Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 13, n° 7-10

Les masses chiliennes cherchent une issue révolutionnaire

Emilio Prado · Quatrième Internationale, vol. 13, n° 7-10 · octobre 1955 · p. 46-48 · 2 107 mots

Texte lu par machine sur le scan (relu en 2026 colonne par colonne) : il peut contenir des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan de la page.

Au cours des dernières années, le Chill connait une inflation qui ne cesse de se développer, détériorant de plus en plus les conditions de vie des masses travailleuses. Dans les douze mois qui vont de juin 1954 a juin 1955, le coût de la vie a, selon les statistiques officielles, monté de plus de 80 . Si cette inflation s'explique par la decomposition du regime capitaliste mondial, elle s'explique également par la structure économique d'un pays semi-colonial dont les principales sources de richesses naturelles (le cuivre, le nitrate, etc.) sont pratiquement aux mains de l'impérialisme yankee. A cette situation viennent s'ajouter les fluctuations des prix mondiaux des matières premières, alors que les ressources financières du Chili dépendent pour la plus grande partie de ses exportations en ce domaine.

Le gouvernement Ibanez a éperoné lui-même cette inflation en poussant sa politique de développement industriel du pays pour defendre le marché intérieur. Mais il agit toujours de la sorte avec l'espoir de tirer profit d'une prochaine guerre, c'est-à-dire d'une montée en fleche des prix des matières premières. En misant sur une telle perspective internationale basée essentiellement sur lattente des conjonctures commerciales favorables pour vorables pour les matières premières tout matières premières, bourgeoisie industrielle chilienne, comme ses sœurs des pays semi-coloniaux, a révélé encore son impuissance à réaliser ses plans d'industrialisation du pays. Au demeurant, la stagnation de la production agricole, cheptel compris, et celle de la production minière ne font que stimuler encore davantage le processus inflationniste.

Animés d'un profond sentiment antiimpérialiste et anticapitaliste, le mouvement ouvrier et les. masses opprimées general avaient soutenu Ibanez arrive au pouvoir. Aujourd hul, ils s'attaquent avec décision aux tentatives de la bourgeoisie indigène et de l'impériafrais de la crise mondiale, et luttent lisme de faire payer aux masses les pour mettre en échec les plans de l'impérialisme américain et de la bourgeoisie industrielle chilienne qui cherchent, l'un et l'autre, à se renforcer à travers les préparatifs de guerre.

La puissance des mobilisations des masses qui se sont succédé ces dernieres années dans le pays a modifié en leur faveur le rapport des forces so4 ciales, en sorte que ces mobilisations ont constitué et continuent à constituer un facteur permanent d'instabilité politique et de déséquilibre économique, tandis que la bourgeoisie et l'impérialisme recherchent vainement à enrayer, puis à disloquer le mouvement montant des masses.

Les illusions que les masses chiliennes avaient nourries quant à la politique d'Ibanez arrivé au pouvoir, ne vécurent pas longtemps. Ibanez s'était en eflet montré incapable de donner satisfaction aux aspirations de larges masses ouvrières et paysannes qui l'avaient soutenu pour améliorer leur niveau de vie. Maintenant, elles ont recours à leur propre force contre la montée des prix et pour la défense de leurs droits démocratiques, et ont engagé des luttes de plus en plus amples pour des revendications économiques et la défense de leurs propres organisations.

Ce fut dans une telle situation et reflétant cette situation que surgit, avec une plate-forme avancée de lutte, Centrale Unique des Travailleurs Chiliens rassemblant autour d'elle toutes les tendances du mouvement ouvrier. centrale qui est devenue un puissant pôle d'attraction pour les innombrables ouvriers et paysans qui s'étaient regroupés autour d'Ibanez.

Le Chili a été secoué par une série ininterrompue de grèves qui ont entrainé derrière elles non seulement d'importants secteurs prolétariens mais aussi des couches de la petite bourgeoisie pauvre. des fonctionnaires publies, des proexpression parmi les mins hautes dans Ces mouvements ont eu la grève magnifique des mineurs du cuivre de El Teniente, en septembre 1954. Après avoir fait face aux troupes envoyées contre eux et s'être refusés être requis par le gouvernement, les mineurs firent une marche héroique de 72 kilomètres à travers la montagne et obligèrent le gouvernement à entrer en pourparlers et à céder sur la plupart de leurs revendications.

