Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 13, n° 7-10

Le mouvement ouvrier brésilien face aux élections

Manuel Souza · Quatrième Internationale, vol. 13, n° 7-10 · octobre 1955 · p. 39-45 · 5 815 mots

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L'article ci-dessous est extrait d'une étude du camarade M. Souza sur la situation au Brésil à la veille des élections présidentielles du début d'octobre prochain. Nous regrettons de ne pouvoir, faute de place, la publier in extenso.

Dans la première partie, M. Souza analyse l'évolution de la situation politique depuis le suicide de Vargas et brosse un tableau des différents partis et de leurs candidats. Il souligne que la droite pro-impérialiste qui a succédé au gouvernement gétuliste de la bourgeoisie nationale, a voulu tout d'abord éviter les élections et instaurer une dictature militaire. Elle n'a reculé que devant la force des ripostes ouvrières et les divisions provoquées dans l'armée par la résistance populaire. Le danger demeure cependant latent et peut se manifester à nouveau brutalement en cas d'échec patent de la droite aux élections.

Sont candidats : le général Suarez Tavora, représentant les propriétaires terriens et les et les bourgeois compradores : Plinio Salgado, fascisants, qui s'efforcent de capter l'appui de couches petites bourgeoises et d'ouvriers arriérés ; l'aventurier Adhemar de Barros, représentant le « capital bureaucratique », la fusion entre le capital et l'appareil d'Etat pour les « bonnes affaires » ; Juscelino Kubitschek, présenté par le parti éminemment bourgeois qui s'intitule parti social-démocrate, et son coéquipier J. Goulart, du parti travailliste de Vargas, candidats de la gauche bourgeoise « nationaliste ».

Depuis que cet article a été écrit, le P.C. brésilien a décidé de soutenir la candidature du tandem Kubitschek-Goulart. De ce fait et dans les conditions de la lutte électorale, cette candidature acquiert un sens de classe plus prononcé, qui peut provoquer une réduction du courant d'abstentions des ouvriers, à juste titre mécontents de la politique de collaboration de classe du PCB sur laquelle insiste le camarade Souza.

Le mouvement ouvrier et ses luttes déterminent le poids relatif des différents événements politiques (grèves, élections, etc.) dans l'ensemble de la vie politique du pays.

La législation réactionnaire ne permet pas d'autre part la participation indépendante des ouvriers brésiliens aux élections. Le P.C.B. est dans l'illégalité, légalement il n'est pas possible de créer un parti ouvrier et les partis bourgeois n'admettent logiquement pas de candi-dats opposés à leurs intérêts de classe. D'autre part, les élections expriment seulement théoriquement la volonté de l'électorat, c'est-à-dire de la minorité de la population qui sait lire et écrire. Toutes ces circonstances contribuent à diminuer l'importance des élections comme baromètre politique, sauf au cas ou on les considère en tenant compte de ces déformations et avec le coefficient de correction nécessaire.

La montée syndicale des travailleurs brésiliens depuis 1952 ne cesse de croître lentement. Malgré leur faiblesse les syndicats sont aujourd'hui lorganisation des masses urbaines brésiliennes, le lien entre l'avant-garde ouvrière et les masses.

1954 fut une année d'augmentation énorme de la cherté de la vie, de mauvaise situation de change pour le Brésil. Ce fut de ce fait une année de luttes syndicales intenses. Les principales corporations y participèrent. Transports, chemins de fer, mineurs, deux grèves générales des marins et travailleurs de l'aViation, etc., tous entrèrent en grève dans le cours de l'année. Rio Grande do Sul connut deux grèves générales, Sao Paulo une. Le suicide de Getulio provoqua une mobilisation gigantesque des masses qui dans toutes les principales villes balaya les militaires et les partis et élémeats de la réaction, et ainsi empêcha la dictature militaro-policière que préparait Wall-Street.

Simultanément tous les syndicats assistèrent au triomphe des oppositions syndicales dirigées généralement par les staliniens. Des syndicats agricoles commencèrent à surgir et la démagogie gétuliste (syndicalisation agricole et augmentation des salaires), née de la double nécessité de tenir compte de ce processus et de le stimuler tout en le contrôlant, ne parvint pas à contrôler le mouvement de masses. L'augmentation du salaire minimum de 100 pour cent pous-

Q UATRIE ME I N sa les travailleurs en avant et leur donna confiance en leurs propres forces (1).

A partir de ce moment, les grèves pour des augmentations diminuèrent dans le le temps mais le caractère de la montée ouvrière, a la fin 1954 et pendant 1955, continua à être le même car les mauvaises conditions économiques du Brésil continuèrent à être les mêmes et même pires.

