Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 13, n° 7-10

La chute de Péron

Quatrième Internationale, vol. 13, n° 7-10 · octobre 1955 · p. 6-7 · 1 275 mots

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Ce ne sont pas les canons de la flotte de parade ancrée devant Buenos-Aires qui ont mis bas le régime de Peron. Ce sont les limitations inhérentes à la nature bourgeoise de ce régime qui l'ont empêché de se servir de la seule force capable d'écraser les factieux, celle du prolétariat organisé dans la C.G.T.

Devant la puissante coalition de toutes les forces réactionnaires, rétrogrades, du pays ( propriétaires fonciers, gros commerçants, Eglise catholique, éléments arriérés de la petite bourgeoisie à nouveau exaspérée par le climat économique défavorable), coalition alliée à l'impérialisme yankee, la survie du régime de Peron, représentant armés. Peron, fdèle à sa classe, et les bureaucrates dirigeants de la C.G.T. de la bourgeoisie industrielle nationale, dépendait de l'action active des ouvriers solde de celle-ci, n'ont pas voulu recourir réellement à cette aide, qu'ils ont brandie pour un moment seulement comme simple épouvantail.

L'action des ouvriers armés délenchant la grève générale pouvait certainement bouleverser la situation de fond en comble et venir à bout de la révolte d'une partie des forees armées défendant les intérêts de la bourgeoisie compradore et de l'impérialisme. Mais cette action aurait fait sortir le régime hors de son orbite de classe. Peron serait devenu le Kerensky de la révolution argentine commencée, devant lequel se profilerait le speetre rouge d'Octobre. Il ne voulait sincèrement pas cela. Il a prefere demissionner et s'enfuir, sans manquer d'assurer prealablement la transition du régime bourgeois qu'il représentait à cette même armée qui venait de le déposséder du pouvoir. Peron n'a pas « trahi », il est resté jusqu'au bout fidèle à sa classe. Ce sont classe. Ce sont les dirigeants syndicaux à la solde de cette elasse qui ont trahi le prolétariat argentin, en ne réalisant pas la grève générale et l'armement général des ouvriers, en multipliant au moment le plus critique les appels au calme et à la résignation devant les progrès des factieux, enhardis précisément par cette trahison des dirigeants ouvriers. Depuis le 16 juin 1955, l'Argentine a vécu une extraordinaire phase de luttes de luttes de classe, riches en enseignements multiples. Peron, il y a dix ans, avait accédé au pouvoir pour faire fructifier les possibilités d'une bourgeoisie d'un pays semipendance plus substantielle par rapport à l'impérialisme, à l'aide d'une industriacolonial, immensément enrichie pendant la guerre, désireuse d'acquérir une indélisaton accélérée. Pour réussir, il avait besoin de la force organisée du prolétariat qui tenait constamment en respect les forces indigènes rétrogrades et assurait au régime en échange de quelques concessions limitées, une grande stabilisation sociale, remarquablement profitable à la bourgeoisie industrielle, années de succès triomphants de Peron ont coïncidé avec la période de avec la période de prospérité économique Les viande pendant les années de disette mondiale de produits de l'Argentine, enrichie pendant la guerre, grande exportatrice de blé et de de l'immédiat après-guerre jusqu'à 1950 environ. Ensuite commença une agricoles, de déclin des exportations de l'Argentine, d'endettement envers un série période ouvrière permit à Peron de mancuvrer sur le plan économique et commercial sans de pays fournisseurs, et d'inflation intérieure. Seul le dévouement de la classe et commereial être perturbé par de violentes réactions à l'intérieur. Mais situation économique intérieure et une conjoncture internationale défavorables, devait, pour y faire face, recourir à la fois à l'aide de capitaux étrangers et l'abaissement du niveau de vie des ouvriers. Peron hésita à pousser loin l'offensive contre les ouvriers et préféra manœuvrer pendant une période avee l'aide de capitaux étrangers, des Etats-Unis en particulier. Le contrat passé à ce propos avec la Standard Oil est significatif du revirement de sa politique sur ce plan et de l'ampleur des concessions qu'il dut faire. Mais, une fois son front entamé par l'impérialisme, celui-ci voulut pousser ses avantages aussi loin que possible. que possible. en marchandant avec Peron, il encourageait les forces indigènes hostiles à celui-ci. à renforcer leur pression sur lui, pour accentuer sa capitulation et entrainer éventuellement sa chute. D'autre part, la bourgeoisie compradore voulait surmonter la erise économique voulait surmonter la crise économique principalement aux dépens des concessions faites par Peron aux ouvriers sur plan des salaires et des services sociaux. Son attaque initiale prit la forme d'un regroupement politique sous le noble drapeau non encore usé d'un rassemblement démocrate-chrétien. Peron, averti du danger, passa à la contre-attaque, promulgua 6 une série le lois sapant le pouvoir matériel et moral de l'Eglise, et réprima l'activité-Ides militants catholiques. A ce moment déjà, la lutto des classes en Argentine atteignit la phase d'une guerre civile latente ne pouvant se maintenir dans les stricts cadres du régime bourgeois.

