Le manuel soviétique d'économie politique
L'an passé, la commission dirigée par Ostrovitianov et Leontiev a mis le point final à un travail qui trainait depuis une décade : l'édition d'un traité « d'économie politique » orthodoxe du point de vue stalinien. Des chapitres de ce traité ont déja été traduits et publiés en français. Mais aux Editions Dietz de Berlin-Est vient de paraître la tra-
Il y a un parallélisme frappant entre la nature sociale double de la bureaucratie soviétique et la nature double de son ideologie. La bureaucratie qui n'est pas une classe n'a pas été capable de formuler une théorie sociale cohérente qui lui est propre ; encõre moins a-t-elle éte capable de formuler un idéal social qui, comme celui de la bourgeoisie montante ou même des classes montantes de la société féodale, inspire l'ensemble de la société. Sur • le plan des idées, elle se nourrit de plats de résistance hérités du marxisme. Il est vrai que ces plats sont arrangés, épicés, rendus indigestes, par un melange a ingredients propres à la bureaucratie, eux aussi, nerites, mais d'idéologues petits-bourgeois. L'origine marxiste des idées sur lesquelles les maitres du Kremlin basent l'éducation de la jeunesse soviétique n'en constitue pas moins une des contradictions fondamentales de leur dictature.
Nous l'avons souvent dit : la jeunesse éduquée dans l'esprit de Marx et de Lenine ne peut pas ne pas comparer l'esprit des textes à la réalité sociale en U.R.S.S.. Sur la base de cette comparaison, il est inévitable que les éléments les plus intelligents, les plus courageux et les plus généreux de la jeune génération se transforment, de par la nourriture intellectuelle qu'ils reçoivent, en critiques acerbes de la dictature bureaucratique. L'exemple des étudiants de Moscou, de Leningrad et de Kiev, qui constituèrent le groupe « La véritable doctrine de Lénine » a confirmé la justesse de cette thèse. L'exemple des jeunes économistes dont les idées audacieuses ont semé le désarroi parmi les spécialistes désabusés de la Commission du Plan d'Etat en apporte une nouvelle confirmation récente.
Voilà pourquoi la rédaction d'ouvrages comme ce Manuel d'Economie Politique représente pour la bureaucratie une tâche à la fois vitale et d'une extrême difficulté. Tâche vitale, car ces 56 duction allemande in-extenso du Manuel qui ne comporte pas moins de 720 pages. divise en deux partie de longueur egale: l'une consacrée aux problèmes économiques, précapitalistes et capitalistes : l'autre consacrée à l'économie « socialiste » (c'est-à-dire l'économie de l'URSS, des démocraties populaires et de la Chine). digests sont destinés à remplacer les ouvrages originaux des maitres du marxisme, réservés le plus possible aux spécialistes, afin d'éliminer dans la mesure du possible toute base de départ pour une critique de l'orientation politique. économique et sociale de la bureaucratie. Tâche difficile, parce que le marxisme s'identifie à tel point avec une méthode d'analyse et de critique sociale universelle et humaniste, qu'il devient presque impossible de résumer les résultats obtenus par l'emploi de cette méthode. sans en même temps propager la méthode elle-même...
C'est ce qui explique les traits dominants de la production idéologique staJinienne : dogmatisme mécaniste et stérile d'une part, pragmatisme vulgaire de l'autre.
Il est de la nature de la bureaucratie soviétique - comme d'ailleurs de toute bureaucratie - de s'attacher à l'aspect formel, nominal, devitalise, des idees : qu'on pense a la jurisprudence ! Remplacer la méthode d'analyse marxiste par une série interminable de citations littérales de Marx et d'Engels, c'estdans l'esprit des bureaucrates, combiner le maximum « d'orthodoxie » avec le minimum de risques de voir apparaitre des courants « déviationnistes » qui appliquent la méthode d'analyse marxiste à la réalité soviétique elle-même.
Ce dogmatisme est complété par un pragmatisme vulgaire, sinon franchement cynique. Il ne suffit pas. en effet. d'empêcher le développement d'une critique marxiste de l'inégalité sociale qui s'accentue en U.R.S.S. Il faut encore présenter une justification ideologique de cette réalité sociale qui « tient » -du moins formellement - dans le cadre de la théorie marxiste. C'est pourquoi le mélange de dogmatisme et de pragmatisme aboutit le plus souvent aux juxtapositions les plus étonnantes. On affirmera tranquillement à la page x que toute interprétation non littérale
LA BUREAUCRATIE SOVIETIQUE ET LE MARXISME
LA BUREAUCRATIE SOVIETIQUE ET LE MARXISME
Q UAT RIE ME IN de tel ou tel passage de Marx représente une trahison du marxisme. une capitulation devant la pensée bourgeoise, un coup de poignard dans le dos de la classe ouvrière. A la page Z cependant. on expliquera non moins tranquillement que Marx et Engels se sont trompés (« ne pouvaient pas tout prévoir ») dans des aspects absolument essentiels de leur théorie.
Le Manuel d'Economie Politique nous permet de retrouver ces traits dominants en gros et en détail. On comprendra sans difficulté pourquoi la partie consacrée aux sociétés précapitalistes et au capitalisme se distingue avant tout par le dogmatisme de l'exposé. tandis que le pragmatisme. l'utilisation cynique de la théorie marxiste pour l'apologie des recettes tactiques passagères de la bureaucratie triomphent dans la seconde partie du Manuel.
Qui dit dogmatisme dit stérilité. Lorsque les citations doivent remplacer et étouffer la méthode, l'interprétation des faits nouveaux doit inévitablement en souffrir. Ceci ne signifie pas que la première partie du Manuel soit dénuée d'intérêt. Ostrovitianov comme Leontiev n'en sont pas à leur premier essai de rédaction d'un manuel de théorie économique mar-
SUR LES SOCIETES
Certains exemples de dogmatisme sterile frisent le ridicule. Parce qu'Engels. se basant sur les données de Morgan qui datent d'il y a quatre-vingts ans. avait affirmé dans Les origines de la Famille, de la Propriété privée et de l'Etat que la domestication des animaux avait précédé dans la préhistoire humaine les débuts de l'agriculture, le Manuel répète mécaniquement cette « conception marxiste » (p. 22 de l'édition allemande). Il ne faut pas etre savant pour comprendre que cela n'a absolument rien a voir avec le marxisme mais qu'il s'agit d'une pure question d'investigation scientifique. Or. les données dont nous disposons aujourd'hui ont amene tous les prehistoriens et archeologues. y compris des savants staliniens ou philostaliniens comme l'Anglais Gordon Childe, à affirmer que l'agriculture s'est développée antérieurement à l'esclavage. Soit dit en passant, cette conclusion parait non seulement plus cohérente en ellemême, mais plus logique à la lumière des thèses d'Engels sur le matriarcat Tau connut sagricune quet les quI connut son point culminant femmes, premières cultivatrices du sol. controlèrent les ressources alimentaires de la société - précédant le patriarcat - qui s'est avant tout affirmé parmi des tribus pastorales. N'est-il pas évident qu'une telle question ne peut jamais être tranchée par des références aux écrits des maitres. mais seulement par l'examen des données fournies par les recherches préhistoriques les plus avancees ?