En effet, malgré la réalisation du coup d'Etat du 24 août et malgré la réaction, la syndicalisation continua et les grèves générales de Sao Paulo et de Rio Grande do Sul éclatèrent ainsi que la grève des chemins de fer de la Léopoldina, le mouvement des tramways de Rio, la grève des mineurs de Morro Velho, les mouvements des employés de

TERNATIONALE pas. Quand, après les élections. la bourgeoisie deviendra plus rigide et que la situation économique continuera à empirer, le progrès du mouvement syndical qui a lieu sur le plan organisationnel deviendra qualitatil et donnera naissance, dans un délai plus ou moins grand, à un mouvement syndical centralisé nationalement et dans une certaine mesure politisé.

Les masses brésiliennes sont très arriérées culturellement et politiquement et ceci se reflète principalement dans leur manque de traditions d'organisation de classe, et même d'organisations syndicales indépendantes. Les syndicats industriels qui ont incorpore dans leur organisation des dizaines de milliers d'ex-paysans sont contrôlés, depuis l'Etat Nouveau, par les « pelegos » du Minis- Neuveau. nar les « pelegos » du Ministère du Travail de la bourgeoisie nationale. Il n'existe pas encore une conception syndicale de la lutte de classe et les svndicats actuels. v compris ceux aui les syndicats actuels, y compris ceux qul sont dirigés par les sisliniens subissent sont dirigés par les staliniens subissent un contrôle étroit du Ministère du Travail et traversent une étape réformiste de discussion et même de collaboration avec l'Etat bourgeois pour l'obtention de conquêtes économiques. Cette situation de subordination extrême dans le passé et, dans une certaine mesure, bien que plus faible maintenant, dans le present, explique l'absence d'une Centrale ouvrière. Mais les syndicats ne font que traverser une étape et si ce réformisme est le présent, le futur est tout autre. Les victoires des oppositions, les grèves genérales, les pactes d'Unité Inter-syndicale de corporations importantes (solidarité avec d'autres luttes, contre la vie chère, pour les nationalisations, pour l'indépendance en face du Ministère du Travail, etc.) sont tous des facteurs qui montrent le sens de l'évolution du mouvement ouvrier. La lutte pour l'indépendance du mouvement ouvrier, pour sa centralisation nationale en une Centrale ouvrière, pour l'affirmation d'une politique syndicale de classe, sont aujourd'hui des revendications mieux senties par les travailleurs et l'avant-garde aura leur appui dans la mesure où elle saura donner les formes d'organisation et les mots d'ordre concrets à ces aspirations.

meilleure, la plus combattive et la seule organisée, et, pour différentes raisons, un vaste secteur de la petite bourgeoisie et de « l'intelligentsia ». Son attitude politique a donc une énorme importance.

Bien que les forces sociales, économiques et de classe déterminent le cours de l'histoire, les partis et les nommes et la direction des partis, sont un des lacteurs composants de ces forces et bien qu'ils ne puissent faire dévier le cours général de l'histoire ils peuvent déterminer des délais et des « incidents dans ce cours. Et ces délais et ces incidents provoqués par une politique erde Rio et des banque de l'aéronautique, les grèves métallurgie leurs de la des dockers de Santos.

Et travailleurs des travailde

Rio et malgré l'union avec les bureaucrates syndicaux, le

P.C. arrive à

- faire dans les directions rations, même dans condaires.

militants élire ses de toutes les corpoles corporations se-

Les syndicats qui groupent encore une minorité (2) s'organisent et s'aguerrissent, bien que la lutte soit encore une lutte simplement economique - saul les grèves générales qui constituent des indices de très grande importance - et que les organisations de classe soient désorganisées sur le plan national. Les conflits syndicaux aujourd'hui légèrement freinés du fait de la persistance de l'amélioration amenée par l'augmentation du salaire minimum et par la politique de collaboration de classe du P.C.B., tendent pourtant à se généraliser et à acquérir un caractère chaque jour pius politique. Ce processus est inévitable car la bourgeoisie dans tous ses secteurs, y compris le secteur « national », prépare la répression anti-ouvrière comme le montre l'attitude du gouverneur Kubitschek dans Minas l'interdiction par le P.T.B. de la grève générale de septembre 1954. Le ministère du Travail attaquera même les « pelegos » (3) et ceux-ci devront se défendre. La perspective économique ne s'améliorera

Le PCB est l'unique parti ouvrier -à l'exception du petit noyau trotskyste -existant en Brésil. Il influence une grande partie de l'avant-garde ouvrière, la

(1) Pour cette raison la lutte menée par le PCB sous prétexte de lutter contre la démagogie gétuliste, contre laugmentation de 100 % était absurde et réactionnaire et menait à saboter la manifestation syndicale pour les roo %. faisant ainsi le jeu des putschistes du 24 août.