Peron comprit vite cette dynamique et, de juillet à septembre, il fit tout pour rappeler à la bourgeoisie le sens de ses responsabilités et trouver un compromis entre toutes ses fractions sur la base de la légalité bourgeoise. Ce faisant, il s'aliénait chaque jour plus son seul soutien valable, la classe ouvrière, découragée, démoralisée par les hésitations, la modération, le conformisme du Chef, et encourageait objectivement ses ennemis qui voulaient dès lors exploiter à fond l'affaiblissement de sa position, désormais intenable.

Le bonapartisme de Peron a été poussé plus loin que nulle part ailleurs, mais au moment où il risquait de changer de base sociale et de reposer sur le prolétariat contre la bourgeoisie, il a tout naturellement préféré capituler devant sa A partir de juin, le péronisme ne pouvait survivre qu'en tant que transcroissance d'un mouvement basé sur les ouvriers mais exploité par la bourgeeisie industrielle. en véritable mouvement ouvrier. Il aurait fallu que les milices ouvrières s'organisent face à l'armée truffée de cadres bourgeois, et que la menace de la grève générale des ouvriers armés occupant les usines et les rues reste constamment suspendue sur les têtes brûlées des chefs factieux. Mais le régime se serait alors engagé en réalité sur la voie du double pouvoir, avec Octobre pour perspective. Les bureaucrates dirigeants de la C.G,T. n'avaient naturellement pas l'étoffe de révolutionnaires prolétariens. La tendance marxiste révolutionnaire argentine, si courageuse, si pleine d'initiatives justes et hardies, n'était pas encore assez forte pour déterminer une telle évolution. Mais en ces extraordinaires trois mois de luttes de classe, de vastes couches prolétariennes ont fait une expérience politique prodigieuse qui laissers des traces ineffaçables dans le mouvement ouvrier du pays et de toute l'Amérique

La bourgeoisie réactionnaire, épaulée par l'impêrialisme yankee, s'efforcera d'écraser le mouvement ouvrier argentin. Il ne faut pas sous-estimer le danger ni ses répercussions sur tout le continent. Après le Guatemala. Washington remporte à Buenos-Aires plus grande victoire réactionnaire. Mais après expérience Arbenz, l'expérience Peron servira au mouvement ouvrier latino-américain à se donner désormais une véritable direction marxiste révolutionnaire, seule capable de le conduire à la victoire. La faillite des directions petites bourgeoises ou bourgeoises est patente. En Argentine, l'heure a sonné pour regrouper l'avant-garde ouvrière autour de la tâche essentielle : former un parti ouvrier de masse basé sur les syndicats. La C.G.T., malgré la trahison des dirigeants, est apparue plus qu'une centrale syndicale : l'organisation de classe du prolétariat capable de preadre toute une série d'initiatives politiques, le soviet, le vrai parlement ouvrier. Pendant les évènements la C.G.T. était le parti du prolétariat et les marxistes révolutionnaires travaillant dans son sein avaient pour tâche d'amplifier et de compléter les mots d'ordre, les formes d'organisation et d'action qui faisaient de la C.G.T. le parti de la classe. Il faut partir de cette expérience vécue par des centaines de milliers d'ouvriers pour transformer la défaite passagère en victoire définitive et totale.

Avec Peron, c'est la direction bourgeoise nationale du mouvement ouvrier argentin qui s'en va. L'ère du parti ouvrier de masse et de la direction marxiste révolutionnaire commence.

25 septembre 1955

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