Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 13, n° 7-10

Les directions nationalistes devant la révolution en Afrique du Nord

A. Duret · Quatrième Internationale, vol. 13, n° 7-10 · octobre 1955 · p. 22-32 · 8 542 mots

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(*) Cet article a été terminé au début de juillet. La situation s'est considérablement aggravée en Afrique du Nord depuis cette date. Notre analyse a été largement confirmée par les événements. L'impérialisme a subi une secousse brutale au cours du mois d'août. Les contradictions internes paralysent ses efforts et provoquent le rebondissement de grands combats violents au Maroc et en Algérie. En dépit d'une répression sauvage qui a fait des milliers de victimes, le rapport de forces s'est gravement

La grande vague d'émancipation des peuples soumis au joug colonial venue de l'Asie touche maintenant en Afrique du Nord les rives les plus proches de l'Occident, Les victoires ininterrompues remportées par la révolution sur tous les continents contribuent à insuffler au mouvement d'émancipation nord-africain Bien Bien un dynamisme extraordinaire. Les répercussions de la bataille historique de Dien Bien Phu et de son dénouement victorieux se révèlent particulièrement importantes. La lutte se trouve, en outre. exacerbée en Afrique du Nord du fait de la politique anachronique, sans envergure de l'impérialisme français acculé all bord du précipice. L'Afrique du Nord constitue une sorte d'arrière-pays pour l'impérialisme qui ne pourrait pas survivre à la perte de cette région vitale. une impulsion décisive à la suite de te, révolution nord-africaine reçut une impulsion décisive à la suite clatement de la lutte armée en Algérie. en novembre dernier. Le conflit prenait désormais toute son ampleur en embrassant le cœur du dispositif français. Un grand pas en direction de l'unification du combat s'accomplit du même cou. Dès lors l'Afrique du Nord devint la préoccupation numéro un de la bourgeoisie française et n'est pas près de quitter ce rang. La bourgeoisie décroche de sa politique traditionnelle de domination et d'administration directe en Afrique. Mais elle réalise ce pas dans les pires conditions et le pire désarroi, prise à la gorge par

LA TUNISIE : BANC D'ESSAI

Sans perdre de temps au lendemain de la conclusion de l'armistice vietnamien Mendes-France tt un voyage-éclair en restant sur sa lancée de Genève. Tunisie en compagnie du maréchal Juin en guise de boucher. Il prit au dépourvu la grande colonisation et l'adminis22 déplacé en faveur des peuples algérien et marocain au point que le gouvernement s'est vu obligé d'édicter hativement des mesures de mobilisation et de maintien du contingent intéressant près de 200.000 hommes. La maturation révolutionnaire des masses nordafricaines est entrée dans une phase nettement plus avancée. Une nouvelle avant-garde tend de plus en plus à se cristalliser dans les trois pays du Maghreb.

A. D. un mouvement de masse d'une grande profondeur qui menace de tout balayer et entravée jusqu'à la paralysie par ses propres contradictions internes. Ces conditions enlèvent toute efficacité à la tentative d'enrayer le mouvement par l'octroi de concessions limitées plus ou moins formelles. Les concessions toujours en retard d'un temps, lachées a contre-temps restent trop en deçà dies aspirations populaires. Le mouvement des masses a la sensation fortifiée que le rapport des forces est en sa laveur. qu'il a les moyens d'aller plus loin, d'obtenir davantage.

Une profonde crise sévit à l'intérieur du mouvement nationaliste des trois pays nord-africains, crise créée fondamentalement par les conditions révolutionnaires de la situation actuelle. Plus exactement, il faudrait dire que le mouvement nationaliste subit une profonde transformation, qu'il change entierement de caractère. Ce changement s'effectue. il convient de le souligner au départ. sous les conditions de la crise de la direction révolutionnaire au sein du prolétariat de la métropole.

L'opportunisme des grandes organisations ouvrières francaises se révèle notamment par leur soutien dérisoire du mouvement d'émancipation nord-africain. Cette trahison est le grand facteur négatif qui retarde et rend plus malaisée la formation d'une véritable direction révolutionnaire en Afrique du Nord. Elle contribue pour une énorme part à l'espect particulier de la crise du nationalisme nord-africain. DE « L'AUTONOMIE INTERNE» tration à sa solde. Il n'ignorait pas d'où viendraient les principaux obstacles au tournant politique qu'il venait d'ébaucher. Pour vaincre l'hostilité tenace des colons attachés au statu quo et faire la démonstration de sa fermeté dans la déferise des intérêts impérialistes, Mendes

QUAT R I E MI nomma un général à poigne, qui s'était fait la main au Viet-Nam, à la tête de la résidence et intensifia la répression. Des renforts de troupes débarquèrent massivement en Tunisie. C'est MendèsFrance qui, fort de l'appui socialiste et communiste au Parlement, inaugura Jemploi du contingent dans la répression aux colonies. De vastes opérations

T RNAT ION A L E situation était la plus périlleuse, où la résistance populaire avait pris la forme la plus avancée à cette époque et où. en outre, il rencontrait l'interlocuteur le plus le plus apte à entrer dans son jeu. On se félicitait à ce moment du calme qui régnait en Algérie. Au Maroc la situation était rendue inextricable par la aposton au partan. déposition du Sultan.

L'initiative de Mendès, on s'en rend encore mieux compte avec le recul, inaugurait une nouvelle phase de la politique impérialiste.

Mendes France a fait passer « l'autonomie interne » dans la voie des applications concrètes. Il n'était plus au pouvoir du gouvernement qui a pris sa suite de revenir sur ce qui a été amorcé. MODERE AUX ABOIS aux dires de Bourguiba, « qu'en Tunisie, le meilleur barrage contre le communisme est constitué par l'U.G.T.T. () sur le plan social et le Néo-Destour sur le plan politique ». On devine sur quelle base Bourguiba s'est attaché à capter la confiance américaine.

Bourguiba comprit pourtant fort justement qu'il n'y aura pas « de solution internationale imposée de l'extérieur... Il se sépara des partis nationalistes nordafricains et de ses amis du Caire et affirma sa préférence pour le dialogue avec la France ». L'appui extérieur ne pourra que servir d'appoint pour « incliner la France au compromis » (2).

Ce rappel de la politique traditionnelle de Bourguiba et du Néo-Destour aidera à comprendre leur comportement au cours des récents pourparlers, ce désir de conclure à tout prix qui les conduisit à lâcher de redoutables concessions et à jeter toute leur autorité dans la balance pour faire désarmer les « fellaghas » avant d'avoir obtenu quoi que ce soit. Nous pouvons aussi mieux approcher ce que peut être leur calcul actuel.