(2) 30, 40, 50, 90 % suivant la ville et les corporations, la moyenne étant de 40 %. Il n'existe pas de statistiques sur ce point.

(3) Bureaucrates syndicaux. 40

LA POLITIQUE ELECTORALE DU PCB

LA POLITIQUE ELECTORALE DU PCB

UATRIEM E I N ronée, S'ils sont en soi insignifiants sur une échelle historique, se mesurent pourtant sur l'échelle humaine en dizaines d'années perdues, en centairies de milliers d'ouvriers torturés et écrasés, en milliers de morts de l'avant-garde prolétarienne.

Au moment même où tout le monde capitaliste, •dirigé par l'impérialisme yankee se lance à la préparation de la guerre contre-révolutionnaire contre l'URSS, les « Démocraties Populaires », la révolution coloniale et le mouvement ouvrier des métropoles ; au même moment où tous les secteurs bourgeois brésiliens s'unissent derrière l'impérialisme et où disparait pratiquement toute marge de manœuvre pour la démagogie de Ja bourgeoisie nationale l'instant précis où la classe ouvrière et les travailleurs brésiliens réalisent une énorme avance dans leur politisation et rompent avec les illusions de classe, dans moment précis, le PCB lance la traduction en portugais de la ligne du kremlin et appelle à collaborer avec la bourgeoisie nationale « progressiste » pour instaurer un gouvernement bourgeois neutre et pacifiste... Au moment précis où le prolétariat se prépare à faire un bond en avant, le PCB lui lance de la poudre dans les yeux.

La mort de Cetulio en particulier, donna à cette ligne politique l'occasion de manifestations spécialement opportunistes. Le PCB se prostitua une fois de plus en attrapant par le bras tous les politiciens bourgeois qui passaient : « Je cherche un homme honnete », « je vous soutiendrai si vous êtes pacifiste »... Mais les hommes recherches, - honnêtes et pacifistes telle était l'unique condition → ne se montraient pas. car dans la bourgeoisie, l'honnéteté et le pacifisme sont choses aussi rares que des poils de crapaud. Alors, pour légaliser l'union, il fallut vetir de vetements propres les lumpens et les aventuriers gangstéristes du groupe Adhémar, qui devinrent ainsi des « bourgeois progressistes ». Le concubinat était légalisé par la promesse vague d'un mariage futur, réalisable « a la Nehru » avec la « coexistence pacifique »... sur le dos des ouvriers et des paysans.

La mort de Vargas galvanisa les masses. Le PCB conclut : « Les masses se mobilisent par la mort de Getulio. Si nous devenons gétulistes, nous prendrons contact avec elles, rompant avec les restes du sectarisme du Manifeste d'Août » et il se mit à convertir en programme communiste la lettre-testament de Vargas, qualifié de document politique le plus important de l'histoire brésilienne.

Mais, justement, la classe ouvrière passait, avant le 24 août, par un processus avancé de désaffection par rapport

TERNATIONALE ner son fond conciliateeres esa maes étant donné son fond conciliateur. masses exigealent une politique terme, de classe, et elles etalent disposées à appuyer le PCB si celui-ci la formulait. De ce fait elles appuyaient totalement la grève du 2 septembre mais n'acceptaient ni sa continuation aventurière ni l'appui donné par le stalinisme au candidat du PTB au gouvernement de Sao Paulo (5) et de ce fait, du point de vue même du rapprochement des masses, e que de prétendre c'était un opportunisme absurde que que le PTB lançait son candidat propre comme champion « progressiste » dans les élections présidentielles. L'opportunisme réalisé au nom d'un faux réalisme politique, se révélait ainsi une fois de plus la plus improductive et irréelle des politiques et l'analyse marxiste « étroite ». « sectaire ». « utopique » prouvait une fois de plus dans la pratique son profond réalisme scientifique.

