La Conférence de Genève, que la presse soviétique et celle des partis comment & historiquere, vient detre close sur un communique communistes la presse capitaliste ont déjà érigée en un remettant questions litigieuses à une discussion ultérieure. On admet que rien n'a été réglé, mais on souligne « l'esprit nouveau », le « style nouveau » de Genève, sur lesquels on reporte maintenant l'espoir de voir bientôt finir la « guerre froide » et s'instaurer une « paix durable » entre les nations, toutes adonnées d'un bonheur égal aux progrès économiques et sociaux pour le plus grand bien de tous les peuples.
Que de telles platitudes néo-réformistes se trouvent surtout sous la plume des journalistes ét porte-paroles des partis communistes, c'est là le comble à la fois du eynisme et de l'aveuglement de la bureaucratie qui idéalise et embellit les causes servant ses interets immédiats mais qui, en meme temps, devient dupe de son propre jeu opportuniste.
La bureaucratie soviétique n'a jamais caché son désir sincère d'aboutir à un compromis avec l'impérialisme, mais sur la base de division actuelle du monde, du statu quo actuel.
Ce qui de sa part est nouveau, par rapport à la situation d'avant la mort de Staline, c'est que la crise de direction dans laquelle se débat depuis lors la bureaucratie, et les problèmes et les difficultés hérités du regne de Staline dans ses rapports avec les masses soviétiques et internationales, renforcent encore davantage son désir et la nécessité d'un compromis sur cette base du statu quo avee impérialisme.
La bureaucratie soviétique a besoin de temps pour réaménager ses rapports avec les masses soviétiques, avec les Etats des « democraties populanires » et la Chine, avec les partis communistes, et pour trouver — afin de survivre et de gouverner de nouvelles formules et de nouveaux moyens que ceux utilisés au cours de lère stalinienne.
La Conférence de Genève a, une fois encore, très bien démontré cette ligne de conduite constante de la bureaucratie. Si, dans ce domaine, cette Conférence a mieux encore que par le passé clarifié une chose, c'est que la bureaucratie soviétique n'est pas prête à se départir du statu quo, y compris sur la question dé l'Allemagne. En effet, pour la première fois, il a été dit aussi clairement qu'il faut tenir compte du fait de lexistence de c deux Allemagnes : la République démocratique allemande et la République fédé rale allemande, ayant chacune son régime économique et social » (déclaration finale Boulganine) et qu'une Allemagne unifiée ne saurait faire partie du Pacte atlantique.
La question de l'unification de l'Allemagne reste, pour le Kremlin, subordonnée à celle de la « sécurité européenne » et du « désarmement », et envisagée comme le résultat d'une procédure par « étapes ». Autant renvoyer la question aux calendes greeques.
La IV• Internationale déclare que l'unification de l'Allemagne doit étre l'œuvre de l'action des masses allemandes elles-mêmes, à l'Ouest et à l'Est, appuyées par le prolétariat international.
En réalité, le problème qui se pose, c'est le changement d'attitude des impérialistes, les raisons pour lesquelles eux, et plus particulièrement les Américains, ont adopté le « nouveau style », « l'esprit » de Genève. Pourquoi ces derniers se sont-ils prêtés à ce dialogue avec les Russes qui :
lomine Geneve
Outre la puissante pression que les masses, toujours peu disposées se mobiliser pour la guerre contre-révolutionnaire de limpérialisme exercent sur eux, les impérialistes comptent avec les progres réalisés par TU.R.s.s. dans le domaine des armes atomiques et thermonucléaires et ont conscience du fait que, malgré quelques succès de stabilisation remportés récemment en Europe occidentale, le rapport des forces global leur reste toujours défavorable. Mais c'est incontestablement avant tout le climat économique actuel à nouveau favorable dans le monde capitaliste, y compris les Etats-Unis, qui rend les impérialistes plus sensibles aux facteurs ci-dessus mentionnés et qui les incite à temporiser et à se prêter à des discussions pour un aménagement du statu quo, avec l'espoir d'améliorer leurs positions grâce cette conjoncture économique favorable.
Genève signifie que les impérialistes éviteront en ce moment de prendre l'initiative d'une guerre generale, tout en poursuivant derrière lécran des pourparlers pour la « paix » leurs préparatifs de guerre, et ce pourvu que e statu quo ne soit nulle part dangereusement mis en cause.
D'autre part, les impérialistes n'ont pas pour autant accepté le caractère définitif du statu quo, comme le désirerait la bureaucratie soviétique.