La direction du Néo-Destour et Bourguiba le premier ne furent pas les moins inquiets devant le développement de la lutte des « fellaghas ». C'était la négation de leur ligne politique. C'était la naissance d'une nouvelle génération de combattants sortis du rang qui se créait une tradition nouvelle, distincte du Néo-Destour et qui pouvait conduire à la formation d'une nouvelle direction politique. L'union nationale patiemment construite par Bourguiba était mise dure épreuve et ne résisterait pas à la prolongation et à l'intensification de la lutte des partisans. Le recrutement populaire des partisans composés surtout

(I) Centrale syndicale nationaliste alliée au NéoDestour.

(2) Introduction du livre de Bourguiba : * La Tuniie et la France » .

étaient entreprises ghas ». Au cours taire de décembre, senta son bilan de. son regne 238 dans cette voie. L'ob carrière de Bourguiba une solution dans ce sie on ne peut pas que nous sans cesser contre les « felladu débat parlemenMendes-France prédurant quatre mois fellaghas » avaient jectif de toute la a été d'aboutir à genre. « En Tuniêtre plus modéré d'être patriote », écrit-il dans une lettre. Ise targue aussi d'étre « le seul parti qui joue la carte de la France et lutte courageusement contre les démagogies et les surenchères » (Interview a « Paris-Match » du 4-6-54). C'est sa fierté et sa préoccupation essentielle que d'être le plus modéré possible. Il considère que c'est l'atout principal pour réaliser l'indépendance de la Tunisie et n'a pas craint de rompre pour cela avec éclat tant avec les autres partis nord-africains qu'avec la Ligue arabe.

La lutte de Bourguiba à l'intérieur du mouvement nationaliste a été dirigée de bout en bout contre « l'extrémisme ». Il s'en explique assez nettement dans une lettre à Ferhat Abbas en 1946 : « Comme vous, j'ai voulu voir la réalité en face, en tenir compte et adapter mon action à cette réalité. Comme vous, j'ai voulu bannir de nos revendications tout ce qui me paraissait anachronique, chimérique et impraticable: comme vous, j'ai essayé de trouver un compromis honorable avec la France, une solution d'équilibre qui, tout en tenant compte des aspirations légitimes, parce que naturelles, du peuple tunisien, sauvegardât les intérêts vitaux incontestés de la France. »

Son action La visé surtout à rallier autour du Néo-Destour toutes les fractions sans exception de la bourgeoisie tunisienne jusqu'au Bey et aux éléments les plus rétrogrades des confréries. Sur le plan international il s'est dépensé pendant 5 ans, a la fin de la guerre. a frapper aux portes de toutes les chancelleries et à se lier particulièrement avec le Département d'Etat américain. Les milieux américains sont persuadés, été tués contre 49 dans les quatre mois précédents, Jamais il n'y a eu tant de troupes en Tunisie.

En accordant la priorité à la Tunisie, Mendès-France choisit le secteur où la

LE NATIONALISME

Aucun parti nationaliste n'était mieux préparé que le Néo-Destour qui occupe une position bien particulière au sein des mouvements nord-africains, a entrer

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En accordant la priorité à la Tunisie, Mendès-France choisit le secteur où la

LE NATIONALISME

Aucun parti nationaliste n'était mieux préparé que le Néo-Destour qui occupe une position bien particulière au sein des mouvements nord-africains, a entrer

UATRIEM E I N de paysans pauvres, sans terres, soulevera à la longue de problèmes sociaux brülants.

L'initiative politique menaçait d'échapper au Néo-Destour et à la bourgeoisie tunisienne. Le mouvement des masses se dégageait de leur emprise. L'action

La notion de l'autonomie interne est forcément peu viable au départ parce qu'arbitraire. artificielle et élastique à l'infini. On s'en rend bien compte à la lecture de la convention franco-tunisienne. Qui saura définir où commence et où s'arrête « l'autonomie interne »? Peut-il seulement y avoir une autonomie interne à l'exclusion de l'autonomie externe ? Sous l'apparence formelle des choses, se cache évidemment le problème du rapport des forces qui décidera en dernier ressort d'un antagonisme irréductible.

« L'autonomie interne » couvre deux conceptions diamétralement opposées. Aux yeux de l'impérialisme français il s'agit d'une barrière pour mieux contenir la poussée nationaliste, en lachant du lest il est vrai. La bourgeoisie indigène, au lieu d'être tenue à l'écart, sera associée à la gestion de l'Etat, une certaine partie de la petite bourgeoisie accèdera à la fonction publique, La pression des masses se heurtera partiellement à sa propre bourgeoisie au lieu

Il suffit d'évoquer les principales dispositions des conventions franco-tunisiennes pour constater qu'il s'agit d'un triste simulacre d'autonomie interne. Economiquement, financièrement. le gouvernement sera pieds et poings liés, livré à la discrétion du capitalisme français. Le marché tunisien restera une chasse gardée pour l'industrie françalse. La Tunisie ne peut contracter aucun emprunt à l'étranger. Elle n'a aucune garantie sur les investissements que sera disposée de faire la France. La Tunisie n'aura pas d'institut d'émission. L'oifice des changes sera entièrement aux mains des Français. Les entreprises industrielles françaises restent absolument inviolables. ne peuvent être nationalisées. Les propriétés agricoles françaises sont à l'abri de toute réforme agraire. On pourrait poursuivre une énumération instructive sur ce terrain.

Sur le plat la police demeurera enessentiel, de la police. pendant 2 ans tièrement française; ensuite durant 10 ans la police sera soumise à un ministre

La large approbation des conventions franco-tunisiennes par le parlement ne doit pas faire illusion. Elle a été obtenue sous la contrainte des circonstances et du rapport des forces. Le rejet des con24

E RNATIONAL E des « fellaghas » ne pouvait étre controlée pas plus qu'elle ne pouvait étre critiquée ou désavouée. On peut comprendre l'angoisse du Néo-Destour et* son empressement à saisir la perche qui lui était tendue. Il n'y avait pas de temps a perdre. d'atteindre directement à tout coup l'impérialisme étranger. La bourgeoisie indigène servira de paravent au colonialisme et aidera à contenir les masses.

Dans l'esprit du Néo-Destour c'est au contraire une étape indispensable pour atteindre l'indépendance progressivement par des voles pacinques aul excluent tout heurt, toute secousse violente, toute irruption violente des masses et garantissant au maximum la préservation de l'ordre bourgeois. Les militants avancés et la masse des chômeurs, des paysans sans terre se font encore une autre idée, aspirant surtout, les premiers à un ordre social progressif, les seconds a une amélioration de leur sort misérable, à la réforme agraire. Cette accumulation de contradictions interdit d'envisager une perspective de calme durable, d'atténuation des conflits, d'essor constructif et de consolidation de la situation.

