L'Inde est aujourd'hui la vitrine du capitalisme « démocratique » en Asie. A part les Maccarthystes attardés, qui sont des analphabètes en matière de psychologie des peuples d'outre-mer, tous les porte-paroles de la bourgeoisie internationale reconnaissent les éminentes qualités de cet homme d'Etat hors pair qu'est Jawaharlal Nehru. Le régime politique de l'Inde est comparé à la démocratie parlementaire anglo-saxonne de la plus pure espece. son dynamisme economique permettrait une syntnese entre la planification et la liberté. Bref, tous ceux que l'expérience bouleversante de la révolution chinoise pourrait séduire sont renvoyés à l'adresse de M. Nehru pour prendre des leçons en fabrication de bonheur humain.
vu de plus pres, ce regime exemplaire pera queiques-unes de ses éminentes qua-
Il est vrai que la procédure du Parlement de la Nouvelle-Delhi est inspirée de celle des Communes; n'empêche qu'en l'an de grâce 1955, l'Union indienne ne connait pas encore cette conquête séculaire de la démocratie bourgeoise qui s'appelle le Habeas Corpus. Sur la base d'un décret du régime colonial britannique, le gouvernement de l'Inde a le droit faire disparaitre n'importe qui en prison sans l'amener devant un Juge ou l'accuser d'un délit précis, s'il considere cette arrestation nécessaire à la « sécurité publique ». Lorsqu'on se rappelle quelques-unes des charges sanglantes que la police exécuta au cours des dernières années contre des manifestants politiques
LES OBJECTIFS DU PREMIER
En opposition aux plans d'industrialisation de l'URSS, des démocraties populaires et de la Burenten dal indiennest pres Chine, le premier Plan
Run plan de développement économique d'ensemble mais un plan de réhabilitation. On pourrait tout au plus le comparer aux plans biennaux et triennaux lancés par les démocraties populaires, dans les années 1947-48, pour reconstruire l'économie nationale après les dégâts causés par la guerre et l'occupation. Le Plan indien avait le même objectif fondamental : éliminer les déficiences supplémentaires introduites dans l'économie indienne du fait de la guerre et du partage du pays.
Ainsi, le système ferroviaire, ravagé par l'usure en temps de guerre, devait ou des grévistes, on ne peut s'empêcher de considérer les déclarations de Shri Nehru sur la scène internationale en faveur de la non-violence et du règlement pacifique de tous les conflits comme un tantinet hypocrites.
Il en va de même en matière économique. Les prix de vertu pleuvent de tout côté sur la politique de M. Nehru. Alors que Wall Street lui accorde un brevet de parfait démocrate. Boulganine et Khrouchtchev ne lui refusent guère un brevet de socialiste, embarrassant ainsi les dirigeants du Parti Communiste Indien qui l'appelèrent, hier encore, « le chef de file de la bourgeoisie monopoleuse тарасе ». Le succès du premier Plan Quinquennal indien — qui s'achève au début de l'année prochaine - est comparé sous tous les angles aux terribles sévices que la planification « totalitaire » imposerait au peuple chinois. Les capitalistes privés en Occident qui étaient au début un peu plus réservés sont eux-mêmes pris de cette fèvre d'admiration, et les offres d'avis, d'aide et de crédit, notamment pour la construction de nouvelles acieries, se multiplient.
Et cependant, en analysant les objectifs et les résultats présumés du premier plan quinquennal indien, on se rend compte de l'immensité des tâches dont la solution n'a même pas encore ete entamée. On s'aperçoit bien vite que l'apparence de « dynamisme » voile mal un immobilisme frappant qui n'est que l'expression politique d'un conservatisme social. PLAN QUINQUENNAL INDIEN être reconstruit et modernisé. La perte d'une partie importante de la production de jute et de coton, concentrée sur les territoires qui constituent le Pakistan, devait être compensée. Il fallait accroitre de même la production des céréales alimentaires afin de libérer les réserves monétaires de la charge de financer des importations massives. Ces réserves s'étaient en effet réduites de moitié, passant de 3,3 milliards de dollars en 1948 à 1,7 milliards au milieu de 1953.
