Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 13, n° 7-10

Les dirigeants yougoslaves à nouveau à l'épreuve

Quatrième Internationale, vol. 13, n° 7-10 · octobre 1955 · p. 11-13 · 1 798 mots

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La visite des dirigeants soviétiques à Belgrade fut suivie, à plusieurs reprises, par des manifestations courageuses de Tito et de la presse yougoslave à l'égard du Kremlin. Tito n'a pas hésité responsable de la rupture ; à jeritiquer Rakosi et les dirigeants tchécoslovaques comme voulant persister dans une attitude inamicale envers la Yougoslavie, et à demander la révision du procès Rajk.

D'autre part. la presse yougoslave a pris vigoureusement à partie les déclarations de plusieurs directions et dirigeants nationaux des Partis communistes -du P.C. français en particulier — faites au lendemain du voyage à Belgrade, et tendant encore une fois à justifier au moins en partie, soi-disant pour des raisons politiques valables, la condamnation du P.C. yougoslave par le Kominform.

La presse yougoslave a d'autre part demandé la révision des procès du Hongrois Rajk, et de l'Albanais Koxe Dodge.

Toutes ces manifestations ont eu lieu, il est vrai, avant la visite des différentes délégations yougoslaves en U.R.S.S., en particulier celle présidée par Tempo, qui a conclu des accords économiques importants avec le gouvernement soviétique.

Faut-il déduire qu'une pression a été exercée avant, uniquement pour arracher le maximum de concessions économiques du Kremlin ? Le proche avenir nous renseignera mieux, mais aussi bien la conception particulière que les dirigeants yougoslaves se font de la politique révolutionnaire et des principes, et la situation économique très difficile de la Yougoslavie autorisent malheuneusement une telle interprétation.

L'autre manifestation importante des dirigeants yougoslaves depuis la visite à Belgrade fut la publication de l'article de Velko Vlahovitch dans le N°6-7 d'août 1955 du « Communiste » concernant la question d'une nouvelle Internationale. Il s'agit en réalité une prise de position générale par la direction yougoslave sur cette question, qui fut très probablement soulevée lors des entretiens de Belgrade, et en vue de devancer les plans du Kremlin concernant une dissolution éventuelle du Kominform et son remplacement par un autre organisme. Nous reparlerons, dans notre prochain N° de cet article de Vlahovitch.

Mais d'ores et déjà certaines remarques s'imposent. Vlahovitch constate un " certain désaccord » qui existe selon lui « entro de nombreux phénomènes de lévolution actuelle de la société et des rapports sociaux d'une part, et d'autre part l'éclaireissement et l'explication théorique de ces phénomènes du point de vue du marxisme léninisme ». Il cite comme exemple « le tableau actuel de la question coloniale » qui « ne correspond plus à celui analysé en détail par Marx, Engels et Lénine dans leurs travaux. » La Chine et l'Inde, « les deux colonies les plus importantes rentrent dans le processus de l'édification socialiste ». De nombreux autres peuples coloniaux ou semi-coloniaux « ont conquis l'indépendance nationale ». Le « colonialisme elassique » est devenu « un obstacle et un frein devenu « un empêchant l'élargissement de l'expansion du capital ». D'où « l'abandon » par de l'expansion l'impérialisme moderne « des formes classiques et périmées du colonialisme ».

Vlahovitch dans son exemple commet de l'histoire, de la doctrine et des faits.

La révolution chinoise, en tant que le système capitaliste n'a pas échappé à une série d'erreurs à la fois du domaine facteur qui ruinerait dans un sens tout

Marx et surtout pas à Lénine. Ce dernier fut en son temps plus sensible que tout autre à l'avenir proche et à l'énorme importance de la révolution en Chine et en Inde. Mais Lénine avait précisé que cette révolution aurait un caractère prolétarien et socialiste, Il avait exclu la possibilité, à l'époque de l'impérialisme, d'une révolution « bourgeoise démocratique » y compris pour les pays coloniaux. Et en cela il a vu absolument juste, l'exemple de la Chine et de l'Inde en étant, malgré ce que pense Vlahovitch, la preuve tangible.

Le « processus de l'édification socialiste » en Chine est réel et fut entamé sur la base de l'accomplissement d'une révolution qui a instauré en fait un régime de dictature du prolétariat.

Quant à l'Inde, du fait précisément qu'elle n'a pas accompli une telle révolution et que Nehru et son parti représentent une direction « bourgeoise démocratique », elle reste toujours du point de vue du caractère de classe du régime qualitativement différente de la Chine, et incapable de résoudre tous les problèmes « bourgeois-démocratiques », la question agraire en premier lieu.

Entre les éléments « socialistes » sur le plan purement économique, concentration des capitaux, et formes de capitalisme d'Etat, favorisés par Nehru, qui caractérisent l'Inde, et la réalité chinoise, il y a toujours tout l'abime entre Réforme et Révolution.

Vlahovitch le franchit d'une manière spectaculaire certes, mais précisément par trop acrobatique.

D'autre part, présenter l'abandon auquel est aculé ici et là, par la lutte opiniâtre des masses coloniales, l'impérialisme des « formes classiques et périmées » de sa domination sur les pays dépendants, comme étant un abandon quasi volontaire, dicté par des nécessités économiques de « l'élargissement de l'expansion du capital », c'est comprendre totalement à l'envers le processus actuel de la révolution coloniale.

Celle-ci s'accomplit dans une lutte à mort contre l'impérialisme qui résiste à son amplification et qui entraîne en réalité la ruine définitive du système capitaliste. L'affranchissement de toutes les colonies et leur libre industrialisation est incompatible avee la survivance de ce système.

