage, du moment que les organisateurs mêmes de la production en étaient coupables ? Staline ne tente pas de lier les deux termes de son raisonnement. Sa pensée authentique, la voici : trop absorbés par leur travail pratique, les administrateurs communistes « perdaient de vue > les intérêts supérieurs de la coterie dirigeante qui a besoin de fausses accusations, même forgées au détriment de l'industrie.

« Au cours des années antérieures, continue-t-il, les techniciens bourgeois se sont livrés au sabotage... Mais nous avons formé des dizaines et des centaines de milliers de cadres bolcheviks bien préparés, techniquement calés. » (Des centaines de milliers de « cadres » ?) « Les organisateurs du sabotage sont aujourd'hui non des techniciens sans parti, mais des saboteurs qui ont réussi à se procurer la carte du parti. » Renversement complet ! Afin de nous expliquer pourquoi les ingénieurs bien rétribués s'accommodent volontiers du ‹ socialisme » tandis que les bolcheviks se dressent contre lui, Staline ne trouve rien de mieux que de qualifier de « saboteurs ayant réussi à se procurer la carte du parti » toute la vieille garde du bolchevisme - sans doute embusquée dans le parti depuis des dizaines d'années.

Le succès du sabotage exige une ambiance sociale propice. Où la prendre au sein du socialisme triomphant ? Staline nous répond : « Plus nous progresserons... et plus s'exaspéreront les restes des classes d'exploiteurs vaincues. > Mais, tout d'abord, l'impuissante « exaspération » des « restes » de ces classes, isolés du peuple, ne saurait ébranler l'économie soviétique. Ensuite, depuis quand Zinoviev, Kamenev, Rykov, Boukharine, Tomski, Smirnov, • Evdokimov, Piatakov, Radek, Rakovski, ,Mratchkovski, Sokolnikov, Sérébriadov, Mouralov, Sosnovski, Béloborodov, Eltsine, Mdivani, Okoudjava, Gamarnik, Toukhatchevski, lakir — et des centaines d'autres, moins connus — tous anciens dirigeants du parti, de l'Etat, de l'Armée rouge, sont-ils devenus « les restes des classes d'exploiteurs vaincues » ? En accumulant les faux, Staline est entré dans une telle impasse qu'on a peine désormais à trouver dans ses explications l'ombre d'un sens raisonnable. Le but, par contre, en est clair : calomnier et détruire tout ce qui s'oppose à sa dictature bonapartiste.

• On aurait tort de croire, continue l'orateur, que la sphère de la lutte des classes est limitée par les victoires de l'U.R.S.S. Si à l'un de ses bouts la lutte des classes exerce son action en U.R.S.S., son autre bout s'étend au delà dans les limites des Etats bourgeois qui nous environnent » (1). Nous apprenons que l'affermissement du socialisme dans un pays isolé entraîne l'aggravation et non l'atténuation de la lutte des classes et que la cause principale de ce phénomene antinaturel est dans l'existence des Etats bourgeois. Staline arrive incidemment, sans s'en rendre compte, à reconnaître l'impossibilité de bâtir une société sans classes dans un pays isolé. Mais les généralisations scientifiques le préoccupent peu. son raisonnement n'est pas théorique, il est policier. Staline a besoin de faire passer à l'étranger le « bout » de son imposture. Il reprend :

* Considérons par exemple la IV® Internationale trotskyste contre-révolutionnaire, formée pour les deux tiers d'espions et d'agents actifs de Pennemi... N'est-il pas évident que cette internationale d'espions formera les cadres de