Il est vrai qu'à ces objectifs purement negatis, quelques projets plus ou moins spectaculaires a accroissement de la pro duction d'électricité étaient joints, grace aux travaux hydrauliques et à la construction de quelques systèmes impor-
N tants de barrages (vallée de Damodar, Bhakra-Nangal, etc). Cependant, ces projets faisaient partie des plans d'accroissement de la production agricole, et étaient considérés en quelque sorte comme sous-produits de l'extension du réseau d'irrigation. Cette extension couvre encore une partie fort petite des terres arides.
Le caractère extrêmement limité des objectifs du premier Plan Quinquennal apparait le plus nettement dans les chif-
Les bulletins de victoire que les commentateurs indiens et, surtout, les commentateurs étrangers ont publies quelque peu prématurément comportent surtout trois éléments : accroissement de la production agricole, accroissement de la production industrielle, accroissement du taux d'investissement.
L'accroissement de la production agricole est de 15 % globalement; la production des céréales alimentaires s'est même accrue de 25 % : de 52 millions de la campagne 1951-52 à 65 millions de tonnes pour la campagne 1953-54. Cependant, cette comparaison appelle tout de suite deux remarques. D'une part, la campagne 1951-52 était exceptionnellement mauvaise, de par des conditions atmosphériques anormales. Par contre, au cours des deux dernières années, deux moussons exceptionnellement favorables ont permis des récoltes au-dessus de la moyenne. Les experts n'hésitent pas a conclure que les trois quarts de l'accroissement de la production agricole sont redevables aux conditions climatiques, et non aux résultats du Plan quinquennal.
D'autre part, depuis la suppression du rationnement, l'accroissement des vivres disponibles n'a pas abouti à une augmentation proportionnelle de la consommation de toute la population, Le rationnement par le porte-monnaie s'est substitué au rationnement gouvernemental et maintient la consommation d'une partie de la population aux environs de 1.800 calories par jour, niveau absolu le plus bas au monde. De ce point de vue surtout, la différence entre les villes indiennes et les villes chinoises est frappante : dans ces dernieres, la famine a disparu; dans les premières, .le nombre des sous-alimentés reste énorme.
L'accroissement de la production industrielle est de 37 % de 1951-52 a 1954-55. Cependant, cet accroissement est presque exclusivement le fait de l'industrie privée, et non du secteur public. Or, "les rares investissements industriels du premier quinquennat se sont concentrés dans le secteur public. L'accroissement de la production industrielle indienne n'est done pas le fait du Plan quinquennal, (mais simplement d'une meilleure utilisation de la capacité productrice existante.
Combien ce résultat est modeste, cela ressort d'une comparaison de la produc34
TERNATIONALE fres suivants : on prévoyait au cours du premier quinquennat un investissement de 5 a 6 % du revenu national, et de ces investissements seuls 4 % (!) étaient destinés à l'industrie. Or le taux d'investissement de 5 à 6 % correspond bien à la moyenne annuelle des investissements en Inde à l'époque coloniale britannique, et il y a des périodes de cette époque dans lesquelles l'industrie recevait une part bien plus élevée de cette masse totale des investissements qu'au cours du premier quinquennat. tion d'un secteur-clé — celui de l'acier - avec le passé. En lait, la production sidérurgique courante de l'Inde est de 1.070.000 tonnes, soit moins qu'au début des années 1940, quand elle atteignit 1.250.000 tonnes. Et la consommation actuelle d'acier (qui est un bon indice pour les besoins de l'ensemble de l'industrie lourde) est de 2,5 millions de tonnes par an, soit moins que la moyenne des années d'avant la première guerre mondiale :
Dans certains autres secteurs, il est vrai, l'accroissement de la production est réel, même par rapport au passé : notamment dans le secteur de l'électricité. ou cet accroissement est de l'ordre de 50 % (grâce à la mise en marche de quelques centrales hydro-électriques importantes), dans celui de certaines machines agricoles (pompes et moteurs Diesel) et dans celui des bicyclettes. Ceci est par contre compensé par une stagnation prononcée dans ces secteurs vitaux de l'économie indienne que représentent lindustrie cotonnière et l'industrie du jute. Cette stagnation apparait nettement des exportations indiennes qui, dans l'ensemble, restent stationnaires depuis quelques années, alors que le commerce mondial a connu une expansion remarquable :
Exportations indiennes (en millions de dollars):
1949-50 : 1.012
1950-51 : 1,203
1951-52 : 1.466
1952-53 : 1.155
1953-54 : 1.054
1954-55 : 1.145
La masse de ces exportations est constituee, comme par le passe, de jute, de the, de manganese et de cotonnades, les fluctuations reflétant surtout des fluctuations des prix.