Le POB attribuait au PIB le caractère de direction de la classe ouvrière puisqu'il subordonnait ses propres actions aux pas que le PTB voudrait faire. offrait publiquement de présenter comme candidat communiste « n'importe quel dirigeant du PTB » et commençait une violente campagne dans les milieux OUvriers pour que Jango Goulart, l'exministre getuliste, ce même Jango insulté précédemment et combattu par le stalinisme, fut « l'homme décent » qui « inaugurerait gouvernement de paix » et « d'exploitation moindre des travailleurs ». Mais il advint que ce PTB, si redoré et orné par les dirigeants staLiniens, était un parti de la bourgeoisie nationale : que Jango Goulart « l'héritier du combat anti-impérialiste de Vargas », que les autres dirigeants du PTB étaient une poignée de grands bourgeois aventuriers politiques réactionnaires avec une conscience aigue de leurs intérets de classe et nullement disposés à les abandonner pour le chant des sirènes décadentes de la direction du PCB. AusSi, naturellement, le spectacle donné par le POB avec ses commissions d'ouvriers, de marins précédemment trappes par ordre de Jango, etc... idealisant ce dernier comme candidat anti-impérialiste à la Présidence ne pouvait finir que comme il finit : en une aventure démoralisante pour le PCB face aux travailleurs.

convention du PIB accepta Juscelino presque sans opposition... et le PCB, le jour suivant, découvrit que Jango

Goulart était un «fermier réactionnaire».

Alors commença de nouveau le chemin de croix prestiste. Il était déchirant de ne pouvoir trouver un bourgeois sur qui s'appuyer. Ils lancèrent donc un ballon d'essai : la candidature Osvaldo

Aranha, nimbé d'anti-impérialisme, pour voir Si quelqu'un l'acceptait. Mais ce vieil agent yankee, UDNiste infiltré dans le cabinet de Getulio, réactionnaire connu et hai par les masses ne pouvait avoir la moindre audience politique. A regret, il fut abandonné. Les députés

(5) Toledo Piza, ex-brigadieriste, ex-adhémariste, propriétaire foncier, qui fut le candidat qui obtint le moins de voix.

Vargas (4) et elle ne rue simplement pour me manifestation de

, yankee. La lisme sortit pas dans la

Getulio, mais comrejet de l'impérialettre-testament malgré l'habileté démagogique de Vargas.

ne reflétait pas les désirs et la compré-

(4) Ceci, en plus de la peur de classe, explique que Gutelio n'ait même pas tenté de se défendre.

Q UATRIEME I N fédéraux du PC (à l'exception de Bruzzi) signèrent le manifeste qui lançait sa candidature.

Mais quand « existe réellement une volonté d'union » il ne manque jamais de char bourgeois auquel s'atteler. L'opportunisme de la direction du P.C.B. sembla trouver son nouveau candidat en Adhémar de Barros.

Le PCB avait déjà réussi à élire Adhémar comme gouverneur de Sao Paulo. Ce gouverneur se caractérisa par ses vols et ses scandales, son gangstérisme, sa répression anti-syndicale et par l'insigne honneur d'avoir été le premier. lui, l'élu des communistes. mettre le PC dans l'illégalité. Le PCB l'appelait auparavant pour le moins « voleur et assassin » et effectivement il était ces deux choses. Mais Adhémar était « populiste » et mettait de l'argent à la disposition de qui voudrait l'aider. C'était un « bourgeois progressiste ». Ses attitudes antérieures, ses déclarations au moment de l'élection d'Eisenhower, sa profession de foi anti-communiste après la mort de Vargas. ses discours à Londres et Washington en faveur de l'investissement sur une grande échelle de capitaux impérialistes étaient des choses secondaires. Il fallait « rompre avec le sectarisme », « participer aux élections » « appuyer n'importe quel candidat parmi ceux qui s'étaient présentés, qui permette de réaliser un front démocratique de masses ». Et le PCB se joignit derrière le char d'Adhemar, mas malgre le sentiment tout a fait opposé de la base communiste.

De cette manière, la direction prestiste se mit à idéaliser dans les élections du Préfet de Sao Paulo, fonction de grande importance politique — le candidat Adhémariste, et fit toute la campagne en tant qu'adhémariste loyale et convain-

La politique de tous les Partis communistes, basée sur l'accomplissement fidèle de la ligne du moment de la diplomatie soviétique donne l'impression d'être le fait d'un homme ivre dans une piece sombre : elle est remplie de bonds à droite et à gauche et peut être qualifiée de tout, sauf de conséquente. Pourtant. elle applique de manière conséquente dans tous les domaines la politique du moment. Syndicalement. sur le plan jeune, dans les organisations de femmes. les communistes sont amenés à se jeter dan l'abime ultragauchiste ou à se noyer dans le marais de l'opportunisme. Et ceci, dans tous les pays et au même moment.

Il n'est donc pas étonnant que la « coexistence pacifique » (collaboration de classes) sur l'échelle internationale se reflète dans la collaboration de classes avec les bourgeoisies nationales aussi bien en France qu'aux Indes ou au Brésil, faisant abstraction du degré de 42

TERNATIONALE cue, sans parvenir à mobiliser les masses.

