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Quatrième Internationale, vol. 13, n° 7-10 · octobre 1955 · p. 56-62 · 5 409 mots

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Le manuel soviétique d'économie politique (*)

La deuxième partie du Manuel, consacrée aux problèmes économiques de la société soviétique contient une série de passages de « lutte contre le trotskysme » qui présentent des contradictions tellement criantes qu'on serait tenté de supposer que quelque « trotsKyste honteux » les a introduits afin d'inciter la jeunesse soviétique à une étude plus approfondie du problème. Cette lutte se poursuit tout au long des chapitres XXII et XXIV du Manuel qui traitent de l'histoire de l'industrialisation et de la collectivisation agraire en URSS. Nous nous permettions d'avan-

A la page 398 du Manuel, la position des trotskystes est décrite de la façon suivante :

« Le Parti communiste a défendu et maintenu le cours vers l'industrialisation du pays dans sa lutte contre les ennemis endurcis du socialisme, tels les trotskystes et les boukharinis tes, qui opposèrent la ligne générale parti (l'industrialisation du pays)

la ligne de la transformation du pays sovietique en un appendice agraire des pays impérialistes... ».

Les trotskystes étaient donc des ennemis de l'industrialisation. Ils voulaient transformer l'URSS en « appendice agricole » de l'impérialisme, c'est-à-dire maintenir le pays purement agricole. Et comment s'y prirent-ils pour essayer d'atteindre ce but diabolique ? Voilà ce que nous apprend le Manuel dans ses pp. 391-2 :

« Le Parti communiste rejette le point de vue ennemi des trotskystes, qui voulaient réaliser lindustrialisation au prix de la ruine de la paysannerie et sapaient de cette façon P'alliance de la classe ouvrière avec la paysannerie. »

Afin d'empêcher l'industrialisation du pays et de le transformer en « appendice goricole des agricole des pays impérialistes ». nous imnérielistes les Tec trotskystes cherchèrent donc à ruiner la paysannerie. Il est clair que ruiner la paysannerie était en effet le moyen le plus efficace pour maintenir le pays au niveau d'un pays purement agricole. Il est d'ailleurs incontestable que les trotskystes voulurent ruiner la paysannerie, puisque le Manuel nous explique à la p. 412 : 56 cer une hypothèse un peu audacieuse pour expliquer l'apparition de telles conradictions sur une question qui, de 1935 a 1955, fut toujours traitée de la façon la plus « monolithique » en URSS. aurait-il eu parmi les auteurs du Manuel des adhérents de deux écoles différentes de « lutte contre le trotskysme ». les un répétant comme des perroquets les calomnies et mensonges de l'ère StalineYagoda-Yejov-Beria, les autres remontant à l'argumentation non moins mensongere, mais plus subtile et « politique » de l'ère Staline-Boukharine-Yaroslavsky 2

« L'ordre kolkhozien a triomphé dans une lutte décidée contre les classes exploiteuses et leurs agents - les trotskystes et les boukharinistes — qui défendirent par tous les moyens les koulaks, combattirent la création de kolkhoz et de sovkhoz et exigèrent leur dissolution et leur liquidation ».

Et afin de compléter ce tablean harmonieux, le Manuel poursuit dans sa phrase suivante (nous disons bien: dans sa phrase suivante) :

« Le Parti communiste a écrasé résolument... la théorie trotskyste de l'exploitation et de l'expropriation forede se des biens industeies et par des cée de la paysannerie par des prix impôts exagéres... ».

Ce qui nous permet de résumer l'opinion des auceurs du Manuel de la façon suivante: Les trotskystes, ennemis de l'industrialisation, cherchèrent à transformer l'URSS en pays purement agricole par la ruine de la paysannerie, et défendirent les koulaks par voie d'expropriation forcée de cette même paysannerie...

Est-il besoin de rappeler qu'il n'y a même pas toutes ces

Constatant industriels un grain de vérité dans affirmations ahurissantes

?

que, sous la NEP, les prix s'élevèrent de façon exagérée par rapport au niveau des prix agricoles, Trotsky et l'Opposition de gauche réclamèrent dès 1923 une industrialisation accélérée afin de pouvoir précisément abaisser les prix industriels et ressou-

(*) Voir no de juin 1955 de Quatrième Internationale. Nous citons d'après l'édition allemande du Manuel, parue aux Editions Dietz à Berlin-Est.