« L'autonomie interne » ne soufire aucune comparaison avec le statut des pays du Commonwealth britannique même les plus défavorisés. tunisien mais les directeurs et principaux chefs de service seront français. Pendant une autre période de 10 ans les commissaires de police français seront maintenus dans les grandes villes et un tiers des effectifs devront être français. Au bout de ces 22 ans la Tunisie ne sera pas encore débarrassée de la police française, que l'on se rassure! Pour une durée illimitée, la police française conservera le contrôle des services de la surveillance du territoire, ainsi que le contrôle et la surveillance des eaux cotières, des ports, des aérodromes; la gendarmerie française restera fidele au poste en tant que police judiciaire. A cet exemple on jugera à sa juste valeur «l'autonomie interne ».

Dans l'ordre judiciaire c'est dans 20 ans qu'une commission mixte jugera si l'on peut confier aux tribunaux tunisiens toutes les aflaires. Il n'est pas nécessaire de pousser plus loin l'examen pour constater que le gouvernement tunisien sera à la discrétion du bon vouloir du colonialisme français.

ventions signifiait le retournement instantané de la situation en Tunisie et la reprise de la guerre. transformant les trois pays du Maghreb en un immense brasier. La puissance militaire de l'im-

L'EQUIVOQUE

UN SIMULACRE D'AUTONOMIE INTERNE

L'AVENIR DE « L'AUTONOMIE INTERNE »

L'EQUIVOQUE

UN SIMULACRE D'AUTONOMIE INTERNE

L'AVENIR DE « L'AUTONOMIE INTERNE »

Q

TUAT

TEME périalisme français n'est pas en état de faire face à une telle épreuve de force. Les porte-parole de la majorité réactionnaire n'ont pas caché que leur vote était loin d'être « un acte de foi ». Le combat contre les conventions tunisiennes ne pouvait plus se faire de front.

La résistance reste importante chez les colons et dans la majeure partie de l'administration colonialiste. Or c'est à eux qu'incombera la tâche principale dans l'application concrète et quotidienne des accords.

La direction du Néo-Destour est-elle aveugle au point de ne pas voir tout cela ? Evidemment non. Elle connait trop

LA MATURATION CONNAITRA UN

Le mouvement des «fellaghas » représentait une opposition embryonnaire à la politique nationaliste bourgeoise traditionnelle, Il n'en était pas encore venu à ce que l'on sache, à afficher, ni même à formuler une opposition contre le Néo-Destour. Il Se bornait encore rester sur le terrain de la lutte militaire contre l'impérialisme et à s'en remettre aux politiciens nationalistes chevronnés pour ce qui est de la politique. Il s'alignait sans doute davantage sur une victoire obtenue grâce à l'aide extérieure des pays du Moyen-Orient mais n'opposait pas cette ligne à celle de Bourguiba.

Le souci de maintenir l'unité sans faille du mouvement national, de ne pas afficher la division face aux forces impérialistes à l'affût, a prévalu sur l'amertume, le doute et tout autre sentiment. Ce même souci maintient intacts les rangs du Néo-Destour à l'heure actuelle. Les masses nationalistes ne disposent pas de tant d'alliés sûrs, ni de tant d'atouts fermes pour laisser échapper le facteur fondamental qui est l'unite du mouvement. Cette préoccupation est une preuve de maturite polique ec ne doit pas etre interprétee comme une faiblesse des opposants.

Les conditions dans lesquelles les « fellaghas » rendirent les armes, dissolvèrent les maquis ne rassurent qu'a moitié les colonialistes. La fermeté, cohésion des partisans qui se rendirent la tête haute fit se demander aux colonialistes qui étaient les vaincus dans l'affaire. Apparemment ce n'étaient pas les hommes du maquis. La manifestation au retour de Bourguiba, unique dans les annales de l'Afrique du Nord par sa puissance, son enthousiasme soulevant tout un peuple, son organisation et sa discipline exemplaires, ont rempli d'effroi les colonialistes des deux côtés bien les colons et leur état d'esprit, elle a trop longtemps subi les méfaits de l'administration pour se faire des illusions. Elle sait toutefois que l'impérialisme français est acculé au bord du gouffre, qu'il ne peut plus se permettre beaucoup de faux pas.

Le Néo-Destour a accepté des concessions stupéfiantes parce qu'il redoutait, tout comme Mendès-France et E. Faure, les conséquences d'une rupture, parce qu'il voulait aboutir à tout prix. Il pense que l'accord, si mauvąis soit-il, jouera de toute façon en sa faveur, que sa bonne volonté, son esprit de conciliation seront payants en toute hypothèse. REVOLUTIONNAIRE NOUVEL ESSOR sance, qui se sent sûr de lui et semble peu désireux de s'arrêter à mi-chemin sur la voie de son émancipation. Ces masses fetent la fin de la répression qui les a tenues longtemps sous sa grie, avec le sentiment justifié que c'est leur lutte qui a contraint l'impérialisme à battre en retraite,

Bourguiba parcourt le pays en maniant l'éteignoir; 1l ne manque pas de besogne. Il condamne, devant les mili. tants syndicalistes de l'U.G.T.T., le marxisme « dont le but essentiel est de dresser les travailleurs contre le reste de la nation ». Il met en garde les chefs fellaghas contre les appels venant du Caire et d'ailleurs qui insinuent qu'ils auraient di garder leurs armes, que la lutte n'est pas terminée, et il les invite à se tenir calmement dans les rangs.

Sous le couvert provisoire de l'unanimité nationale, la conscience politique des couches avancées ne cesse pas moins de s'élever. La politisation se fera jour principalement dans les rangs de la jeunesse, parmi les anciens fellaghas et les cadres syndicalistes de l'U.G.T.T. Le refus du chef fellagha Lazare Chraiti de s'attabler au banquet-réception de Bourguiba parce qu'on ne devait pas considérer la lutte comme terminée alors que des combattants nationalistes demeuraient en prison sous la menace d'une condamnation a mort. n'est pas passé inaperçu, La récente declaration du secretaire général de l'U.G.T.T., Ben Salah, rassurant le patronat « qu'il n'avait aucune raison de s'alarmer, car les revendications des travailleurs tunisiens ne sortiraient jamais du domaine du possible », parait trop apprêtée pour effacer ses discours antérieurs sensiblement plus combattifs et pas toujours en harmonie avec les gestes de Bourguiba.

Les problèmes sociaux vont se poser à l'avant-plan qui connait meurs. Les viendront mes sociaa vons se poser a avec acuite dans un pays une immense masse de chórevendications ouvrières de-

Impérieuses.

La réforme retorme agraire se posera dans les rangs d'une paysannerie réduite à la misère. La ques- de la Méditerranée moment avant de rière l'objectif de liste de consolider

Rouraniha

•Ils mirent un bon s'en

. remettre.

Derla direction national'autorité morale de masse qui atteint l'apogée de sa puis-

Bourguiba se profile un mouvement de tion de la Constitution, de la structure du nouvel Etat, d'élections libres à une Assemblée nationale fournira l'occasion d'une vie politique agitée.