Quant au taux d'investissement, il est passé des 5,8 % prévus et réalisés au cours des premières années du quinquennat à 7 % en 1953-54 et au taux prévu de 9 % en 1955-56. L'accroissement est considérable, mais de nombreux critiques indiens déclarent qu'il est dû bien moins à l'accroissement réel des investissements qu'à une augmentation des coûts des investissements prévus, augmentation due avant tout à des dépenses improductives, au gaspillage et au népotisme.
LES RESULTATS ECONOMIQUES DU PREMIER PLAN QUINQUENNAL
LES RESULTATS ECONOMIQUES DU PREMIER PLAN QUINQUENNAL
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LES RESULTATS SOCIAUX DU
Lorsqu'on réunit ces données on obtient l'image d'un immobilisme fondamental qui apparait effarant en comparaison de l'acuité avec laquelle se posent les problèmes vitaux pour 350 millions d'Indiens.
Aucun effort n'a été fait pour résoudre le problème du plein emploi, ni celui du prolétariat industriel déja existant, hi celui de l'intelligentsia, ni surtolt celui de la population villageoise occupée, en moyenne annuelle, quelques neures seulement par jour.
Sir V.T. Krishnamachari, ministre du Commerce dans le cabinet Nehru, a re connu récemment qu'il faudrait créer 25 ma 10 anes a venir e decamera millions d'emplois nouveaux au cours des solution du problème de l'emploi. Deshmukh, ministre des Finances, déclara de même que le plein emploi exigerait la création de 24 millions de nouveaux emplois. Chester Bowles, ancien ambassadeur américain à la Nouvelle-Delhi, parle crüment de 80 millions de chômeurs, totaux ou partiels. Au cours du premier quinquennao 1 o a peme de ce nomore d'emplois d'emplois a été cree, et dans certains secteurs le chômage effectif s'est même aceru.
Aucune réforme agraire sérieuse et radicale n'a apporté une solution au problème angoissant des paysans (travailleurs agricoles) sans terre ni à celui des proprietaires de terres naines qui abondent dans les parties les plus peuplées du pays. La campagne pour l'abandon volontaire des terres par les propriétalres fonciers, lancée par le disciple de Gandhi, Vinoba Bhave, avec l'appui du gouvernement - qu considère cette campagne comme l'alternative indienne à la reforme agraire « violente » de la révolution chino'se — n'a réussi qu'a ra-
A première vue, il peut paraître que le 2º Plan Quinquennal représente un correctif à beaucoup des déficiences qui limitalent la portée du premier plan.
Ainsi, le taux d'investissement s'élèverait jusqu'à 10-12 % du revenu national : le total des dépenses du 2º Plan atteindrait 60 milliards de roupies, contre 35 milliards pour le premier plan (12 milliards de dollars contre 7). La production sidérurgique devra s'élever à près de 6 millions de tonnes, dépassant largement les besoins de consommation du pays, ce qui permettrait d'exporter dans tout le Sud-Est asiatique. Les travaux d'irrigation qui ont connu un relachement au cours de la dernière anneé, seraient repris de plus belle. De nouveaux barrages hydro-électriques seraient construits et la production d'électricité augmenterait de nouveau de 50 % pendant le quinquennat. Finalement, les ressources en jute et en co ton seraient développées. Le « socialisme » du Parti du Congrès se mani-
PREMIER PLAN QUINQUENNAL masser un certain nombre de terres peu fertiles qui ne suffisent pas pour installer 10 % des ouvriers agricoles sans terres. La timide législation sur la réforme agraire passée dans certains Etats n'a en général pas été appliquée. Le transfert du pouvoir au Parti du Congrès a par contre vu le renforcement des propriétaires fonciers et paysans riches partout où, régionalement, ceux-ci sont liés a la fraction politiquement dominante.
La misere, la lamine periodique et l'exploitation des paysans pauvres restent effroyables dans certaines régions, surtout de l'Inde septentrionale et meridionale.