INDUSTRIALISATION ET PAYSANNERIE

INDUSTRIALISATION ET PAYSANNERIE der l'alliance entre la classe ouvrière es la paysannerie. Ils proposèrent en même temps une lutte accentuée contre les koulaks en protégeant et en renforçant la position économique et sociale des paysans pauvres et en favorisant de leur part le développement de coopératives de production. Ils rejetèrent de façon résolue toute idée d'une collectivisation forcée de l'agriculture, qui ne pouvait aboutir qu'à un bain de sang et que créer une crise agricole chronique. dont l'URSS continue à souffrir 25 ans après l'application de ce « remede » tragique par la fraction stalinienne.

Il est vrai qu'un membre de l'Opposition de gauche, Preobrachensky. rédigea dans les années 20 un ouvrage sur 1' Accumulation socialiste dans lequel il démontra que la source principale de cette accumulation réside incontestablement dans un échange inégal entre le secteur socialiste et le secteur paysan de l'économie. Ce fait, constate en pratique dès cette époque, et qui apparut de façon combien plus claire tout au cours des plans quinquennaux, amena Trotsky à la conclusion qu'il ne fallait pas développer cette inégalité au pont ou le paysan se sentirait lésé par rapport aux termes d'échanges connus avant la

LA SOCIETE

Une des sources principales des contradictions dont foisonne la deuxième partie du Manuel, c'est qu'il se cramponne désespérément à la définition stalinienne de la société soviétique en tant que société socialiste achevée. Il s'agit à la fois de dogmatisme et de pragmatisme, car le maintien dogmatique de cette définition erronée remplit un rôle idéologique clé dans la justification du pouvoir de la bureaucratie soviétique.

Mais les lecteurs du Manuel - et a fortiori ses auteurs - se heurtent à chaque pas aux contradictions et aux absurdités théoriques qui découlent de cette définition. Prenons deux exemples pour illustrer ces contradictions.

A la p. 364, le Mamuel déclare correctement que pendant la période transitoire entre le capitalisme et le socialisme s'effectue « le développement des forces productives nécessaires à la victoire du socialisme ». A la p. 367 il est expliqué non moins correctement que le socialisme se caractérise comme une organisation sociale du travail d'un niveau supérieur à celui du capitalisme.

c'est-à-dire comme possédant une productivité du travail supérieure à celle du capitalisme. A la p. 496-7, les auteurs du Manuel citent un passage de Lénine qui affirme également que le capitalisme ne peut être définitivement vaincu que dans la mesure où l'on atteint, sous le socialisme, une productivité du travail nouvelle, beaucoup plus élevée. A la p. 499. les auteurs du Manuel admettent d'autre part que le niveau de la productivité du travail en URSS est encore insuffisant pour permettre la

TERNATIONALE révolution. C'était sans doute sa façon de « vouloir ruiner la paysannerie ».

Quant à Staline, il emprunta la formule de Preobrachensky après avoir exilé son auteur en Sibérie, et il Temprunta a sa façon empirique, grossière et brutale habituelle. On sait, et Malenkov et Khrouchtchev ont donné publiquement quelques chiffres significatifs à ce sujet en 1953, que la différence énorme entre le prix de revient des produits agricoles et le prix payé par l'Etat aux kolkhoziens, entre le prix de revient des produits industriels et le prix réclamé pour ces produits par l'Etat, représente effectivement la source financière essentielle de l'accumulation en URSS. Staline lui-même ne se gêna d'ailleurs guère pour déclarer devant le Comité Central en 1929 que l'industrialisation imposerait un «lourd tribut » à la paysannerie (Vol. SI de l'édition russe de ses Euvres Complètes, p. 49 et suiv.). De toute cette vérité historique, comme d'une tentative d'explication théorique de ces faits, le lecteur ne trouvera pas de traces dans le Manuel. Les passages précités ont été rédigés non pour enseigner mais pour cacher l'histoire des luttes d'idées qui se déroulèrent dans le pays autour du problème de l'industrialisation. concurrence avec les pays capitalistes les plus avancés, c'est-à-dire qu'il se trouve en-deça du niveau atteint dans ces pays. Comment est-il possible d'en conclure que « l'URSS a victorieusement construit le socialisme » et qu'elle se trouve même sur la voie de la construction du communisme ? La conclusion logique qui s'imposerait ne serait-elle pas que le pays traverse encore cette période de transition entre le capitalisme et le socialisme, pendant laquelle s'effectue « le développement des forces productives nécessaires à la victoire du socialisme » ? Manuel et au de la detendent de ge dis long de la deuxième partie du appellent « le principe socialiste de la rémunération du travail d'après la quantité et la qualité du travail fourni ».