Les courants nationalistes intransigeants se frayeront leur chemin à travers les événements qui mettront à rude épreuve les conceptions de Bourguiba sur laccession graduelle, pacifique à

L'ALGERIE COMMENCE A

L'éclatement de la lutte armée Algérie a généralisé le conflit nord-africain, l'élevant à sa plus grande tension.

L'enjeu est plus important en Algérie que partout ailleurs, tout le monde en est bien convaincu. L'impasse y est aussi la plus profonde. Les solutions fractionnées, partielles, les compromis ne seront pas aisés à trouver et plus malaisés encore à faire entrer en application. Il y a à cela des raisons péremptoires. Il faudra d'abord que l'impérialisme consente à revenir de très loin, qu'il abandonne sans retour la fiction : Algérie département français, qu'il admette qu'il existe un interlocuteur en Algérie. Le « Statut de l'Algérie » promulgué en 1947 et jamais appliqué dans ses clauses essentielles est largement dépassé. Le Vietnam, le Laos, le Cambodge ont depuis lors accédé à l'indépendance et le peuple algérien n'est plus disposé à se satisfaire de promesses et de demimesures.

L'exemple de ce Statut notoirement insuffisant, dérisoire aux yeux du peuple algérien, qui fut odieusement violé, par ceux-là mêmes qui l'avaient promulgué et étaient chargés de le traduire dans la vie, n'incitera pas le peuple algérien à ajouter foi à de nouveaux projets batards. La structure sociale de l'Algérie, la configuration de ses mouvements politiques représentatifs n'aidera pas, non plus, à la mise en œuvre d'une solution de compromis mal taillée.

Il n'existe pas réellement de bourgeoisie algérienne. Il y a un nombre très restreint de gros propriétaires terriens algériens qui n'ont généralement rien à refuser aux colons, leur devant tout.

LA CRISE DU NATIONALISME A

Le déclenchement de la lutte armée a pour origine la politique arbitraire de l'impérialisme qui réduit par la force toute volonté d'émancipation en violant tant et plus sa propre légalité.

La violente crise qui sévit dans le mouvement nationaliste et qui provoqua la scission du M.T.L.D. fut la cause immédiate de « l'insurrection » du ler novembre.

Partant d'une certaine stagnation politique du M.T.L.D. depuis 1947, l'équi-

TERNATIONALE l'indépendance dans le cadre de l'amitié française. Les différenciations politiques actuellement comprimées se manifesteront avec éclat. Le Néo-Destour devra tenir compte des profondes transformations subies par le mouvement nationaliste de masse au cours des dernières luttes sous peine de voir se briser l'unité du parti. SORTIR DE L'IMPASSE Il existe une petite bourgeoisie, surcommerçante, qui n'est pas très nombreuse et n'a pas une grande influence. La grande masse de la population a été prolétarisée par la colonisation. Il s'agit plus exactement d'un sous-prolétariat dont le plus grand contingent est représenté par les travailleurs saisonniers, les manœuvres, les chômeurs partiels et les chomeurs perpétuels. La population paysanne comprend une masse écrasante de petits paysans (les 3/4 des propriétaires musulmans) possédant de trop petits lopins de terre pour subvenir à leurs besoins et un immense prolétariat agricole évalué à 700.000 familles.

Cette structure sociale sans nuances explique le caractère spécifique du mouvement nationaliste algérien. Le mouvement a toujours conservé une nature prolétarienne prononcée, Il ne dépendait que d'une juste politique des grands partis ouvriers métropolitains que ce mouvement s'inspire aussi dans son idéologie, son programme et ses moyens de lutte d'une conception prolétarienne nettement définie proche du marxisme.

Le seul mouvement algérien qui s'approche par sa composition et ses conceptions politiques des autres partis nord-africains, netamment du Néo-Destour, est l'U.D.M.A. de Ferhat Abbas. Ce parti s'est longtemps compromis par sa défense de l'Union française et dispose d'une audience très limitée dans les couches populaires. Ce serait « l'interlocuteur » qui se prêterait le plus facilement au compromis mais qui n'aurait pas la possibilité, à lui seul, d'obtenir l'acquiescement populaire indispensable à une telle entreprise. PRECIPITE LES EVENEMENTS pe dirigeante du mouvement avait repensé tout son acquis politique et était arrivée à la définition d'un nouveau cours qui s'orientait vers la constitution d'un Front National et marquerait un rapprochement vers les conceptions du Néo-Destour et aussi de l'Istiqlal. Le 2è Congrès du M.T.L.D. réuni en avril 1953 adoptait un programme et des rapports volumineux qui se livraient à une farouche auto-critique et jetaient les bases théoriques du nouveau cours. Les con- ditions de vie particulières de Messali le tinrent un peu à l'écart de tout ce travail. Il n'approuva pas clairement le nouveau programme, fit certaines objections sans le désapprouver entièrement, semble-t-il.

La tension s'accrut progressivement entre Messali et la plupart des cadres dirigeants du mouvement. La scission survint dans des conditions confuses, émaillée de vifs incidents, en juillet 1954,

En marge des deux tendances se tenait un troisième groupe formé de cadres moyens du M.T.L.D., de militants actifs, énergiques, ayant beaucoup soufsemi-clandestins depuis longtemps pour de la répression, clandestins ou un certain nombre. Ce groupe forma une organisation clandestine, le Comité Révolutionnaire d'Unité d'Action (CRUA), rechercha un certain appui au Moyen-

L'orientation du parti nationaliste algérien s'est trouvée désaxée après sa dissolution et sa persécution én 1937 sous le Front Populeire dont il attendait l'émancipation du peuple algérien ou tout au moins un allégement sensible de son sort, Le nationalisme algérien devait faire abstraction désormais du soutien prolétarien de la métropole qu'il considérait aupararent comme son principal atout. Il conserva sa position nationaliste rigide, intransigeante, cusant l'attachement à la tradition, aux en accoutumes au panislamisme, à la religion. Crétait la recherche de nonvenu: alliés dans les pays arabes en dilua le caractère prolétarien accusé du mouvement.

Le mouvement nationaliste connut un énorme essor au lendemain de la guerre, engloba des masses croissantes et étendit son influence sur toute la population. il présenta ces candidats aux diverses élections municipales et législatives

Get ce fut en dépit des contraintes et falsifications de l'administration un véritable triomphe. L'administration placée devant un tel résultat fut contrainte de recourir à des élections préfabriquées, à une violation de la légalité bourgeoise sur une échelle sans précédent pour empêcher que l'Assemblée Algérienne tombe sous la coupe du M.T.L.D.. Ceci sous les auspices du socialiste Naegelen, ce qui n'améliorait pas les choses, ni tout l'opinion que les militants nationa- SUrlistes pouvaient avoir du mouvement ouvrier français.