Vlahovitch ne daigne pas mentionner, quand il s'oceupe des « nouveaux » aspects de la question coloniale soi-disant non approfondis par la théorie marxiste, la contribution capitale en ce domaine de L. Trotsky sur la « révolution permanente ». Il lui serait en effet difficile dans un tel cas d'égaliser les « processus socialistes » en Chine et en Inde, et de pratiquer d'autres acrobaties théoriques.

Dans la suite de son article Vlahovitch souligne le u développement plus rapide des forces socialistes » favorisé par l'industrialisation de l'énergie nucléaire, ainsi que « le processus » accéléré « de socialisation du capital » grâce au rôle interventionniste grandissant de l'Etat. Vlahoviteh maintient une équivoque, lourde de connéquences fâcheuses sur le plan théorique et pratique, entre les forces économiques et productives préparatoires dans un sens du socialisme, se développant au sein même du capitalisme et les forces politiques, conscientes, qai ne correspondent pas du tout automatiquement aux processus économiques. 12

D'autre part, parler de « socialisation du capital » à propos de l'interventionnisme grandissant de l'Etat sans spécifier en même temps la soumission grandissante de cet Etat aux monopoles capitalistes, c'est à nouveau faire des sauts périlleux de la quantité à la qualité, franchir allègrement les limites où change le caractère de classe du phénomène, et qui en réalité ne peuvent se dépasser qu'a la suite d'une certaine étape de la lutte de classe, étape appelée non pas Réforme (évolution graduelle), mais Révolution, changement brusque.

Tout cela pour aboutir à la « découverte » de la « loi du développement inégal du socialisme », des « voies » et des « formes diverses » du « socialisme » dans chaque pays.

Vlahovitch, apôtre lui aussi du « socialisme dans un seul pays » ne soupçonne même pas l'unité internationale du socialisme en tant que régime social achevé, mi l'identité du caractère de révolution prolétarienne dans formes spécifiques ne sont au

Ce qui l'intéresse, après classe des régimes instaurés apres la victoire de la chaque pays, régimes qui indépendamment de leurs fond que la dictature du prolétariat.

tout ces considérants théoriques, c'est de dégager le caractère général de la nouvelle Internationale qu'il préconise, où selon lui « se trouveront » comme l'a dit Engels pour la lère Internationale « les socialistes de toutes les nuances ». Et dans la gamme des nuances de Vlahovitch, vu les voies diverses du processus « socialiste », la « loi du développement inégal », ete., la variété doit être vraiment assez large.

Vlahoviteh connait-il les conclusions tirées par Engels lui-même de l'expérience de la lère Internationale ? ainsi : la fere internated con espeedau a 2 ne pente le muel ent unier Dans sa lettre à Friedrich Sorge du Engels raisonnait primitif, en plein éveil, devait s'unir et « s'abstenir de toute polémique intérieure », et où le caractère théorique du mouvement était encore « très obscur ». « Je crois, concluait Engels, qu'après l'existence vécue de la lère Internationale, la prochaine sera directement communiste et que ce sont nos principes (communistes) qu'elle arborera ».

En réalité, ceci ne fut réalisé que lors de la création de la Ille Internationale, La critique que Vlahovitch fait de celle-ci s'applique à la phase de sa dégémérescence stalinienne. Il devrait cependant s'expliquer aussi bien sur ses désaccords aveo les principes et le fonctionnement de la Illè Internationale du temps de Lénine et de Trotsky, que sur ses désaccords avee les principes et le régime de la TVe Internationale qui continue et développe l'œuvre de la Ille Internationale de Lénine.

Nous reviendrons sur tous ces points. Contentons-nous aujourd'hui de dire ouvertement ceci aux dirigeants yougoslaves : Théoriser a posteriori les pratiques, la politique de l'Etat et du gouvernement, dans leurs rapports changeants avee le Kremlin et les Etats capitalistes, ne pourra jamais fournir une base ni pour la politique d'un parti révolutionnaire ni pour une Internationale. Dans la première phase de la rupture de votre parti avec le Kremlin, vous étiez amenés à esquisser une critique révolutionnaire du stalinisme, comme expression politique de la bureaucratie. Ensuite, sous la pression de l'impérialisme, vous avez reculé et commencé à théoriser dans un sens inverse votre nouvelle politique amicale à l'impérialisme, hostile au Kremlin, et vous étiez en train de confondre la nature de classe de Y'U.R.S.S., en tant qu'Etat ouvrier, avec sa direction politique actuelle assumée par la bureaucratie soviétique,

Vous étes maintenant à nouveau au carrefour, comme au temps de votre rupture avec le Kremlin. Vous renonez des rapports amicaux, profitables, avec lui.

Verrez-vous, au fur et à mesure que ceux-ci se développeront favorablement, vos critiques de sa politique et de ses crimes s'estomper, et vos analyses théoriques découvrir maintenant une dose plus grande de processus « socialistes » véridiques en U.R.S.S. que dans les Etats capitalistes ?

Verrez-vous surtout surgir une théorie de la « coexistence » animée d'un bon « esprit de Genève » applicable au sein du mouvement ouvrier à travers une Interternationale, vaste forum pour « l'échange » des « expériences » et des « idées » entre les directions bureaucratiques nationales, et ne s'engageant à rien ?

On peut prévoir à coup sûr qu'une telle tentative n'intéressera sérieusement personne, et ne fera naitre aucune Internationale militante des Travailleurs.

La question de l'Internatioale est d'une importance capitale pour qu'une discussion concrète et serrée soit engagée préalablement à toute décision, afin de définir ce que pourraient être le programme et le régime d'une telle organisation, ainsi que le suggère le Secrétariat International de la IVe Internationale dans na déclaration publiée dans ce même numéro de notre revue.

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