Nous reviendrons plus loin sur ce

« principe » étrange, dont la fonction apologétique saute aux yeux. Mais contentons-nous pour le moment d'examiner le fonctionnement de ce principe à la lumière de la définition de la société soviétique comme société socialiste.

D'après Marx, le travail qualifié (composé) se réduit au travail simple en tenant compte des frais (du temps de travail) nécessaires à l'acquisition de la qualification. Dans la société capitaliste, ces frais sont supportés par les familles des jeunes ouvriers, sinon par ceux-ci eux-mêmes. C'est sur cette base que se justifie, dans le cadre d'une société capitaliste, la différence de rétribution de la main-d'œuvre qualifiée et non-qualifiée (différence qui a d'ailleurs tendance à se réduire parce qu'une partie

SOVIETIQUE, SOCIETE SOCIALISTE?

SOVIETIQUE, SOCIETE SOCIALISTE?

croissante des frais de formation professionnelle sont, même dans cette sociéte, transférée soit vers la collectivite soit vers le patronat).

Dans une société socialiste qui assume elle-même les frais de la formation protessionnelle des ouvriers, le probleme se pose de façon tout a lait diferente. De ce fait, comme Engels le déclare expressément dans un passage célèbre de l'Anti-Dühring, c'est la société qui possède le droit de s'approprier les fruits du travail composé (qualifié). L'ouvrier (qualifié) lui-même n'a pas droit à une plus grande rétribution. Or. en URss, c'est bien l'Etat qui prend en charge la formation professionnelle des futurs ouvriers qualifies, dans ces tameuses « réserves de travail » dont nous par-

LA RETRIBUTION DU

C'est en effet cette question de la rétribution du travail en URSS qui procure les difficultés théoriques majeures aux auteurs du Manuel. Ils y reviennent à maintes reprises, chaque fois avec des formules légèrement modifiées, et semblent bien ne pas avoir résolu le problème même pour leur propre sacsfaction. C'est qu'en l'occurrence les exi-

TERNATIONALE lent les auteurs du Manuel. S'il s'agit done d'une société socialiste, il faudrait précisément rétribuer les travailleurs seulement d'après la quantité de travail fournie et non d'après la qualité, ou bien conclure qu'Engels a été ignorant et que ses formules de l'Anti-Dühring sont erronées. On n'évite ces contradictions qu'en jetant par dessus bord la définition de société soviétique comme société socialiste et qu'en constatant melanconquement que, pendant la periode de transition entre le capitalisme et le socialisme, la société est obligée d'appliquer des normes de rétribution bourgeoises qui s'écartent quelque peu et des normes socialistes et même d'une application rigoureuse de la loi de la valeur... TRAVAIL EN U.R.S.S.

d'après la quantité et la qualité de son travail... ».

On peut interpréter cette formule dans le sens marxiste orthodoxe, c'est-à-dire considérer le travail qualifie comme travail composé qu'il faut réduire au travail simple. Dans ce sens, la formule que nous venons de citer devrait se traduire de la façon suivante: d'apres traduire de la facon suivante : d'enrog la quantité du travail fourni, le travail qualifié étant considéré comme du travail composé qu'il faut réduire à une quantite supérieure de travail simple. Nous té cinérieure de travail simole Nous avons déjà expliqué pourquoi cette formule ne se justifie pas dans une société qui prend elle-même en charge la formation professionnelle des ouvriers qualifiés. Mais on pourrait passer sur cette distinction, en elle-même négligeable, parce qu'elle n'explique que des différences de salaire relativement petites.