Dépourvus d'une idéologie, d'un bagage politique, d'une stratégie de combat, les députés M.T.L.D. ne surent pas exploiter leur présence au Parlement. Les élus municipaux étaient également désarmés. Le parti ne sut pas utiliser son influence de masses pour mener des luttes partielles, remporter des victoires limitées propres 3 stimuler la confiance des masses en elles-mêmes, à renforcer

Orient et se prépara à passer à l'action directe. Il condamna l'attitude de Messali comme celle de la fraction de Lahouel et leur acharnement fractionniste qui entraina des voies de fait entre les militants. De C.R.U.A. ne distinguait pas d'autre moyen de sortir de la crise du mouvement nationaliste et de surmonter les divisions que le passage à l'action armée qui devait faire cesser les discordes et ressouder les rangs. La recherche d'une action efficace par ces militants les poussa à choisir le combat par les armes.

Le programme du 2e Congrès du

M.T.L.D. reste le principal cheval de bataille au sein du mouvement nationaliste, le document le plus substantiel qui en soit sorti. On doit en dégager les traits essentiels pour saisir la pensée des militants nationalistes et comprendre le fond de la crise du M.T.L.D. l'expérience des militants. Il attacha un intérêt limité aux revendications ouvrières et à la lutte syndicale, laissa généreusement la direction de la C.G.T. aux mains des staliniens à qui la possession de cette position de force permit de subsister.

Le 2e Congrès du M.T.L.D. devait faire face à un tel bilan et en tirer les enseignements. Le rapport du Comité Central soumis au Congrès part d'une auto-critique sans faiblesse. Il constate une grave insuffisance sur les plans de la doctrine, du programme & longue echeance, de la perspective, des methodes de lutte, de la stratégie et de la tactique, des méthodes d'organisation.

Ce point de départ indiquait qu'on avait le désir d'attaquer le mal à la racine et d'aboutir à une entière clarification. Le nouveau programme dénote effectivement une tentative d'esquisser une plate-forme complète. La volonté bien arrétée de s'échapper d'une position de classe, de faire abstraction de la lutte des classes, de se délimiter nettement du marxisme a fait avorter cette tentative. Une définition nouvelle de la ligne nationaliste a été formulée qui, pour être plus complète, accuse une orientation réactionnaire.

La situation mondiale est dominée par la lutte des deux blocs. « La politique du State Department vise essentiellement à contenir l expansionnisme idéologique et politique des Soviets ». « La politique de libération nationale de I'U.R.S.S. est purement tactique, son but évident est d'affaiblir les Occidentaux et de favoriser le renforcement des P. C.... Notre position à l'égard des deux bloes c'est « La neutralité vigilante ». Tel se présente le point de départ du nouveau programme du M.T.L.D. A y regarder de près la « neutralité vigilante » à l'égard des deux blocs qui sont mis sur un même pied est assez peu vigilante. Le document cite largement en

LE NATIONALISME « REPENSE »

LE NATIONALISME « REPENSE »

exemple l'effort des pays arabo-asiatiques pour contenir chez eux l'expansion intérieure du communisme par l'atténuation des inégalités de classe. Cette préoccupation anti-communiste est une idée-force de nouveau programme. On la trouve tout au long, sous-jacente quand elle n'est pas explicite. L'objectif du State Department devrait donc être considéré avec faveur par les dirigeants nationalistes s'ils étaient logiques avec eux-mêmes. Le document, s'il ferme résolument la porte du côté de l'Est, semble d'ailleurs bien moins catégorique quand il est question des U.S.A. Il enregistre une évolution progressive de la politique américaine envers l'Afrique du Nord et envisage une action des Etats-Unis «dans un sens conforme aux aspirations du Maghreb ». Le programme n'est-il pas destiné précisément à présenter le terrain dans ce sens en prenant un habillement présentable pour le State Department ? Cela explique-t-il la pointe d'anti-communisme ? Le programme s'aligne essentiellement sur le « bloc arabo-asiatique ». Il place tous ses espoirs en cette force qui, espère-t-il deviendra « capable d'équilibrer les deux blocs ». Il cite en exemple ces pays qui, « en raison de leur esprit différent du matérialisme communiste et du matérialisme capitaliste sont poussés par la force des choses à se constituer en bloc à part pour jouer un rôle plus important sur la scène mondiale ». Ce troisième bloc est la grande force progressive et libératrice de ce monde. Le document ne tarit pas d'éloges sur le régime de Neguib et de Mossadegh. Il commet une erreur cruelle en avançant que « l'action de ce dernier est bien vue par les Américains et combattue par la propagande communiste ». Il tire une leçon définitive en constatant « que l'influence communiste s'arrête à la frontière des pays musulmans ». ce qui, entre parentheses, est une aurmation particulièrement osée lorsqu'on énumère les cas de l'Iran et de l'Indonésie.

L'incompréhension du document en ce qui concerne la lutte en Asie est stupéfiante. Il s'agit d'un « antagonisme racial qui met depuis longtemps aux prises les Asiatiques et les blancs occidentaux ». L'importance historique de la révolution chinoise, sa profonde signification échappe totalement aux théoriciens nationalistes. Ils font également peu de cas de l'admirable lutte du peuple

L'entrée en action des maquis algériens a plus fait que l'activite du

M.T.L.D. depuis un certain nombre d'années pour sortir l'Algérie de l'impasse ; c'est indéniable. La presse bourgeoise a évoqué dernièrement une sorte de manuel à la fois militaire et politique

TERNATIONALE vietnamien si pleine d'enseignements pour les nations asservies.

La partie proprement algérienne du programme comporte peu de solutions concrètes. A l'ancien mot d'ordre central : Constituante Algérienne souveraine, on ajoute la démocratie, la république et « le principe de prospérité et de la justice sociale ». Sur le plan doctrinal il est dit ; « qu'il faut, compte tenu des circonstances actuelles (souligné par nous), mettre en reliet le caractère non communiste, non matérialiste du nationalisme algérien ». Le programme avance en outre comme solutions : « réorganisation de l'agriculture dans l'intérêt général des Algériens (réforme agraire) ». industrialisation, nationalisation des grands moyens de production, harmoniser les économies algériennes. marocaines et tunisiennes. Il n'y a guère de progres a enregistrer de ce cote. la formule adoptée nour la réforme agraire est particulièrement vague et extensible. La question des travailleurs, de la jeunesse et des femmes est effleurée sans plus. Aucun plan d'action, aucun mot d'ordre, aucune orientation n'est précisée. Et ce sera le tour de force de ce programme que d'avoir passé entièrement sous silence le problème syndical. Il n'y est pas davantage question des revendications immédiates des masses. La propagande restera centrée sur le grand objectif nationaliste. Il n'y aura pas de pont pour accéder au grand but.