TERNATIONALE xiste. Si nous ne nous trompons pas. leurs essais plus ou moins rejetes, avortés ou « dépassés par les évènements » s'élèvent déjà à une demi-douzaine. Aussi le résumé du Capital - car c'est de cela qu'il s'agit en gros - est-il habile et par endroits meme admirable de clarté et de qualité pédagogique. Nous mentionnerons plus particulièrement les chapitres sur le machinisme. sur les salaires. sur le revenu national et sur l'impérialisme.
Mais lorsqu'il s'agit de passer de ce terrain exploré vers une terre où les guides reconnus se disputent le tracé des pistes. la stérilité dogmatique des auteurs du Manuel éclate tout de suite de la manière la plus désolante. C'est notamment le cas du chapitre consacré aux crises capitalistes. C'est un spectacle plutot triste. quand on se rend compte que les auteurs qui ne manquent pas de talent doivent systematiquement tuer en eux-mêmes toute manitestation d'esprit indépendant de recherche. tel que l'entendaient les classiques du marxisme. Cest un aspect revoltant lorsqu'on considère les ravages qu'opéreront certaines de leurs « théories » parmi les ouvriers avancés des pays capitalistes. les difficultés accrues qu'elles causeront au mouvement communiste de ces pays. PRECAPITALISTES
Parce que Staline. ce « terrible simplificateur ». s'est complu à réduire l'histoire humaine à quatre stades celui de la sociéti celui de la de la société lisme le mation de 1 et s'efforce primitive communautaire.
societe esclavagiste. celui feodale et celui du capita-
Manuel répète cette affiraçon mecaniste et absolue. de prouver que l'Egypte et la Babylonie antiques représentaient des sociétés esclavagistes. que l'Inde et la Chine classiques représentent des sociétés féodales.
Or. Marx a signalé à plusieurs endroits dans Le Capital que le mode de production de l'Orient antique, ainsi que celui de l'Inde et de la Chine classiques. représentent une structure sociale particulière, qu'on ne peut assimiler ni à l'esclavagisme ni au féodalisme. mais que Marx lui-même désigne sous le nom de « société asiatique ». Celui-ci se catactérise par le maintien de la propriété collective du sol au sein des communautés villageoises. l'Etat n'étant qu'un propriétaire nominal, et la rente qu'il accapare sous la forme de corvée ou de rente en nature s'identifie l'impot agraire. Le rôle central de l'Etat dans la vie économique s'explique en tant qu'organisateur de l'irrigation. base de l'agriculture. Ces sociétés connaissent bien entendu, et un développement de l'eclavage. et un développement des propriétaires fonciers prives, et un developpement du capital usurier et marchand. Mais ces traits dominants aux phases successives de l'histoire de l'Occident restent des traits secondaires dans l'his toire de l'Orient. Marx avait d'ailleurs mis en garde ses disciples contre la généralisation mécaniste pour tous les pays et tous les peuples de phases d'évolution qu'ont parcourues les peuples d'Europe méridionale et occidentale. Et les auteurs du Manuel constatent eux-mêmes en passant qu'en Russie me-
Les exemples de dogmatisme précités ne sont pas « graves » dans ce sens qu'ils n'ont pas de répercussions politiques immédiates (bien que leurs répercussions theoriques peuvent désorienter une génération de savants). Il en va autrement des exemples du même dogmatisme plus près de notre époque.
Ainsi, tout au long des chapitres concernant l'économie capitaliste, les au teurs du Manuel affirment, « tong in cheek » comme on dit en anglais, qu'il y a une loi de la paupérisation absolue et permanente de la classe ouvrière sous le capitalisme !
A la page 153, ils rassemblent des statistiques (sans indication de source ! d'années arbitrairement choisies pour prétendre que le salaire réel moyen aux Etats-Unis était après la première guerre mondiale inférieure de 25 % à celui du début du 20• siècle et de la fin du 19• siècle et que cette diminution était encore plus forte en France. en Italie et au Japon. A la page 176, il est dit, pour ces mêmes pays ainsi que pour la Grande-Bretagne. que le salaire réel des années 1930 de notre siècle est inférieur a celui du milieu du 19 siècle (!). Finalement. à la page 330 il est dit que les salaires réels des années 1940 et 1950 de notre siècle sont inférieurs a ceux des années 1930 (en France et en Italie même inférieurs de 50 %). Si l'on réunit toutes ces données. on arriverait à la conclusion que. dans tous les grands pays capitalistes. le niveau de vie est aujourd'hui inférieur à celui de 18401850. c'est-à-dire à celui décrit par Engels dans son livre admirable sur la situation de la classe ouvrière anglaise... Les auteurs n'hésitent d'ailleurs pas d'ajouter à la p. 331 que les 3/4 des familles aux Etats-Unis - même pas des familles ouvrières, mais des familles tout court ! - gagnent moins que « le minimum vital le plus modeste »...
Est-il nécesaire d'ajouter qu'il s'agit là d'un travestissement grotesque de la réalité. ridiculisant le marxisme et apportant de l'eau au moulin de la propagande yankee, selon laquelle les communistes trompent les ouvriers, truquent les statistiques et cherchent à cacher aux peuples soviétiques la situation malheureusement meilleure que connaissent encore aujourd'hui les travailleurs des pays capitalistes avancés ?
A la lumière des cent années qui viennent de s'écouler depuis que Marx 58
TERNATIONAL E me. les tribus slaves passérent directement de la phase primitive à la phase féodale, sans passer par l'esclavagisme. Néanmoins, ils ne peuvent s'empêcher de généraliser les « quatre phases » pour l'Asie et de pousser ainsi les recherches historiques en Chine sur une voie désastreuse... rédigea les premières esquisses des idées développées dans Le Capital, il y a deux théories de la paupérisation relative qui peuvent se défendre. La théorie de la paupérisation relative permanente qui indique que la classe ouvrière dans son ensemble (dans l'ensemble de la société capitaliste, et non pas dans chaque pays) obtient de cycle en cycle une part plus petite du produit social et du revenu créé : la théorie de la paupérisation absolue intermittente. qui indique que dans la mesure où les crises s'aggravent et s'approfondissent, surtout au 20• siecle. une partie de la classe ouvrière (les chômeurs. etc.) connait à des intervalles réguliers une rechute dans des conditions misérables tout a fait comparables à celles du milieu du 19 secle. Si la paupérisation absolue permanente n'est ni conforme aux faits - ni d'ailleurs à la théorie marxiste adaptée aux conditions du 20è siècle. Qu'on essaye de la combiner avec la théorie de l'aristocratie ouvrière et des surprofits coloniaux réaliés par les pays impérialistes - bien qu'elle était dans la logique du capitalisme, cela est dû avant tout à l'action du mouvement ouvrier qui, dans les pays à mouvement syndical puissant et économie en expansion. a réussi à imposer la vente de la force de travail
Usa Valeur, valeur qul. comme les auteurs du Manuel le rappellent d'ailleurs (p.126), croit avec les progrès de la civilisation et le développement des besoins humains.