Mais en réalité, lorsque les auteurs du Manuel parlent de « quantité et qualité du travail ». ce n'est pas du tout dans le sens orthodoxe qu'ils emploient ce terme . Il s'agit en effet d'expliquer des différences de salaire non pas de 50 ou de 100 % mais de 600, voire de 1.000 % ! Aussi, dans le chapitre XXXII. consacré au « Salaire du Travail dans le Socialisme » (1), des formules bien plus nuancées encore sont utilisées. On y explique à la p. 515 que le salaire est un instrument de planification :

« Etant donné la nécessité économique d'encourager au maximum le travail dans les branches econo miques dirigeantes (?), ceux qui sont employés dans des branches de l'industrie lourde comme la sidérurgie, les charbonnages, l'industrie pétrolière, la construction mécanique, reçoivent salaire plus élevé ».

Et à la p. 518-9, on nous apprend que les directeurs sont payés d'après l'importance et les dimensions

(r) Les auteurs du Manuel défendent la thése bizarre qu'en URSS, il y a bien le salaire, mais qu'il n'y a plus le travail salarié.

du dogmatisme gences une société socialiste sur la et celle du munisme »

(• élaborer une théorie de

T'URSS est voie du compragmatisme la rétribution socialiste » qui explique et justifie les énormes inégalités de rétribution en URSS -») forment ensemble un nœud qu'on ne réussit plus à défaire. Tranchons-le en utilisant l'arme de l'économie marxiste.

« Sur la base des nouveaux rapports de production, la loi économique de répartition (distribution) d'après le travail fourmi s'est créée et a commencé à être appliquée, loi selon laquelle chaque travailleur doit recevoir une rétribution proportionnelle au travail qu'il a fourni ».

Voilà en quelque sorte l'entrée en matière théorique, que nous trouvons à la p. 376 du Manuel. Cela signifie simplement - si nous faisons abstraction de la terminologie bizarre qui représente comme « loi » qui s'est « développée » objectivement ce qui, tout au long du livre, est déclaré être une décision consciente des dirigeants de l'Etat 1 — que dans la société soviétique la rétribution du travail s'effectue proportionnellement @ la quantité de traval fournie à la société. Nous sommes SUl sur un terrain solide, puisqu'il s'agit de la formule utilisée par Marx dans sa Critique du Programme de Gotha pour la première phase de la société communiste.

Tout de suite cependant, un correcti significatif est introduit dans cette formule, puisque nous lisons à la p. 447 :

« Dans le socialisme, chaque travailleur reçoit des biens matériels 58

N de l'entreprise qu'ils dirigent, d'après les années de service fournies, etc...

Il est clair que, dans ces formules, le terme « qualité de travail » n'a plus rien à voir avec la théorie marxiste de la valeur-travail. Il ne s'agit plus d'une « qualité » (comme le travail compose) qu'on peut réduire à une quantite de travail, il s'agit d'une « qualité » que les planificateurs, d'après des critères

Si la question de l'explication théorique de la rétribution en URSS hante les auteurs du Manuel, une autre question non moins importante pour comprendre le fonctionnement réel de l'économie soviétique réapparait constamment pour troubler la monotonie des descriptions idylliques ; c'est le problème des rapports entre consommation et accumulation dans la société soviétique.

Il est vrai qu'à la p. 477 du Manuel, il est dit péremptoirement qu'il n'existe pas de « contradiction antagoniste entre consommation et accumulation dans la société soviétique. Mais cette formule toute faite se heurte à de nombreuses constatations en sens inverse tout au long du Manuel.

C'est ainsi que dès les premiers chapitres consacrés à l'économie soviétique, savoir p. 375, il est dit:

« Dans le secteur socialiste on ne produit plus pour le proft capitaliste mais dans l'intérêt de la satisfaction des besoins matériels et cultureis des travailleurs, dans l'intérêt de la construction du socialisme... ».

Or, comme le développement des forces productives est insuftisant pour sacsfalre les « besoins matériels et culturels » des citoyens sovienques. les dépenses faites pour « construire le socialisme ».