Pour un Congrès qui s'est attache aussi minutieusement à tirer la leçon du passé et à surmonter les nombreuses insuffisances, toutes ces lacunes sont pour le moins surprenantes. Elles le sont d'autant plus si l'on considère le recrutement spécifiquement populaire et pro létarien du M.T.L.D. Il ne peut, évidemment, s'agir d'un oubli. Cés lacunes ont toutes trait aux problèmes sociaux qui sont soigneusement éludés, abordés à rebours. C'est le pendant naturel de la position envers les deux blocs et la « troisième force arabo-asiatique ». de « l'endiguement du communisme » et de l'action américaine « conforme aux aspirations du Maghreb ». Le nouveau programme cherche a se faire pardonder la composition sociale du M.T.L.D.. Cela n'est pas douteux en dépit des phrases creuses sur « le caractère révolutionnaire du parti ». Et c'est l'explication de ce fait paradoxal et impardonnable que le

M.T.L.D. Se tient loin en arrière du

Néo-Destour et de l'Istiqlal dans la question syndicale.

qui résume l'action, l'organisation, le comportement que doivent adopter les

« fellaghas ». Le document ne semble pas être un faux. L'expérience de la

Chine et du Vietnam n'est pas quantité négligeable pour les partisans algériens.

Ils y puisent largement et détailleront

RENOUVEAU DU MOUVEMENT NATIONALISTE

RENOUVEAU DU MOUVEMENT NATIONALISTE

A T RI E E minutieusement, encore et encore, toute lépopée glorieuse de leurs frères vietnamiens.

Les classements et reclassements politiques sont loin d'être achevés, définitifs.

choses ne sont pas simples. Les nationalistes algériens.

comme tous les nationalistes, sont continuellement a la recherche d'alliés et ajustent en partie leur ligne en conséquence.

Le changement de la situation en Algérie depuis le ler novembre 1954 et

PERSPECTIVES

Les évènements algériens au cours de la prochaine période se caractériseront vraisemblablement par le pourrissement accentué de la situation. Le gouvernement éprouve les plus grandes difficultés pour passer outre à la résistance des colons et réaliser un tournant pour lui devenu nécessaire, Il s'efforce pour cela d'espacer les difficultés, de fractionner les etapes, de s'attaquer séparément dans le temps aux trois pays du Maghreb. Mendès France laissa délibérément pourrir la situation marocaine pour garder une chance d'aboutir en Tunisie, E. Faure continue sur la même ligne.

A ce rythme l'Algérie devra patienter encore pas mal de temps. Son tour ne viendra qu'en dernier. Le Maroc aura la priorité dès que la Tunisie ne causera plus de soucis excessifs au gouvernement. cela a Mais tout cela ne se synchronisera pas si facilement. La crise n'est encore surmontée sérieusement nulle part. Les résultats acquis peuvent s'effondrer comme des châteaux de cartes dans un secteur et unifier la guerre dans toute l'Afrique du Nord. La lutte que le gouvernement doit mener partout sur les deux fronts, avec des moyens et sous des formes différentes, évidemment réservera bien des surprises et des rebondissements.

Des solutions pour un reglement pacifique du problème algérien commencent à étre mises en avant. Le point de départ de ces propositions est généralement la dissolution de l'Assemblée Algérienne préfabriquée et de nouvelles élections dans des conditions de liberté

LE « POURRISSEMENT » DE

Conquis en dernier par l'impérialisme, * pacifié » depuis mois de 30 ans, le Maroc subit une poigne plus pesante ces et drolement imite al Naroc répression encore discontinue. reste du Maghreb Le droit d'assoune La censure y blanchit inpitoyablement les colonnes de la presse nationaliste aux rares moments où elle a le privilege de paraitre. Le droit syndical n'était pas reconnu aux travailleurs marocains.

La tension qul règne actuellement au Maroc dure depuis deux ans et demi.

RNATIONALE l'évolution du rapport des forces dans cette nouvelle conjoncture influeront grandement les militants nationalistes de tous bords. Le mouvement nationaliste subira de nouvelles transformations.

De nouveaux regroupements s'effectueront. Le mouvement nationaliste murira, se politisera, approfondira ses positions. L'avant-garde révolutionnaire français peut influencer considérablement ce processus dans le cadre de l'action croissante du prolétariat français en faveur de la cause

ET SOLUTIONS et de démocratie

Une proposition contient encore algérienne.

qui seront garanties.

aussi limitée qui ne aucune solution véritable de la question algérienne implique déjà un bouleversement complet de la situation. Une telle mesure ne peut sutfire pourtant pour arrêter la guerre. Les observateurs les plus claivoyants préconisent « la promesse formelle d'une ouverture de négociations avec les représentations authentiques du peuple algérien pour la recherche d'une solution du type tunisien ».

« L'autonomie interne » de la Tunisie, nous l'avons vu, est des plus restreintes. Il y a pourtant loin de la conception des « 3 départements français » à cette maigre autonomie interne. Cela indique bien l'énorme recul auquel l'impérialisme devrait procéder pour s'approcher a une solution de compromis. Les problemes en Algérie sont décidément extrémistes et se prêtent peu aux demisolutions. C'est pourquoi l'Algérie a peu de chances de retrouver rapidement la paix et doit se préparer à une lutte longue et difficile. Il est vain pour l'instant de se bercer d'illusions sur les solutions négociées.

Il n'y aura pas de solution réellement progressive et viable en dehors de la mobilisation des masses en France pour une lutte efficace contre la nouvelle « sale guerre ». Et c'est l'ampleur croissante de cette action qui peut seulement raccourcir les délais et épargner les souffrances et le sang du peuple algérien. LA SITUATION AU MAROC Elle commença en décembre 1952 par la vaste provocation montée contre le proletariat casablancais et son organisation syndicale qui manifestait contre l'assassinat du leader syndical tunisien Ferhat Hached. Elle est devenue dramatique et inextricable depuis la déposition du Sultan en août 1953, orchestrée directement, au grand jour, par le maréchal Juin par dessus la tête du gouvernement. Le sultan avait le tort de s'être fait l'interprète des revendications nationalistes, surtout depuis sa rencon- tre en juin 1943 avec Roosevelt qui lui avait promis le soutien américain à la fin des hostilités.

La présence de ce Sultan nationaliste était insupportable aux yeux des colons. Juin exauça leurs vœux. Laniel-Bidault laissèrent faire et s'inclinèrent devant le Tait accompli. La situation devenait du coup sans issue au Maroc. Le peuple marocain indigne durcit sa résistance et

BOULEVERSEMENT PROFOND

La résistance du peuple marocain n'a pas pris au départ la forme de laction des maquis comme en Tunisie et en Algérie. Cela tient à l'état différent du mouvement nationaliste marocain, tant dans sa d'évolution, L'action marocaine avait un , composition que dans son stade caractère plus fragmentaire, plus individualiste. Elle se doubla, rapidement il est vrai, de certaines manifestations de résistance passive et de grèves qui ont un large caractère de masse.