En effet, ces dernières, qui votèrent en 1953 pour le candidat petit bourgeois Janio Quadros en signe d'hostilité au candidat bourgeois unique - tant Adhemar, que Getulio et l'UDN, etc... -firent dès ce moment un grand pas politique en avant. Les élections à la Préfecture de Sao Paulo - anticipation et « test » pour le futur résultat des élections nationales — montrèrent la rupture des masses avec la politique et les hommes de la bourgeoisie. 50 % d'abstentions en général, 70 % dans les quartiers ouvriers et aussi bien les votes en blanc que les votes fascistes montrent que désorganisées, sans parti ni direction, les masses ne sont pas disposées à appuyer des politiciens bourgeois réactionnaires et cherchent une issue de classe.

La direction prestiste ne tint pas compte de cet avertissement électoral. Embarquée dans sa politique visant à la « prise du pouvoir » sur le plan électoral grâce à l'appui de politiciens bourgeois (Arruda — rapport au Plenum du CC) elle parlait à peine d'un « candidat indépendant » afin de faire pression sur les secteurs bourgeois «progressistes» et négocier un secteur « triomphe Sao Paulo conditions que toute comme un mieux son appui en attirant ouvrier. Elle interpréta le

» de « son » candidat à - qui se fit dans de telles de rupture avec les masses la bourgeoisie prit peur triomphe de la politique de

« front démocratique » et, en conséquence, elle se lança sur le plan national à la généralisation de cette politique électorale en appuyant Juscelino ou Adhémar (6) on ne sait pas encore très bien lequel des deux, dans leur lutte pour la Présidence de la République. développement capitaliste, des caractéristiques nationales, etc...

Mais, malgré cette abstraction volontaire, dictée par la subordination au Kremlin et par le mépris de la formulation d'une politique, qui en partant de l'analyse des conditions concrètes du pays puisse mobiliser les travailleurs pour la révolution ; malgré cette abstraction donc, les directions staliniennes doivent tenir compte des caractéristiques particulières de la classe ouvrière et du Parti et appliquent la ligne générale en accord avec les conditions concrètes de leur domination sur le Parti et sur la classe. Ceci explique les manœuvres de la direction du PC français pour obtenir que la base ouvrière avale une politique. cette même politique que la direction prestiste impose au PCB avec grande facilité et sans réaction apparente.

(6) Adhémar sur qui pésent trois procès criminels pour vol avec effraction.

L'ORIENTATION ACTUELLE DU PCB

L'ORIENTATION ACTUELLE DU PCB

C'est que le PCB bien qu'il soit le seul parti ouvrier et qu'il contrôle, une partie importante de l'avant-garde de la classe est un parti au niveau culturel et politique très bas. d'origine anarchiste et du « tenientisme » avec une direction et un appareil composé presque exclusivement de petits bourgeois, avec une base ouvrière désorganisée, arriérée, sans vie politique. Le prestisme est l'expression de ce rapport de forces entre la direction et la base et de cette composition sociale du parti. La base communiste est désorganisée, baillonnée, désarmée et cette situation est aggravée par l'actuel isolement du PCB par rapport aux grandes masses.

Pourtant les masses sont disposées à lutter et les cadres ouvriers communistes trouvent un écho en elles quand leur politique coïncide avec les intérêts des

TERNATIONALE L'appul aux bureaucrates syndicaux -pour faire « l'union contre le Ministère du Travail » n'organise pas la classe et décourage l'avant-garde. Les syndicats que le PC a gagnés dans ces conditions (textiles de Rio par exemple) perdent presque la moitié de leurs effectifs. Sur le plan jeune, l'union des étudiants communistes avec les catholiques ne favorise que ces derniers : en conséquence. les organisations étudiantes tombent aux mains des réactionnaires. Les organisations de femmes ne fonctionnent pratiquement pas, la Jeunesse communiste ouvre les portes aux « catholiques et aux fascistes, etc... a tous les jeunes de bonne volonté » et ainsi de suite.

Ce n'est que dans les campagnes qu'il suit une politique qui porte quelques fruits. Le PC commence à organiser syndicalement, d'en haut et bureaucratiquement, colesment, c'est sur, les salariés agri- c'est certaines régions. Un tel pas qui se fait dans le cadre de son programme actuel, ne compromet dans l'immédiat ni sa collaboration de classes ni les relations intérieures avec le PTB, mais est en soi un pas très progressif pour le développement de la révolution brésilienne. Bien que commençant a peine. un tel processus de syndicalisation a une importance historique. 3 millions de salariés agricoles, 10 millions de paysans travailleurs sans terres, sont les alliés naturels de la minorité prolétarienne. La révolution brésiliennne comme la révolution dans tous les pays arriérés. n'est concevable que comme la révolution, dirigée par les ouvriers, des énormes masses paysannes largement majoritaires (65%). La situation internationale et son développement futur seront le moteur qui impulsera ces masses brésiliennes et produira des transformations historiques.