TERNATIONALE arbitraires qui leur sont propres, réduisent à l'utilité sociale relative des différents emplois. En d'autres termes : à la recherche d'un critère objectif pour justifier l'inégalité monstrueuse qui s'est installée en URSS, les fidèles défenseurs du marxisme-léninisme ont heureusement atterri sur le terrain... de la théorie subjectiviste, marginale de la valeurutilité I

Quelques pages plus loin, les auteurs du Manuel reconnaissent d'ailleurs qu'il y a une contradiction (c'est le terme qu'ils emploient) entre le niveau qu'a atteint la production socialiste et les besoins rapidement croissants des masses (p. 463). A la p. 475 il est même dit que dans les années 50 s'est produite une disproportion entre la production des biens de consommation de masse et les besoins acerus de la population Néanmoins, dans tout le chapitre XXIX consacré à « la loi du développement planifié (proportionnel) de l'économie ». les auteurs affirment que

« Les proportions entre les deux secteurs de la production sociale doivent par conséquent assurer d'une part le développement prioritaire des secteurs produisant des moyens de production, et d'autre part un développement des moyens de consommation tel qu'il soit apte a satisfaire les besoins sans cesse croissants des masses populaires dans la mesure la plus large possible, avec le niveau donné de développement des forces productives ».

N'est-il pas évident qu' « avec le niveau donné de développement des forces productives » le développment prioritaire du secteur des biens de production continue à limiter celui consommation consommation satisfasse pas croissants » de

N'est-il pas portion » app du secteur des biens de de facon açon a ce qui ne à ce qu'il ne les « besoins sans cesse la population laborieuse ? évident que la « disproarue dans les annees

(et existante depuis longtemps) précisément comme origine ce « développecino no datalonne. ment absolument prioritaire » de l'industrie lourde par rapport à l'industrie légère ? Malenkov n'a-t-il pas donné en 1953 les chiffres d'investissement absolument effarants montrant jusqu'à quel point l'accumulation s'est effectuée en URSS systématiquement aux dépens de la consommation des travailleurs ? Comment peut-on maintenir dans ces conditions la thèse apologétique selon laquelle il n'y a pas de contradiction entre l'accumulation et la consommation ?

Remarquons par alleurs que dans une étude parue dans la revue soviétique Voprossi Ekonomiki (n° 2 de 1955), l'auteur soviétique S. A. Stepanian traite plus franchement de la question « Des contradictions dans le développement de la société socialiste et des voies pour les surmonter ». Il y rappelle en passant quelque nécessaires duisent davantage consommation déjà par l'économie. Il y qui n'enlève rien à cumulation socialiste qu'elles soient, réencore ce fonds de insuffisant produit a une contradiction la nécessité de l'acfaut-il le dire, mais qu'on ne peut pas perdre de vue quand il s'agit de fixer l'ampleur de cette accumulation. Sinon, le consommateur oublié se vengera sur d'autres tableaux...

A la p. 455-6 du Manuel, il est affirmé qu'en société socialiste le produit social ne se partage plus en produit nécessaire et surproduit mais simplement en « produit pour soi-même » et « produit pour la société ». Cette distinction est purement byzantine, aussi longtemps que le « produit pour soi-même » est nettement insuffisant. Il est évident qu'un ouvrier soviétique qui constate d'une part son niveau de vie plus que modeste, d'autre part l'immense masse d'acier, de charbon, de machines, de tracteurs et de ciment produite par l'industrie soviétique, a nettement l'impression qu'une grande partie de son travail représente du « surtravail ».

CONSOMMATION ET ACCUMULATION

CONSOMMATION ET ACCUMULATION

IN - chose qui ne nous est plus inconnue depuis le grand débat économique de l'an sovietiques avalent considéré passé — que certains théoriciens

« que la contradiction fondamentale du socialisme [c'est-à-dire de la société soviétique (E. G.)) réside dans la contradiction entre l'égalité des hommes

Sans le pront das mavene par rappert à la propriété des moyens lif, Production et les restes de l'inégade production et les restes de l'inégadans leur situation matérielle.

Comme ces « restes de l'inégalité » résident dans les normes de distribution bourgeoise qui président à la répartition en URSs. ceci revient à dire que la contradiction fondamentale dans la société soviétique est celle entre la socialisation des moyens de production et le caractère bourgeois des normes de dis-

Quant à ia description de la société communiste que nous donnent les auteurs du Manuel, elle suit fidèlement lesquisse qu'en donna le « testament économique » de Staline, et reste aussi décevante que celui-ci. Tout en admettant à la p. 639 que le but de la société communiste sera d'élever le niveau culturel et technique moyen des travailleurs au point d'en faire des ingénieurs, afin de supprimer la différence essentielle entre le travail manuel et le travail intellectuel, les auteurs du Manuel ajoutent :

« Mais nne certaine différence non essentielle subsistera cependant. Ainsi les conditions de travail des cadres dirigeants (!) des entreprises resteront différentes des conditions de travail de ceux directement actifs dans la production » (p. 640) .

