La publication des notes des délégués américains à la Conférence de Yalta entre les trois « grands » Hoosevelt, Churchill et stanne, en février 1945, tout près de la fin de la deuxième guerre mondiale, n'a rien revelé qui ne fut ment connu en ce qui concerne les décisions prises.
Il n'y a également pas de surprise pour tout ce qui a trait à la grossièreté, au cynisme des marchandages qui se faisaient sur des millions de combattants et de cadavres. Le million de soldats, c'était là leur étalon de mesure. Tout au plus peut-on dire que les vedettes se montrèrent, dans leur ivresse de puissance, d'une vulgarité personnelle qui balaye les légendes sur ces « grands hommes ».
Parmi les raisons de cette publication par le State Department il y avait la volonté des républicains de montrer que Roosevelt avait été roulé par Staline. Or, de la lecture de ces notes — comme de tout ce qui avait déjà été publié par ailleurs sur les conférences que ces dirigeants des grandes puissances avaient tenues pendant la guerre - il apparait que, si les marchandages avaient été serrés, si les uns et les autres ont cherché à exploiter au maximum sur le tapis vert leur rapport de force respectif sur l'arène mondiale, il y avait de part et d'autre la volonté d'aboutir à un accord et à le respecter. Non pas en vertu de quelques principes moraux abstraits, mais parce qu'ils se rendaient compte des immenses efforts, des destructions qui s'étaient accumulées, et qu'ils voulaient de part et d'autre pouvoir se retourner vers des masses exigeantes.
Ils voulaient s'entendre, mais ils étaient très méfiants entre eux. Ils aboutirent à des accords, mais ceux-ci ne durèrent pas. Pourquoi
La méfiance provenait du fait que ces hommes se trouvaient a la tête de sociétés à structures sociales irréductiblement opposées. Ils voulaient la « coexistence pacifique ». Mais les formes de propriété capitaliste et les formes de propriété collective sont incompatibles. A la fin de la première guerre mondiale, les hommes d'Etat capitalistes, notamment Churchill, avaient voulu établir un cordon sanitaire d'Etats destinés à assaillir le jeune Etat ouvrier. A la fin de la deuxième guerre mondiale, les « grands » cherchaient un modus vivendi, sous la forme d'une série d'Etats tampons, de nature capitaliste mais dont les gouvernements auraient des dispositions amicales envers P'U.R.S.S. C'était vouloir résoudre la quadrature du cercle. Yalta établit. très difficilement, une solution pour la Pologne qui devait servir de modèle pour les autres Etats qui allaient constituer le glacis. Rapiment, tout cela sauta. La « guerre froide » commença .
Les accords furent rompus parce que les masses n'étaient plus maniables comme du temps de la guerre, où les chefs d'Etats les expédiaient par centaines de milliers d'un bout à l'autre du monde. Les dirigeants staliniens parvinrent • contenir, mon sans difficultés, le mouvement des masses en Europe occidentale et ils vont maintenant être de plus en plus obligés de rendre des comptes à ce sujet. Mais en Extrême-Orient, les paysans chinois se moquaient des accorde 12 de Yalta. Les ouvriers et paysans yougoslaves ne s'inclinaient pas devant ces décisions. D'une façon générale, l'équilibre établi à Yalta s'avérait rapidement mapossible.
Aujourd'hui, dix ans après, les successeurs de ces prétendus « grands » cherchent à nouveau à établir un équilibre mondial, indépendamment de la volonté des masses et contre celles-ci, dans une période où non seulement la poussée révolutionnaire n'a pas été endiguée, mais où elle continue à s'amplifier, à s'étendre, avec une vigueur irrésistible. Ils pourront se rencontrer, echanger des toasts, trouver mêmes quelques accords partiels. Ils n'arriveront pas à geler un monde que des forces immenses conduisent au socialisme.
La publication des accords de Yalta vient toutefois ajouter au portrait de Staline pour ceux qui avaient pu être pris à Pidolatrie aujourd'hui en voie de dégonflement. Il est possible que, dans quelques propos, il jouait la comédie auprés de Roosevelt et de Churchill. Mais sur toute une série de problèmes il n'y avait aucune comédie et il exprimait vraiment sa pensée.
Le plus typique de cet homme qui ne se trouvait pas seulement à la tête d'un puissant Etat, mais qui était le chef d'une fraction importante du mouvement ouvrier était son absence de confiance dans les masses et la méconnaissance totale de leurs aspirations.
Que, voyons-nous autour de la conférence de Yalta ? Il est pour un démembrement de l'Allemagne, ignorant totalement ce qu'avait signifié l'unité de l'Allemagne dans l'histoire du mouvement ouvrier, mesestimant non moins totalement ce que pouvaient être les réactions des travailleurs allemands envers un démembrement du pays.
Dans la discussion sur la Pologne, il n'a également pas le moindre souci pour les masses polonaises.
Pour la Yougoslavie, il s'agit de mettre Tito à l'alignement, le puissant mouvement des partisans (ouvriers et paysans) n'entrant pas en ligne de compte.
En Chine, sa confiance va à Tchang-Kai-Chek. Il ne croit pas à la possibilité pour les communistes chinois de prendre le pouvoir par la lutte. Des documents dignes de foi provenant d'autres sources confirment que ce point de vue dédaigneux envers le P. C. chinois était bien le sien (voir notamment la biographie de Tito, par Dedijer).
Il a laissé dans les mois précédents les partisans grees succomber sous les coups de l'impérialisme britannique. Il fait une brève allusion à Yalta à ce sujet, pour i rappeler à Churchill qu'ayant tenu ses promesses en Grèce, il a droit à la contre-partie.
Quelques semaines avant la plus éclatante victoire électorale du Labour Party. il déclare que jamais celui-ci ne prendra le pouvoir en Angleterre.
Ajoutons encore que, quelques années plus tard, il écrivait au P. C. yougoque les P. C. de France et d'Italie ne pouvaient prendre le pouvoir... parce que l'armée soviétique n'était pas sur le sol de ces pays.
En aucun point du globe, ce « père des peuples » n'avait la moindre confiance dans les possibilités créatrices des masses quand la machine ne les encadrait pas. me les utilisait pas. ne les subjuguait pas. En ce domaine, comme dans d'autres manifestations de lui, se montra son esprit borné, tenace certes, mais incapable de voir grand.