Ce gouvernement qui n'hésite pas faire des déclarations pompeuses sur sa nature et ses intentions « socialistes » entretient une armée coûteuse à utilisation exclusivement interne, mais il n'a pas encore trouvé le moyen d'introduire une assurance-maladie pour plus d'un million de ses 350 millions de citoyens. Il abandonne des secteurs vitaux de la santé publique - comme la médecine, la fabrication et la distribution des produs pharmaceutiques, la construction des logements dans des villes couvertes par des taudis - à l'initiative exclusivement privée. Rien d'étonnant que, dans ces conditions, la production se dirige d'après la « demande payante » et non pas les besoins sociaux objectivement les plus pressants. Rien d'étonnant en d'autres termes qu'on construise des clubs de nuit climatisés et des buildings luxueux, alors qu'il y a des millions de sans-logis ; à ce qu'on trouve les moyens de fabriquer des produits cosmétiques de luxe mais pas le moyen de vacciner l'ensemble de la population contre des épidémies comme celles du choléra qui réapparaissent périodiquement dans les grandes villes. festerait de façon éclatante dans la nationalisation de la Imperial Bank of India, qui serait transformée en une banque de dépôt couvrant des dizaines de milliers de villes et de villages de ses filiales.
Le morceau de choix de ces objectifs, c'est le développement de l'industrie Sidérurgique, largement financée par l'aide étrangère. Trois projets sont entrés projets sont entres en voie d'exécution
- construction d'une aciérie à Rourkela (dans l'Etat d'Orissa) par la firme allemande Krupp-Demar le gouverneallemande financée et gérée conjointement par ment indien et le capital privé allemand ;
- construction d'une aciérie à Bilhai (dans l'Etat de Madhya Pradhech) par le gouvernement soviétique, à être oxploitée par le gouvernement indien lui-même, qui devra cependant amortir les frais de construction considérés comme prêts à long terme ;
- construction d'une aciérie à Dour-
LES OBJECTIFS DU DEUXIEME PLAN QUINQUENNAL
LES OBJECTIFS DU DEUXIEME PLAN QUINQUENNAL
Q UATRIE ME IN gapour (au Bengale occidental) par le trust britannique Meeco et le gouversement indien financée et gérée conjointement par les deux.
A noter que l'aciérie allemande et l'aciérie soviétique seront érigées en pleine jungle, sans qu'il y existe le moindre noyau de techniciens ou d'ouvriers qualifiés, d'habitations ouvrières ou de lignes de communication. Par contre, l'aciérie britannique profite d'un hinterland déjà industrialisé.
Cependant, l'industrie sidérurgique ainsi créée souffrira de deux faiblesses structurelles. D'une part, elle n'est nullement « intégrée » dans un ensemble d'industries consommatrices d'acier; de ce fait, elle dépendra de débouchés d'ex-
Récemment, une revue anticommuniste americaine, « Problems of Communism », publia une étude comparative des industrialisations indienne et chinoise, dans laquelle l'accent était mis sur l'aide considérable que l'Inde reçoit de l'étranger, alors que la Chine est abandonnée à ses propres forces. On ne sait ce qu'il faut davantage admirer dans cet article, la naïveté ou le cynisme. On sait que l'absence d'aide occidentale étrangère à la Chine n'est pas du tout due à un choix délibéré du gouvernement de Mao Ise-toung, mais a la politique de blocus systematique, poursuivie depuis la guerre de Corée par l'impérialisme americain. Par ameurs l'Inde a reçu pendant le premier quinquennat quelque 450 millions de dollars bruts, dont une bonne moitié représente des fournitures gracutes de vivres qui ne constituent pas des investissements. Des quelque 220 millions d'investissements étrangers bruts, il faut défalquer tout d'abord le retrait de capitaux étrangers, qui a été considérable (pour la période 1948-53 il s'élève à cette même somme de 220 muions de dollars? u faut distinguer ensuite les investissements particuliers d'une seule catégorie - l'industrie du pétrole — qui a pris à elle seule la plus grande partie de ces investissements (le trust américain Standard Vacuum et Caltex et le trust anglais Burmah Shell ont construit d'importantes raffineries en Inde).
Si l'on tient compte de toutes ces réserves, on conclut inévitablement que la fameuse « aide étrangère au premier plan quinquennal indien » a été pratiquement nulle.
Depuis quelques mois, une légère modification commence à s'opérer cependant dans l'attitude du capital international envers l'Inde. Les projets de construction d'aciéries en sont un symptôme. Plus significative était la constitution, au mois de février de cette année, de la Industrial Credit and Investment Corporation of India, un trust international d'investissement constitué conjointement par le capital privé indien, britannique et américain, sous la haute
TERNATIONALE portation fort incertains. D'autre part, elle sera grevée des le début d'une charge de dettes extrêmement lourde, dont l'amortissement risque d'enfreindre la rentabilité.