La tentative des auteurs du Manuel minimiser les résultats. limites il est vrai mais réels, obtenus par la lutte de classe dans les pays capitalistes avances, est illustré également par la facon dont ils traitent la question de la réduction du temps du travail (pp. 134-135). Avant la première guerre mondiale. le mouvement ouvrier international lutttait pour la journée de huit heures. En 1919, la conférence de Washington. par peur de lessor révolutionnaire international, accorda cette journée de huit heures. mais les gouvernements, unanimes refusèrent de ratifier l'accord. Depuis lors, la journée de travail s'allonge de plus en plus dans l'industrie de guerre. Voilà tout. Pas un mot sur le fait que la journée de huit heures est devenue effective dans tous les pays capitalistes avancés depuis la première guerre mondiale. Pas un mot sur le fait que les grèves de 1936 ont obtenu pour • la classe ouvrière française et américaine la semaine de 40 heures. Pas un mot sur le mouvement
LA THEORIE DE LA PAUPERISATION
LA THEORIE DE LA PAUPERISATION
Q UATRIEM E international actuellement déclenché afin de généraliser cette conquête. On a vraiment l'impression que les auteurs du Manuel désirent avant tout cacher la
Exemple final de dogmatisme stérile : dans le chapitre consacré à « l'approfondissement de la crise générale du capitalisme » depuis la deuxième guerre mondiale. les auteurs du Manuel. suivant servilement les paroles de Staline dans dernier article, expliquent qu'aujourd'hui encore. les guerres entre les pays, capitalistes sont inévitables (p.326). Mais dans la phrase suivante, il est dit que, dès la fin de la deuxième guerre mondiale. les milieux impérialistes dirigeants agressifs ont commence a préparer la troisième guerre mondiale. alors que le renforcement du mouvement des partisans de la paix déjoue de plus en plus leurs plans. etc.
Y a-t-il un seul militant communiste pour croire sérieusement que la troisième guerre mondiale que les milieux dirigants agressifs de limpérialisme préparent depuis 1945 soit une guerre.. des Etats-Unis contre la Grande-Bretagne. et non contre l'U. R. S. S., les démocraties populaires. C hi ne. la révoltition coloniale et le mouve-
6 L'Affaire Mart
Ce livre est essentiellement un acte politique de la plus grande importance pour le mouvement communiste français et international. Un dirigeant bien connu d'un P. C. condamne la politique suivie par celui-ci depuis une dizaine d'années et lui oppose une politique de classe. axée sur la lutte revolutionnaire pour le pouvoir : il se prononce pour une direction révolutionnaire et pour la reconstruction de l'Internationale communiste. Cet acte politique sera soutenu par tous ceux qui ont réellement cœur le triomphe d'une politique révolutionnaire.
La direction du P. C. français. sous la plume de son secrétaire. Duclos. accuse le coup. Oubliant l'accusation de • policier » qui fut employée voici bientot 30 mois pour motiver l'exclusion de Marty. Duclos polémique - de manière typiquement stalinienne. mais néanmoins sur un certain plan politique -- contre « l'anarcho-trotskyste » Marty (1).
(*) Aux Editions des Deux-Rives. Paris
(2) La presse bourgeoise ne s'intéresse guere à ce livre. où elle trouve pas matière a scandale sur le mouvement communiste. Le rédacteur du Monde disserte sur la forme el certains aspects relativement secondaires de ce livre. montrant ta limite des bourgeois même les plus avertis dans leur compréhension du mouvement ouvrier et the ses futtes intestines.
TERNATIONALE realité sociale occidentale aux travailleurs soviétiques afin de leur rendre plus acceptable leur propre réalité sociale. ment ouvrier international ? Cette theorie de l'inévitabilité des guerres interimpérialistes à notre époque, qui ignore les modifications qualitatives intervenues dans les rapports de forces internationaux entre les classes d'une part et à l'intérieur de la bourgeoisie mondiale de l'autre, ne desarme-t-elle pas le mouvement ouvrier devant les préparatifs de guerre réels de l'impérialisme contre 1'U.R.S.S. ?
Comme on le voit, même dans un resumé apparemment orthod.xe, du Capital, le dogmatisme stérile et mécaniste de la pensée bureaucratisée peut introduire pas mal de confusion. Mais lorsgu'il s'agit de transformer la theorie marxiste en basse apologie de tous les aspects de la réalité de la société soviétique, la confusion ainsi creée dans les dees atteint son comble. C'est ce qui résulte de l'examen de la deuxième partie du Manuel d'Economie Politique.
E. G. (a suivre) y " d'André Marty ()
Sur le plan politique. Marty étudiant plus particulièrement la situation depuis la fin de la 2 guerre mondiale arrive à des conclusions fort voisines de celles du mouvement. trotskyste. Dans son long article paru dans " l'Huma-
Duclos evite autant que possible de discuter un quelconque des points soulevés par Marty : tripartisme. soutien, des peuples coloniaux. front unique avec le P. S.. grève d'aout 53, pratique des pétitions. politique sur la question allemande...
Ducios. outre une indignation à propos du silence de Marty sur Staline, de quelques remarques d'ordre personnel et de quelques injures. accuse Marty d'avoir « dissimulé » ses vues et met également en cause certaines positions qu'il aurait prises dans le passe au sein du B. P. Ne pas mentionner Staline ?
Duclos ne voit-il pas que Khrouchtchev et autres voudraient bien faire oublier Staline. Marty aurait dissimulé ses vues?
Si cela était. pourquoi était-il besoin à un secrétaire du parti d'agir ainsi Quel est donc le régime du parti qui obligerait un des plus hauts dirigeants à ruser pour faire parvenir ses vues partiellement aux membres du parti ?
Duclos peut momentanément brouiller la discussion. mais celle-ci ne peut manquer d'aller aux problemes generaux, à la politique que suit le P. C., à ses
* L'INEVITABILITE DES GUERRES INTER-IMPERIALISTES »
* L'INEVITABILITE DES GUERRES INTER-IMPERIALISTES »
QUATRIEMES I N causes et à ses aboutissants, et Duclos en sera pour ses frais avant longtemps.
Si Marty sur le plan politique arrive à des positions qui sont très voisines de notre mouvement. c'est à partir de sa propre expérience et en dehors de la base programmatique de notre mouvement qu'il y parvient. Evidemment. il a aussi concordance partielle en matière de programme. puisqu'il se revendique comme nous du communisme. du marxisme-léninisme. Mais il n'y entre nullement tout l'apport théorique de notre mouvement au cours de son existence. C'est ainsi que Marty invoque le Te Congrès de l'Internationale Communiste. interprété tout autrement que nous le faisons
Ce livre. outre sa signification politique dans cette période crise du mouvement dirigé par les staliniens et son apport pour le renouveau d'une politique de classe. présente aussi un intérêt pour l'histoire du mouvement ouvrier français. C'est cet aspect que nous voulons plus particulièrement examiner dans cet article.
« Anarcho-trotskyste ». déclare Duclos. reprochant à Marty d'avoir hésité à sa sortie du bagne quelques mois avant de donner son adhésion au P. C. André Marty. en effet, était politiquement d'origine anarcho-syndicaliste. syndicaliste révolutionnaire. En cela il n'était pas un cas individuel : à la direction du P. C. et de la C.G.T. il y a encore Monmousseau qui a hésité quelques années et non quelques mois avant de rejoindre le P. C.