La politique actuelle, empirique, opportuniste et limitée du PCB sur la question agraire, joue ainsi un rôle que ses auteurs mêmes ne soupçonnent pas. Et le renforcement du PCB à la campagne. en impulsant un processus révolutionnaire, impulse le stalinisme brésilien vers sa mort prochaine. pectives. Elles ressentent une méfiance très claire en face de la bourgeoisie et sentent la nécessite impérieuse d'une politique de classe. Mais elles sont désorientées et désorganisées et de ce fait elles exprimeront cette attitude positive de rupture avec la bourgeoisie d'une manière négative : elles s'abstiendront.

Les syndicats sont aujourd'hui leurs seules organisations. En cela se reflète leur force mais aussi, d'une manière fondamentale, leur retard. Non seulement ces syndicats sont nationalement désunis et désorganisés, mais aussi Til. manque un parti reconnu par les masses comme leur direction.

Le PCB bien qu'il ne pourra pas -sous la pression de la répercussion des travailleurs. Le fait que le le seul parti ouvrier, que sa la seule presse d'opposition nement pro-impérialiste, que

PCB soit presse soit au gouverrares ses cadres ouvriers et ses sympathisants soient l'unique avant-garde organisée dans les usines, que les traditions au sein de l'avant-garde soient des traditions du PCB et que ceci s'ajoute au prestige de la révolution chinoise et de l'URSS, suffiraient pourtant dans les conditions actuelles de préparation à la guerre pour lui assurer une croissance plus ou moins rapide.

Mais bien que les masses le suivent quand sa politique syndicale est correcte, bien qu'elles élisent comme dirigeants syndicaux — contre le Ministère du Travail - ses militants et ceci malgré l'union avec les bureaucrates syndicaux, politquement elles ne le suivent que par unités car son opportunisme confond, désoriente, désorganise l'avant-garde ouvrière et le prolétariat et laisse les masses comme proie pour les démagogues bourgeois.

La politique de collaboration de classe, aussitôt après la politique aventurière du Manifeste d'Août, crée un grand malaise dans le PC, lui fait perdre des cadres ouvriers, entrave son développement - qui continue mais lentement.

Les masses, par une abstention importante, vont montrer leur progrès politique, leur rupture avec les partis et les hommes de la bourgeoisie. Peut-être Juscelino vaincra-t-il comme a vaincu Lino de Matos ; en étant celui qui recueillera le plus de vote parmi tous ceux qui en recueilleront peu, en face de la non participation des masses. Ces dernières sentent que les candidats bourgeois quels qu'ils soient ne peuvent leur donner que faim, repression et guerre. Bien qu'elles voient la dittérence existant sur la question des méthodes et des délais pour l'application de cette politique réactionnaire, elles ne se trompent pas en ce qui concerne l'analyse de la politique en elis-esême et de ses pers-

RESUME ET PERSPECTIVES

RESUME ET PERSPECTIVES

UAT R E préparatifs de guerre - continuer longtemps sa politique actuelle ultra-opportuniste et qu'il devra se a gauchir . amenant ainsi un afflux vers lui de l'avant-garde ouvrière; aujourd'hui, avec sa ligne actuelle de collaboration de classes, non seulement accélère sa crise interne mais aussi freine au maximum a croissance trouble et démoralise ses militants et les masses.

Les travailleurs ne voient certainement pas dans les élections le terrain principal pour leur lutte actuelle. Ils n'ont pas d'issue de classe. Ils essaient de lutter pour leurs revendications minimum en utilisant les syndicats. Cette confusion et désorganisation des masses n'est pas seulement exploitée par la démagogie de la bourgeoisie nationale, mais elle donne également la base aux conspirations putschistes successives des agents de l'impérialisme. Bien que le rapport de forces soit défavorable à a reaction, cette dernière met à profit la désorganisation des travailleurs pour insister sans cesse sur la préparation du coup d'Etat militaire pro-impérialiste qui pourrait momentanément changer rapport de forces défavorable pour elle.

Dans ces conditions concrètes, quelle doit être la politique des marxistes ? La réponse ne peut être que la suivante : par une politique de tous les problèmes en organisan: les aborder masses et le prolétariat, en les orientant dans un sens anti-capitaliste.

