La première grande convulsion au sein de la direction du P. C. chinois depnis la victoire sévissait il y a déjà un certain temps et a été rendue publique à la Conférence qui siest déroulée du 21 à 31 mars dernier.
La Conférence a décidé à l'unanimité d'exclure du Parti le « chef du complet anti parti et rémégat juré Kao-Kang, ainsi que son autre chef Jao-Shu-Shih et de les destituer de tous les postes qu'ils occupaient dans le Parti et hors du 10
QUATRIEMEINTERNATIONALE Parti ». La Conférence a d'autre part considéré « comme justes les mesures prises par le Bureau Politique du Comité Central à l'égard des camarades Hsiang Ming, Chang Hsius-han, Chang Ming-Yuan, Chao Teh Tsun, Ma Hung, Kao Feng et Chao Po-Tsun qui ont pris part à l'activité du bloc antiparti Kao-Kang, Jao Shu Shih ». Kao-Kang dirigeant du Nord-Est de la Chine (Manchourie), qu'il aurait voulu transformer en « son royaume indépendant », et ancien président du Plan « se suicida » dans l'intervalle compris entre la IVe session du C.C. du P.C. chinois et la Conférence nationale, « dénonçant par là même sa trahison à l'égard du Parti. " !
Jao Shu Shih « le principal allié de Kao-Kang » appartenait à la direction de la Chine de l'Est. Tous les autres noms mentionnés dans la résolution de la conférence sont ceux de membres du C.C. du P.C, chinois et de hauts dignitaires du gouvernement et de l'armée.
Selon cette même résolution, l'activité « antiparti » de Kao-Kang daterait de 1949, celle de Jao Shu Shih de 1943. Kao-Kang est accusé d'avoir voulu s'emparer de la direction du Parti sur la base d'une « théorie » absolument absurde selon laquelle le P.C. chinois se composerait de deux partis: l'un serait le parti dit « des bases révolutionnaires et de l'armée » et l'autre le parti des « régions blanches» et selon laquelle « le Parti a été créé par l'armée ».
Jao Shu Shih est plus particulièrement accusé d'avoir cherché « à mener une politique déviationniste de droite de capitulation devant les capitalistes, les grands propriétaires fonciers et les koulaks, à la ville et à la campagne ».
Il est naturellement difficile, sur la base d'un texte rédigé dans le plus pur style des condamnations staliniennes, de discerner LES VRAIS MOTIFS IDEOLOGIQUES de la lutte qui a eu lieu au sein de la direction du P. C. chinois. Un élément qui rendra probablement cette affaire plus claire sera la publication du « premier plan quinquennal de développement de l'économie nationale de la République populaire de Chine » discuté et modifié par la Conférence nationale avant qu'il soit bientôt approuvé par la lè session de la première législature de l'Assemblée Nationale chinoise. Car incontestablement la lutte a surgi en tant que reflet inévitable au sein du P.C. « de la complexité croissante et de l'aggravation de la lutte de classe en Chine », dans ce pays qui réalise maintenant « l'industrialisation socialiste et la transformation socialiste de l'agriculture. de l'industrie artisanale et de l'industrie et du commerce capitalistes ».
Nous sommes loin de l'idyllique perspective de la « démocratie populaire ». d'une collaboration harmonieuse de toutes les classes pour toute une période. avant de pouvoir atteindre « l'étape socialiste de la révolution » et le régime de la « dictature du prolétariat ». La réalité a détruit impitoyablement les bâtards et les monstres « théoriques » de la pensée stalinienne quant à la nature et au dévelopnement de la révolution chinoise (et de toute révolution en notre temps) qui furent chers à la direction chinoise, pour la forcer à reconnaitre dans les faits son caractère PROLETARIEN, SOCIALISTE ET PERMANENT.
Mais on ne badine pas sans danger avec la théorie marxiste révolutionnaire. Le fait que les questions fondamentales de la nature et de la dynamique de la Révolution chinoise n'ont jamais été éclaircies correctement pour le P. C. chinois. sur lequel pèsent par contre l'héritage « théorique » et organisationnel faux et bureaucratique du stalinisme et la réalité sociale du pays, arriéré et en majorité paysan, a comme conséquence la naissance dans ce Parti de tendances idéologiquement confuses, cherchant à exprimer les pressions divergentes de classe. Ces pressions, loin de diminuer, s'intensifient en effet dans la mesure où la révolution, chinoise aborde la solution de tâches socialistes proprement dites.
Sans risquer d'extrapoler trop arbitrairement, nous pouvons avancer que la utte sanctionnée par la récente Conférence Nationale du P. C. chinois semble avoir eu comme fond véritable ceci :
Une tendance du P. C. chinois a voulu théoriser en fait l'expérience particulière du P. C. chinois depuis 1927 et surtout celle de la prise du pouvoir, sur la base de la révolte paysanne et des armées paysannes. Dupée sur le plan théorique par cette expérience particulière, « unique », elle cherchait à mettre par trop unilatéralement l'accent sur les campagnes, sur la paysannerie, « bases révolutionnaires » et l'armée, en minimisant par contre l'importance des « régions blanches » des villes, du prolétariat, qui avaient peu contribué à la victoire.
Mais sur le plan social, une telle tendance était portée à exprimer naturellement la pression des forces antiprolétariennes, nepistes. celles des paysans néopetits bourgeois, des koulaks, des capitalistes, opposés ou freinant une industrialisation et une collectivisation plus poussées.
Et c'est - ô, ironie de P'histoire ! — le noyau de la direction officielle autour de Mao Tse Tung et de Chou En Lai qui prend maintenant la défense du caractère et des besoins prolétariens socialistes de la révolution, et qui cherche avant tout l'appui des villes, du prolétariat pour résister aux pressions hostiles, extérieures et intérieures au Parti.
Quelle meilleure revanche de la théorie et... du trotskysme, de la révolution permanente pouvait-on imaginer
Evidemment, ce n'est pas avec la manière organisationnelle stalinienne, remun potion morte a en tention poli forçant un véritable contrôle policier à l'intérieur du Parti, qu'il comme le fait actuellement la tendance de Mao Tse Tung-Chou En Lai contre ces infortunés Kao-Kang et autres. C'est par une véritable autocritique du passé et l'instauration d'une véritable démocratie prolétarienne au sein du P.C. chinois
— admettant la légitimité des tendances idéologiques — que celui-ci pourra s'acquitter avec succès des immenses tâches qu'il a encore à accomplir dans le processus de la grande révolution permanente chinoise.
cela exigerait très probablement une autre véritable révolution au sein de ce parti.