Au lendemain de la première guerre mondiale et de l'ignominie des dirigeants socialistes. faisant l'union sacrée avec la bourgeoisie. des révolutionnaires venus de nombreux horizons politiques ou sans passé politique s'unirent sous le drapeau de la Illè Internationale pour former le P. C. Il y avait des socialistes jauressistes et des socialistes guesdistes. et aussi des anciens combattants et des syndicalistes. des anarchistes. et des jeunes révoltes contre la guerre. Aucun de ces courants n'avait une base théorique claire. L'Internationale Communiste devait jouer un grand role pour unir tous ces courants. les faire parvenir à une unité de doctrine. celle du communisme. Les dirigeants de l'Internationale Communiste à l'époque. Lénine et Trotsky. avaient mis leurs plus grands espoirs dans le courant d'origine syndicaliste révolutionnaire. Il était avant 1914 une réaction à l'opportunisme élecforal du Parti socialiste, il avait été à la pointe de l'opposition à la première guerre impérialiste, il avait le premier soutenu la Révolution d'Octobre. Ce qui lui manquait. c'étaient des idées correctes. avant tout sur la question de l'Etat et du parti révolutionnaire.
Ce fut pas sans peine que II. C. fit progresser le P. C. en France sur la voie de la clarté politique : 1l y avait tant de traditions social-démocrates à balayer. Une première étape ne fut fran-
TERNA TIONALE chi qu'à la fin de 1922. Mais. méme apres cela. le P. C. était encore loin d'être un véritable parti révolutionnaire: une de ses plus grandes faiblesses était son faible caractère ouvrier, sa composition défectueuse. ses cadres largement petits bourgeois. sa pénétration quasi inexistante dans les entreprises.
Lorsque commença la dégénérescence en U.R.S.S., lorsque l'I. C. commença à se bureaucratiser. s'opéra sous la direction de Zinoviev.alors allié à Staline contre Trotsky, dans les partis communistes une opération connue sous le nom de « bolchevisation ». Elle était effectivement composée en France de deux opérations conjuguées. L'une, c'était la bureaucratisation du parti. la formation d'un appareil qui, par la suite. fut fait et refait à de nombreuses reprises. mais qui depuis lors n'a cessé de manœuvrer le parti a sa guise. L'autre. c'était une prolétarisation du parti. se tournant vers la création de cellules d'usines et s'efforçant de sélectionner des cadres ouvriers.
La bolchevisation donna lieu à des réactions en sens divers et le reclassement des militants à l'époque se fit dans une énorme confusion. Certains virent avant tout la bureaucratisation. l'élimination de la démocratie intérieure. les méthodes staliniennes commençantes. Des oppositions se formèrent qui manifestaient verbalement leur solidarité avec l'opposition trotskyste en U.R.S.S., sans avoir la moindre communauté politique avec elle. Récemment. « le Figaro Littéraire » a publié des souvenirs de lécrivain Mare Bernard sur cette époque. souvenirs qui d'ailleurs ne devaient pas avoir grande signification pour les lecteurs de ce magazine. Marc Bernard. à l'époque était un ouvrier ; militant du P. C.. agissant bien plus sentimentalement que par formation politique et théorique, la bolchevisation l'amena pendant plusieurs années aux côtés des. trotskystes mais sentimentalement et non par conviction politique mürie. Il ne fut vraiment pas le seul dans ce cas. Le trotskysme était reioint par bien des éléments réagissant a la politique stalinienne. mais sans bases fermes aussi, l'isolement par rapport à la classe aidant. les crises du trotskysme y trouvaient une nourriture copieuse.
Par contre, nombre de militants virent dans la bolchevisation avant tout le côté prolétarisation. Le reste. qu'il s'agisse de ce qui du caractère leur apparaissait frais qu'il fallait se passait en U.R.S.S.
du régime du parti.
secondaire. des laux accepter. Il ne faut pas oublier le niveau théorique et politique du mouvement ouvrier en France à l'époque.
Le P. C. eut lui aussi une abondante série de crises pendant ces années. provenant à la fois de ses rapports avec la classe ouvrière et de l'intervention de la bureaucratie soviétique par le canal de l'Internationale Communiste. Dans cette situation. les scissions se firent généralement sur la droite : des cou-
N rants rejoignaient le réformisme sous des formes diverses : seuls des individus rejoignaient le trotskysme.
Pour un seul cas. le doute subsiste quant aux développements qui auraient auraient ete possibles, cel de Doriot. Il tut exclu alors qu'il défendait le front unique entre le P. C. et le P. S. contre la menace fasciste grandissante. il avait une forte base de masse Saint-Denis et une popularité appréciable dans le mouvement communiste. Mais Doriot manquait de principes et, à l'école du stallnisme, était devenu sceptique envers la classe ouvrière et cynique dans sa conduite personnelle. Il rompit avec le mouvement ouvrier. et son attitude servit par la suite souvent à retenir des militants communistes sous l'obédience stalinienne.
Arriva l'expérience du Front populaire. Notre mouvement la critiqua tres violemment comme étant de la collaboration de classe. Les militants communistes à l'époque ne furent pas enchantes de nombreux aspects du Front populaire. Cependant ils ne le condamnerent pas et même aujourd hui ils ne condamnent pas. Car si le Front populaire sombra. les militants communistes le jugent sous un autre angle : le P. C. en sortit beneficiaire en ce qui concerne ses rapports avec les masses. Encore en 1936. le P. S. avait la majorité de la classe ouvrière derrière lui, et le P. C. seulement une très forte minorité. composée - il est vrai _ des bataillons décisifs. En 1944. la majorité était derrière le P.C. et elle l'est restée depuis plus de dix ans. Nous sommes convaincus que leur expérience et le réexamen de cette période. notamment du Front populaire pour la France et l'Espagne, ne manqueront pas de rapprocher aussi ces communistes des conclusions formulées par notre mouvement.
Pour eux. leur expérience des 10 dernières années se présente tout autrement que les etapes antérieures stonat du P. C. Les militants communistes avaient accepté bien des tournants comme de la « tactique ». des moyens pour se renforcer, en fonction des situations données qui ne posaient pas la question de la lutte pour le pouvoir : mais ils pensaient que leur parti avait conserve son but final. la conquête révolutionnaire du pouvoir et qu'il s'y mettrait quand les circonstances seraient favorables.
Même si tout ne leur était pas clair au moment de la libération, ils savaient du moins qu'ils avaient atteint une force jusque là inégalée, que le capitalisme etait bien malade. Or cette force n'a pas été utilisée pour aller à la conquête du pouvoir. Des dirigeants communistes ont participé a des gouvernements bourgeois. L'Etat et l'économie capitalistes ont été remis en selle. Les militants com-
TERNATIONALE munistes voient à présent une expérience qui n'a pas été payante et cherchent une autre solution, le retour a une politique révolutionnaire.
Cela se manifeste dans plusieurs partis communistes d'Europe occidentale. « L'affaire Marty » est d'autant plus frappante qu'il s'agit d'un des dirigeants les plus connus internationalement et que ses conclusions sont les plus précises et les plus fermes.