Ainsi, les idéologues de la bureaucratie

C'est une courte plaquette de 24 pages dans laquelle D. Guérin a voulu non pas reconstruire la période 1930-40, mais rappeler ses « souvenirs » et tirer quelques leçons.

Ses souvenirs sont ceux d'un militant qui voyait du dedans le P.S. et du dehors le PC, qui montre la trop longue insouciance des dirigeants des partis ouvriers devant la montée du fascisme hors de France, et qui n'ont commencé à bouger que sous la poussée des ouvriers. lorsque ceux-ci furent littéralement fouettes par le coup de force du 6 février 1934. Puis Guérin montre que les espoirs d'une unité d'action enfin réalisée s'envolèrent bien vite quand les directions,

(*) Librairie Rivière, éditeurs. 60

TERNATIONALE tribution, ce qui est conforme à l'analyse trotskyste. Stepanian ne va pas jusqu'à affirmer la même thèse. Mais il constate tout de même que la contradiction fondamentale du socialisme réside dans la contradiction entre les besoins sans cesse croissants de la population et le niveau de développement donné des forces productives. Il est vrai qu'il proclame ce certain sens que d'après sistera sous même dans itte contradiction dans un comme étant éternelle, puislui cette contradiction subune forme ou une autre le communisme ! Il suffit ici de remarquer que décidément les consommateurs ont frappé à la porte des maîtres de la société soviétique, et que ces coups résonnent dans toute la littérature du moment, y compris dans le Manuel d'Economie politique. peuvent admettre à la rigueur que les travailleurs deviennent tous des ingénieurs ; mais ils ne peuvent admettre, avec Engels, que ces ingénieurs exerceront les rôles « dirigeants à tour de role. Ces « ingénieurs communistes » continueront à se répartir en « cadres dirigeants » de l'économie et en « ingénieurs directement actifs dans la production ». Comme aurait pu dire Orwell : tous les ingénieurs-travailleurs seront égaux, mais certains seront plus égaux que les autres. On ne pourrait imaginer meilleure démonstration par l'absurde du caractère idéologique des thèses pragmatiques de la part des économistes staliniens. Même dans leur imagination la plus audacieuse, ils défendent — consciemment ou inconsciemment - le statu quo social d'aujourd'hui.

E. GERMAIN de Daniel Guérin (•) sous le prétexte d'associer à eux les petits bourgeois, s'associèrent à l'aile de la bourgeoisie politiquement exprimee par le parti radical ; que cette bourgeoisie sut exploiter à son profit le mouvement des masses pour se retourner contre celles-ci.

Il met aussi en lumière queiques leçons importantes, notamment comment les partis ouvriers ont fait le jeu du fascisme en singeant les mots d'ordre et les méthodes du fascisme à l'égard des masses, ce remplacement de l'éducation et de la mobilisation de la elasse par le « viol des foules ».

Nous invitons done nos lecteurs à lire cette brochure pour toutes les très bennes choses qu'elle contient, pour le passé qu'elle rannelle opportunément et pour

UN «COMMUNISME » A LA TAILLE DES BUREAUCRATES

Quand le fascisme nous devançait

UN «COMMUNISME » A LA TAILLE DES BUREAUCRATES

Quand le fascisme nous devançait

N les leçons à ne pas oublier dans le présent. C'est seulement faute de place que nous n'étendrons nas notre éloge et que nous limitons nos observations à deux points.

D. Guérin, rappelant ses souvenirs, est amené à parler de la gauche qui se développa dans le P.S. Mais il ne mentionne pas l'activité des trotskystes français dans cette période, qu'il connus que vers la fin de celle-ci. Au sujet de la « Gauche révolutionnaire » du P.S.. il y aurait lieu de dire qu'a son origine, elle tut constituée par Pivert. en accord avec la direction Blum, pour isoler les trotskystes des militants révolutionnaires de la S.F.I.O. ; et son leader, Marceau Pivert - que ce soit en 1935 ou plus quand fut fondé le P.S.O.P. - fut adversaire acharné de l'idée d'un parti révolutionnaire. On pourrait soutenir, avec raison, que c'est Blum plus que Pivert qui a poussé à la construction du P.S.O.P. qui, condamne a netres sune organisation - dès sa naissance, était éphémère.

