Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 13, n° 4-6

Les pro-impérialistes brésiliens dans l'impasse

Manuel Souza · Quatrième Internationale, vol. 13, n° 4-6 · juin 1955 · p. 45-46 · 1 344 mots

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Le 24 aout 1954, la mobilisation des masses brésiliennes empêchait que soit parachevée la victoire de l'impérialisme, ébauchée par le coup d'Etat qui poussa Getulio Vargas au suicide. La presence agissante des masses dans la rue et leurs coups contre les journaux, les partis. les banques et les consulats servant la cause de l'impérialisme, firent reculer les généraux défendant le regne du dollar.

La grève du 2 septembre vint renforcer cette victoire des masses : le prolétariat en lutte se montrait le seul défenseur des libertés démocratiques et la seule force capable de faire échec à l'impérialisme.

Même désorganisée. cette action combative des travailleurs fit réfléchir les agents brésiliens de Wall Street: louvoyant dans cette situation, ils empruntèrent une voie de « transition » à leur portée, la formation du gouvernement Café Filho. Ne disposant pas de forces suffisantes pour imposer une solution plus réactionnaire, mais profitant en même temps du fait que la mobilisation des masses n'était pas soutenue par un parti et une politique de classe, la caste militaire fit de nécessité vertu : elle consentit à la venue de ce gouvernement et se décida à tirer de lui le plus grand profit.

La nouvelle équipe gouvernementale de son côté se décida à esquisser une répression graduelle contre le mouvement ouvrier, syndicat par syndicat, dans le but d'affaiblir l'avant-garde ouvrière, d'éviter autant que possible la politisation des masses. de maintenir la division du mouvement ouvrier. Cependant que les agents de l'imperialisme avaient toujours en vue le but suprême de leurs maitres instaurer une dictature militaro-policière.

Or. la situation économique du pays est actuellement des plus sérieuses. L'inflation galopante. la hausse continuelle des prix dévorant les salaires réels. la stagnation et par endroits le recul de la production industrielle. le deficit de la balance commerciale - tels sont les traits sombres de la situation économique actuelle, qui tend à empirer davantage.

On assiste parallelement à une grande montée du mouvement masses brésiliennes. Dans ces conditions. la réalisation d'un coup militaire qui instaurerait la dictature voulue par Wall Street apparait aux compradores et aux seigneurs des terres brésiliennes comme étant la seule issue pour eux. Les réunions des factieux pour préparer un coup d'Etat, leurs campagnes orales et de presse destinées à créer un climat favorable à l'aventure, tels sont les plats du jour chez les conspirateurs.

Cependant la réaction des masses se reflète même dans les rangs de l'armée et lézarde la cohésion de celle-ci. En effet. les évènements du 24 août avaient été pour elle une leçon, un avertissememt. Des déclarations de généraux selon lesquelles un pronunciamiento « pourrait déclencher la guerre civile » expriment les hésitations de l'armée et le manque de confiance dans sa propre force. tellement celle-ci a été ébranlée par la secousse du mouvement des masses.

Mais la force des masses, nous insistons à ce sujet, n'est pas organisée. Plus encore : elle se manifeste par des actions contradictoires. Les mêmes masses qui montrent toute leur puissance dans des mouvements grévistes. comme celui du 2 septembre. portent parfois leurs voix a des candidats démagogues ou aventuriers de la pire espece comme Quadros ou Adhemares.

L'absence d'un parti ouvrier capable d'organiser et de diriger l'action des masses permet a la fraction nationaliste de la bourgeoisie de jouer. dans ses manœuvres vis-a-vis de l'impérialisme. carte de la force ouvrière: En même temps elle tente de faire comprendre aux partisans du coup d'Etat que l'offensive des masses, n'étant pas organisee. ne constitue pas dans l'immédiat une menace sérieuse et qu'un coup d'Etat ne s'impose donc pas.

De son côté. dans la mesure où il se présente avec un programme nationaliste bourgeois. « gétuliste ». = programme qui du reste ne réussit pas à galvaniser politiquement même les partisans de feu Vargas — le Parti communiste brésilien aide objectivement la bourgeoisie à désarmer les masses.

D'autre part. la situation mondiale orientée vers la guerre dans un rapport de forces de plus en plus défavorable aux classes possédantes, se reflète comme suit sur l'échelle nationale : la bourgeoisie nationaliste voit réduite la marge d'une politique bonapartiste, du fait que cette bourgeoisie est nécessairement attirée vers le front contre-révolutionnaire dirigé par l'impérialisme américain.