Reste la question du financement du Plan. Le premier plan a été financé en partie grâce à des déficits budgétaires qui commencent à s'accumuler. Il y a des limites évidentes à cette méthode qu'on ne pourrait dépasser sans provoquer l'inflation. Les revenus fiscaux n'ont pas donné ce qu'on espérait, l'évasion fiscale de la bourgeoisie (surtout la bourgeoisie marchande) étant énorme. Et l'aide étrangère ? C'est un chapitre spécial qui mérite la peine d'être examiné plus en détails. protection de la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement.
Le capital de la « Industrial Credit and Investment Corp. » est de dix millions de dollars, dont des firmes britanniques ont souscrit deux millions, les firmes américaines (notamment Rocketelier, Giannini, la Westinghouse et le trust chimique Mathieson) un million, le reste étant souscrit par le capital privé indien. Le gouvernement indien a accordé à ce trust un crédit à long terme de 15 millions de dollars, et la Banque Internationale lui a accordé un crédit supplémentaire de 10 millions de dollars.
Plusieurs aspects de cette aide sont particulièrement sign'ficatifs:
1) L'étroite association du capital privé indien, britannique et américain faisant de la bourgeoisie indienne un partenaire « de plein droit » du capital international le plus galonné.
2) Le motif de la création de cette entreprise, tel qu'il est donné dans un communiqué de la Banque Internationale :
« L'expansion de l'industrie indienne a toujours été entravée par la pénurie de capitaux employés à des fins spéculatives. Alors que des investissements considérables ont été effectués pendant et immédiatement après la deuxième guerre mondiale, on a constaté que même les entreprises les plus importantes et les plus connues ont eu depuis 1948 des difficultés à lever de nouveaux capitaux sur le marché indien... L'expansion industrielle jugée nécessaire et prévue par le premier plan quinquennal reposait sur une participation massive des entreprises privees. Toutefois, ni les investissements nouveaux ni ceux destinés à la modernisation et au renouvellement des installations et du matériel n'ont atteint les niveaux désirés. La nature de la nouvelle Corporation et la garantie qu'elle rece-
L'AIDE ETRANGERE A L'INDUSTRIALISATION INDIENNE
L'AIDE ETRANGERE A L'INDUSTRIALISATION INDIENNE
Q ATRIMEI IN vra des principales institutions financières de l'Inde et de l'étranger devraient lui permettre de lever en Inde les fonds qui font actuellement delaut a industrie, puis d'accroitre le volume des investissements provenant de l'étranger. »
Il s'agit donc de renforcer le secteur privé de l'industrie, afin de ne pas laisser le moindre doute sur la nature « socialiste » de l'Inde du Congrès.
3) Les investissements étrangers sont garantis par le gouvernement indien,
La véritable nature des objectifs et de la politique économique du Parti du Congrès apparait d'ailleurs nettement dans cette affaire de garantie aux capitaux étrangers. Le journal indien The Statesman, de la Nouvelle-Delhi, écrit dans son numéro du 22 juin deraier qu'on s'attend à ce que le gouvernement indien donne bientôt une assurance globale que les investissements américains ne courront pas le risque d'être expropriés et qu'une compensation adéquate sera payée en cas de nationalisation future éventuelle. Il s'agit d'un projet du State Department, appelé Investinent Guarantee Scheme, qui prévoit une sorte d'assurance que les capitalistes américains contracteraient auprès de leur propre gouvernement pour une prime minime. Cette double garantie est considérée comme indispensable pour attirer les investissements privés en Inde.
Quant à la nationalisation de la Imperial Bank of India et de dix autres banques plus petites, le Manchester Guardian du 23 décembre 1954 écrit sobrement que cela n'a pas lieu
« pour des raisons doctrinales mais parce qu'on est d'avis que seul l'Etat peut supporter les pertes (1) que représente l'ouverture de filiales dans les petites villes de la campagne ».
Cette nationalisation ne diffère guère des « nationalisations des pertes » typiques du capitalisme décadent dans le monde entier.