Il est incontestable que, depuis la libération. il y eut au moins en puissance et dans certains cas en fait des lignes divergentes a la direction du P. C. en France, et dans d'autres P. C. aussi. Comme de coutume. cela s'est manifesté par des heurts. des frictions, des accrochages. En lisant le livre de Marty et en reprenant la campagne qui fut menée pour le chasser du P.C., on retire l'impression qu'à un certain moment. les Duclos. les Mauvais ont realisé qu'il s'agissait de quelque chose de vraiment dangereux pour eux, que Marty portait en lui une ligne incompatible avec la leur et qu'il fallait brusquer les choses. et faine tout pour regler organisationnellement un conflit avant que les positions politiques puissent apparaitre clairement.
Dès qu'ils ont vu le danger, ils furent résolus à pousser Marty hors du parti et a faire tout pour le détruire et l'amener à des réactions dangereuses et fausses. Pour leur malheur. Marty a reagi d'une manière politique remarquable. Son livre montre qu'il a pensé politiquement. qu'il a réexaminé cette période qul suit la libération, et qu'il a fait une .tique pol ce que ressentent core de nombreux naires du P. C.
Oe livre nous le stalinisme. une ouvrier français cipes essentiels du tique qui généralise très confusement enmilitants révolutionmontre que. malgré aile du mouvement a assimilé les prinléninisme.
La critique de Marty ne remonte qu'a 1944. Cependant, tout en approuvant l'activité de II. C. jusqu'à 1939 il écrit à un moment qu'elle apporta beaucoup, « surtout dans ses premières années ».
Lorsque commença « l'affaire Marty », nous avons écrit que lui et Tillon étaient en fait les représentants d'un courant ouvrier de gauche du P. C. Même aujourd'hui ce courant est encore à peine conscient de lui-même.
Ce courant qui était encore inexprime avant la parution de « l'Affaire Marty » porte en lui les meilleures traditions du mouvement ouvrier français et aussi les leçons de la Révolution d'Octobre. Il porte en lui la victoire de la révolution prolétarienne.
Juin 1955. P. F. "61
N 6 Heretics and renega
Ce volume rassemble une série d'essais écrits par Isaac Deutscher plus particunerement depuis 1950. Certains d'entre eux sont déja connus du pubile français, comme « Deux Révolutions » paru dans la préface de l'édition française du Staline de Deutscher, « Réponse aux critiques » paru dans Esprit en mars 1954, et • l'Affaire Beria ».
A titre divers, tous ces essais sont remarquables.
Les trois premiers, « Hérétiques et Renegats », " La vie tragique d'un ministre
Poirugarie », " ou le mysticisme de la cruauté », témoignent du talent de I. Deutscher appliqué à des sujets politico-littéraires.
Sa critique du roman de Georges Orwell, « 1984 », qui a fait tant de bruit dans les pays anglo-saxons en particulier, est pénétrante et savoureuse. « La vie tragique d'un ministre, etc. », decrit avec non moins de succès et un humour teinté de pathétique le portrait psycho-philosophique d'un héros imaginaire, Vincent Adriano, vieux militant communiste qui a beaucoup souffert sous l'ancien régime dans son pays natal, la Polrugarie -située quelque part en Europe orientale -qui arrive ensuite à Moscou dans les années 30, pour y être pris lors de la grande purge de 1936-1938 et connaitre la déportation en Sibérie.
Vient ensuite la guerre : vers 1941 Adriano est appelé à Moscou où il devient l'organisateur du Comité de Libération de la Polrugarie. Lors de la libération effective de cette dernière par l'armée soviétique et sa transformation en « Démocratie populaire », Adriano est un des piliers du nouveau gouvernement et du Parti communiste du pays reconstitué. Mais il n'est plus dupe du rôle qu'il joue sous la tutelle du Kremlin (1), et a perdu beaucoup de ses illusions de jeunesse.
Cependant, « il ne veut pas chercher asile à l'Ouest. Ceci à ses yeux ne serait autre chose que la trahison - non pas de la Russie, mais de son idéal communiste. »
Résigné, il reste à son poste. Mais en lui-même vit, dirons-nous, toujours un futur « titiste », ou même quelque chose de plus.
Parmi les autres essais du volume, notons la très remarquable critique de E.-H. Carr comme historien de la révolution russe, ainsi que ceux relatifs à « the close of the Stalin era » et « Russia
(*) Aux éditions Hamisch Hamilton, London, 1955.
(1) L'essai est écrit en 1950. 62
TERNATIONALE des " d'Isaac Deutscher ( in transition », ou Isaac Deutscher développe ses vues sur la dislocation en cours du stalinisme, familières au public franÇaIS surtout par son livre, La Russie apres Staline (2).
Son essai sur le dernier écrit de Staune « Problemes économiques du socialisme en URSS » contient des remarques intéressantes et justes, mais il ne va pas tres profondément dans la tière ; le domaine économique marxiste n'étant pas, selon toute évidence, le propre de la compétence et de la verve de Deutscner. Letude de B. Germam en la matière « Problèmes economiques Union sovietique » est infiniment plus adequate et profonde.
Nous ne voulons pas terminer la brève critique de ce volume si intéressante de Deutscher sans ajouter quelques mots sur son essai Trotsky sur Staline.
Ecrit en 1948, encore en pleine gloire et puissance de Staline, il porte les marques tres claires de l'ambiance de l'époque. Isaac Deutscher a évolué depuis sur ses appréciations concernant Staline et. le stalinisme, et ne cesse pas — heureu. sement - d'évoluer à ce sujet.
En 1948, 1l considérait que la biographie inachevée de Staline par Trotsky était une œuvre portant trop l'empreinte de « la terrible pression nerveuse sous laquelle son auteur (Trotsky) avait vécu les dernières années tragiques de sa vie », et péchant par trop de « subjectivisme ».
L. Trotsky avait prévu d'avance de telles critiques et y a donné la réponse dans son ouvrage même. Ecoutons-le « Politiquement, Staline et moi avons été longtemps dans des camps opposés et irréconciliables. Mais dans certains cercles, c'est devenu la règle de parler de ma « haine » de Staline et d'assumer a priori que tout ce que j'écris, non seulement sur le dictateur de Moscou, mais sur l'Union soviétique, est inspiré par ce sentiment.. Freud désapprouvait hautement cette variété de psychanalyse de pacotille. La haine est, après tout, une sorte de lien personnel. Or, Staline et moi nous avons été sépares par des évenements qui ont anéanti et réduit en cendres tout ce qu'il pouvait y avoir de personnel entre nous, sans laisser aucun residu d'aucune sorte. Il y a un élément d'envie dans la haine. Mais pour moi, en esprit et en sentiment, l'ascension sans précédent de Staline représente la chute la plus profonde. Staline est mon ennemi. Mais, Hitler aussi est mon ennemi, et de même Mussolini, et de même beaucoup d'autres. Aujourd'hui, je porte aussi peu de haine à Staline qu'a Hitler,
(2) Aux éditions du Seuil.