La grève des mineurs de El Teniente vint stimuler et renforcer l'ensemble de la classe ouvrière dans ses luttes. Depuis lors, celle-ci n'a pas cessé son combat contre la montée des prix et pour une augmentation de salaires suivant de près les prix. Presque tous les travallleurs chiliens sont, les uns après les autres, entrés en grève et ont obtenu satisfaction dans la plupart des cas. Les mouvements grévistes ont été des plus étendus chez les mineurs et les ouvriers du nitrate, dans l'aciérie de Huachipato - la plus importante du pays - ainsi que cnez les ouvriers de la chaussure qui déclenchèrent le mouvement avec occupation des fabriques. Depuis l'expérience de la grève chez SUMMAR, un des aspects les plus marquants de ces mouvements, c'est en effet leur tendance à se généraliser avec occupation des usines. Enfin, la vague de grèves atteignit son point culminant dans la grève générale du 7 juillet. Il est à souligner que les trotskystes chiliens sont intervenus très ardemment dans ces luttes qu'ils ont impulsées par leur acti= vité militante.

Actuellement la tendance des travailleurs c'est de ne plus attendre l'expiration du contrat de travail pour réclamer une augmentation de salaires. Plusieurs corporations ont ainsi arraché cette revendication avant que le contrat ne vienne à expiration. Par ailleurs la C.U.T. (Centrale Unique des Travailleurs) a inserit dans son programme actuel de lutte la révision du coût de la vie chaque trois mois. Autrement dit, la lutte pour léchelle mobile des salaires est à l'ordre du jour.

Comme nous l'avons dit, les mouvements grévistes se sont succédé jusqu'au déclenchement, le 7 juillet dernier, de la grève générale de 24 heures qui paralysa pratiquement la vie du pays. Une semaine auparavant, les cheminots, les P.T.T. et l'entreprise d'Etat du transport s'étaient mis en grève; pendant plus de dix jours. les communications furent pratiquement interrompues.

Devant la répétition et l'ampleur de la grève, le gouvernement s'est vu obligé de changer d'attitude envers la C.U.T. Il est entré en pourparlers avec elle en vue de contenir un flot qui menace même de dépasser les limites que la direction de la C.U.T. voudrait imposer à ces mouvements. L'étendue de ceux-ci a montré l'existence de conditions favorables pour que le prolétariat pousse ses luttes dans la direction de la formation d'un gouvernement ouvrier et paysan, le seul qui peut apporter une solution aux problèmes de la classe ouvrière, que celle-ci cherche toujours résoudre. Mais la politique des partis ouvriers a été jusqu'ici de freiner la classe ouvrière dans une telle voie.

Le Parti Communiste, bien qu'il ait, en raison de sa politique opportuniste antérieure, perdu beaucoup de son influence auprès des travailleurs, jouit à la direction de la C.U.T. d'une autorité et d'un contrôle importants. Le dynamisme des militants de base du P.C. est incontestable. Mais il se trouve que ce dynamisme est utilisé par le Front National du Peuple, formation consti-

TERNATIONALE fluence dans les masses, mais qu'il n'a pas su capitaliser pour la faire prévaloir dans la direction de la C.U.T.), le Parti Communiste a pu freiner l'élan révolutionnaire des travailleurs dont il s'est servi comme masse de manœuvre pour faire pression sur le gouvernement.

Le Parti Socialiste Populaire a, depuis sa rupture avec le gouvernement Ibanez, évolué de plus en plus à gauche. A son dernier congrès national de mai, il s'était prononcé pour un front de classe de tous les partis ouvriers et populaires, et a rejeté la formule de « Comites civiques » avec les radicaux et les phalangistes, préconisée par les staliniens. Les parlementaires socialistespopulaires, Ampuero et Aniceto Rodriguez, ainsi que O. Waiss dans ses conférences et écrits, développent à l'intérieur du P.S.P. l'idée qu'il faut se préparer pour la prise du pouvoir à brève écheance. Mais si ces vues politiques ne font que refléter la pression de la base du parti, où un courant de gauche commence à se dessiner bien que d'une façon encore imprécise, elles plongent en réalité leurs racines dans des conceptions opportunistes et même aventuristes.

Pour la direction du P.S.P. en effet, il s'agirait de prendre le pouvoir par un putsch, concrètement de profiter de l'occasion que lui offrirait pour ce but le soulèvement éventuel de tel ou tel clan militaire. Ces conceptions sur la prise du pouvoir sont à la base des rapports que le P.S.P. entretient avec la « Linea Recta », groupe d'officiers qui avaient envisagé un coup d'Etat pour soutenir Ibanez contre un secteur de droite qui voulait le renverser.

Pour théoriser leurs vues en la matière, les dirigeants de la façon dont le pouvoir en Bolivie.

gurent l'action des du P.S.P. font état

M.N.R. s'empara du

Seulement ils défiboliviennes masses armées portant le M.N.R. au pouvoir.

