Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 13, n° 7-10

Avant la conférence du Labour Party anglais

Quatrième Internationale, vol. 13, n° 7-10 · octobre 1955 · p. 10-11 · 1 116 mots

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La défaite électorale du Labour Party n'a pas entamé la combativité de la classe ouvrière anglaise. C'est depuis lors qu'il y a eu des grèves importantes, des dockers et des cheminots en particulier, ainsi qu'une véritable avalanche de revendications de la part de toute une série de syndicats portant sur une augmentation substantielle des salaires .

Les raisons de ce mouvement, analogue à celui que connaissent la des grands pays capitalistes à l'heure actuelle (Etats-Unis, France, Allemagne) essentiellement les mêmes que pour ces pays : les ouvriers, encouragés par le plein emploi et conscients de l'accroissement énorme des profits patronaux, réelament partout une plus grande part dans la distribution du revenu national aceru.

En Angleterre, une raison supplémentaire éperonne ce mouvement : en contraste avec le niveau des prix en 1954 et 1955 qui fut stable aux Etats-Unis, en France et en Allemagne, les prix n'ont pas cessé d'y monter durant cette même période. Dans ce climat, instinctivement le prolétariat anglais qui, des années durant, avait accepté les rigueurs de la politique d'austérité des gouvernements successifs du Labour, a réagi à la défaite de ce parti lors des récentes élections, en donnant libre cours à ses revendications élémentaires si longtemps comprimées.

La bourgeoisie et la droite bureaucratique du Labour Party et des syndicats ont accusé douloureusement le coup. D'autant plus que la situation économique en Angleterre une fois de plus à l'approche de l'hiver présage une crise.

Certes la production industrielle a connu cette année encore une avance (6% au dessus de celle de la période correspondante de l'année passée) et le chômage est tombé au plus bas de toutes les années passées (à peine 1 % du nombre total des travailleurs). Mais en même temps, le déficit commercial n'a cessé d'empirer, entrainant une diminution alarmante des réserves en or et en dollars, passées de 2.918 millions de sterling en août 1954, à 2.457 millions en août 1955.

Ce processus est dû essentiellement à un accroissement du volume et de la valeur des importations, face à une diminution des exportations. Le boom qui caractérise de nouveau l'économie américaine entraine une certaine hausse des matières premières, done de la. valeur des importations anglaises. D'autre part, la concurrence de l'Allemagne en particulier et du Japon dans une certaine mesure est sentie avant tout par l'Angleterre, en recul constant dans ses exportations aussi bien en direction de l'Europe, de l'Amérique latine, et même de l'Asie.

Le gouvernement tory n'a pas hésité à parler, à propos de cette situation, du « danger mortel » qui plane sur la monnaie et l'économie du pays. La dévaluation de la livre est considérée comme inévitable en cas de nouvelle aggravation du déficit commercial et de diminution des réserves.

Les mesures de restriction du crédit aux industries et aux commerces visent à restreindre les importations et à accroitre la partie disponible de la production pour l'exportation, Mais on doute que ces mesures puissent renverser la tendance si elles ne s'accompagnent d'un blocage rigoureux des salaires.

C'est là dessus que porte actuellement l'effort conjugué du gouvernement et de la droite bureaucratique des syndicats et du Labour Party.

•En réalité, dans le rapport des forces actuel entre le prolétariat, organisé et en plein emploi, et la bourgeoisie, toute lutte frontale, toute épreuve de force direete tournerait inévitablement à la défaite de la bourgeoisie. Celle-ci est parfaitement consciente de ce fait et met tous ses espoirs, pour endiguer le flot montant des revendications ouvrières, sur les capacités de l'appareil bureaucratique de Transport House et de la droite du Labour Party, pour reprendre le contrôle de leurs troupes, pour « discipliner » les ouvriers.

Le congrès des Trades Unions à Southport au début de ce mois-ci et, en partie, a réussi à ériger une première digue aux élans revendicatifs et démocratiques des légions organisées du Labour.

Les demandes pour la semaine de quarante heures, pour un de la part de la direction centrale des syndicats des revendications d'augmentation de salaire, et pour une extension des nationalisations afin de faire face aux dangers de l'automation, présentées par n'importe quel syndicat, furent repoussées par la majorité du congrès. MAIS, POUR LA PREMIERE FOIS AUSSI, DE TELLES DEMANDES RADICALES ONT ETE SOUTENUES DE PUISSANTS SYNDICATS, TOTALISANT ENTRE 2,5 ET 3,5 MILLIONS D'ADHERENTS, QUI SE SONT PRESENTES AU CONGRES COMME UNE IMPORTANTE AILE GAUCHE AU SEIN MEME DES TRADES-UNIONS. 10

La bataille entre la droite et la gauche sera certainement reprise lors de la conférence annuelle du Labour Party en octobre. L'esprit de la base est manifeste dans les résolutions votées par les organisations locales du parti, et proposées à la conférence ; une grande partie met l'accent sur la nécessité d'une « véritable politique socialiste » et non « à mi-chemin », afin de battre efficacement les tories, sur l'extension des nationalisations, sur la restriction de la durée du service militaire et même sur son abolition complète.

Les questions économiques et politiques d'ordre intérieur occupent l'attention de la base, anxieuse de trouver une explication, les raisons de la défaite du parti aux élections et de préparer l'avenir et la revanche.

Ceci contraste avec les assemblées de l'année dernière, aussi bien des TradesUnions que du Labour Party, qui furent occupées essentiellement par le réarmement allemand.

La droite bureaucratique est consciente du danger que représente le courant de la base et a déjà mis au point sa machine de guerre. Gaitskell, son nouvel homme fort, qui se prépare à succéder à Attlee à la tête du parti, s'est rendu à Southport lors du congrès des Trades-Unions pour demander à Transport House d'augmenter leurs cotisations au parti, et du même coup leur nombre de voix dans les votes. Il envisage d'autre part d'organiser une véritable armée de quelques milliers de permanents, payés par la direction du parti, qui auront pour tâche de mieux contrôler les organisations locales, jusqu'ici base essentielle du « bevanisme », de la gauche.

La bourgeoisie jette tout son poids du côté de la droite, avec laquelle seulement elle peut tenir le prolétariat en laisse.

Une dure bataille, tantôi ouveris, tantôt sournoise, dans les coulisses, est engagée dans le mouvement ouvrier organisé anglais, entre des forces de classe hostiles. Elle ne sera gagnée que si là gauche s'organise à la base, dans les syndicats et le parti, sur un programme clair, audacieux, répondant aux revendications économiques et démocratiques essentielles du moment et aux aspirations socialistes de l'écrasante majorité du Labour.

Et l'âme de cette gauche, dans ce combat, son élément à la fois stimulant et organisateur, sera la tendance marxiste-révolutionnaire travaillant au sein de la classe ouvrière anglaise organisée, que représentent les syndicats et le Labour Party. Les dirigeants yougoslaves à nouveau à l'épreuve

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