L'été 1955 a été marqué par un fort accroissement de la tension sociale en France, par une combinaison du développement de la révolution en Afrique du Nord avec une poussée revendicative ouvrière dans la métropole.
L'accord fragile avec la bourgeoisie tunisienne a stimulé les luttes au Maroc et en Algérie, Les plus grandes divisions existent au sein de la bourgeoisie française, au sein même du gouvernement, sur la question marocaine : tandis que uns voudraient renouveler l'opération tunisienne, les autres ne songent qu'a necourir à .la force, contre le peuple marocain et, si besoin est, contre le peuple français lui-même.
En ce qui concerne l'Algérie, la bourgeoisie française est plus unie. Elle est décidée à user de la force au maximum et, déjà, des classes démobilisées ont été rappelées ou sont maintenues sous l'uniforme. Défense aux journaux de soulever cette question sous peine de saisie. Mais déjà à la gare de Lyon à Paris, un n'a pas pu partir. « Incidents » non émeute, déclare le gouvernement. L'inquiétude gagne des milieux qui n'ont rien de révolutionnaire. Un journal mendessiste déclare que toutes les lettres qu'il a reçues de « rappelés » ont condamné la position qu'il avait prise contre le « principe de refus d'obéissance
En France, la répression la plus odieuse bat son plein contre les travailleurs
En même temps, se développe un grand mouvement de luttes revendicatives pour des d'intensité et augmentations de salaires. Le mouvement a jusqu'à présent eu de vigueur en province qu'à Paris. Il atteint aussi bien les industries plus privées que des services publies, comme les transports parisiens. Le point le plus névralgique, au moment où nous écrivons cette note, est Nantes. Les ouvriers avaient tout d'abord contraint les patrons à céder ; mais, ceux-ci ont aussitôt dénoncé leur signature et prononcé un lock-out. Police et C.R.S, sont au service des patrons ; pendant quelques jours, il y eut des bagarres et un ouvriers fut tué. La prolongation du lock-out, qui implique la possibilité de nouveaux incidents sanglants, permet de penser que patrons et gouvernement veulent faire de Nantes une épreuve de forces. Mais, avant d'examiner comment se présentent les mouvements à présent, il est nécessaire de les situer dans leur cadre le plus général.
Il n'y a pas de doute qu'un des facteurs stimulant le mouvement est. comme dans d'autres pays capitalistes, la conjoncture de plein emploi : les travailleurs savent que les patrons ont fait d'énormes profits et ont leurs mandes remplis. Le retard des salaires est particulièrement sensible en province où pèsent les « abattements de zone » sur les salaires, alors que le plus souvent la vie est aussi chère qu'à Paris.
Mais le mouvement actuel en France se place dans le développement d'une situation qui remonte à quelques années en arrière, et dont le fait le plus important fut la grande grève du secteur publie (cheminots, postiers...) d'août 1953. A cette epoque, les grévistes avaient terminé leur mouvement et les ouvriers de l'industrie privée n'avaient pas bougé faute de perspectives. Ce mouvement avait laissé dans la conscience de tous les travailleurs (grévistes et von grévistes) l'idée que la simple greve ne suffisait pas. Mais au lieu d'éclairer la conscience des travailleurs, les grandes organisations qui se réclament d'eux se disputaient alors autour de la question de la CED. Cette question a complètement disparu de l'ordre du jour, La bourgeoisie. après l'intermède du gouvernement Mendès-France qui fut porté au pouvoir sur la défaite de Dien-Bien Phu et qui fut renvoyé aussitôt qu'elle se crut hors de danger, est revenue aux combinaisons gouvernementales qui automatiquement placent les deux grands partis ouvriers, P.C. et P.S., dans l'opposition.
Rarement les conditions de lutte furent plus propices : les ouvriers de la métropole, les peuples coloniaux, les paysans et les petits commerçants, tous veulent que ça charge et la bourgeoisie n'a pas assez de forces de répression.
Il faut noter une tendance générale spontanée des travailleurs à recourir à des manifestations massives et à la force. Des patrons ont été séquestrés ; les rues occupées ; la chasse aux rares jaunes engagée. La presse bourgeoise et la presse des grands partis ouvriers s'efforcent de minimiser ces faits, qui donnent des inquiétudes au gouvernement, aux patrons et... aux dirigeants ouvriers.
Si la presse bourgeoise dénonce le caractère misérable de la direction du pays, les petites ficelles d'avocat médiocre d'un Edgar Faure, que faut-il dire des directions ouvrières ?