Q VATRIEME IN à Franco ou au Mikado. Avant tout, je m'efforce de les comprendre, de façon a étre mieux équipé pour les combattre. »
Isaac Deutscher apporte, à l'appui de sa critique du « subjectivisme » de l'ouvrage de b. Trotsky, la « suggestion obscure, vague et auto-contradictoire » de ce dernier, d'après laquelle Staline a précipité la mort de Lénine. Trotsky explique longuement qu'à la lumière de la fantastique série des procès de Moscou de 1936-1938 ou perirent, accusées des crimes les plus abominables, les plus hautes figures de la révolution russe et de la III Internationale, il était nécessaire d'examiner critiquement tout le passé, et de n'omettre aucun détail, aucune suggestion.
L. Trotsky ecrivait precisement pour l'histoire, qui reverra tout ce passe téné breux et incroyable de l'évolution du premier Etat ouvrier, avec un objectivisme plus grand par rapport à la fois à ceux qui ont subi les méfaits terribles du stalinisme, mais aussi à ceux qui, à un moment donné, ont subi incontestablement l'influence du « nothing succeeds better than success », d'une apparente réusite et consolidation du stalinisme.
Le jour n'est peut-être pas tellement éloigné maintenant où les archives du règne de Staline seront fouillées à fond et où des histoires bien extraordinaires à première vue seront révélées devant les veux étonnes d'une opinion qui commençait à subir le magnétisme du « grand homme » qui avait, malgré tout. « reussi ».
Isaac Deutscher apporte à la justification de sa these une autre preuve la soi-disant analogie, historiquement déplacée, faite par Trotsky entre Thermidor dans la Révolution française et Thermidor dans la Révolution russe. Trotsky cependant s'explique abondamment a ce sujet, et précise les limites exactes dans lesquelles s'applique cette analogie, comme du reste toute analogie historique (car l'histoire ne répéte jamais). Il faudrait, en réalité, citer à ce propos, entre autre, tout le chapitre : « La réaction thermidorienne » du livre de L. Trotsky. Contentons-nous cependant d'un passage fondamental. Parlant du fondement social du Thermidor russe, L. Trotsky écrit :
« L'égalité jacobine bourgeoise qui revêtit la forme de la réglementation du maximum, restreignait le développement de l'économie bourgeoise et l'extension du bien-être bourgeois. Sur ce point, les thermidoriens savaient parfaitement bien ce qu'ils voulaient; dans la Déclaration des droits, ils exclurent le paragraphe essentiel : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». A ceux qui demandèrent le rétablissement de cet important paragraphe jacobin, les thermidoriens répondirent qu'il était équivoque et par suite dangereux; naturellement les hommes étaient egaux en droits, mais non dans leurs aptitudes et dans leurs biens. Thermidor était une protestation directe contre
TERNATIONALE le caractère spartiate et contre l'effort vers legalité.
« On trouve la même motivation sociale dans le Thermidor soviétique. La question primordiale était d'en finir avec les limitations spartiates de la première période de la Révolution. Mais il s'agissait aussi de consacrer les privilèges croissants de la bureaucratie. Il ne s'agissait nullement d'instaurer un régime économique liberal ; les concessions dans cette direction étaient temporaires et durèrent bien moins longtemps qu'on ne lavait prévu. "
Isaac Deutcher trouve aussi déplacée et choquante la comparaison faite de Staline avec Mussolini Par Trotsky Hitler (3). Trotsky cependant indique dans quel sens Staline n'était pas comparable même à eux : il n'était « ni un penseur, ni un écrivain », ni même « un orateur ou une figure de masse, un « tribun » ou un « agitateur ».
Mais en plusieurs endroits de son ouvrage, Trotsky insiste sur les « qualités spéciales » et « extraordinaires » de Staline pour son rôle en tant que chef de la bureaucratie thermidorienne. Il reconnait « sa forte personnalité », sa « ténacité », etc., et il écrit même ceci : « Si Staline pouvait avoir prévu, au début, où sa lutte contre le trotskysme le conduirait, il aurait sans doute hésité à la poursuivre plus avant, en dépit de la perspective de la victoire sur tous ses adversaires ».
L'interaction et l'interdépendance constantes entre les possibilités et les nécessités découlent des conditions objectives, et les qualités spécifiques du personnage sont au centre de l'explication marxiste que donne Trotsky de l'ascension spectaculaire et de la carrière « exceptionnelle » de Staline.
Trotsky juge d'autre part et rejette Staline en tant que dirigeant marxiste révolutionnaire, car il ne réunissait pas les caractéristiques propres à une telle qualité et avait plutôt un ensemble de caractéristiques contraires.
Quoi qu'on dise, les historiens de demain trouveront dans l'ouvrage de Trotsky, sur cette question aussi, une des principales sources de renseignements et d'appréciations d'importance jusqu'ici inégalée.
Isaac Deutscher n'a pas moins tort quand il fait reposer les origines du stalinisme sur les « fondements » que le bolchevisme lui-même a jetés lors des années 1921-1923. Trotsky écrit à ce propos :
« Stériles et absurdes sont les travaux de Sisyphe de ceux qui essayent de réduire tous les développements d'une période à quelques prétendus traits fon-
(3) Par d'autres traits, Staline évoque selon Trotsky plutot « Mustapha Kémal Pacha, ou peut-étre Portifirio Diaz ». Mais il admettait que le cas de Staline était plus singulier, « un phénomène absolument exceptionnel ».
damentaux du Parti bolchevique, comme si un parti politique était une entite homogène et un omnipotent facteur historique. Un parti politique n'est qu'un instrument historique temporaire, un des très nombreux instruments de l'histoire et aussi une de ses écoles. Le Parti bolchevique s'assigna à lui-même le but de la • conquête du pouvoir par la classe ouvrière. Dans la mesure où ce parti accomplit cette tache pour la première fois dans l'histoire, et enrichit l'expérience humaine par cette conquête, il a rempli un prodigieux rôle historique.
« Seuls, ceux qu'égare un goût pour la discussion abstraite peuvent exiger d'un parti politique qu'il doit soumettre et éliminer les facteurs beaucoup plus denses de masse et de classe qui lui sont hostiles. Les limitations du parti en temps qu'instrument historique s'expriment par le fait qu'à un certain point, à un moment donné, il commence à se désintégrer ; sous la tension de pressions intérieures et extérieures, des lézardes apparaissent, des fissures s'élargissent, des organes
Nous avons reçu « Les mesaventures de la dialectique », de Merleau-Ponty ‹Ed. Gallimard), ouvrage auquel nous consacrerons une critique dans notre prochain numéro.
ERRATA
Dans la critique des « Mandarins », parue dans notre numéro précédent, page 66, colonne 2, paragraphe 1, lire : « à Correspondance
Le camarade Daniel
Je vous remercie d'avoir accepté d'accueillir dans votre revue ma réponse au compte rendu de mon Kinsey et la sexualite. paru dans votre livraison de mars 1955.