Il s'ensuit que la bourgeoisie nationaliste brésilienne ne peut se livrer comme auparavant à des campagnes démagogiques dont elle n'a d'ailleurs plus besoin. Cependant elle peut encore profiter de la désorganisation des masses et de la politique du P. C. B. pour combattre les pro-impérialistes sur le terrain électoral où, malgré le grand nombre

U ATRIEME IN d'abstentions, la majorité vote antiimpérialiste, ce vote étant présenté comme « le moindre mal ».

Fini le getulisme. Fondamentalement et en fait il existe déjà une identité entre le programme de l'impérialisme et celui de la bourgeoisie nationaliste brésilienne. Certes l'impérialisme préfère un gouvernement à son service exclusif, c'est pourquoi il pousse au coup d'Etat. Mais la politique des «getulistes» peut lui convenir aussi dans une situation concrète. Cette politique est imbibée de chantage, elle cherche à se vendre au plus offrant. Les getulistes ne visent qu'à se faire une place au soleil dans l'appareil d'Etat ; leur programme poItique est émoussé par des revendications qui ne peuvent inquiéter outre mesure l'impérialisme.

Finie lepoque du « getulisme ». du « peronisme ». etc. Finie la démagogie relativement osée. A présent les getulistes se contentent de parler de « démocratie ». Tout en s'opposant à d'éventuels coups d'Etat, ils font bon ménage avec des agents impérialistes comme Chateaubriand et le journal Correio da Manha. Ceci rassure l'impérialisme yankee. Sans pour autant cesser de songer à la solution forte, il ne s'inquiète nullement d'une autre solution pourvu que celle-ci soit bourgeoise.

Les craintes de l'impérialisme et des classes dirigeantes brésiliennes pour les élections présidentielles d'octobne prochain ne sont pas déterminées par la 'présence du candidat getuliste, mais plutot par le fait que la plus petite liberté d'expression dans le cadre de la légalité bourgeoise peut offrir aux masses une occasion de manifester au grand jour leurs revendications et d'organiser leur action. C'est pourquoi la bourgeoisie nationaliste s'attache à faire de ces élecMons un jour de réconciliation, d'a unité nationale » (au service de Wall Street), tandis que le département d'Etat étudie les plans de coup d'Etat.

Que fait le P. C. B. dans une telle situation ? Au lieu de centrer ses efforts pour réaliser la tache du moment. à

TERNATIONALE savoir l'organisation des masses afin qu'elles prennent conscience de leur propre force. le P.C.B. pratique une politique ultra-opportuniste qui perpetue serait la neutralité du Brésil dans l en fait met celles-ci à la remorque des bourgeois nationalistes.

En effet la perspective montrée par le P.C.B. : « formation d'un gouvernement représentant tous les partis démocratiques (?), des personnalités () et des groupes patriotiques (?) » avec un programme dont le « but essentiel un programme dont le « but essentiel » guerre, qu'ils préparent, c'est une perspective réformiste

Transporté sur soi-disant l'esprit tique actuelle du sinon bourgeoise.

le terrain syndical.

unitaire de la poli-

P.C.B.

a donné les pires résultats. L'appui à la bureaucratie syndicale dans sa lutte « contre le Ministère du Travail». le travail « unitaire » dans les « organisations des femmes catholiques », et autres, n'ont servi qu'à désarmer les syndicats devant le Ministère du Travail et a attirer ja répression sur les femmes non organisees.

Avec une telle politique. le P.C.B. ne peut influencer ni les larges masses ni marne Aussi ande conde sel même une grande partie de l'avantdu P.C.B. Nombreux sont les militants communistes et les ouvriers d'avantgarde qui sont mécontents de cet opportunisme du P.C.B.

Les trotskystes brésiliens. dont l'influence dans les syndicats s'accroit de jour en jour ainsi que dans les rangs du P.C.B. même, sont les premiers à combattre la politique opportuniste du P.C.B. Ils sauront saisir toutes les possibilites objectives et subjectives qui s'offrent deja pour parvenir au regroupementi tout d'abord idéologique de l'avantgarde révolutionnaire. regroupement qui sera le prélude à la construction d'un véritable Parti révolutionnaire de masses exprimant politiquement la montée de celles-ci.

Mal 1955

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