(1) Tout le discours est dans ce style. Des « cadres par centaines de mille ». La lutte des classes a « un bout » qul... « exerce une action ». Les rédacteurs, pleins de respect, n'osent pas faire observer au Chef qu'il est analphabet. Le style c'est l'homme, c'est aussi le régime. 50 l'action d'espionnage et de sabotage des trotskystes ? » Le syllogisme stalinien n'est de coutume que tautologie : l'internationale des espions formera des espions ! « N'est-il pas évident ?... » Non, pas tout à fait et même pas du tout Pour s'en convaincre, suffit de revenir à l'affirmation connue de Staline : ‹ Le trotskysme a cessé d'être un courant dans la classe ouvrière » pour devenir * un petit groupe de conspirateurs ». Leur groupe de conspirateurs ». Leur plate-forme est telle Toreille de Pagoda et de Ejov. Ecoutons encore Staline : « On comprend que cette plate- ¡amais la faire connaitre à personne; ils ne lexposent qu'à forme, les trotskystes devaient la cacher au peuple, à la classe ouvrière... à la masse trotskyste et pas seulement à la masse trotskyste, mais aussi aux dirigeants trotskystes qui constituent un petit groupe de trente à quarante personnes. Quand Radek et Piatakov demandèrent à Trotsky la permission (?) de réunir une petite conférence de trente a quarante trotskystes pour les informer sur cette plate-torme, sur cette les rapports entre militants au sein de l'opposition : de vieux révo Trotsky le leur défendit (!) ». Laissons l'étonnante des cription lutionnaires n'oseraient pas se réunir en U.R.S.S. sans la « permission » du lointain émigré Trotsky ! Cette caricature totalitaire et policière, correspondant à l'esprit du régime, n'est pas ce qui nous intéresse en ce moment. Autre chose nous importe davantage, c'est de savoir comment rattacher la caractéristique du trotskysme à celle de la IV Internationale ? Trotsky aurait interdit de mettre les trente ou quarante trotskystes éprouvés de l'U.R.S.S. au courant du sabotage et de l'espionnage ; mais la IV° Internationale qui compte des milliers de jeunes membres est pour les deux tiers formée d'espions et d'agents actifs de l'ennemi ». Dissimulant son programme à quelques dizaines d'hommes, Trotsky en aurait informé des milliers d'autres ? En vérité, la haine et la ruse ne font pas preuve d'intelligence. Mais la pesante de la calomnie couvre un dessein pratique bien déterminé, tendant à l'extermination physique de l'avantgarde révolutionnaire internationale.

Ce dessein, avant même de recevoir en Espagne un commencement d'exécution, avait été divulgué sans la moindre gêne dans l'hebdomadaire de l'Internationale communiste (et du Guépéou), La Correspondance internationale, le 20 mars 1937 - presque simultanément avec la publication du discours de Staline. L'article, dirigé contre Otto Bauer, qui, bien qu'il tende à se rapprocher de la bureaucratie soviétique, ne parvient pas à croire Vychinski, renferme notamment les lignes suivantes :

« Si quelqu'un est en mesure d'avoir des aujourd'hui des informations très « authentiques » sur les pourparlers de Trotsky avec Hess, c'est bien Bauer. Les états-majors français et anglais sont fort au courant de la chose. Grâce aux bons rapports qu'il entretient avec Léon Blum et Citrine (qui est lui-même Tami tant de Baldwin que de Sir Samuel Hoare), il lui suffirait de s'adresser à eux. Is ne lui refuseraient pas quelques informations confidentielles pour son usage personnel. »

Quelle main tenait cette plume ? Comment le publiciste anonyme du komıntern est-il dans les secrets des états-majors britannique et français ? De deux choses l'une : ou ces états-majors ont ouvert leurs dossiers devant le journaliste stalinien ou, au contraire, ce journaliste a complété ces dossiers en y introduisant le produit de son imagination. La première hypothèse n'est guère vrai. semblable, les états-majors n'ayant nul besoin de recourir concours des journalistes du Komintern pour dévoiler le « trotskysme ». L'autre hypothèse demeure : le Guépéou a fabriqué je ne sais quels « documents » à l'usage des états-majors étrangers. Au procès Piatakov, il n'a été parlé de mon « entrevue » ministre allemand Hess qu'incidemment. Piatakov, malgré son amitié (prétendue) avec moi n'aurait pas tenté, de la visite (prétendue) qu'il m'aurait faite, de connaitre les détails de mes entrevues (prétendues) avec Hess. Comme de coutume, Vychinski passe outre. Il fut sans doute décidé par la suite d'approfondir le sujet. Les états-majors français et britannique durent recevoir

« documents > ; l'état-major du Komintern le sait de source sûre.