Mais dans cette période. D. Guérin eut connaissance des écrits de Trotsky et il dit très clairement dans sa brochure que celui-ci seul avait vu clair.

Croquis d'A

L'auteur de ce livre est un ambassadeur d'Italie qui a fait toute sa carrière dans la diplomatie de son pays, avant le régime fasciste, pendant celui-ci et depuis lors. sans difficultés apparentes.

Le livre n'a d'autre prétention que de rapporter des souvenirs donnant des portraits de personnages rencontrés par lui au cours de sa carrière. Nous avons ouvert ce livre dans lequel on nous annonçait un portrait « balzacien » de

Trotsky. Hélas, ni Balzac ni Trotsky ne pourront s'y reconnaître.

« Il (Trotsky) avait beaucoup engraissé, de cette graisse malsaine propre aux personnes qui ont eu la vie dure dans leur jeunesse et qui, soudain, accèdent, fut-ce modestement, à une confortable... De petite taille, avec des jambes courtes et grêles, un petit ventre proéminent, presque agrensif, il était de ce type d'hommes sur lesquels n'im-

(*) Plon, éditeur. LIVRE

Est-ce pour cela ou est-ce parce que

Guérin a fait une critique sévère de la politique des directions ouvrières. notamment de la politique du P.C.r. ou Plus probablement pour les deux raisons Guerin qui te cette brochure de D.

fut écrite, la demande de M. J. P. Sartre pour figurer dans le numéro des « Temps Modernes» sur la Gauche, n'a pu, comme le dit D. Guérin, trouver sa place » dans ce numéro ? Mais M. J. P. Sartre ne peut plus désormais admettre quoi que ce soit qui déplaise aux dirigeants staliniens : dire que Trotsky avait eu raison et que la politique du Front populaire a valu bien des malheurs est trop pour lui et trop pour eux.

Et ainsi D. Guérin ne s'est pas vu reçu dans cette « gauche » qui n'a rien appris du passé, qui ne veut rien apprendre, pour qui le 28 mai était le symbole de l'action révolutionnaire, tandis que les bagarres de Nantes ont été l'œuvre de « provocateurs trotskystes ». Cette « gauche » n'a pas voulu de D. Guérin : c'est le plus bel éloge que celle-ci involontairement lui fait.

F. Ambassade (*)

de P. Quaroni porte quel vêtement semble emprunté à d'autres : de ces gens qui ont l'art de défraichir en un rien de temps une veste repassée de frais. »

L'ambassadeur Quaroni doit souffrir d'une mauvaise vue ou d'une mauvaise mémoire, car il n'y a pas un mot de vrai dans ce portrait. Trotsky n'était pas petit, il mesurait environ 1,70 mètre il ne fut jamais gras, n'avait pas de ventre proéminent. Il était toujours habillé avec beaucoup de netteté. Enfin. il n'avait pas eu la vie dure dans sa jeunesse ; et au cours de ses années d'exil, il eut une existence normale. Au contraire les premières années de la révolution d'Octobre, exigèrent de lui.

comme de tous les dirigeants de l'époque.

un travail, des efforts, un surmenage, une vie spartiate.

Ceci dit, il n'est vraiment pas nécessaire de relever les quelques propos de

Mr. l'Ambassadeur sur l'incompréhension de la révolution russe par Trotsky !!! REÇU

C. Von CLAUSEWITZ - De la guerre (Editions de Minuit).

Nous rendrons compte de ce livre dans notre prochain numéro.

existence

VATRIEME

L'Opium des intellectuels (x)

Après la philosophie, voici la sociologie « scientifique » qu'on enseigne en Sorbonne, armée de logique cartésienne solide et de keynesisme à fortes doses. Ayant en 1946 jugé « le parlementarisme tel que le pratique la France » « inadapté à la guerre froide, à la dissidence communiste, aux exigences d'une économie à moitié dirigée » et choisi le R.P.F.. Mr. Aron réduit maintenant en poussière les « mythes » de la « gauche ». ce la « revolution », du « prolétariat » et s'efforce de désintoxiquer les intellectuels de l'opium de toutes les Eglises, surtout de celle du marxisme. Du reste, peut-on maintenant accuser le R.P.F. d'avoir été une formation d'extrêmedroite, presque fascisante ?