Combien peu la bourgeoisie indienne se meprend sur les intentions réelles de Nehru apparait d'une déclaration de son chef de file numéro un, Mr. Tata, le président du plus grand trust indien
L'image réelle de l'Inde d'aujourd'hui n'est pas réjouissante et la forte dosé d'hypocrisie es de dissimulation qu'y ajoutent les spécialistes indiens et anglo-saxons du camouflage n'est pas faite pour l'améliorer. Incontestablement, le
TERNATIONALE condition sine qua non pour leur participation à l'affaire.
Si l'on compare ces malheureux 25 millions de dollars aux 60 milliards nécessaires comme aide étrangère pour l'industrialisation de l'Inde, d'après l'économiste Colin Clark, on avouera qu'il s'agit encore d'un début modeste, et que les capitalistes étrangers restent prudents. Il s'agit de savoir si le « socialisme » de Nehru représente la seule variante — la seule qui soit inoftensive de leur point de vue - de cette terrible maladie qui se répand dans tout l'Orient.. de industrie lourde, la Tata Iron and Steel Co. A l'occasion de la dernière assemblée générale annuelle des actionnaires de cette société, Mr. Tata déclara ce qui suit :
« Personne ne suggèrerait sérieusement de retourner au laisser-faire complet en matière économique. Outre une participation active à l'expansion de l'économie, l'Etat doit exercer un contrôle général sur le développement du pays, afin d'éviter des tendances indesirables, de procurer (au pays) des services indispensables dans les limites de ses capacités et de protéger les couches sous-privilégiées. Mais je suis d'avis que ces objectifs ne seront pas mieux atteints par une politique qui tend a paralyser l'entreprise et l'inisaive (privees)..». (Manchester Guardian, 2 septembre 1954.)
Il y a un certain conflit entre le gouvernement et le capital privé (certames couches du capital privé) sur telle oc telle mesure dirigiste, sur le degré de contrôle et d'intervention économiques de l'Etat. C'est, si l'on veut, un confit davis et d'intérets, concernant les intérets globaux du capitalisme indien. Mais comparer ce genre de conflit à la lutte à mort que les gouvernements non capitalistes de Chine et des démocraties' populaires ont conduite ou conduisent contre la bourgeoisie agonisante de leur pays, sous des prétextes de généralisations faciles — qu'on les appelle « capitalisme d'Etat » ou « étatisme » -c'est vraiment abandonner le critère fondamental de classe pour juger la politique d'un gouvernement et d'un Etat gouvernement du Congrès a réussi à stabiliser momentanément son pouvoir sur cet immense sous-continent. momentanément
Incontestablement aussi, les forces d'opposition qui se revendiquent du mouvement ouvrier - staliniens autant que sociaux-
LE « SOCIALISME » DE NEHRU
TOUT RESTE A FAIRE
LE « SOCIALISME » DE NEHRU
TOUT RESTE A FAIRE
U A T R I E LIN démocrates - traversent actuellement une période de desarroi et de désorganisation marqués. Les cyniques flatteries que les dirigeants de la bureaucratie ont décernées à Nehru lors de sa visite & Moscou ne sont pas raies pour améliorer cet état de choses en l'occurrence.
Si le premier plan quinquennal n'a résolu aucun des problèmes fondamentaux du pays, ni même ébauché une solution, il a du moins empêché que les choses ne s'empirent. Or, de la famine de 1942 au partage du pays et à ses conséquences économiques désastreuses, les choses s'étaient constamment empirées. Il y a là un renversement du courant qu'il serait criminel de méconnaitre si l'on veut examiner les causes de la stabilisation relative du régime du Congrès. En même temps, cette analyse permet d'indiquer les limites de la sta38
T E NATIONALE bilisation. Dans le cadre d'une évolution plus normale, les problèmes traditionnels reprendront le dessus. La classe ouvrière est aujourd'hui engagée dans une lutte violente contre la rationalisation. Les ouvriers de Kanpour viennent de tenir pendant dix semaines une grève héroïque pour cet objectif. Les paysans pauvres reprendront courage lorsque la faillite des « réformes » de Nehru aura éclaté aux yeux de tous, et ils s'engageront à leur tour dans une vague de luttes directes. Préparer une nouvelle direction révolutionnaire qui apparaisse comme une véritable alternative à la direction du Congrès aujourd'hui auréolée d'une légende de toute-puissance. sur non seulement pour préparer laves cela s'avèrera comme le moyen le le plus nir mais encore pour accélérer son avenement.
Août 1955.