Du fait de la désorganisation des travailleurs, Juscelino recevra des voix ouvrières, Adhemar pourra aussi compter sur un certain appui des masses et même Juares pourra tromper aussi quelques prolétaires en faux col et Plinio obtiendra des voix de prolétaires arriérés. Mais les grandes masses ne suivront pas les actuels candidats et l'avant-garde organisée dans le PCB se divisera, beaucoup s'abstiendront, d'autres voteront à contre cœur, par discipline.

Il faut participer aux élections. Elles donnent une possibilité de toucher les masses les plus arriérées, de leur faire connaitre notre programme, de les organiser. L'abstentionnisme sectaire l'autre face de l'opportunisme: il signifie le renoncement à la clarification des masses, la collaboration dans la continuation de la domination qu'exerce sur elles l'idéologie et la politique de la bourgeoisie.

Mais il est nécessaire d'agir avec une ligne de classe, produit d'une analyse de classe: Il est nécessaire de voir quelle est la tendance fondamentale des larges masses, quelle est la tendance dans l'avant-garde, pour pouvoir agir au sein de cette dernière, en l'organisant en vue de son intégration dans les masses, pour conquête de ces dernières sur une politique anticapitaliste.

Les grandes masses ont instinctivement rompu avec les candidats et la politique de la bourgeoisie. Désorientées. elles expriment ce courant d'une façon purement négative: l'abstention.

L'avant-garde du PCB repousse la collaboration de classe. Faute d'orientation elle se désorganise ou se fait violence 44

E RNATIONALE pour voter par discipline pour les bourgeois.

Il est nécessaire de donner une expression positive à ces sentiments des masses et de l'avant-garde, de formuler une politique qui puisse orienter l'avantgarde dans le sens de l'intégration dans les masses, de la réponse à ses aspirations pour une politique de classe, d'utilisation des élections pour son organisation anti-capitaliste.

Une telle expression positive est un vote programmatique de protestation.

Nous devons nous diriger vers lavantgarde du PCB en lui disant : « Les masses n'acceptent pas la collaboration avec la bourgeoisie. Cette collaboration vous isole d'elles. Elles exigent une politique de classe. Une agitation dans les entreprises, usines, quartiers, par la presse, une distribution de tracts avec le programme qu'elles désirent. une campagne de masse pour le vote sur ce programme serait la meilleure participation aux élections. Elle vous lierait aux masses tul avendent cela du POB, elle organiserait la base du parti et les travailleurs, elle montrerait dans les élections, d'une façon positive, le refus par la classe de tous les exploiteurs. Exigez cette politique de votre direction. Nous vous appuierons».

Cette politique et ce langage exempt de sectarisme galvaniseraient lavantgarde, auraient un écho énorme, donneraient une issue aux ouvriers communistes, une orientation ni sectaire ni opportuniste, les lieraient aux masses, les encourageraient et démasqueraient l'opportunisme de la direction, leur permettraient de faire une énorme expérience.

Dans les larges masses, qui ne sont pas anticommunistes mais n'ont pas confiance dans le P.C.B. avec les lignes politiques successives et contradictoires dont elles ont déjà fait l'expérience amere, une telle ligne gagnerait au marxisme - et non au stalinisme - en pratique, une énorme quantité de travailleurs.

Nous devons ouvrir cette perspective, avec notre propagande, notre agitation, notre exemple. dans l'avant-garde communiste influencée par le P.C.B.

Même au cas où la direction prestiste maintiendrait le Parti dans le marais de la collaboration de classes — cas le plus probablenotre attitude révolutionnaire ne passera pas inaperçue des travailleurs les plus conscients et des travailleurs d'avant-garde que nous toucherons. Nous ne sèmerons pas en vain. Le terrain est fertile, l'expérience - les abstentions — prouvera la justesse de notre position et la récolte future, dans le P.C.B. et dans les masses, sera süre et abondante.

Le programme doit.

Men partant niveau actuel de compréhension de l'avant-garde et des travailleurs en général et de leurs revendications les plus pressantes, leur donner l'orientation et l'issue anticapitalistes qu'ils désirent. Il l'issue doit être un programme de transition.

Les travailleurs ne veulent pas voter pour les bourgeois car ils savent qu'is voteraient la vie chère, la répression, la

IN

VA TRIE ME I N guerre, l'impérialisme. Le vote programmatique • protestation doit etre un vote contre la vie chère, contre l'impérialisme, pour les droits démocratiques : il doit être un vote contre le capitalisme.

Il doit être un vote pour la légalité des partis ouvriers, en premier lieu du P.C.B., interdits dans l'actuelle élection; pour la défense des droits démocratiques de parole, presse, réunion, organisation; pour l'indépendance des syndicats par rapport au ministère du Travail et pour la légalisation des directions syndicales élues sans discrimination idéologique, contre l'arbitraire policier qui s'exerce à l'encontre des grèves et réunions syndicales, contre l'annulation de l'enregistrement des candidats ouvriers, contre les poursuites intentées à la presse anti-impérialiste.