Mr. Aron n'aime pas les prestidigitations d'une telle « dialectique ». ne connait que les antithèses bien carrées, clairement définies, entre lesquelles la réalité place, dit-il, toute une sérte de phénomènes bizarres, qui tiennent à la fois de la gauche et de la droite, nature éclectique, indéfinissable. L'hitlérisme, se demande-t-il, était-il vraiment un régime de droite, le « bolchevisme » un régime de gauche ? Sa réponse est un exemple de la vraie science sociologique, opposée à la « pseudo-science » du marxisme : « Le nationalsocialisme est devenu de moins en moins conservateur au fur et mesure que son regne se prolongeait ». A la fin de son évolution - étudiée sans rapport avee les conditions intérieures et internationales, • d'une manière tout à fait formelle, phénoménologique — Mr. Aron ne devait plus le distinguer du « bolchevisme ». « Droite et gauche ou pseudo-droite fasciste et pseudo-gauche communiste ne se rejoignent-elles pas dans le totalitarisme ? » Il faudrait citer des « pensées ». des réflexions non moins profondes et caractéristiques de la « science » profes. sorale, comme celles sur la révolution permanente (p. 58), , le prolétariat (p.79) et son salaire (p.86), la dialectique (p. 194), etc. qui illustrent la manière de procéder de Mr. Aron aussi bien en logique, qu'en sociologie ou en économie. En logique, 11 évolue entre antithèses absolues et notions intermédiaires, où les contraires cohabitent juxtaposés sans unité décisive à chaque moment dans un sens ou l'autre, et où le moment dialectique est remplacé par la notion cartésienne d'une évolution graduelle acou(*) Calmann-Levy éditeurs, Paris 1955 62 de R. Aron mulant l'un sur l'autre les éléments du passé.

. En sociologie, Mr. Aron fait abstraction aussi bien de la lutte de classe que de la nature de classe de chaque phénomène. Ce qui lui permet d'abolir les distinctions qualitatives entre phénomènes politiques et sociaux, qu'il compare et assimilé par leurs seules ressemblances exterieures, Quant a son economie, elle est toute nourrie de «science» keynesienne et rayonne de l'euphorie, actuelle des affaires aux Etats-Unis (exemple du capitalisme bien faisant), dans les pays scandinaves et même en France (pourvu, il est vrai, qu'elle ne perde pas son empire). Même Mr. Aron est capable, dans un tel cas, de constater que certains bienfaits d'ordre économique et politique actuels tiennent pour l'essentiel à la surexploitation des colonies.

Mr. Aron se demande où est le prolétariat, ce que pourrait être cette « mystification » du prolétariat et de la révolution. Donnons-lui l'adresse: le prolétariat concret de la France est à l'heure actuelle à Saint-Nazaire et Nantes : il hante les bourgeois de ces villes et de tout le pays avec le chant de l'Internationale qu'il n'a pas oublié. La réalité statistiquement constatée par des services omiciels etant toujours que, dans un pays comme la France, 50% des ouvriers gagnent moins de 30.000 francs par mois. Certains journaux veulent actuellement aiguiser le sens « national» de leur public en affirmant que la perte de l'Afrique du Nord ferait descendre c au moins de 30 % le niveau de vie de la population de la métropole. Pensez, Mr. Aron, aux perspectives d'un capitalisme sans colonies ! Vous auriez vraiment envie de demander ce que fait done ce R.P.F.

Mr. Aron produit quelques effets faciles en chargeant le marxisme et le bolchevisme de tous les crimes et de toutes les stupidités de la bureaucratie soviétique et du stalinisme. Sa « science » pénétrante là aussi n'enfonce que des portes ouvertes, tout en démontrant son caractère phénoménologiste superficiel, et son ignorance de la critique approfondie, scientifique du stalinisme que fait le marxisme révolutionnaire lui-même.

Blasé et sceptique, Mr. Aron ne prépare pas une jeunesse ardente, optimiste et combattive, à l'échelle de notre temps. Y a-t-il un dissolvant plus pernicieux que de tels livres, que de tels éducateurs ?

M. P.

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