L'effet le plus important et le plus grave de conséquences du pourrissement marocain est sans doute la profonde transformation du nationalisme marocain. Le Parti Istiqlal né à la fin de la dernière guerre était le parti bourgeois par excellence. Son noyau essentiel était Îa bourgeoisie de Fès, capitale déchue. L'université musulmane de Quaraouyne était un foyer important d'une opposition à la fois nationale et religieuse. A côté de cette alle « traditionnaliste » du mouvement représentée par Allal, el Fassi se trouvait l'aile plus moderniste de la riche bourgeoisie commerçante de Casablanca, représentée Tes partt Estiglal interpar Balafrej. prétait le mécontentement de cette bour- Abdejalil, etc.... geoisie riche et entreprenante qui entendait diriger pour son propre compte l'exploitation économique du pays. Ce parti n'eut aucun mal à obtenir l'appui d'un Sultan jeune et ambitieux qui réalisa parfaitement l'évolution en cours du monde moderne.

A partir de 1948 environ l'Istiqial commença à pénétrer la C.G.T. marocaine aux mains des staliniens. Le prolétariat marocain qui augmentait en nombre à un rythme croissant depuis la fin de la guerre, devenait un facteur important dans la vie politique du pays. En engageant la lutte sur le terrain syndical l'Istiqlal étendit son influence dans la classe ouvrière ; en contre-partie les militants nationalistes en contact avec les staliniens se politisèrent, subirent plus largement la pression ouvrière et introduisirent de nouvelles idées au sein de leur parti. L'organisation nationaliste peu nombreuse s'augmenta d'un fort contingent ouvrier.

A l'automne 1952 les militants nationalistes étaient en passe de contrôler la plupart des unions locales et des syndicats les plus importants. La direction de la C.G.T. devait tomber entre leurs mains avant peu. Des contacts 30

TERNATIONALE passa à l'action. Sur le plan politique la retraite était coupée. L'impérialisme ne pouvait plus amorcer une solution politique quelconque, provoquer une detente nécessaire, mettre fin à une tension préjudiciable à la bonne marche affaires sans désavouer son coup de force et écarter son sultan-maison. C'est le fameux « préalable dynastique » dont le maréchal Juin ne veut pas entendre parler. DU NATIONALISME MAROCAIN • eurent lieu avec Irving Brown de l'AFL pour envisager, à l'instar de I'U.G.T.T. pour envisager tunisienne, la désaftiliation des syndicats marocains de la C.G.T. et de la F.S.M. et leur adhésion au CI.S.L. C'était le début d'un syndicalisme marocain masse qui aurait imposé sa légalisation à l'administration colontaliste. C'est, sans aucun doute, pour prévenir ce danger que le colonialisme monta l'immense provocation de décembre 1952 qui aboutit à l'arrestation massive des cadres syndicaux es le rejet dans l'illégalité de PIstiglal. L'administration laissa percer l'oreille en insistant lourdement, à l'usage de l'opinion publique americame, sur la soi-disante collusion du nationalisme et du communisme.

L'arrestation, la dispersion de la direction nationaliste, la répression continue à partir du coup de force contre le Sultan, en exacerbant les contra dictions, précipitèrent la radicalisation du mouvement nationaliste. « Le nationalisme résistant est essentiellement populaire ». expose une étude extrêmement intéressante parue dans « France-Observateur » le 17-2-55. L'article poursuit : « Il se porte tout naturellement aux extrêmes. entrainant un déplacement progressif du centre de gravité de la vie politique marocaine et le passage des masses prolétaires au premier plan de la lutte nationale. » La résistance active sous la terreur du colonialisme a porté les éléments prolétariens à la tête du combat.

L'initiative venant de la base est confirmée par de multiples exemples. On peut citer l'un des plus importants: le mouvement qui agita Fès au mois d'août 1954 et fut le véritable maitre de la cité indigène pendant 15 jours. Aucun mot d'ordre n'est venu d'en haut. Le mouvement éclata spontanément « comité insurrectionnel » improvisé en prit la direction. « France-Observateur » cite un autre cas important. L'ouvrier Rachidi traduit devant le tribunal militaire de Casablanca en juin 1954 compagnie de 55 autres Marocains déclara devant ses juges : « Je ne regrette rien. Je suis très fer de mourir pour la défense de ma cause. Je fais du terrorisme comme vous en avez fait contre les nazis. L'Istiqlal nous prêchait toujours le calme. J'en avais assez de son baratin ». Rachidi fut le principal accusé, il a été fusillé. Des déclaratións analogues auraient été faites dapuis,

Q U ATRIE ME IN par de nombreux accusés des procès contre « le terrorisme » .

Plus récemment encore, l'envoyé spécial du « Figaro » rapporte le 8-7-55 : « Plusieurs Marocains que je voyais hier soir insistaient sur la transformation du climat dans les médinas des grandes villes. Cette grève des boutiques, ces mots d'ordre de boycottage divers apparaissent négligeables vus de Paris. IcI on mesure leur vraie signification : les collectivités musulmanes des grandes villes, depuis six semaines, ont adopté un nouveau mode de vie. « La médina de Casablanca est en complète dissidence » m'a-t-on affirmé en des lieux avertis. Ce sont aujourd'hui les « terroristes » qui arbitrent les conflits personnels, rendent la justice, punissent les maris infidèles. soutiennent les revendications des locataires, etc... Leurs organisations se sont substituées par la force et la terreur aux cadres de la cité légale défaillante ». La dernière phrase témoigne seulement de la haute compréhension des rédacteurs du « Figaro» en matière d'évènements révolutionnaires, à moins qu'elle ne cherche à limiter la frayeur des bons lecteurs conservateurs.

Cette analyse a reçu une confirmation éclatante quelques jours plus tard à loccasion du passage du nouveau résident dans la Médina de Casablanca. En pleine période de terreur, les militants de la résistance ont organisé une manifestation de masses en faveur du Sultan exilé qui surprend par son organisation méticuleuse. Les photos de la presse

TERNATIONAL liste remis en liberté au cours des derniers mois rencontrent une situation délicate, semblable, dit « France-Observateur », « a un gouvernement en exil qui prend contact avec une résistance intérieure, laquelle a sa personnalité propre et ses propres problèmes ». L'attitude plus souple adoptée actuellement par la direction de l'Istiqlal qui n'exige plus le retour au Maroc de l'ancien Sultan, ne serait pas étrangère à ces difficultés. Cette direction est pressée de retrouver la légalité pour remettre de l'ordre dans sa maison. Il lui faudra pourtant tenir compte dela pression de sa base au cours des conciliabules avec les impérialistes et ne pas liabules avec pousser trop loin les concessions.