Paris ni à Londres, ces précieuses pièces n'ont servi à rien. Pourquoi ? Se serait-on méfié ? Léon Blum et M. Daladier n'ont peut-être pas consenti à devenir les partenaires des bourreaux de Moscou. Peut-être enfin les généraux réservent-ils ces « documents » pour un moment mieux choisi ? Quoi qu'il en soit, Staline s'impatiente. Il a besoin d'une confirmation de ses faux par des tiers « impartiaux ». Les états-majors se taisant, un journaliste du Guépéou s'essaie à les faire parler. Telle est, à n'en pas douter, l'origine de l'article inspiré par Staline et qui complète son discours. M. Daladier ne nous donnerat-il pas sur ce point des éclaircissements plus autorisés ?

La résolution du Comité central sur le rapport Staline dit : « Les trotskystes ont été habituellement démasqués par les organes du Commissariat de l'Intérieur

(le Guépéou) et par l'initiative des membres du parti. Les organismes de lindustrie et, dans une certaine mesure, ceux des transports, n'ont fait preuve en Foccurrence ni d'activité ni d'initiative, Au contraire, des organismes de l'industrie ont contrecarré cette action ». (Pravda, 21 avril 1937.) En d'autres termes, les dirigeants de la production et des transports, bien que talonnés par le fer rouge, ne sont pas parvenus à découvrir chez eux du « sabotage ». Ordjonikidzé, membre du Bureau politique, n'avait pas démasqué son adjoint Piatakov. Kaganovitch, membre du Bureau politique, ne setait pas aperçu de l'œuvre de destruction de son adjoint Livschitz. Les agents de lagoda se trouvèrent seuls à la hauteur de leur tâche, aidés de gens d'initiative, c'est-à-dire d'agents provocateurs. Iagoda fut, il est vrai, bientôt démasqué lui-même comme un « ennemi du peuple, un gangster et un traître ». Mais cette révélation fortuite ne devait pas ressusciter les hommes qu'il avait fait fusiller...

Comme pour souligner la portée de ces textes révélateurs. le président du Conseil des Commissaires du Peuple de I'U.R.S.S., Molotov, relate dans un rapport public que le gouvernement, ayant tenté d'établir des faits de sabotage, non grâce au concours des provocateurs du Guépéou, mais en faisant appel au contrôle public de l'économie, a abouti à un échec. Je cite : « En février 1937, le Commissariat de l'Industrie lourde envoya une commission autorisée enquêter sur le sabotage à TOuralwagonstroy (ateliers de construction de wagons de l'Oural). Des hommes aussi compétents que les camarades Guinsbourg, chef du Glavstroy-prom (direction des constructions industrielles), et Pavlounovski, membre suppléant du Comité central, en firent partie... Cette commission formula ainsi ses conclusions générales : Nous avons acquis la ferme conviction que le sabotage de Piatakov et de Moriassine n'a pas eu une grande portee dans les chantiers... » Molotov s'indigne, « La myopie politique de la commission, dit-il, est bien évidente... Il me suffira de constater que la commission na pas cite un seul fait de sabotage dans les chantiers. Il en résulterait que Moriassine, saboteur avéré, et cet autre saboteur, Okoudjava, se seraient calomniés euxmêmes / » (Pravda, 21 avril 1937 ; c'est nous qui soulignons.) On n'en croit pas ses yeux. Les Molotov ont perdu avec la honte la prudence.