La direction du P.S. ne sort de son silence que pour élever des protestations bien timides contre la politique gouvernementale, en se gardant bien de faire quoi que ce soit qui pourrait effectivement gêner le gouvernement. Car ce que craint encore davantage cette direction, c'est le moindre appel à l'action derrière lequel s'engouffrerait le mécontentement populaire et dont le P.C. pourrait tirer profit. Le dernier congrès du P. S. fut, en apparence, un congrès de tout repos. Les députés exelus sur la question de la C,E.D. furent réintégrés, et il n'était pas question d'ouvrir aussitôt tine nouvelle lutte de tendances. Mais il y eut quand même quelques signes qui permettent de dire qu'une crise couve qui pourrait fort bien éclater avant peu. En octobre, le parti radical va tenir un congrès ; si Mendes-France l'emporte définitivement, le P.S. se trouvera largement attiré à former un bloc avec Jui aux prochaines élections ; mais si le congrès radical ne se termine pas ainsi, s'il reste sur une formule à la Edgar Faure, le courant pour un rapprochement avec le P.C. ou, au moins, pour une coopération de facto renforcé dans le P.S. et il pourra peut-être venir au grand jour. avec lui se trouvera
La direction du P.C. s'est rarement montrée aussi lamentable qu'en ces derniers mois, et surtout au cours de la toute dernière période. Elle est désorientée par les 8 évènements ; elle célèbre « l'esprit de Genève » et craint de faire quoi que ce soit qui troublerait cet « esprit ».
Sur les questions d'Afrique du Nord, cela atteint le scandale, la trahison. Les députés communistes ont ratifié les accords entre le capitalisme français et la bourgeoisie tunisienne. « L'Humanité » a soutenu le résident général Granval au Maroe. Elle ne mentionne pas les organisations algériennes interdites et Duclos, silencieux depuis plusieurs mois, n'a élevé la voix que lorsque le P.C. algérien a été dissous. Pratiquement les travailleurs nord africains en France n'ont reçu aucune aide effective des organisations ouvrières, et par suite on constate chez eux un repli.
En face du En face du mouvement revendicatif, ni le P.C. ni la C.G,T. n'ont pris position claire, Plus exactement, en face des tendances profondes des travailleurs qui se •descendre dans les rues, «provocateurs trotskystes » et, au lieu d'unifier les mouvements, ils mettent l'accent sont exprimées dans plusieurs villes à procéder à des manifestations massives, à tete aux forces policières, ils ont dénonce les sur la disparité des revendications de catégorie à catégorie, jusque dans une même trouvent les ouvriers pour freiner les couches les plus avancées et pour fragmenter La politique stalinienne prend prétexte des différents niveaux auxquels au maximum les mouvements. La direction stalinienne ne cherche pas à stimuler l'ensemble des travailleurs au moyen d'une large perspective, d'un mot d'ordre central ; elle sait que la direction réformiste se conduira de la façon la plus veule et elle se borne à une attitude qui lui permette d'en tirer profit. Elle n'a qu'un objectif, le maintien du statu quo international, dont Edgar Faure s'est fait lui aussi un protagoniste à Genève.
Il est vrai que la direction du P.C. a adressé à la direction du P.S. une proposition d'action commune des deux partis sur des points donnés. En soi, c'est un progrès par rapport à l'attitude ancienne, Mais, cette proposition a été façon purement formelle, elle n'a été appuyée par aucune agitation pour la faire faite de partis pour la réalisation d'un programme de défense travaillenses ; enfin, l'attitude générale de la direction du P.C. qui, devant les connaitre, elle n'dlargit pas la perspective à celle d'un des intérêts gouvernement des deux des masses nombreux changements de la situation dans le monde et notamment de la politique intérieure et extérieure soviétique, se montre plus que jamais un perroquet répétant ce qui a été dit par Moscou sans être capable de penser par elle-même ne peut permettre de remonter le courant de méfiance qui s'est développé tant dans les milieux pro-communistes que dans les milieux ouvriers encore hos- à son égard tiles au communisme.
Les déchirements de la bourgeoisie, l'impuissance du gouvernement, la révo lution en Afrique du Nord, le mécontentement grandissant des masses travailleuses en France tant sur leurs conditions de vie que sur les mesures de force entreprises en Afrique du Nord, tout cela indique que ce n'est pas seulement vers de nouveaux précédent. La prochaine campagne électorale de 1956 ne pourra que favoriser la vers une crise révolutionnaire sans politisation la plus générale du pays. Il n'y a pas de doute qu'une aile de la militaires qui croient encore que les victoires sur le pays sont plus faciles à obtenir Il y a des
Mais il est impossible que la politisation grandissante, la volonté de plus en plus générale d'un changement radical ne provoquent pas des crises profondes au sein des grandes organisations. C'est inévitablement dans le P.S. que les choses se montrent plus rapidement, mais elles ne peuvent pas aller trop loin, en raison de la composition sociale et du niveau politique de ce parti, Dans le P.C., régime bureaucratique a comprimé tous les mécontentements, toutes les divergences ; mais ceux-ci, lorsqu'ils perceront, en auront une intensité et une vigueur d'autant plus grandes que ce parti est lié aux couches ouvrières les plus decisives et qu'il a pour armature des militants qui sont vraiment des communistes. Les manifesmois ; il serait surprenant que les évènements actuels et le silence des principaux tations larvées de crise intérieure se sont multipliées au cours des dix-huit derniers dirigeants depuis près de six mois ne donnent lieu à de surprenants développements.
incidents ", c'est l'euphémisme employé par le gouvernement et la presse bourgeoise pour caractériser une série d'évènements comme l'affaire des rappelés à la gare de Lyon, les bagarres de Nantes, d'autres chocs sociaux. Les « incidents » élément de conservatisme social en France, y compris les vieilles directions ouvrières: Ce qui est aujourd'hui la politique française.