Il doit être un vote pour le salaire minimum vital, qui réponde à toutes les necessites (education, alimentation, medicaments, maison décente, vêtements. transports, distractions, etc.) et qui soit fixé par les syndicats, les comités d'usines, les ménagères, les organisations de quartiers. Et sur la base de ce salaire minimum vital, pour une échelle mobile des salaires, qui suive lelevation du cout de la vie. 11 doit etre un vote pour la réforme et la révolution agraire, pour le contrôle syndical des livres de compte. contre la speculation, pour le commerce avec tous les pays du monde, pour un pool des matières premières latinoaméricaines, pour l'expropriation sans indemnité des usines de l'impérialisme et des usines et services d'utilité publique, pour l'annulation des dettes vis-àvis de l'impérialisme.

Cela donnerait une expression positive au refus des travailleurs de participer à la farce électorale bourgeoise. Cela doit être notre politique et doit être la politique que nous devons exiger du P.C.B.

Il est également nécessaire de comprendre que les ouvriers n'ont pas d'illusions parlementaires ni électoralistes. Ils sentent que leur organisation est la seule chose qui puisse vaincre l'ennemi impérialiste et ses agents et briser ses préparatifs de coup d'Etat militaire qui continuent sans arrêt et qui sont actuellement stimulés par la désorganisation des masses, fruit de la politique de collaboration de classes du P.C.B.

De ce fait la rupture avec les agents du ministère du Travail dans les syndicats, le front unique syndical de toutes les tendances anticapitalistes, construction d'une Centrale ouvrière nationale, l'organisation de syndicats d'ouvriers agricoles, anticapitalistes et unis au mouvement ouvrier des villes, le lancement d'une campagne nationale de propagande pour des mots d'ordre de transition tels que ceux que nous citions plus haut, auraient dû être au ceatre de la politique du P.C.B. si celui-ci avait

TERNATIONALE été un parti marxiste. Au lieu de cela. il prêche la collaboration de classes.

Mais, comme il n'y a pas de base objective pour cette politique, comme la bourgeoisie répond à la main tendue par la matraque policière, le P.C.B. devra changer de politique et augmentera son influence dans les masses. Aujourd'hui membres ouvriers, peu nombreux, militent en son sein car, malgré la collaboration de classe qui leur répugne, lls crolent que le P.C. est communiste cherchent une politique et une solution communistes. Demain, les masses • qui iront au_P.C.B. iront avec les mêmes illusions et feront leur expérience. Pour cela il est nécessaire que les marxistes révolutionnaires partent de la compréhension actuelle des militants communistes pour développer leur pensée, en donnant une expression à leurs aspirations et en généralisant leurs critiques et leurs expériences, leur faire voir que l'opportunisme n'est pas un effet du hasard, un fruit de l'incompétence de la direction nationale, mais elle est inhérente au caractère du stalinisme, mondialement contre-révolutionnaire. Pour liquider le stalinisme en donnant aux cadres brésiliens réellement communistes une organisation révolutionnaire, est nécessaire que les bolcheviks-léninistes poursuivent un travail de longue haleine, aux postes-clés du travail de masse du P.C.B., en se montrant les meilleurs meilleurs lutteurs et de an base Men gagnant la confiance de la base. pour faire ce travail, il est nécessaire de fortifier organisationnellement et politiquement le noyau bolchevik-léniniste existant aujourd'hui en tant que guide et direction, éducateur et organisateur de l'aile gauche qui finira d'une facon obligatoire - à l'exemple de ce qui se passe dans les autres pays — à se former dans le Parti Communiste Brésilien.

Le progrès et la politisation des travailleurs doivent se concrétiser dans une organisation. La force de la classe, organisée, liquidera les plans de la réaction. La collaboration avec cette dernière (même avec ses tendances « nationales ») désarme au contraire les travailleurs et fait le jeu de leurs ennemis. Les militants communistes ont conscience de cette situation. L'action des bolcheviksléninistes au sein du P.C.B. donnera des formes politiques concrètes à ce sentiment. Ainsi, sur la base du progrès politique et organisationnel, dans la lut. te de classe, du prolétariat et de son avant-garde, se créera le Parti Marxiste Révolutionnaire de masses, section brésilienne de l'Internationale Communiste des masses. Ainsi se résoudra la crise de la direction révolutionnaire et s'ouvrira le chemin de la victoire finale des travailleurs brésiliens.

22 juillet 1955. 4 5

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