Le même souci a poussé les dirigeants syndicalistes de l'Istiqlal à hâter dès leur sortie de prison, la constitution « d'un syndicalisme libre marocain ». L'Union Marocaine du Travail a été fondée sous le patronage du C.I.S.L. et des syndicats américains sans que le droit syndical ait encore été accordé aux Marocains. La Résidence veut ignorer officiellement cette organisation mais la tolère tacitement pour l'instant. Les dirigeants marocains veulent éviter désormais tout contact avec les staliniens. Mais ils ont surtout manifesté leur volonté de ne pas se laisser déborder par les tendances « extrémistes », surtout gauchistes, qui se sont développées au cours de la résistance.

Ce nouveau facteur de la situation marocaine est d'une portée considérable marocaine est d'une portée considérable. Il est déjà perçu dans de larges milieux, Ch. A. Julien qui est considéré comme l'un des meilleurs connaisseurs de l'Afrique du Nord a signalé la " dendor? que du Nord a signalé le « danger » au Congres de la S.F.I.O. : « Si l'on ne va pas dans cette voie (le compromis sur la question dynastique), s'est-il écrié, c'est le prolétariat qui prendra les decisions ». C'est un peu surprenant, en verite, d'entendre à la tribune du Congrès d'un parti ouvrier agiter le spectre du prolétariat. colons jusqu'au-boutistes a été l'assas. colonis jusqu au-poutstes a éte l'assassinat de . Lemaigre-Dubreuil.

Le problème de fond que pose l'influence prépondérante des «Sudistes» dans la politique coloniale française se trouve maintenant soulevé au sein de la bourgeoisle avec une grande acuité. régler ce problème parce qu'elle n'a pas La bourgeoisie ne parviendra la possibilité, ni le désir d'attaquer de iront les Sudistes, Le parallèle avec la guerre de sécession s'arrête là : la bourgeoisie française ne déclarera jamais la guerre aux colons sudistes, elle ne cherchera jamais à les écraser. Ce sont les peuples coloniaux alliés au prolétariat qui devront se charger de cette tache historique.

La bourgeoisie les contraindra à lâcher du lest pour préserver l'esentiel, à ré- nous montrent un torse encadran manifestants. « Ce tes

». cette police service d'ordre le parfaitement les sont les « terrorisclandestine des médinas dont je parlais vendredi, cont Javals justement devant mol Illustration en torse nu ». nous apprend le reporter du « Figaro ». A un moment crucial ils ont su prendre l'initiative des opérations et montrer d'où soufflait le vent.

Les leaders du mouvement nationa-

Un autre aspect caractéristique au

Maroc a été l'ampleur

« contre-terrorisme » des fait n'est pas nouveau. On dans le Constantinois les prise par le colons.

Le a vu en 1945 milices des colons faire la chasse aux Algériens. On a vu les colons tunisiens, toujours avec le concours dévoué des policiers, abattre Ferhat Hached et Hedi Chakor sans être autrement inquiétés. Ce qui est particulier au Maroc c'est que les colons firent exécuter par des gangsters, policiers et autres hommes de mains à leurs services, d'abord les éléments marocains favorables au compromis qui étaient des bourgeois bien en vue, puis s'attaquèrent à des personnalités francaises marquantes désireuses également de trouver une solution pacifique. Le point culminant de cette offensive des

LE COMBAT D'ARRIERE GARDE DES SUDISTES

LE COMBAT D'ARRIERE GARDE DES SUDISTES

Q UATRIEME IN duire leurs prérogatives. Mais elle composera avec les sudistes encore et toujours et se laissera mettre devant le fait accompli à l'occasion. Une attitude légèrement plus énergique pourrait être prise éventuellement par un gouvernesent dent belare end astes arrive semi Front Populaire ou autre, au pouvoir à la suite d'une poussée des masses. Mais cela serait encore sans lendemain si l'offensive prolétarienne n'est pas poussée au bout dans la métropole. Les ministres socialistes se sont inclinés plus servilement que les autres devant les sudistes par le passé.

Cette analyse limite singulièrement les perspectives d'assainissement qui se des-

DECOMPOSITION ACCELEREE DE

Le courant favorable aux solutions « d'autonomie interne » est cerfainement prépondérant au sein de la bourgeoisie et n'a cessé de s'élargir. L'impérialisme français est placé trop en arrière de la politique introduite par les autres puissances colonisatrices pour ne pas supporter maintenant une pression accrue sur le plan international. Il est à nouveau obligé de se présenter en quémandeur devant les autorités américaines et l'exemple vietnamien est trop récent pour qu'on ait déjà oublié à quel prix exhorbitant se paye l'aide américaine, qu'elle soit matérielle ou simplement politique.

La bourgeoisie française ne peut plus guère differer une tentative de regiement de stabilisation de la situation nord-airicaine. La difficulté réside d'une part dans le rapport des forces en Afrique du Nord et d'autre part dans la résistance obstinée des colons dont l'optique est sensiblement différente des milieux de la métropole. La bourgeoisie affaiblie par la guerre et ses conséquences n'a grande force à opposer aux colons.

Il ny a pas de doute que « l'autono mie interne », toute caricaturale qu'elle soit, constitue un saut dans l'inconnu.

Les colons.dont le champ de vision général est des plus limité, ont du moins

TERNATIONALE sinent actuellement. Les sudistes devront battre en retraite, ils devront céder du terrain. L'évolution générale se traduira par leur recul permanent et sans retour. Mais ce n'est qu'une multitude de combats qui les contraindra à reculer l'épée dans les reins.

Dans l'immédiat la résistance des colons n'est pas près de fléchir. Les projets gouvernementaux tiendront largement compte de cette résistance, réduisant du même coup lefficacité des compromis mal tallles. Ces projets seront, pour la meme raison, toujours en retard d'un temps, toujours en arrière de la réalité et du rapport des forces. C'est un mécanisme devenu classique maintenant. LA DOMINATION IMPERIALISTE une appréciation plus concrète du rapport des forces locales. Leur résistance acharnée correspond, certes, au désir de préserver leurs privileges, elle provient aussi de leur conviction que « l'autonomie interne » en légalisant le mouvement de masse rendra de masse rendra celui-ci irrésistible bati fragile édifice colonial tout entier sur le préjugé raciste et l'arbitraire n'y résistera pas.

C'est évidemment le grand sujet d'inquiétude exprimé aussi bien par Bidault qui affirme : C'est un part sur Bourguiba... le danger est total ». que par Emile Roche qui admet : « Le risque existe que des courants venant du fond du peuple ne renversent ces belles constructions ».

Un changement est intervenu dans la politique impérialiste sur lequel il ne sera plus possible de revenir, qui ne pourra aller qu'en s'accentuant sous la pression de la lutte en Afrique du Nord, de la situation sociale dans la métropole et des difficultés internationales.

Ce n'est pas une ère nouvelle, libérale de l'impérialisme français qui s'ouvre, c'est sa décomposition et sa désintégration accélérée.

12 Juillet 1955.

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