Pourquoi d'ailleurs ont-ils éprouvé le besoin d'envoyer sur place une commission d'enquête après lexécution des prétendus coupables ? L'enquête posthume sur les « faits de sabotage » fut probablement nécessaire parce que Topinion ne croyait ni aux accusations du Guépéou ni aux aveux extorqués. Et la commission, dirigée par Pavlounovski, vieux collaborateur du Guépéou, ne découvrit pas un acte de sabotage ! « Myopie politique évidente! » Il faut savoir decouvrir le sabotage, même quand il revêt l'aspect des succès économiques ! Continuons à lire Molotov: « Lindustrie chimique, placée sous le contrôle du Commissariat à l'Industrie lourde et dirigée par Rataytchak, dépassa son plan de production en 1935 et en 1936. Est-ce à dire (le chef du gouvernement plaisante ici, le sourire aux lèvres) que Rataytchak, saboteur et trotskyste, n'ait été ni Rataytchak, ni saboteur, ni trotskyste? » Le sabotage de Rataytchak, un des fusillés du procès Piatakov-Radek, consistait, nous le voyons, à faire mieux que ne le prévoyait le plan. On ne s'étonne pas de voir la commission la plus sévère demeurer interdite devant des faits et des chiffres qui refusent de coïncider avec les & aveux spontanés » des Rataytchak. Et l'on est amene a conclure, selon le mot meme de Molotov, que les saboteurs « se sont calomnies eux-mêmes ». Il apparait même que l'Inquisition a contraint bon nombre d'honnêtes travailleurs à se couvrir de boue pour faciliter à Staline la lutte avec le trotskysme. C'est ce qui résulte du rapport de Staline, complété Par Ls.Sapport Molotov. Et ces deux personnages sont les plus autorisés de

LE COMMENCEMENT DE LA FIN Dans tous les domaines de la vie sociale et politique, la bureaucratie est devenue pour le pays une cause d'affaiblissement, de démoralisation et d'humiliation. Tout d'abord, dans l'économie. Les accusations de sabotage prodiguées entions sens d'abord, orgas isé es nie. inis traciations de abotage prodile est en tous sens ont désorganisé les administrations. Toute interprétée comme une faute personnelle. Toute faute devient, des que l'on y trouve interet, sabotage. Chaque région, chaque rayon a fusille son Piatakov local. Les ingénieurs des services du plan, les directeurs des trusts et des entreprises, les maitres ouvriers tremblent pour leur vie. Personne ne consent à accepter une responsabilité quelconque. Mais on peut aussi se faire fusiller pour manque d'initiative. L'hypertension du despotisme conduit à l'anarchie L'économie soviétique a besoin de démocratie non moins que de bonnes matières premières ou d'huiles de graissage, Le systeme stalinien n'est qu'un sabotage universel de l'économie. 52

Il est pire encore, si c'est possible, dans le domaine de la culture. La dictature de lignorance et du mensonge étoufle la vie spirituelle d'un peuple de 170 millions d'habitants. Les récents proces ont, avec les épurations, malhonnètes dans leurs fins et leurs méthodes, définitivement instauré le règne du commérage, de la délation, de la lâcheté, de la vilenie. L'école soviétique ne vicie pas moins l'esprit de l'enfant que le séminaire catholique, dont elle ne diffère que par une moindre stabilité. Les écrivains, les pédagogues, les savants tant soit peu doués et indépendants sont intimides, persécutés, arrêtes, déportés - quand ce n'est pas fusillés. Le cancre doublé d'un gredin triomphe sur toute la ligne. Il trace son itinéraire à la science et dicte création. La presse soviétique répand une oppressante odeur de déliquescence.

Le stalinisme est le feau de TÚ.R.S.S. et la lépre du mouvement ouvrier international. Il n'est rien dans le domaine des idées. Cette formidable machine exploite encore le dynamisme de la plus grande révolution sociale et la tradition de son héroïsme victorieux. Du rôle créateur de la violence révolutionnaire à un certain moment de l'Histoire, Staline, avec la médiocrité qui le caractérise, a déduit la toute-puissance de la violence en général. Sans s'en rendre compte lui-même, il est passé de la violence révolutionnaire exercée contre les exploiteurs à la violence contre-révolutionnaire exercée contre les travailleurs. Ainsi s'accomplit, sous les anciennes formules, la liquidation de la Révolution d'Octobre.