Et. tout d'abord. une question préa- Et tour a abora, une question predlable : le titre « Les âmes mortes d'une intelligenzia désemparée » s'appliquaitil seulement à votre analyse des Mandarins, ou aussi à celle de mon petit livre ? Plus d'un lecteur a opté pour la seconde interprétation. et cette impression qu'encourage par deux fois (dans le sommaire et dans le corps même de la revue) une presentation typographique pour le moins ambiguë. se trouve renforcee par votre coup de massue final : je glisserais du marxisme à l'existentialisme ! Je souhaiterais donc que vous dissipiez l'équivoque injurieuse de votne titre
Je vous demande également de vouloir bien rectifier trois erreurs d'interprétation de mon livre :
Tout d'abord. vous déclarez « inadmissible » que je considère Kinsey com64
TERNATIONALE commencent à s'atrophier. Ce processus de décomposition se manifesta tres lentemenu d'abord en 1923, puis s'accéléra rapidement. Le vieux Parti bolchevique et ses anciens cadres héroiques subirent le sort commun ; secoué par des fièvres et des spasmes et des attaques atrocement pénibles, il finit par s'éteindre. Afin d'établir le régime appelé stalinien, ce qui était nécessaire n'était pas un parti bolchevique, mais l'extermination du Parti bolclievique. »
Isaac Deutscher en tant qu'intellectuei et non militant engagé d'un parti, semble avoir choisi une position « audessus de la mélée », mais fondamentalement favorable au sens historique de la revolution russe et du régime issu de cette rivclution, qui reste malgré tout ouvrier, préparatoire au socialisme.
Il faut espérer que, les événements actuels aidant, il scrutera l'histoire d'un cell encore plus ebjectif et réellement degage de toute pression.
Juin 1955. M. P. postériori dans l'optique, etc... » au lieu de « à priori, etc... »
Page 67, colonne 3, fin du paragraphe 3, lire : " L'heure est à un autre type d'homme, celui qui incarne un véritable équilibre entre, etc.. au lieu de : « L'heure est à un équilibre, etc... ».
Aux pages 69 et 70, les références (3) (4) et (5) mentionnées dans la critique du « Degel », de I. Ehrenbourg, se référent à des textes parus dans « La Nouvelle Critique » de décembre 1954. Guérin nous écrit : me presque aussi révolutionnaire et fondamental
Marx. » Ou foi. ou,
Je m'avez pas mon livre, Je dans son domaine..
que vous n'êtes pas de bonne veux l'espérer. vous ne compris. A la page 13 de
• ne fais que résumer (avec une arrière-pensée ironique que je croyais perceptible) les outrances des thuriféraires de Kinsey qui vont jusqu'à mettre ses Rapports sur le même rang que le Capital. Ce n'est pas tout à fait la meme chose...
Ensuite, vous semblez croire que J'ai pris parti pour Kinsey contre Freud, alors qu'en réalité j'ai essayé d'exposer brievement leurs mérites et leurs torts respectifs.
Enfin. et ce qui est plus grave. vous ne presentez comme un défenseur de la prostitution ! Ici encore, je veux espérer que vous ne m'avez pas saisi. La prostitution. je l'abomine comme vous, pour les mêmes raisons que vous, et non seulement la prostitution classique. mais toutes les souillures dont l'Argent salit la sexualité ; cependant
VATRIEME I* N "j'estime que les adversaires puritains des « respectueuses » et des maisons closes, en ne s'attaquant pas aux causes fondamentales du fléau et en renforçant, par ailleurs, leurs prohibitions antisexuelles de tous genres, aggravent encore le drame des privations sexuelles.
Je regreue aussi que Je regrette aussi que vous ayez, vous ayezs dans une note, insinué que l'homosexualité occupe, dans les écrits de Kinsey comme dans mon essai, une place démesurée. Si telle est réellement votre opinion, n'eut-il pas été préférable que, constatant les faits chiffrés révélés par l'enquête de Kinsey, vous montriez en quoi nous avons eu, l'un et l'autre le tort de nous étendre sur ce sujet, plutôt que de la «laisser de côté», comme vous le faites vous-mêmes ? Car est-il un seul problème humain qu'un révolutionnaire puisse refuser d'aborder ? Est-il une seule forme de l'oppression de l'homme par l'homme qu'il puisse esquiver ?
Je m'élève également contre votre supposition que les Rapports Kinsey constitueraient, dans le « climat » actuel des Etats-Unis (climat que j'ai des raisons de réprouver autant que vous), une sorte de diversion, « détournant l'attention de l'activité sociale politique ». Kinsey est un libéral qui a ses limites, et j'ai dénoncé ces limites. Mais est-ce une « diversion » que d'oser faire le procès du puritanisme, au grand scandale des forces obscurantistes et contre-révolutionnaires ?
Ceci nous amène à la question que vous jugez vous-mêmes cruciale. Vous me reprochez d'avoir jumelé la révolution sexuelle avec la révolution sociale. conde. Suis-je si loin de vous ? Je me et vous affirmez la priorite de la sesuis efforcé de prouver qu'il n'est pas de liberation sexuelle sans libération sociale, et j'ai désigné aux opprimés sexuels leur véritable oppresseur, j'ai tenté de les convaincre qu'ils ne peuvent s'affranchir qu'en s'attaquant à la société de classes. Ma thèse, ne vous en déplaise, n'est donc entachée d'aucun glissement vers l'existentialisme.. Le seul point où je ne puis vous suivre est celui de votre « attentisme ». Non, je ne crois pas qu'il faille remettre au lendemain de la Révolution sociale la lutte contre les préjugés puritains (de même qu'il ne faut pas attendre que la Révolution ait enfin extirpé les racines matérielles de la religion pour dénoncer l'« opium du peuple ». et qu'il est absurde de taxer de « diversion » la lutte antireligieuse). J'estime que nous devons. dès maintenant, nous attaquer à toutes les formes d'oppression de l'homme par l'homme.
Ce n'est pas un « leurre ». comme VOUS semblez le croire, que d'ouvrir les yeux des légions d'étres humains encore aujourd'hui à la fois les prisonniers et les victimes des tabous antisexuels. Ces « tabous » empoisonnent aussi la vie des ouvriers parallèlement l'oppression économique. Et. s'il est vraiment. comme vous dites, des « individus privilegies » en matière de libération sexuelle, ceux-ci devraient aider
TERNATIONALE les moins favorisés à secouer leur joug.
au lieu de s'enfermer dans une tour d'ivoire.
Vous avez certes raison d'écrire qu'aucun opprimé tendre s'affranchir cadre de la société attente passive du sexuel ne peut préentièrement dans le actuelle. Mais toute
« millénium » serait, néfaste dans ce domaine comme dans tous autres. A moins, évidemment, que l'on ne se flatte, comme certains psychanalystes, de guerir le mal par le mal, c'est-a-dire d'adapter psychologiquement les victimes de l'oppression sexuelle aux « tabous » de la présente société...
Tel n'est certainement pas votre propos. Et, pourtant. je reste stupéfait des hyperboles que vous décernez Freud. Non pas, certes, que je nie les aspects progressifs, et même révolutionnaires, de sa doctrine. Mais une citation de Trotsky ne me suffit pas et crois qu'un marxiste devrait, en même temps, insister sur les métaphysiques fallacieuses, les mystifications. le conservatisme social du freudisme. J'essaierai de le faire un jour (sans tomber dans les excès antifreudiens des disciples de feu Staline), et je ne perds pas l'espoir de vous convaincre.
