Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 13, n° 4-6

Einstein

Quatrième Internationale, vol. 13, n° 4-6 · juin 1955 · p. 13-15 · 1 217 mots

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Einstein fut un des plus hauts sommets de la pensée humaine a travers les ages.

C'est évidemment en physique que son nom domine de très haut. S'il est vrai gue ses calculs, ses formules échappent aujourd'hui à la compréhension de la plus grande partie des hommes, il n'est pas du tout vrai que le contenu de ses théories soit inaccessible. Bien au contraire. Au début du 20è siècle, existait ce qu'on appelait la « crise de la physique ». Du fait du perfectionnement de la technique, certaines propriétés de la matière se manifestèrent qui ne cadraient pas avec les théories jusqu'alors admises en physique. Ces théories — à vrai dire - donnaient a la physique une allure de compartiments différents non reliés entre eux.

Einstein pour surmonter les difficultés eut à la fois l'audace et la eapacité de s'attaquer aux notions les plus fondamentales de la physique, à ces notions d'espace et de temps sur lesquelles les hommes se livraient à des calculs depuis des siècles, mais qu'ils acceptaient en fait comme des données échappant à la nature. Einstein a depouillé l'espace et le temps de leur aspect métaphysique, transcendantal, supernaturel. De formes abstraites de la pensée, que les philosophes idéalistes et agnostiques considéraient comme des révélations immanentes à la raison, il les ramena à ce qu'elles étaient effectivement, des formes de la matière -comme les matérialistes les concevaient.

Il le fit sous forme scientifique, c'est-à-dire, sur le plan de la physique, avec c la tocs, ta laton atre la mase dancet des équations, conduisant à des conclusions expérimentalement vérifiables - comme la variation la pesanteur d'un rayon lumineux, ete.

Ce renouvellement de la pensée scientifique auquel il précéda à l'âge de 26 ans est généralement insuffisamment mis en valeur. C'est en passant que des savants écrivent qu'il a « montré le lien intime qui existe entre matière. espace et temps », comme s'il fallait l'oublier aussitôt qu'on abandonne le domaine de la physique même.

Par contre, on souligne abondamment que, quarante ans avant Hiroshima, par sa compréhension protonde de la matière. il avait uni matière et énergie et découvert l'énormité de l'énergie accumulée dans la matière. Ainsi, devant la découverte scientifique d'Einstein, les hommes memes les savants des physiciens — se montrent moins sensibles à la profondeur philosophique de celle-ci qu'a ses conséquences pratiques. • Mais le génie d'Einstein ne se montra pas uniquement sur le plan scientifique. Il se manifeste aussi, non dans des découvertes ou l'étendue de ses connaissances, mais dans sa force de caractère tant sur le plan philosophique que sur le plan social.

La physique moderne se développant dans une période de crise aigue du capitalisme, les philosophes au service des classes dominantes ont voulu exploiter certains aspects de la physique moderne — le fait qu'elle échappe au « bon sens » notamment - pour lui faire dire des absurdités réactionnaires : l'évanouissement de la matière, la disparition du déterminisme.

Einstein n'était pas un spécialiste de la philosophie et, surtout, n'en vit pas le lien avec les conflits sociaux de notre époque. Mais il fut au plus haut point sensible au lien entre la connaissance humaine et la nature, aux rapports entre l'une et l'autre. Einstein fut un farouche défenseur de l'existence du monde objectif et du déterminisme dans la nature.

Il le fut alors que, dans les milieux scientifiques. les conceptions les plus extravagantes se donmaient libre cours. et que seuls quelques noms — parmi les plus grands il est vrai - résistaient aux tendances réactionnaires. Il le ft avec une fermeté qui apparait remarquablement dans ces lignes de lettres adressées à un ami physicien :

« Tu crois en un Dieu joueur de dés. Je crois en un monde en soi régi par des lois que j'essaie d'appréhender d'une manière sauvagement spéculative. »

« Je me rends compte... que l'interprétation probabiliste contient une part importante de vérité. mais je ne saurais y croire sérieusement car une telle interprétation est incompatible avec le principe que la physique doit représenter dans l'espace et le temps une réalité indépendante de l'observateur. »

Louis de Broglie. le créateur de la mécanique ondulatoire, qui fit la synthèse des aspects corpusculaire et ondulatoire de la matière, après avoir indiqué qu'Einstein « fut le premier à signaler... en janvier 1925 l'intérêt que représentaient les conceptions toutes nouvelles de la mécanique ondulatoire ». ajoute :

« Sur la fin de sa vie, Einstein faisait, chose étrange. figure d'isolé parmi les physiciens. La cause principale en fut qu'il ne pouvait admettre l'interprétation probabiliste et déterministe de la mécanique ondulatoire qui avait prevalu presque unanimement: il n'a pas cessé de protester contre elle. Il se peut que. presque seul contre tous. il avait eu raison : l'avenir dira si son génial regard ne fut pas, ici aussi, le plus perçant. »

Le génial regard, c'était la conviction ancrée de l'existence d'un monde réel, 'objectif, « un monde en soi régi par des lois », que la science cherche à décou14 vrir, _ et non d'une raison arbitraire interprétant les phénomènes selon les lois des probabilites.

Le courage d'Einstein ne fut pas moins remarqusble sur le plan social. Il mie fit pas de sa pensée scientifique une tour d'ivoire, il ne fut pas en denors de la mêlée. Certes, ses conceptions n'avaient pas dans ce domaine les mêmes prétentions que dans son domaine de la physique. Néanmoins, il sut reconnaitre la valeur des conceptions économiques du marxisme :

« L'anarchie économique de la société capitaliste telle qu'elle existe aujourd'hui, est, à mon avis, la source réelle du mal...

« Le résultat de ces développements est une oligarchie du capital privé dont l'énorme puissance ne peut étre effectivement contrôlée même par une société politique démocratiquement organisée. législatifs sont désignés par des partis d'autres manières par des capitalistes séparent les électeurs des législateurs. tants du peuple en fait ne protègent non privilégiées de la population. En

Ceci est vrai car les membres des corpa politiques, largement financés ou influencés privés qui, pour tous les buts pratiques. La conséquence en est que les représenpas suffisamment les intérêts des parties outre, dans les conditions présentes, les capitalistes privés contrôlent inévitablement, directement ou indirectement, les principales sources d'information — presse, radio, éducation...

‹ Je suis convaincu qu'il n'y a qu'une seule voie pour éliminer ces maux graves, à savoir par l'établissement d'une économie socialiste, accompagnée par un système d'éducation qui serait orienté vers des buts sociaux. » (Déclaration lors de son 70è anniversaire).

Mais, surtout, il osa s'exprimer en face des plus grands dangers. En 1914, contre la première guerre qui allait ensanglanter le monde. En 1933, contre le nazisme triomphant en Allemagne qui allait le forcer à s'exiler. En 1950, contre la réaction montante aux Etats-Unis, contre les Me Carthy, pour les Rosenberg expédiés à la chaise électrique.

En une période où à trop d'intellectuels s'appliquait cette sentence de Rabelais : « Seience sans conscience n'est que ruine de l'âme », Einstein était un réconfort et un stimulant pour des millions d'hommes. || appartenait de tout son étre, de toute la puissance de son génie, à l'humanité qui peine et qui combat pour le socialisme. Il restera daus la mémoire des hommes non seulement comme un de plus grands cerveaux du genre humain mais aussi comme un des combattants et des précurseurs d'une véritable humanité.

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