La bureaucratie soviétique, comme la bureaucratie nazie, compte, il est vrai, sur un règne de mille ans. Les régimes ne succombent, pense-t-elle, que s'ils manquent d'énergie dans la répression. La recette est simple: en laisant tomber à temps toute tête douée de pensée critique, on assure la pérennite du regime. Pendant une certaine période, la bureaucratie des fonctions relativement progressives → analogues, a celles que la bureaucratie capitaliste remplit autrefois en Occident _ Staline ›btint des succès vertigineux. Cette période a été courte. Au moment précis ot staline arrivait à se convaincre de l'invincibilité de sa « méthode», la bureau cratie soviétique achevait sa mission et commençait à pourrir, dès sa première génération. De nouveaux procès, les nouvelles accusations contre ses adversaires, tout ce qui paraît au philistin moyen choir d'un ciel pourtant clair.

Il n'est pas exagéré de dire que l'atmosphère de la société soviétique est saturée de haine contre les privilégiés. Staline se convaincra de plus en plus totale o ne ne de la repredon, den aini ne dies qu'il ne suffit pas de la seule décision de fusiller n'importe qui pour sauver un régime qui se survit. La haine croissante du peuple pour la bureaucratie et la sourde haine de la majorité de celle-ci pour Staline ébranlent inéluctablement l'appareil même de la répression, créant ainsi une des conditions de la chute du régime.

Le bonapartisme sovietique est ne de lantagonisme bureaucratie et le peuple et de l'antagonisme complementaire tionnaires et les thermidoriens au sein de la bureaucratie. Staline s'est élevé au pouvoir en s'appuyant sur la bureaucratie contre le peuple, sur les thermidoriens contre les révolutionnaires. A des moments critiques, pourtant été contraint de rechercher l'appui des révolutionnaires et, avec leur concours, l'appui du peuple contre les privilégiés trop impatients. Mais on ne peut pas s'appuyer sur un antagonisme social qui conduit aux abimes. De là le passage obligé au « monolithisme > thermidorien, par l'anéantissement des derniers vestiges de l'esprit révolutionnaire et la répression des moindres iniSaine, Pa sangles de mation Tine en suis les mases tanémes et popoigues de iatives politiques des masses. Tout en sauvant momentanément le pouvoir de bonapartisme.

semble pres de terminer sa tragique mission. Plus il croit n'avoir besoin de personne et plus lheure se rapproche où personne n'aura besoin de lui. Si la bureaucratie réussit, après avoir transformé les formes de la propriété, à dégager d'elle-même une nouvelle classe possédante, celle-ci se donnera de nouveaux chefs sans passé révolutionnaire - - et plus instruits, Staline ne recevra probablement pas de remerciements pour la besogne accomplie. La contrerévolution sans masque se débarrassera de lui en l'accusant, par exemple, de... trotskysme. Staline tomberait, en ce cas, victime d'un amalgame du modele courant. Mais l'humanité entre de nouveau dans une phase de guerres et de révolutions. Les régimes politiques et aussi les régimes sociaux vont s'écrouler comme des châteaux de cartes. Il est fort possible que les séismes révolutionnaires de l'Europe et de l'Asie, devançant la subversion du stalinisme par la.

53- contre-révolution capitaliste, facilitent son renversement par les masses laborieuses. En ce cas, Staline aurait encore moins à compter sur de la reconnais-

La mémoire des hommes est généreuse quand les mesures draconiennes sont mises au service de grands buts historiques. Par contre, l'Histoire ne pardonnera pas une goutte du sang offert au nouveau Moloch de l'arbitraire et du privilège. Notre sens moral trouve sa plus haute satisfaction dans l'inébranlable conviction que le châtiment historique sera proportionné au crime. La révolution ouvrira toutes les armoires secrètes, revisera tous les procès, réhabilitera »les calomniés, dressera des monuments aux victimes, vouera une malédiction éternelle aux bourreaux. Staline disparaîtra de la scène sous le poids de ses crimes, comme le fossoyeur de la révolution et la plus sinistre figure de l'Histoire. Coyoacan, été 1937. (Extraits de « Les crimes de Staline ».)

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