Le 7 juill contre une un arrêt i dait ainsi et, le P.S.P. s'était prononcé grève de 24 heures et pour limité du travail. Il répongénéral des au sentiment masses pour lesquelles un mouvement gréviste de 24 heures censé être une simple démonstration de force n'était pas une issue. Mais si les dirigeants du P.S.P. poussaient à une grève générale illimitée, c'était avec le seul espoir de créer des conditions minant la stabilité du gouvernement, provoquant sa chute, donc donnant au P.S.P. l'occasion pour s emparer du pouvoir. C'est de la sorte quis tachent de remplacer l'action consciente des masses par des coups putschistes, au lieu d'organiser la classe et de la diriger, par la lutte et au cours de la lutte, vers la constitution d'un gouvernement ouvrier et paysan voulu par les masses.

Or seule une lutte audacieuse, résolue dans cette perspeetive, seul un appe au iront umque proletarien pour la constitution d'un tel gouvernement ayant un programme révolutionnaire, peut avoir un succès et ouvrir la route du pouvoir aux masses ouvrières et pay- tuée par l'alliance du P.C.

les phalangistes et caux,

Allende.

de

Grace ses ganisationnelles, tirant et avec les radiles socialistes capacités orsurtout profit de l'opportunisme politique de la didu Parti Socialiste Populaire rection

(parti qui pourtant a une grande in-

UAT RI sannes chiliennes.

P.S.P. par contre des combinaisons et

EME

IN

Les dirigeants du n'agissent que par des macuvres avec

RNATIONALE le gouvernement pour que celui-ci tienne ses promesses aux ouvriers, des « grèves sauvages » sporadiques démontraient l'impatience des travailleurs à obtenir satisfaction,

La grève des employés publies fut le point culminant de cette nouvelle vague de luttes, préparant le climat pour une autre grève générale.

Le gouvernement, rompant brusquement les pourparlers avec la C.U.T., s'est mis à réprimer le mouvement gréviste, arrétant par centaines les militants responsables.

C'est dans ces conditions que la direction de la C.U.T. fut obligée de décider le déclenchement d'une grève générale illimitée à partir du 6 septembre. A la dernière minute, la direction stalinienne qui n'envisageait nullement d'assumer les responsabilités politiques découlant d'un tel mouvement, s'est empressée de saisir l'occasion d'une médiation entre elle et le gouvernement, et d'annuler l'ordre de grève. Ceci sous le prétexte d'un coup imminent de la droite et de promesses du gouvernement.

Le mécontentement provoqué par cette conduite est grand à la base des syndicats et dans toute la classe ouvrière.

Devant la couardise manifeste de toutes les directions traditionnelles. aussi bien de celle des staliniens que du Parti Socialiste Populaire d'assumer leurs responsabiltés. les trotskystes chiliens accentuent leur agitation pour un front unique de toutes les organisations ouvrières, afin de lutter pour la réalisation du programme de la C.U.T., dans la perspective d'un gouvernement des travailleurs formé par le P.C., les deux Partis socialistes et la C.U.T.

l'espoir d'accéder au pouvoir en marge d'une action autonome des masses.

Malgré ces conceptions politiques des dirigeants du P.S.P., et compte tenu de l'évolution générale à gauche du parti celui-ci se développera et se renforcera encore davantage. Il a augmenté ses effectifs et accru son influence dens des secteurs importants comme la métallurgie, les mines, etc.

En ce qui concerne l'alliance des staliniens, radicaux et phalangistes, elle ne durera pas longtemps dans la mesure où la lutte des masses contre le capitalisme ira en s'amplifiant et attirera la base du P.C. vers un front de classe.

Les trotskystes chiliens s'efforcent actuellement de développer les courants de gauche qui se font jour dans les partis ouvriers, et de les orienter vers un programme marxiste révolutionnaire. Ils ont comme but la création d'un Parti marxiste révolutionnaire de masse; ils luttent pour la formation d'un front unique ouvrier P.C.-P.S.P.-C.U,T.-P.S. capable d'ouvrir la perspective d'un Gouvernement ouvrier et paysan, qui reste la seule issue cherchée par les masses pour la solution de leurs propres problèmes et ceux du pays.

Santiago, le 28 juillet 1955.

P. S. Depuis que cet article a été écrit, la situation au Chili a connu un nouveau développement critique. Tandis que la direction de la centrale syndicale C.U.T.. dominée par une majorité stalinienne, s'éternisait dans des pourparlers avec 48

Une erreur sur cette page ?