Ils se sont rendus à Genève avec l'espoir secret de voir le Kremlin faire des concessions, sur les « démocraties populaires » de l'Est, du moins sur Allemagne orientale et se préparer à la sacrifier en faveur d'une Allemagne unifiée, et libre de se joindre au Pacte atlantique. Ils ne se lasse ront pas de rechercher à l'avenir de telles concessions et utiliseront le réarmement intensifié de l'Allemagne de Bonn pour renforcer leurs pressions dans cette direction.
D'autre part, leurs propositions « sensationnelles » sur le désarmement ne visent nullement à aboutir à une réelle réduction importante de leurs armements, qui s'avérerait désastreuse pour leurs économies, et encore moins à abandonner la production des bombes A et H qu'ils brandissent pour terroriser les masses et prolonger leur régime. Leurs propositions visent à amenager le niveau et la qualité des armements les plus propices à leurs intérêts et sont présentées comme surenchère verbale de leur volonté de « paix », face à la pression des masses et aux propositions de paix du Kremlin.
En particulier, la proposition d'Eisenhower d'un contrôle par la photographie aérienne est en ce sens typique : sans toucher en rien à la production des armements, elle viserait parait-il à eviter attaque-surprise. Elle demande en aux Russes de consentir à lobservation aérienne de TU.R.S.S. inaccessible jusqu'ici aux , Américains, en échange d'une réciprocité qui ne présente que peu d'intérêt pratique pour les Russes.
Mais l'aspect de beaucoup le plus important pour les masses travailleuses de la Conférence de Genève est incontestablement la manière dont les dirigeants sovietiques et ceux des partis communisies interprètent le « succès » de la Conférence, ainsi que la ligne sur laquelle ils veulent mobiliser les masses. En fixant comme objectf central de la mobilisation des masses une pression de celles-ci pour réaliser « l'accord » des « Quatre Grands », en déclarant que cet « accord » est possible sur une base générale et durable, qu'il est le moyen d'assurer le progrès économique et social de l'humanité toute entière, indépendamment de la division entre régimes sociaux diffé. rents, les dirigeants soviétiques et ceux des partis communistes se font les apotres d'un neo-réformisme d'autant plus outrancier et absurde qu'il se place à l'époque où la lutte entre les deux camps sociaux, malgré toute apparence contraire éphémère, est plus engagée que jamais et s'oriente vers son dénouement.
Ils aboutissent pratiquement à préconiser le statu quo social dans chaque pays, la collaboration des classes dans les pays metropolitains et la collaboration des pays coloniaux avec l'impérialisme.
En subordonnant la politique des partis communistes à la politique étrangère du Kremlin, les dirigeants des partis communistes mettent obligatoirement en veilleuse la lutte de classe dans les pays métropolitains pour ses propres objectifs, estompent consciemment la perspective et les possibilités du pouvoir prolétarien dans ces pays, et trahissent les peuples coloniaux luttant pour leur émancipation totale limpérialisme et non pour un aménagement de leur statut colonial au sein des empires. le tous les P.C. à l'heure actuelle, qu'il s'agisse de la Francque quotidienne Dans cette voie qui est effectivement celle de la de l'italie, de ¡'Inde, du Brésil, de l'Indonésie, il ý aurait en définitive non une meilleure défense de l'U.R.S.S. et des « démocraties populaires » construisant paisiblement leur & socialisme » sans que l'impérialisme les inquiète, mais il y 64 aurait démoralisation et confusion accentuées dans les rangs du prolétariat et des masses coloniales, permettant aux tentatives de stabilisation relative de limpérialisme de mieux réussir. Partant de positions ainsi améliorées, l'impérialisme se lancerait plus facilement dans la guerre.
La IV• Internationale fait confiance aux masses et à la base ouvrière des Partis communistes pour mettre en échec cette politique de capitulation et de trahison des dirigeants des Partis communistes. A cette politique axée Sur la répétition servile des slogans, motivations et analyses de la diplomatie soviétique et de son langage conventionnel, il faut plus que jamais opposer la libre élaboration d'une véritable politique de classe axée sur la préparation méthodique et patiente de la révolution socialiste dans chaque pays, par des partis révolutionnaires groupés au sein d'une véritable Internationale communiste centraliste-démocratique, comme l'était la III° Internationale du vivant de Lenine. Le Secrétariat International de la IVe Internationale. Juillet 1955.