Pour conclure, l'auteur d'Au Service des Colonises (puisque vous m'appelez ainsi croit avoir été logique avec luimême en faisant suivre cet ouvrage d'un Kinsey et la sexualité. Ce petit essai n'est pas le fruit d'une défaillance, et son « âme » n'a jamais été moins « désemparée » que lorsqu'il l'écrivait. Par contre, il est exact qu'il a plus longtemps hésité à exposer ses vues sur la sexualité que ses vues sur le colonialisme ou sur la lutte des classes. Car il attachait beaucoup de prix à votre assentiment, et il vous savait moins préparés à le suivre sur ce terrain que sur les autres (où, d'ailleurs, vous le précédiez). Le voici maintenant, non seulement honni et baillonné par l'adversaire de classe (ce dont il avait l'habitude), mais réprouvé par quelques uns de ses compagnons de lutte. En publiant ce livre, il savait à quoi il s'exposait ; et, s'il n'avait pu prévbir foute l'animosité de votre riposte. il en avait, hélas. anticipé l'étroit rigorisme.
Salut révolutionnaire. Daniel GUERIN.
Nous enregistrons avee satisfaction plusieurs points de réponse du camarade D. Guérin à la critique que nous avons consacrée a sexualité ».
Nous nous savoir que le d'une son livre « Kinsey et la empressons de lui faire titre « Les âmes mortes désemparée » ne s'applique qu'aux héros du roman « Les Mandarins » et naturellement pas son propre livre. Une telle référence à ce dernier serait de notre part inconcerable. D'autre part, le titre cité est accompagné d'un sous-titre entre parenthèse qui indique clairement qu'il est intelligenzia utilisé « à propos des Mandarins ». Dont acte sur ce point.
Nous voulons bien accorder au eamade Guérin d'avoir mal compris l'ampleur des louanges qu'il adresse à Kinsey. Cependant nous ferons deux remarques qui excusent peut-être notre confusion a ce sujet (1). Dans cette même page 13 à laquelle se réfère Guérin, il est écrit que « nous nous trouvons en présence d'une des publications les plus importantes de notre temps et que nous n'avons le droit de différer de la méditer ». (Souligné par nous). Il s'agit de celle de Kinsey. Ensuite, a la page 21 que nous avons déjà citée dans la critique de son livre, Guerin faire dater la compréhension juste que peuvent et doivent avoir les marxistes de la question sexuelle « à partir de la publication du Rapport (Kinsey) ». Il estime qu'avant le Rapport, les marxistes (y compris Lénine) pouvaient considérer la « question sexuelle » comme secondaire « ou comme un simple appendice d'une lutte qui doit se dérouler primordialement sur le plan social ». (Souligné par nous). Après le Rapport, nous apprend Guérin, « une telle attitude n'est pas tenable ». Donc c'est encore le Rapport qui ferait date pour les marxistes plus particulièrement en cette matière.
Le camarade Guérin nous dit : « vous semblez croire que j'ai pris parti pour Kinsey contre Freud ». (Souligné par nous). Nous avons écrit littéralement ceci : «Daniel Guérin découvre avee un enchantement non dissimulé Kinsey, qu'il considère comme étant presque égal sinon supérieur à Freud à certains égards ». (Souligné par nous).
C'est ce qui se dégage très clairement comme impression générale de son livre. Le camarade Guérin écrit du reste dans sa réponse : alors qu'en réalité j'ai essayé d'exposer brièvement leurs mérites et leurs torts respectifs ». Nous pensons qu'entre Freud et Kinsey la comparaison sur un tel niveau est inadmissible. La différence entre les deux est qualitative. Comparerions-nous Marx à un « sociomètre » quelconque de l'Ecole Moreno, ou même à un « sociologue » à la Durkheim ?
Les marxistes. les vrais marxistes. apprécient profondément Freud comme homme de science, penseur et pionnier. indépendamment de ses limitations importantes dans son œuvre scientifique proprement dite, et encore plus importantes dans ses spéculations historicosocio-philosophiques. Comme ils apprécient Einstein dans un autre domaine, indépendamment de ses conceptions sociophilosophiques très sommaires à en juger par son livre « Comment je vois le monde ».
Nous nous nermettons de conseiller au camarade Guérin lors du travail qu'il projette de consacrer à Freud, de ne
(1) Nous regrettons qu'il a cru nécessaire d'envisager même le cas d'une * mauvaise foi y de notre part. 66
TERNATIONALE pas se contenter d'insister « sur les métaphysiqques fallacieuses, les mystifcations, conservatisme social de freudisme », mais de s'adonner avant tout à l'œuvre de synthèse du contenu valable du freudisme avec le marxisme, de montrer de quelle manière le marxisme pourrait s'approprier, équilibrer et enrichir le freudisme. Il y a là une œuvre passionnante et hautement utile à accomplir.
Le camarade Guérin proteste d'avoir été présenté comme un « défenseur de la prostitution». Ce cri du cœur, sincère, nous le souhaitions et l'apprécions beaucoup. Mais il s'agit de clarifier complètement la question : Faut-il ou non dès maintenant.nous, les socialistes, les communistes, et non pas « ceux qui ne s'attaquent pas aux causes fondamentales du fléau », lutter contre la prostitution, les maisons closes, ete. ou bien. dans ce domaine. pour les arguments cités dans les pages 123 (y compris la note en bas de cette page) et 136 du livre du camarade Guérin, attendre la " Révolution sociale » d'abord ?
Car Guérin se trompe en nous aceusant « d'attentisme » parce que nous rejetons l'idée à laquelle il est parvenu incité par le Rapport Kinsey : qu'il faut « poursuivre conjointement la révolution sociale et la révolution sexuelle, jusqu'à l'émancipation complète, sur les deux plans, de l'être humain, aujourd'hui écrasé par le double fardeau d'ume hydre à deux tête : le capitalisme et le puritanisme » (page 21).
Nous posons de manière diamétralement contraire la question : la « révoluton sexuelle » sera la conséquence de la révolution sociale ; le puritanisme est une conséquence du régime capitaliste. Nous préparons la révolution sociale partant, pour notre propagande. notre agitation, notre action effective, de tous les maux dont souffrent les masses dans le régime capitaliste, y compris aussi de l'oppression sexuelle et du puritanisme, mais y compris aussi de la prostitution et des maisons closes.
Nous ne sommes ni " attentistes n ni « passifs » à . l'égard de ces maux. Nous sommes d'autre part pour la clarté dans l'ordre des , causes et des buts à atteindre, afin précisément de lutter dès maintenant efficacement pour la veritable libération sexuelle des hommes et des femmes.
Notre « étroit rigorisme » est celui du marxisme révolutionmaire qui seul permet l'action révolutionnaire efficace dès maintenant.
Un dernier mot. Bien sür, les révo lutionnaires abordent, doivent aborder « tout problème humain » y compris la question de l'homosexualité. Pour netre part nous sommes enclins de considérer l'opinion de Freud en cette matière comme toujours largement valable, éclaircie et élargie par une meilleure compréhension des conditions sociales qui favorisent l'éclosion de ce phénomène.
Juin 1955. M. P.